Le Monde d'Antigone

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Dernière mise à jour : 26.01.2026
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41 - Espace & univers

Comment notre vision de l'Univers a changé en 30 ans

Publié le 18/01/2026 à 00:06 par monde-antigone

 

Des planètes océans, gazeuses ou brûlantes…

Comment notre vision de l'Univers a changé, 30 ans après la découverte de la première exoplanète

par Louis San

France Télévisions, Franceinfo: - 06 sep 2025

https://www.franceinfo.fr/sciences/espace/exoplanete-kleper-186f/des-planetes-oceans-gazeuses-ou-brulantes-comment-notre-vision-de-l-univers-a-change-trente-ans-apres-la-decouverte-de-la-premiere-exoplanete_7511296.html

 

L'annonce de la découverte de l'exoplanète 51 Pegasi b date du 6 octobre 1995. Il s'agit de la première planète détectée en dehors de notre système solaire, autour d'une étoile semblable à la nôtre.

"Je rêvais d'un autre monde", chantait le groupe français Téléphone en 1984. Ces paroles ont rejoint la réalité 11 ans plus tard. Le 6 octobre 1995, deux astronomes suisses, Michel Mayor et Didier Queloz, ont annoncé la découverte de la première exoplanète, c'est-à-dire une planète en dehors de notre système solaire, tournant autour d'une étoile semblable au Soleil. Une révolution. "A l'époque, personne ne savait vraiment si les exoplanètes existaient. On le soupçonnait seulement", rappelait Michel Mayor auprès de franceinfo, en 2018, avant de recevoir le prix Nobel de physique l'année suivante pour cette trouvaille majeure.

Trente ans après la découverte de 51 Pegasi b, les connaissances ont nettement évolué. Si, à l'époque, la présence de planètes autour d'autres étoiles n'était qu'hypothétique, il est désormais établi que les exoplanètes sont abondantes (l'existence d'environ 6.000 planètes extrasolaires est confirmée). "Il y a des planètes autour de quasiment toutes les étoiles de notre galaxie, la Voie lactée", résume Didier Queloz auprès de franceinfo. "Une planète autour d'une étoile, c'est quelque chose de très commun".

"Nous sommes passés d'un grand questionnement sur l'existence des exoplanètes au constat qu'elles sont plutôt banales", constate également auprès de franceinfo Franck Selsis, directeur de recherche CNRS au laboratoire d'astrophysique de Bordeaux. "Lorsqu'une étoile se forme, cela s'accompagne presque systématiquement d'un cortège de planètes", commente l'astrophysicien. Plus de la moitié des étoiles comptent probablement au moins une planète, selon les spécialistes interrogés. Et la Voie lactée, où se trouve la Terre, compte entre 100 milliards et 400 milliards d'étoiles, selon les estimations rapportées par la NASA.

Une variété qui surprend la communauté scientifique

"La chose la plus intéressante à souligner au bout de 30 ans, c'est la diversité absolument incroyable" des exoplanètes, synthétise auprès de franceinfo Anne-Marie Lagrange, directrice de recherche au CNRS à l'Observatoire de Paris-PSL, et spécialiste de ces corps célestes. Le cas de 51 Pegasi b illustre cette variété. Elle est ce que les spécialistes appellent une "Jupiter chaude", une notion qui relevait jusqu'alors de l'oxymore, puisque les modèles de formation des planètes ne prévoyaient pas qu'un tel corps céleste puisse exister.

A l'origine, les scientifiques s'attendaient à ce que les éventuels autres systèmes de planètes suivent la même répartition que le nôtre: d'abord, près de l'étoile, les petites planètes telluriques (comme la Terre, Mercure, Venus et Mars), plus loin les géantes gazeuses (comme Jupiter, et Saturne) puis, plus loin encore, les planètes géantes glacées (comme Uranus et Neptune). Jupiter, la plus grosse planète de notre système solaire, se trouve loin du Soleil. Il y règne une température de -160°C en moyenne selon le CNES, l'agence spatiale française. Pas de place pour une "Jupiter chaude" dans cette configuration.

Les chercheurs ont été totalement pris à contrepied par 51 Pegasi b, une planète géante, gazeuse, très chaude, qui se trouve à proximité de son étoile. "Elle est 100 fois plus proche de son étoile que Jupiter du Soleil", remarque Anne-Marie Lagrange. Alors que Jupiter effectue le tour du Soleil en 11 ans, "51 Peg" – pour les intimes – fait celui de son étoile en seulement quelques jours. "On ne s'attendait pas du tout à une telle découverte. Cela a été un énorme choc pour la communauté scientifique", poursuit auprès de franceinfo Faustine Cantalloube, chercheuse CNRS en astrophysique, spécialisée dans la détection d'exoplanètes par imagerie.

Gigantesques et extrêmement chaudes

Les autres exoplanètes découvertes ont aussi apporté leur lot de surprises. Une part importante d'entre elles n'ont pas d'équivalence dans notre voisinage. Anne-Marie Lagrange cite les "super-massives", grosses jusqu'à 13 fois la masse de Jupiter, se trouvant parfois à la limite entre les planètes et les "naines brunes" (une catégorie distincte de corps célestes, entre les planètes et les étoiles, explique l'agence spatiale canadienne). L'astrophysicienne, membre de l'Académie des sciences, mentionne également le cas des nombreuses planètes intermédiaires qui se situent entre les "super-Terres" et les "sous-Neptune", dont la taille varie jusqu'à 15 fois la masse de notre planète.

Les scientifiques ont également découvert des planètes océans, comme Kepler 62e et 62f, à 1.200 années-lumière de la Terre, ou encore GJ 1214b, à une quarantaine d'années-lumière de nous. Mais également des mondes étranges comme la planète gazeuse Wasp-76b, à 637 années-lumière de la Terre, avec une température de 2.400°C pour la face constamment exposée à la lumière de son étoile, et une météo extrême, faite de pluie continue de fer fondu.

Les températures brûlantes sont habituelles sur les exoplanètes découvertes jusqu'à maintenant car, dans leur "immense majorité", elles se trouvent "à l'intérieur de l'orbite de Mercure [la première planète de notre système solaire]", relève le spécialiste Franck Selsis. En clair, elles se trouvent très près de leur étoile, qui les chauffe de façon intense.

Ce constat témoigne de la limitation des instruments de détection actuels, qui ne peuvent déceler que les exoplanètes "extrêmes", c'est-à-dire les plus imposantes, les plus chaudes, les plus proches de leur étoile. "Si tous les systèmes planétaires étaient semblables à notre système solaire, on n'en aurait peut-être découvert aucun. Ou on aurait découvert la Jupiter locale. Toutes les autres sont au-delà de nos capacités de détection", explique-t-il. En clair, aussi riche soit-il, l'échantillon d'exoplanètes connu est probablement restreint et peu représentatif de l'ensemble de toutes les planètes de l'univers.

Pas encore de jumelle de la Terre

Une question demeure: la planète qui nous abrite est-elle rare ? Aucune exoplanète à ce jour ne croise les mêmes caractéristiques que la Terre en termes de taille, de masse, de composition d'atmosphère, d'orbite et de voisinage. "C'est frustrant parce qu'on ne peut pas répondre à la question", concède l'astrophysicien Didier Queloz, obsédé par le sujet.

Les connaissances vont continuer de progresser avec l'amélioration des techniques d'observation. La prochaine étape attendue des spécialistes concerne la possibilité d'analyser les atmosphères des exoplanètes. Cela a en partie commencé avec le télescope spatial James Webb qui a utilisé sa puissance d'observation pour scruter des planètes lointaines, découvrant du dioxyde de carbone (CO2) dans l'atmosphère de WASP-39 à 130 années-lumière de la Terre.

Le plus puissant télescope spatial de l'histoire a aussi pointé ses instruments vers le système Trappist-1, à 40 années-lumière de nous. Il a attiré l'attention car il est constitué d'une étoile autour de laquelle orbitent sept planètes rocheuses. La communauté scientifique nourrit l'espoir d'y détecter une forme de vie, car trois planètes se trouvent dans la zone habitable de l'étoile, c'est-à-dire à une distance où il ne fait ni trop chaud ni trop froid. Autrement dit, un secteur compatible avec la présence d'eau liquide, élément indispensable à la vie. Le télescope James Webb a déjà découvert que la planète Trappist-1b n'a pas d'atmosphère et que son sol est composé de roches basaltiques comme on en trouve dans le manteau terrestre.

La découverte d'une jumelle de la Terre est-elle imminente ? "Il va falloir franchir un saut qualitatif énorme", prévient Franck Selsis, qui a beaucoup travaillé sur Trappist-1 et relate avoir peiné à obtenir des informations sur l'atmosphère des exoplanètes du système. Didier Queloz, lui, estime que le moment est proche: "Cela nécessite un peu plus de travail, un peu plus d'ingéniosité, peut-être des instruments un peu meilleurs, mais nous n'en sommes pas très loin".

 

Liste des articles: Espace & univers

Publié le 01/01/2026 à 01:50 par monde-antigone

 

Comment notre vision de l'Univers a changé en 30 ans  , 18/01/2026

 

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L'énergie sombre qui ferait respirer l'Univers , 21/03/2025

* Etoiles * comètes * galaxies * et trous noirs (2025), 04/01/2025

 

2024 >>  articles

 * Etoiles * comètes * galaxies * et trous noirs (2024), 18/12/2024

 Plongée dans les premiers temps de l'Univers, 25/06/2024

 * Etoiles * comètes * galaxies * et trous noirs (2024), /2024
 2024, année lunaire , 14/01/2024


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Au centre de notre galaxie, un trou noir fait des siennes , 03/12/2023
* Etoiles * comètes * galaxies * et trous noirs (2023) , 15/11/2023
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Un mystérieux satellite russe se désintègre en orbite , 10/02/2023


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* Etoiles * comètes * galaxies * et trous noirs (2022) , 22/11/2022
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2021 >> 4 articles
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* Etoiles * comètes * galaxies * et trous noirs (2021) , 05/11/2021

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Vrai ou faux ? Le mystère Oumuamua , 08/02/2021


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* Etoiles * comètes * galaxies * et trous noirs (2019-2020) , 06/12/2020
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Trois missions spatiales ont rendez-vous avec Mars , 15/07/2020
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Une nouvelle industrie spatiale: le dépannage en orbite , 14/11/2018
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Le capitalisme sur Mars: le délire à 10 Mds $ d'Elon Musk , 29/09/2016

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Proxima b à seulement 4,2 années-lumière de chez nous , 25/08/2016
Les secrets de la poussière de l'astéroïde Bennu , 22/08/2016
Chronique martienne (2014-2016) , 05/06/2016

Pluton, une ex-planète qui a le relief d'une planète , 20/02/2016
Les ondes gravitationnelles d'Einstein enfin détectées , 13/02/2016


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* Etoiles * comètes * galaxies * et trous noirs (début 2015) , 11/08/2015
La comète Tchouri, un concentré glacé de germes de vie , 31/07/2015
Sur la trace du Big Bang , 31/01/2015


2014 >> 3 articles
* Etoiles * comètes * galaxies * et trous noirs (2014) , 08/11/2014
Après les exoplanètes, voici le temps des exocomètes , 23/10/2014
Chronique martienne (2013) , 02/01/2014


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* Etoiles * comètes * galaxies * et trous noirs (2013) , 14/12/2013
De la somnolence inhabituelle du Soleil… , 25/11/2013
Pourquoi investir autant d’argent à explorer l’espace ? , 07/07/2013
Un pulsar record amène à tester la relativité générale , 01/05/2013


2012 >> 1 article
* Etoiles * comètes * galaxies * et trous noirs (2012) , 16/11/2012


2011 >> 4 articles
* Etoiles * comètes * galaxies * et trous noirs (2011) , 14/12/2011
Du titane sur la lune , 09/10/2011
Le mystère du pulsar de la nébuleuse du Crabe , 07/10/2011
Des particules plus rapides que la lumière ? , 23/09/2011
 

Plongée dans les premiers temps de l'Univers

Publié le 09/12/2025 à 00:01 par monde-antigone

 

Un satellite franco-chinois détecte un flash cosmique vieux de 13 milliards d'années

par Bénédicte Salvetat-Rey

AFP, TV5 Monde - 09 dec 2025

https://information.tv5monde.com/science/detection-dun-puissant-signal-cosmique-vieux-de-13-milliards-dannees-2800676

 

Le satellite franco-chinois SVOM a détecté en mars un sursaut gamma d’une extrême rareté, issu de l’effondrement d’une étoile massive il y a 13 milliards d’années. Le signal, émis "à un moment où l'Univers était très jeune", est l’un des plus lointains jamais observés. Un événement "excessivement rare". "C'est le cinquième sursaut gamma le plus lointain jamais détecté" et "le plus précis en termes de la lumière qu'on a récoltée et des mesures qu'on a faites", confie l'astrophysicien Bertrand Cordier, responsable scientifique du projet SVOM au Commissariat à l'énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA).

Lancée en juin 2024, la mission SVOM (Space-based multi-band astronomical Variable Objects Monitor) a pour objectif de détecter et de localiser ces phénomènes cosmiques à la puissance monumentale. Les sursauts gamma se produisent généralement après l'explosion d'étoiles massives (plus de 20 fois la masse du soleil) ou la fusion d'étoiles compactes. Ces bouffées de rayonnement d'une luminosité colossale peuvent dégager une énergie équivalente à plus d'un milliard de milliards de soleils. "Ce sont les événements les plus énergétiques dans l'Univers", explique Bertrand Cordier, qui a participé à deux études sur cette détection publiées mardi dans Astronomy Astrophysics, et dont il est respectivement premier auteur et co-auteur.

Étudier les sursauts gamma permet d'avancer sur des questions de "physique fondamentale", comme tenter de "comprendre comment on est capable de déployer une telle quantité d'énergie, quels sont les mécanismes en jeu". Dans les sursauts gamma, "la matière est accélérée à des vitesses proches de la vitesse de la lumière. Ce sont des conditions physiques qu'on ne peut pas reproduire sur Terre, mais qu'on peut observer dans les laboratoires cosmiques", ajoute-t-il. Ces signaux extrêmement lumineux servent aussi de "sondes" éclairant toute la matière qu'ils traversent avant de nous arriver. "Il faut vraiment avoir un flash de cette intensité pour arriver à mesurer" les conditions physiques de l'Univers à des âges très lointains. "C'est le seul moyen de le faire de manière directe", souligne le chercheur.

Première génération d'étoiles

Le 14 mars, quand ils ont reçu l'alerte d'une détection sur leur téléphone portable, les jeunes scientifiques d'astreinte de la mission SVOM ont assez vite compris qu'ils avaient affaire à un événement d'ampleur. Et ils ont convaincu d'autres télescopes de détourner leurs objectifs pour les braquer sur la zone d'émission. Après un sursaut gamma de quelques dizaines de secondes, l'objet qui en est à l'origine émet - pendant plus longtemps mais avec une intensité décroissante - dans d'autres longueurs d'onde: rayons X, optique, infrarouge, radio. Cette "contrepartie" est cruciale pour localiser précisément la source et étudier sa nature.

Verdict: le signal a été émis "à un moment où l'Univers était très jeune", à peine 700 millions d'années. "Les photons qui sont venus imprégner nos instruments ont voyagé pendant 13 milliards d'années", raconte Bertrand Cordier. C'est l'âge "des premières générations d'étoiles", formées après le Big Bang à partir d'une "matière primitive essentiellement composée d'hélium et surtout d'hydrogène". Ces étoiles ont produit les premiers éléments lourds (fer, carbone, oxygène...), jouant un rôle fondamental dans l'évolution de l'Univers.

Pour donner un sursaut de ce type-là, l'étoile qui s'est effondrée "devait faire peut-être une centaine de masses solaires", ajoute l'astrophysicien, qui espère que SVOM permettra de détecter "peut-être un ou deux" événements de ce type par an. "La difficulté, c'est d'arriver à tout enchaîner dans la chaîne" d'observation des contreparties. Après l'alerte du 14 mars, "il s'est écoulé 17 heures avant que le Very Large Telescopte (VLT), au Chili, ne se détourne. Pendant ce temps, l'intensité a décru. L'objectif, c'est d'être encore plus efficace. Si on arrive plus tôt, alors on aura des meilleures données", conclut le responsable.

 

Des images inédites des débuts de l'univers captées dans le nord du Chili

AFP, France24 - 02 jul 2025

https://www.france24.com/fr/info-en-continu/20250701-des-images-in%C3%A9dites-des-d%C3%A9buts-de-l-univers-capt%C3%A9es-dans-le-nord-du-chili

 

Des images dévoilées mardi et prises par le radiotélescope le plus puissant du monde dans le nord du Chili ont capturé le gaz qui, il y a plus de 13 milliards d'années, a donné naissance aux premières galaxies. 

Des étoiles plein les yeux. Le centre astronomique ALMA, qui abrite le radiotélescope le plus puissant du monde dans le nord du Chili, a dévoilé mardi 1er juillet des images considérées par ses chercheurs comme les plus détaillées jamais obtenues des débuts de l'univers. "Nous n'avions jamais obtenu autant de détails et de profondeur dans les galaxies de l'univers primitif", a déclaré à l'AFP Sergio Martin, chef du Département des opérations scientifiques d'ALMA, en marge d'une présentation à Santiago. Ces images ont capturé le gaz qui, il y a plus de 13 milliards d'années, a donné naissance aux premières galaxies, apportant un éclairage nouveau aux découvertes du télescope James Webb en 2012.

Avec la capture de ces gaz, il existe "la possibilité d'étudier d'où naissent les étoiles", a affirmé à l'AFP Rodrigo Herrera-Camus, directeur du Nucleo milenio de galaxias (MINGAL), centre de recherche chilien dédié à l'étude des galaxies. Fin juin, l'équipe de l'observatoire Vera Rubin, également situé dans le nord du Chili, a publié ses premières images, révélant des vues époustouflantes de galaxies lointaines et de régions où se forment les étoiles, mettant en valeur des éléments jamais observés auparavant.

Le nord du Chili accueille des télescopes de plus de 30 pays, y compris certains des instruments astronomiques les plus avancés au monde comme le radiotélescope du centre ALMA. Un autre projet majeur, l'Extremely Large Telescope, devrait entrer en service en 2027 et promet d'explorer des distances cosmiques jusqu'ici inaccessibles.

 

Le télescope James Webb capture l'image "la plus profonde" de l'univers

AFP, Franceinfo: - 27 mai 2025

https://www.franceinfo.fr/sciences/espace/le-telescope-james-webb-capture-l-image-la-plus-profonde-de-l-univers_7276278.html

 

Le télescope spatial James Webb a réalisé la vue "la plus profonde à ce jour" de l'univers sur une seule cible, dévoilant des galaxies se formant dans son lointain passé, ont annoncé le CNRS et l'ESA. "Grâce à l'effet de lentille gravitationnelle, ces observations dévoilent les toutes premières galaxies et les premières étoiles qui se forment durant le premier milliard d'années de l'histoire de l'Univers", précise l'organisme de recherche français dans un communiqué..

La nouvelle image a nécessité plus de 120 heures d'observation, ce qui en fait la plus longue période durant laquelle le télescope s'est concentré sur une seule cible. Il s'agit également du "regard le plus profond de James Webb sur une cible unique à ce jour", selon l'ESA, ce qui en fait l'une des images les plus profondes jamais capturées de l'univers.

Au centre lumineux de l'image, se trouve Abell S1063, un amas massif de galaxies, situé à 4,5 milliards d'années-lumière de la Terre. De tels objets célestes gigantesques peuvent courber la lumière d'objets situés derrière eux, créant une sorte de loupe cosmique appelée "lentille gravitationnelle". 

Ce sont les "arcs déformés" en rotation autour d'Abell S1063 qui intéressent les scientifiques, explique l'ESA dans son communiqué. Comme regarder loin dans l'Univers revient aussi à remonter le temps, ils espèrent ainsi comprendre comment se sont formées les premières galaxies, durant une période appelée l'"aube cosmique", lorsque l'Univers n'avait que quelques millions d'années.

 

Les premiers amas d'étoiles ont aidé à façonner les galaxies à l'aube cosmique

AFP, Sciences & Avenir - 25 jun 2024

https://www.sciencesetavenir.fr/sciences/les-premiers-amas-d-etoiles-ont-aide-a-faconner-les-galaxies-a-l-aube-cosmique_179166

 

Des astronomes ont observé dans l'Univers des amas d'étoiles si denses, que leur masse et leur lumière ont joué un rôle clé dans l'évolution de leur galaxie à l'époque de l'aube cosmique, selon une étude publiée lundi dans la revue Nature. "C'est impressionnant, nous ne voyons rien de tel dans l'Univers local" contemporain, explique à l'AFP Angela Adamo, professeur au département d'astronomie de l'Université de Stockholm. L'étude qu'elle a signé avec une équipe internationale a identifié cinq proto-amas globulaires ayant des caractéristiques remarquables, dans une galaxie naine des premiers âges de l'Univers, 460 millions d'années après le Big bang.

Découverte en 2018 dans des images du télescope spatial Hubble, Cosmic Gems Arc est alors la plus lointaine jamais observée, à plus de 13,2 milliards d'années lumière. En pleine époque dite de ré-ionisation, quand l'intense activité des premières étoiles et galaxies va illuminer l'Univers. Cette aube cosmique est un des terrains de jeu du nouveau télescope spatial James Webb, qui a un œil encore plus perçant que celui de Hubble. Là où ce dernier distinguait un faible arc de lumière rouge, le James Webb révèle "une galaxie très jeune, avec des amas d'étoiles très jeunes à l'intérieur", selon Mme Adamo.

"C'est vraiment la première fois qu'on peut observer ce type d'objet à cette distance", et donc à une époque si lointaine, explique à l'AFP Adélaïde Claeyssens, post-doctorante dans le département d'astronomie à Stockholm et co-signataire de l'étude. Cette observation doit aider à comprendre la "formation des amas d'étoiles qu'on observe encore dans l'univers proche, -qui sont maintenant très vieux-, et leur influence sur la formation des galaxies", ajoute-t-elle.

"Dans notre Voie lactée on voit environ 170 amas globulaires, mais il y en avait des milliers", avant qu'ils ne soient dispersés ou disloqués par l'expansion de la galaxie, explique Mme Adamo. Surtout, les survivants à l'intérieur du disque de la Voie lactée n'y pèsent pas grand-chose, avec une masse "insignifiante" par rapport à toutes les étoiles qui la peuplent. Alors qu'à l'inverse, les cinq amas d'étoiles observés dans Cosmic Gems Arc sont de véritables poids lourds, représentant ensemble environ 30 % de la masse de la galaxie. "Cela nous dit que l'Univers est très différent", à cette époque, selon l'astronome.

Très denses, ces amas d'étoiles sont concentrés chacun dans un diamètre très petit, inférieur aux quelques quatre années-lumière séparant notre Soleil de son étoile la plus proche, Proxima Centauri. "Imaginez qu'il y ait un million d'étoiles", dans cet espace, raconte Mme Adamo. Avec en leur sein des étoiles massives, dont la masse serait de 5.000 à 10.000 fois celle du Soleil, selon une étude récente de l'Université de Genève. "On sait que ces étoiles massives produisent beaucoup de radiations", et que de cette façon, "ils influencent la façon dont les galaxies forment des étoiles et comment se répartit le gaz autour des galaxies". De la même façon, ces étoiles très massives, à la fin de leur courte vie, ont créé des trous noirs dont certains pourraient être les objets supermassifs qu'on trouve aujourd'hui au cœur de nombreuses galaxies.

Ces observations ouvrent "une sorte de fenêtre" sur la genèse des galaxies, selon les astronomes de l'étude. Pour en savoir plus il faudra trouver d'autres futurs amas globulaires à l'époque de l'aube cosmique, et pouvoir les étudier plus en détail. "Le James Webb va aider à en trouver", selon la Pr. Adamo, mais les astronomes attendent l'arrivée de l'ELT (Extremely Large Telescope) de l'Observatoire européen austral "pour aider à comprendre les processus physiques à l’œuvre dans ces galaxies". "Encore 5 ans d'attente", avant de mieux comprendre ce qui se passait il y a plus de 13,2 milliards d'années.

 

L'Univers continue bien de grandir, avec un petit coup de frein
AFP, France24 - 04 avr 2024
https://www.france24.com/fr/info-en-continu/20240404-l-univers-continue-bien-de-grandir-avec-un-petit-coup-de-frein 


L'expansion de l'Univers se poursuit à grand pas, selon les premiers résultats de l'instrument DESI, qui en apporte la mesure la plus précise à ce jour. Mais cette expansion est peut-être moins rapide actuellement qu'il y a quelques milliards d'années.

Installé sur un télescope dédié au sommet de l'observatoire américain de Kitt Peak (Arizona), l'Instrument spectroscopique pour l'énergie sombre (DESI) est doté d'un véritable œil de mouche. Avec 5.000 fines fibres optique robotisées, dont chacune observe pendant 20 minutes une galaxie, ce qui permet de calculer son éloignement, et donc l'âge de l'Univers quand cette galaxie a émis sa lumière. "On a mesuré la position des galaxies dans l'espace et aussi dans le temps, puisque plus elles sont éloignées, plus on remonte dans le temps, vers un Univers de plus en plus jeune", explique à l'AFP Arnaud de Mattia, du Commissariat à l'énergie atomique (CEA), qui co-dirige le groupe d'interprétation cosmologique des données.

En un an, DESI, collaboration internationale de 70 institutions autour du Berkeley Lab américain, a déjà dressé une carte de six millions de sources lumineuses, galaxies et quasars, sur les 11 derniers milliards d'années de l'histoire de l'Univers (qui a 13,8 milliards d'années). Elle en a annoncé les résultats jeudi dans deux conférences, en Suisse et aux Etats-Unis, avant la publication d'une série d'articles scientifiques dans le Journal of Cosmology and Astroparticle Physics.

La mission principale de DESI est d'aider à comprendre la nature de l'énergie sombre, un élément aussi théorique que mystérieux, supposé responsable d'une accélération de l'expansion de l'Univers. En l’occurrence l'éloignement croissant et toujours plus rapide des amas de galaxies entre eux, comme si l'espace qui les sépare n'en finissait pas de gonfler.

Dans le modèle cosmologique standard, l'Univers observable est constitué de 5 % de matière baryonique - c'est-à-dire ordinaire -, de 25 % d'une hypothétique matière noire froide et de 70 % d'énergie sombre. On sait depuis un siècle que l'Univers est en expansion depuis ses origines. Et on a découvert plus récemment que cette expansion s'était nettement accélérée quelque six milliards d'années après le Big Bang.

Là où les deux matières (baryonique et noire) ralentissent cette expansion, l'énergie sombre, elle, l'accélère. Et elle a clairement le dessus, selon ce modèle baptisé Lambda-CDM, dans lequel Lambda désigne la constante cosmologique en lien avec l'énergie sombre. "Jusqu'à présent, nous constatons un accord de base avec notre meilleur modèle de l'Univers, mais nous observons aussi quelques différences potentiellement intéressantes, qui pourraient indiquer que cette énergie noire a évolué avec le temps", déclare Michael Levi, directeur de la collaboration DESI, cité dans un communiqué du Berkeley Lab du Département américain de l'énergie.

En d'autres termes, et le conditionnel est plus que de rigueur, rappelle Arnaud de Mattia, "les données de DESI semblent montrer que la constante cosmologique Lambda ne serait pas réellement une constante": l'énergie noire aurait un "comportement dynamique" selon les époques considérées. L'accélération de l'expansion aurait ainsi été "plus importante dans le passé, à partir de 6 milliards d'années, avant de diminuer dans les temps récents", complète Christophe Yèche, physicien au CEA qui a participé à la préparation du relevé DESI. Le scénario d'une variation de l'énergie noire dans le temps reste à confirmer par encore plus de données de DESI et celles d’autres instruments, comme le téléscope spatial européen Euclid.

Mais si cette décélération devait être confirmée, il faudrait alors s'accommoder du comportement peu orthodoxe de l'énergie sombre. En remplaçant par exemple la constante cosmologique par un champ de force lié à une particule -restant à identifier- qui modifierait la constante de l'énergie sombre. Ou bien en modifiant les équations de la relativité générale, "pour qu'elles se comportent légèrement différemment à l'échelle des grandes structures", selon M. de Mattia.

On n'en est pas là. Le chercheur rappelle que l'histoire des sciences n'est pas avare de cas "où l'on a vu des déviations de ce type qui se sont résorbées avec le temps". Après tout, à plus de cent ans d'âge, la théorie de la relativité générale d'Einstein se porte encore comme un charme.


Première découverte d'une "bulle de galaxies" issue des premiers âges de l'Univers
AFP, Sciences & Avenir - 08 sep 2023
https://www.sciencesetavenir.fr/sciences/premiere-decouverte-d-une-bulle-de-galaxies-issue-des-premiers-ages-de-l-univers_173691 


Des astronomes ont découvert pour la première fois une "bulle de galaxies", une structure de taille colossale dont la genèse remonte aux premiers temps de l'Univers, il y a quelque 13,8 milliards d'années, selon une étude dans Astrophysical journal. Il faut imaginer, faute de pouvoir l'observer à l'oeil nu, une structure d'un milliard d'années-lumière de diamètre, dix mille fois plus large que notre galaxie.

Située dans ce que les astronomes appellent l'Univers proche, à environ 820 millions d'années-lumière de la Voie lactée, on peut la décrire comme une "coquille sphérique avec un cœur", explique à l'AFP le chercheur français Daniel Pomarède, astrophysicien au Commissariat à l'énergie atomique (CEA) et co-auteur de l'étude publiée cette semaine. Le cœur de cette coquille est le super-amas de galaxies du Bouvier, entouré d'un grand vide, et ceinturé par d'autres super-amas et des filaments galactiques comme le Grand mur de Sloan.

Sa découverte "s'inscrit dans un très long processus scientifique", selon M. Pomarède, car elle valide un phénomène décrit en 1970 par le cosmologiste américain et futur prix Nobel de physique, Jim Peebles. Il postule que dans l'Univers primordial, constitué alors d'un plasma de particules et de lumière, les processus à l'œuvre produisent des ondes acoustiques. Ces vibrations vont créer au sein du plasma des sortes de bulles avec de la matière au centre. Le processus s'interrompt 380.000 ans après le Big bang, "gelant" la forme de ces bulles. Elles vont alors grossir en suivant l'expansion de l'Univers, comme autant de "fossiles" de ses premiers âges.

Le phénomène, portant le nom barbare d'oscillation acoustique baryonique (BAO), avait trouvé une preuve indirecte de son existence en 2005, avec des analyses statistiques sur des catalogues de galaxies. Jusqu'à la découverte de Ho'oleilana, un mot tiré du chant hawaïen de la création signifiant "les murmures de l'éveil". Cette appellation doit beaucoup au premier auteur de l'étude, Richard Brent Tully, astrophysicien américain de l'Institut d'astronomie d'Honolulu. On lui devait déjà la découverte en 2014, avec Daniel Pomarède, du super-amas galactique Laniakea, "ciel immense" en hawaïen, qui contient à lui seul quelque 100.000 galaxies, dont notre Voie lactée. La découverte de Ho'oleilana s'est faite de façon fortuite, par le biais de travaux de M. Tully sur de nouveaux catalogues de galaxies. "C'était quelque chose d'inattendu", selon M. Pomarède, alors sollicité pour une cartographie de cette région du ciel "qui était un peu une terra incognita pour nous".

Les deux chercheurs ont ensuite fait appel au jeune cosmologiste australien Cullan Howlett, de l'Université de Brisbane. Ce troisième auteur de l'étude, expert en BAO et en analyse des grands catalogues de galaxies, a "déterminé mathématiquement la structure sphérique qui correspondait le mieux aux données fournies". Le tout a permis de visualiser en 3D la forme de Ho'oleilana et la position des archipels de galaxies qui la composent. "Cerise sur le gâteau", selon le chercheur du CEA, ce travail contribue à un sujet clé de la cosmologie, la valeur de la constante de Hubble. Cette dernière permet de calculer le taux d'expansion de l'Univers, qui voit ses galaxies continuer de s'éloigner les unes des autres, et une bulle comme Ho'oleilana continuer à gonfler. Mais cette constante de Hubble est sujette à une "tension", c'est-à-dire à des valeurs différentes selon qu'on la mesure dans l'Univers proche ou lointain. En l'occurrence, les travaux sur Ho'oleilana confortent la première.

L'aventure des découvertes d'autres bulles ne fait que commencer, avec par exemple l'arrivée d'instruments comme le télescope spatial européen Euclid, lancé en juillet, qui va aider à comprendre l'expansion de l'Univers. Ou encore celle à venir du grand radiotélescope sud-africain SKA, "pour observer l'Univers du côté sud de notre galaxie", conclut M. Pomarède.


Le temps paraît s'écouler 5 fois plus lentement dans les premiers temps de l'Univers
AFP, Sciences & Avenir - 03 jul 2023
https://www.sciencesetavenir.fr/sciences/le-temps-parait-s-ecouler-cinq-fois-plus-lentement-dans-les-premiers-temps-de-l-univers_172440  


La théorie de la relativité posée par Albert Einstein prédit qu'à cause de l'expansion de l'Univers, "on devrait observer l'Univers lointain grandir au ralenti", explique à l'AFP Geraint Lewis, astrophysicien à l'Université de Sydney et premier auteur de l'étude parue lundi dans Nature Astronomy. Des chercheurs avaient utilisé l'observation d'étoiles terminant leur vie en explosion, des supernovæ, pour montrer que le temps paraissait s'écouler 2 fois plus lentement quand l'Univers avait la moitié de son âge actuel, qui est de 13,8 milliards d'années.

La nouvelle étude utilise les quasars, qui sont incomparablement plus brillants, pour remonter jusqu'à un milliard d'années après la naissance de l'Univers. Le temps parait s'y écouler 5 fois plus lentement, selon l'étude. "Tout semble fonctionner au ralenti" pour l'observateur actuel, selon le Pr. Lewis mais "si je pouvais vous transporter par magie il y a 10 milliards d'années pour vous déposer près d'un de ces quasars, et que vous regardiez votre chronomètre, tout vous paraîtrait normal", a-t-il expliqué. "Une seconde serait une seconde", a-t-il ajouté.

Pour mesurer le phénomène, appelé la dilatation cosmologique du temps, le Pr. Lewis et le statisticien de l'Université néo-zélandaise d'Auckland, Brendon Brewer, ont analysé les données de 190 quasars, récoltées sur 20 ans. Les quasars, des noyaux galactiques abritant un trou noir supermassif en leur centre, sont réputés être les objets les plus brillants et énergétiques du cosmos. Ce qui en fait des "balises très pratiques pour cartographier l'Univers", selon le Pr. Lewis. La difficulté a été d'en faire des horloges cosmiques aussi faciles à utiliser que les supernovæ. Ces dernières fournissent un signal unique mais fiable dans le temps.

Pour les quasars, les chercheurs sont arrivés à leurs fins grâce à un grand nombre de données et à de récents progrès dans la compréhension statistique d'évènements aléatoires. En l'occurrence les chercheurs sont arrivés à interpréter les multiples secousses qui interviennent quand le trou noir du quasar absorbe de la matière.

Le Pr. Lewis a comparé la chose à un feu d'artifice, dans lequel les grandes gerbes paraissent exploser de façon aléatoire, mais dont les éléments "brillent puis pâlissent" selon une temporalité définie et régulière. "Nous avons dépiauté ce spectacle de feu d'artifice, et montré que les quasars peuvent être utilisés eux aussi comme des balises temporelles des premiers temps de l'Univers"', a-t-il dit. Et ainsi démontré qu'"Einstein a raison une fois de plus".

De précédentes tentatives d'utiliser les quasars pour mesurer la théorie de dilatation cosmologique du temps avaient échoué, et débouché sur d'"étranges suggestions". Comme celle que les quasars n'étaient pas des objets aussi lointains qu'observé. La nouvelle étude "remet les choses à leur place", en montrant que ces objets obéissent eux aussi aux lois de l'Univers.


Un télescope spatial découvre des galaxies massives près de l’aube cosmique
par Marcia Dunn
AP - 22 fev 2023
https://apnews.com/article/webb-space-telescope-galaxies-e806176f01487742e9973e99adb24418  


CAPE CANAVERAL, Floride - Des astronomes ont découvert ce qui semble être des galaxies massives datant de moins de 600 millions d’années après le Big Bang, ce qui suggère que l’univers primitif pourrait avoir eu une voie rapide stellaire qui a produit ces « monstres ». Alors que le nouveau télescope spatial James Webb a repéré des galaxies encore plus anciennes, datant à moins de 300 millions d’années du début de l’univers, c’est la taille et la maturité de ces six méga-galaxies apparentes qui stupéfient les scientifiques. Ils ont rapporté leurs conclusions mercredi.

Le chercheur principal Ivo Labbe de l’Université de technologie de Swinburne en Australie et son équipe s’attendaient à trouver de petites galaxies si proches de l’aube de l’univers – pas ces whoppers. « Alors que la plupart des galaxies de cette époque sont encore petites et ne grandissent que progressivement avec le temps », a-t-il déclaré dans un courrier électronique, « il y a quelques monstres qui arrivent rapidement à maturité. On ne sait pas pourquoi c’est le cas ou comment cela fonctionnerait ». Chacun des six objets semble peser des milliards de fois plus que notre soleil. Dans l’un d’eux, le poids total de toutes ses étoiles pourrait être jusqu’à 100 milliards de fois supérieur à celui de notre soleil, selon les scientifiques, qui ont publié leurs résultats dans la revue Nature.

Labbe a déclaré que lui et son équipe ne pensaient pas que les résultats étaient réels au début – qu’il ne pouvait pas y avoir de galaxies aussi matures que notre propre Voie lactée si tôt dans le temps – et qu’ils devaient encore être confirmés. Les objets semblaient si gros et brillants que certains membres de l’équipe pensaient avoir fait une erreur. « Nous étions époustouflés, un peu incrédules », a déclaré Labbe.

Joel Leja, de la Pennsylvania State University, qui a participé à l’étude, les appelle des « briseurs d’univers ». « La révélation que la formation massive de galaxies a commencé extrêmement tôt dans l’histoire de l’univers bouleverse ce que beaucoup d’entre nous pensaient être une science établie », a déclaré Leja dans un communiqué. « Il s’avère que nous avons trouvé quelque chose de si inattendu que cela crée des problèmes pour la science. Cela remet en question toute l’image de la formation des premières galaxies. »

Ces observations de galaxies ont été parmi les premiers ensembles de données provenant du télescope Webb de 10 milliards de dollars, lancé il y a un peu plus d’un an. Webb de la NASA et de l’Agence spatiale européenne est considéré comme le successeur du télescope spatial Hubble, à l’occasion du 33e anniversaire de son lancement. Contrairement à Hubble, Webb, plus grand et plus puissant, peut scruter à travers des nuages de poussière grâce à sa vision infrarouge et découvrir des galaxies inédites. Les scientifiques espèrent éventuellement observer les premières étoiles et galaxies formées après la création de l’univers il y a 13,8 milliards d’années.

Les chercheurs attendent toujours une confirmation officielle par spectroscopie sensible, en prenant soin d’appeler ces galaxies massives candidates pour le moment. Leja a déclaré qu’il est possible que quelques-uns des objets ne soient pas des galaxies, mais des trous noirs supermassifs obscurcis. Alors que certains peuvent s’avérer plus petits, « les chances sont bonnes, au moins certains d’entre eux se révéleront être » des géants galactiques, a déclaré Labbe. « L’année prochaine nous le dira ». L’une des premières leçons de Webb est « de laisser aller vos attentes et d’être prêt à être surpris », a-t-il déclaré.
 

Le Big Bang contre la théorie de l’état stationnaire

Publié le 06/12/2025 à 06:08 par monde-antigone

 

L’Univers a-t-il un début ? Le Big Bang contre la théorie de l’état stationnaire

par Waleed Mouhali, enseignant-chercheur en Physique, ECE Paris

The Conversation - 26 nov 2025

https://theconversation.com/lunivers-a-t-il-un-debut-le-big-bang-contre-la-theorie-de-letat-stationnaire-269855

 

La question de l’évolution de l’Univers a attisé de nombreux débats au cours de l’histoire de la physique. Au début du XXe siècle, deux camps de scientifiques s’affrontèrent: d’un côté, les tenants d’un Univers stable et ayant toujours existé, de l’autre, les physiciens qui adhèrent au modèle d’un atome primitif, ancêtre de notre théorie du Big Bang.

Au cours du XXe siècle, la cosmologie a été bouleversée par deux visions concurrentes du Cosmos. D’un côté, Georges Lemaître proposait l’hypothèse d’un "atome primitif", précurseur du Big Bang, selon laquelle l’Univers a une histoire et un commencement. De l’autre, Fred Hoyle, Thomas Gold et Hermann Bondi défendaient en 1948 une alternative: l’état stationnaire, un modèle où l’Univers, en expansion, reste inchangé à grande échelle grâce à une création continue de matière.

Cette théorie séduisait par son élégance: elle évitait l’idée d’un début absolu et renouait avec de vieilles intuitions philosophiques – puisqu’elles remontent à la Grèce antique – selon lesquelles le Cosmos était éternel et immuable. Mais elle allait bientôt se heurter à l’épreuve des observations. Le déclin de cette théorie fascinante s’inscrit dans une querelle scientifique majeure, au terme de laquelle le modèle de l’atome primitif de Georges Lemaître s’est imposé.

Le modèle de l’état stationnaire: un Univers éternel et immuable

En 1948, Fred Hoyle, Thomas Gold et Hermann Bondi introduisent le modèle cosmologique de l’état stationnaire. Leur approche repose sur deux principes fondamentaux. D’une part, le principe cosmologique parfait: non seulement l’Univers est homogène et isotrope dans l’espace – cela signifie qu’à grande échelle, l’Univers présente les mêmes propriétés en tout point et dans toutes les directions d’observation, aucun lieu ni direction n’est privilégiés – mais il l’est aussi dans le temps – ses propriétés sont globalement les mêmes à toutes les époques. D’autre part, ils postulent la création continue de matière pour compenser l’expansion observée de l’Univers mise en évidence par Hubble, de la matière est continuellement créée à un rythme très faible (de l’ordre d’un atome d’hydrogène par mètre cube tous les milliards d’années).

Ce modèle évite un commencement à l’Univers, et par conséquent la question philosophique et scientifique de la création de quelque chose à partir du néant. Il offre un cadre élégant, statique à grande échelle, dans lequel l’Univers n’a ni origine ni fin. D’un point de vue philosophique, il s’inscrit dans la continuité d’une vision éternelle du Cosmos, une position qui était majoritaire parmi les savants de l’Antiquité jusqu’au XVIIIe siècle, une idée déjà défendue par les stoïciens ou Aristote. À noter qu’Aristote s’interroge sur les limites de l’Univers et rejette l’idée d’un Univers infini, qu’il juge physiquement insoutenable.

Pourquoi le modèle de l’état stationnaire a-t-il séduit ?

Le modèle de l’état stationnaire a longtemps bénéficié d’un certain prestige pour plusieurs raisons. D’abord, sa simplicité philosophique, que l’on vient de décrire, mais aussi sa stabilité mathématique, puisqu’il repose sur des solutions simples des équations cosmologiques formulées par Einstein dans le cadre de sa relativité générale. Enfin, il séduit aussi du fait de son esthétique scientifique : un Univers inchangé dans le temps apparaît comme harmonieux et prévisible.

Le modèle de l’état stationnaire avait donc tout pour plaire. Sûr de sa théorie, c’est Fred Hoyle, en voulant se moquer et tourner en dérision le modèle concurrent de l’atome primitif qu’il considérait comme absurde, qui forge le terme de Big Bang lors d’une émission de radio sur la BBC en 1949. Et pourtant…

 

Le modèle de l’atome primitif de Lemaître: un précurseur du Big Bang

Avant même la formulation du Big Bang moderne tel que nous le concevons aujourd’hui, le prêtre et physicien belge Georges Lemaître avait développé en 1931 une hypothèse audacieuse: le modèle de l’atome primitif. Selon lui, l’Univers aurait été créé à partir de la désintégration d’un "atome cosmique", un point originel dense et chaud, à l’origine de l’expansion de l’espace. Il complète ainsi un modèle qu’il avait commencé à formuler dès 1927, dans lequel il proposait déjà un Univers en expansion.

Lemaître s’appuie sur les solutions dynamiques des équations d’Einstein et sur les observations de Edwin Hubble, astronome américain ayant découvert que les galaxies s’éloignent des unes des autres. Il conçoit un Univers en expansion, mais doté d’un passé à la fois physique et avec un commencement. Lemaître imaginait l’atome primitif comme un noyau contenant toute la matière de l’Univers dont la fission aurait déclenché l’expansion cosmique. Il interprétait les rayons cosmiques, récemment découverts, comme des résidus de cette désintégration initiale. Cette hypothèse s’est avérée inexacte puisqu’ils proviennent en réalité de phénomènes astrophysiques situés dans notre environnement cosmique proche.

Contrairement à Hoyle, il accepte la notion de début sans lien avec une quelconque création religieuse, qu’il considère en tant qu’ecclésiaste comme une notion philosophique et non pas comme un événement particulier. Le modèle de l’atome primitif est le précurseur direct de ce que l’on appellera par découvertes successives le modèle du Big Bang, qui s’imposera plus tard, notamment grâce à ses prédictions observables.

Les preuves observationnelles contre l’état stationnaire

Malgré son attrait initial, le modèle de l’état stationnaire a commencé à vaciller face à des données de plus en plus précises. Le coup le plus dur arrive en 1964, quand Arno Penzias et Robert Wilson détectent par hasard un signal radio bruité provenant de toutes les directions d’observation. Ce bruit, appelé rayonnement cosmologique, est en fait la lueur fossile laissée par l’Univers très jeune, exactement comme l’avaient prédit les partisans du Big Bang. Le modèle stationnaire, lui, n’a aucun moyen d’expliquer un tel vestige. Le fond diffus cosmologique, découvert en 1965, est le témoin le plus direct du Big Bang. Ses détails ont ensuite été étudiés par les satellites COBE (1992), WMAP (2003) et Planck (2009).

D’autres indices vont dans le même sens: les galaxies lointaines – dont l’image qui nous parvient d’elle date du moment où elles étaient encore jeunes – n’ont pas la même apparence que les galaxies actuelles. De plus, les quasars, sortes de noyaux galactiques hyperactifs, étaient bien plus nombreux dans le passé qu’aujourd’hui. Ces différences montrent que l’Univers évolue au fil du temps, contrairement à ce qu’affirmait l’état stationnaire. Enfin, le Big Bang prédit avec une grande précision les proportions des éléments légers (hélium, deutérium, lithium) formés durant les toutes premières minutes. Les mesures des éléments fossiles qui sont parvenus jusqu’à nous confirment ces valeurs. Le modèle stationnaire, qui n’inclut pas de phase chaude et dense initiale, est incapable de les expliquer.

L’évolution de la cosmologie moderne

Face à ces observations, la communauté scientifique adopte progressivement le modèle du Big Bang comme modèle standard. Pourtant, Fred Hoyle, dans les années 1990, refusant d’abandonner son hypothèse, propose un modèle dit quasi stationnaire, mais il reste marginal.

Aujourd’hui, le modèle ΛCDM (Lambda Cold Dark Matter), une version étendue du Big Bang qui intègre la constante cosmologique, l’idée selon laquelle il existe une minuscule énergie du vide, identique partout, exerçant une pression qui accélère l’expansion de l’Univers, est considéré comme le cadre le plus complet pour décrire l’évolution de l’univers. Introduite par Einstein en 1917 pour contrecarrer l’effet de la gravité dans un Univers qu’il pensait lui-même statique, elle a été réhabilitée sous le nom d’énergie sombre pour expliquer l’accélération observée, est considéré comme le cadre le plus complet pour décrire l’évolution de l’Univers.

Le modèle de l’état stationnaire illustre un cas typique d’élégance théorique confrontée à la rigueur de l’expérimentation. Cette controverse a stimulé les débats, inspiré des développements mathématiques et permis une meilleure compréhension de ce qu’est une bonne théorie scientifique: cohérente, testable, et surtout, réfutable. Elle rappelle aussi que la science avance non par dogme, mais par confrontation avec la réalité du cosmos. Et si certaines théories comme celle de la simulation ou du multivers flirtent aujourd’hui avec la frontière de ce que l’on est capable de tester, elles perpétuent une tradition millénaire: tenter de comprendre ce qui, depuis toujours, nous dépasse.

 

Un proche de Musk à la tête de la NASA

Publié le 14/11/2025 à 07:29 par monde-antigone

 

Les implications de la nomination d'un proche d'Elon Musk à la tête de la NASA

par Stéphanie Jaquet, avec agences

RTS - 09nov 2025

https://www.rts.ch/info/sciences-tech/2025/article/les-implications-de-la-nomination-d-un-proche-d-elon-musk-a-la-tete-de-la-nasa-29050130.html

 

Après plusieurs revirements, Donald Trump a annoncé le 5 novembre renommer le milliardaire JaredIsaacman, proche d'Elon Musk, pour prendre la tête de la NASA, la puissante agence spatiale américaine. Le président l'avait pourtant écarté en mai. Cette nomination inquiète les milieux scientifiques. "La passion de Jared pour l'espace, son expérience d'astronaute et son dévouement à repousser les limites de l'exploration, à percer les mystères de l'Univers et à faire progresser la nouvelle économie spatiale font de lui la personne idéale pour mener la NASA vers une nouvelle ère pleine d'audace", avait justifié le président américain sur son réseau Truth Social.

Un message enthousiaste alors que, fin mai, le républicain avait retiré in extremis sa nomination. Il avait justifié son revirement par un "examen approfondi" des "associations antérieures" de l'homme d'affaires qui avait, par le passé, fait des dons à des élus démocrates, "un démocrate pur et dur, qui n'avait jamais contribué financièrement à un républicain auparavant". "Merci, Monsieur le Président", a réagi JaredIsaacman sur la plateforme X d'Elon Musk en remerciant la "communauté des amoureux de l'espace". Quant à Elon Musk, il a partagé sur son réseau trois émoticônes: un cœur, une fusée et le drapeau américain.

 

Portraitsuccint de JaredIsaacman

Jared TaylorIsaacman est né le 11 février 1983 dans le New Jersey. Il a lancé son premier business à l'âge de 15 ans, juste une année avant d'abandonner ses études secondaires. Il crée des sites internet et vend des terminaux de cartes de crédit depuis le sous-sol de ses parents, rapporte Forbes dans un article de 2020.

Puis il crée à 28 ansDraken International, une société qui allait devenir la plus grande force aérienne privée au monde; elle fournit des formations à la lutte aérienne aux forces armées américaines, britanniques et à d'autres forces aériennes de l'OTAN. Huit ans après l'avoir fondée, il la vend pour un montant à 9 chiffres. Depuis juin 2020, il est devenu milliardaire après avoir introduit en bourse Shift4Payment, son entreprise de paiement en ligne pour restaurants et hôtels.

JaredIsaacman est le premier astronaute privé à avoir effectué une sortieextra-véhiculaire dans l'espace, lors d'une mission privée menée par SpaceX. Il a également acheté plusieurs tickets pour voler avec la compagnie d'Elon Musk.

 

Histoire d'une nomination chahutée

La marche arrière dans la nomination de JaredIsaacman est survenue au moment même où les relations entre Donald Trump et le multimilliardaire Elon Musk se dégradaient, les tensions entre les deux hommes ayant fini par exploser spectaculairement début juin. Puis, un apaisement relatif avait semblé s'opérer entre les deux hommes: ils avaient notamment été vus côte à côte lors de l'hommage rendu en septembre à l'influenceur conservateur Charlie Kirk.

La nouvelle nomination de JaredIsaacman survient après de vives tensions entre Elon Musk et le ministre des Transports de Trump, Sean Duffy, chargé de la gestion par intérim de la NASA. Ce dernier avait pris la suite de Janet Petro; la première femme à occuper le poste n'était restée administratrice de l'agence que du 20 janvier au 9 juillet 2025. Elle succédait à Bill Nelson, administrateur pendant la présidence de Joe Biden. Selon des informations de presse, Sean Duffy s'opposait à ce que JaredIsaacman soit nommé une deuxième fois et souhaitait garder la gestion de la NASA.

A noter que Donald Trump avait nommé une première fois JaredIsaacman en décembre dernier: ce choix avait suscité des inquiétudes sur d'éventuels conflits d'intérêt. L'homme d'affaires de 42 ans est réputé très proche du patron de SpaceX Elon Musk, avec lequel il a des liens financiers étroits. Quant à Elon Musk, il s'en est récemment pris frontalement à Sean Duffy après que ce dernier a évoqué la possibilité de se passer de son entreprise pour retourner sur la Lune, en raison de retards pris par SpaceX. Des propos qui avaient irrité au plus haut point le multimilliardaire.

La nomination de JaredIsaacman à la tête de la NASA doit à présent être confirmée par le Sénat américain. Mais en raison de l'actuel shutdown, il est difficile de savoir si et quand le milliardaire de 42 ans pourrait prendre ses fonctions. "La nomination de l'un ou l'autre est peu significative par rapport à la politique américaine envers la recherche de base qui est vue comme élitiste et inutile", réagit Francesco Pepe, professeur d'astronomie à l'UNIGE. "Plus généralement, en ce qui concerne le financement de la recherche, on vit des moments dramatiques. C'est vrai pour le spatial mais aussi pour la recherche, la météorologie, l'observation de la Terre, la négation des problèmes climatiques",remarque-t-il. Il souligne: "La communauté scientifique américaine est en pleine dépression en ce moment. C'est un problème mondial, car cette attitude ne tardera pas à s'exporter". L'argent pour seul mobile, en somme, selon lui: "L'éthique n'a plus aucune signification".

 

Mars comme but ultime

Joint par RTS, StéphanePaltani, professeur à l'Université de Genève, note: "Avec un proche d'Elon Musk à ce poste, la NASA va aller dans le sens de ce qu'il veut lui, c'est-à-dire aller sur Mars. Et le plus vite possible". En avril juste après sa première nomination, JaredIsaacman affirmait pourtant devant le Sénat vouloir donner la priorité à la Lune. De son côté, Elon Musk voit le satellite naturel de la Terre comme une "distraction" dans la route vers Mars.

StéphanePaltani, également président de la Commission de recherche spatiale de l'Académie suisse des sciences naturelles, se dit préoccupé par les décisions déjà prises par Donald Trump: "Dans lepresidential budgetrequest [Ndlr. la proposition budgétaire pour l'année fiscale que la MaisonBlanche soumet au Congrès pour chaque agence fédérale, dont la NASA], il y a déjà une proposition de baisse de 25 % par rapport à 2025. La coupe de 50 % dans le budget de la recherche scientifique est énorme ! [Ndlr. Le budget global prévu pour la direction des missions scientifiques chute de 7,334 milliards de dollars en 2025 à 3,908 milliards en 2026; Le personnel de la NASA va fondre de 20 % en raison de la politique de dégraissage de Donald Trump]. Et la manière dont le budget est implémenté est le rôle de l'administrateur de la NASA... Je crains une priorisation des vols habités". Et, pour le domaine de l'astrophysique et l'astronomie, ce n'est de loin pas ce qui est le plus important pour mieux connaître notre Univers.

Même le célèbre astronaute français Thomas Pesquet – qui rêve d'aller sur la Lune – ne veut pas poser son pied sur Mars: "Cette mission sera effroyable de vide et de rien", écrit-il dans "Éloges du dépassement" son livre paru le 5 novembre. "C'est la direction opposée aux intérêts de la communauté scientifique", enchérit StéphanePaltani. Thomas Pesquet précise dans une interview au service public français la particularité du voyage pour la planète Mars: "C'est 300 jours allé, 300 jours sur place, 300 jours retour. Donc 300 jours dans le volume d'une Fiat 500, il va falloir quand même un peu de coloriage pour s'occuper !"

En comparaison, pour rejoindre la Station Spatiale Internationale (ISS), il ne faut que 23 heures. Outre le risque de "péter un plomb", comme l'écrit le spationaute, les risques techniques sont nombreux et l'éventualité de ne jamais revenir fort possible car, une fois lancée, une fusée est obligée de suivre sa trajectoire: "Le moyen le plus rapide de revenir, c'est d'aller jusqu'à destination, de faire le tour de la planète et de se servir de la gravité de cette planète pour revenir". Il ne faut pas oublier que la planète rouge se trouve en moyenne à 225 millions de kilomètres de la Terre: entre 54,6 (périhélie, quand Mars et la Terre sont du même côté du Soleil) et 401 (aphélie, aux points les plus éloignés l'une de l'autre) millions de kilomètres.

 

L'incontournable NASA

L'astrophysicien, qui participe aux décisions du programme de l'ESA, précise que les programmes du monde entier vont ressentir l'impact des choix futurs de la NASA: "Le Conseil scientifique de l'ESA est très inquiet: nous avons d'ordinaire trois réunions annuelles et en 2025, nous en aurons au total quatre de plus, rien que pour parler de cela",indique-il à quelques heures de prendre un train pour Paris pour l'un de ces colloques. "Toutes les missions américaines ont des contributions européenne et vice-versa. L'Europe ne peut pas se passer des Etats-Unis: les missions de l'ESA ne pourront pas réaliser les développements technologiques pris en charge par la NASA. Et on ne parle même pas des moyens financiers! Sans compter qu'avec le shutdown politique en cours, tout est à l'arrêt".

Pas moyen de contourner l'agence spatiale américaine: "Impossible de compter sur la russe actuellement. La canadienne reste petite, l'indienne n'a pas le niveau technique, la japonaise est plus grande, mais elle a pris du retard et l'effondrement du yen l'a beaucoup affectée", énumère StéphanePaltani: "L'ESA cherche des partenaires potentiels, mais n'en a pas trouvé de crédibles pour le moment". Pour lui, la Chine pourrait contrer le retard que la science européenne risque de prendre face aux péripéties imposées à la NASA par l'administration Trump: "Mes collègues chinois sont faciles, compétents, très ouverts: ils ont envie de travailler avec nous", avance StéphanePaltani. "La science peut coaliser les gens. On diabolise trop la Chine et on s'y oppose pour faire le jeu des Etats-Unis qui ne veulent pas passer au second plan", estime-t-il. Pour le cosmologiste, le Vieux Continent en subira les conséquences durant de nombreuses années: "L'Europe est entre les deux et paie les pots cassés".

 

* Etoiles * comètes * galaxies * et trous noirs (2025 - ?)

Publié le 17/07/2025 à 00:02 par monde-antigone

  

Des astronomes observent la naissance d'un système solaire

AFP, Sciences & Avenir - 16jul 2025

https://www.sciencesetavenir.fr/sciences/des-astronomes-observent-la-naissance-d-un-systeme-solaire_187181

 

Des astronomes ont observé les premières étapes de la naissance de planètes autour d'une étoile, un processus similaire à celui qui a formé notre propre système solaire, selon une étude publiée mercredi dans Nature. "Pour la première fois, nous avons identifié le moment le plus précoce où la formation d'une planète débute autour d'une étoile autre que notre Soleil", s'enthousiasme Melissa McClure, professeure à l'université de Leiden (Pays-Bas) et principale auteure de l'étude, dans un communiqué de l'ESO. Située dans la nébuleuse d'Orion, à 1.300 années-lumière de nous, HOPS-315 est une jeune étoile qui ressemble beaucoup à notre Soleil dans de sa prime jeunesse.

Ces étoiles naissantes sont entourées de disques de gaz et de poussières, appelés "disques protoplanétaires", dans lesquels se forment les planètes. A l'intérieur, des minéraux cristallins contenant du monoxyde de silicium (SIO) peuvent s'y condenser à des températures extrêmement élevées. Avec le temps, ils s'agrègent, gagnant en taille et en masse pour former des "planétésimaux", les premières parties solides des planètes. Dans notre système solaire, ces minéraux cristallins, qui ont ensuite donné naissance à des planètes comme la Terre ou au noyau de Jupiter, ont été piégés dans d'anciennes météorites. Que les astronomes utilisent pour dater le début de la formation de notre coin de la Voie lactée.

En observant le disque autour de HOPS-315, les auteurs de l'étude ont réussi à trouver des preuves que ces minéraux chauds commencer à s'y condenser. Leurs résultats montrent que le SIO est présent autour de la jeune étoile à l'état gazeux ainsi qu'à l'intérieur de ces minéraux cristallins, ce qui suggère qu'il ne fait que commencer à se solidifier. "Ce processus n'a jamais été observé auparavant dans un disque protoplanétaire, ni nulle part ailleurs en dehors de notre système solaire", souligne Melissa McClure et coauteure de l'étude.

Ces minéraux ont été identifiés pour la première fois à l'aide du télescope spatial James Webb. Puis les scientifiques ont observé le système avec l'instrument ALMA de l'ESO au Chili, pour déterminer l'origine exacte des signaux chimiques. Ils ont découvert que ceux-ci provenaient d'une petite portion du disque autour de l'étoile, équivalente à l'orbite de la ceinture d'astéroïdes qui entoure notre Soleil. Ce qui fait de HOPS-315 un miroir de notre propre passé. "Ce système est l'un des meilleurs que nous connaissions pour explorer certains des processus qui se sont produits dans notre système solaire", se réjouitMerelvan't Hoff, professeure à l'université dePurdue (États-Unis) et coauteure de l'étude.

 

Le troisième objet interstellaire jamais observé fuse à travers le Système solaire

AFP, Sciences & Avenir - 02 jul 2025

https://www.sciencesetavenir.fr/sciences/un-possible-objet-interstellaire-traverse-le-systeme-solaire_186931

 

Un objet venant de l'extérieur du Système solaire a été repéré en train de le traverser à toute allure (...) ont confirmé mercredi des astronomes. Cet objet, probablement le plus volumineux jamais observé, a été classifié comme comète par le Centre des planètes mineures de l'Union astronomique internationale.

Son aspect "suggère qu'il s'agit principalement de glace plutôt que de roche", a expliqué à l'AFP Jonathan McDowell, astronome au Centre d'astrophysique de Harvard-Smithsonian. Il ne présente pas de risque de collision avec la Terre, a précisé à l'AFP le responsable de la défense planétaire de l'ESA, Richard Moissl. "Il va voler profondément dans le Système solaire, en passant juste à l'intérieur de l'orbite de Mars". Les astronomes sont encore en train de préciser leurs calculs, mais sa vitesse semble dépasser les 60 km/s, soit plus de 200.000 km/h. Ca signifie qu'il n'est pas lié à l'orbite du Soleil. Sa trajectoire aussi "indique qu'il n'est pas en orbite autour du Soleil, mais vient de l'espace interstellaire et va y retourner", selon Richard Moissl.

Basé à Hawaï le projet ATLAS de surveillance des astéroïdes financé par la NASA a découvert l'objet mardi, a écrit l'astronome américain David Rankin sur le réseau social Bluesky. Des astronomes professionnels et amateurs du monde entier ont ensuite fouillé dans les données enregistrées par les télescopes, reconstituant sa trajectoire depuis le 14 juin. La taille de l'objet est actuellement estimée à 10 à 20 km de diamètre. Mais il pourrait être plus petit s'il est bien composé de glace, qui reflète davantage la lumière. "Il va briller de plus en plus et s'approcher du Soleil jusqu'à la fin octobre, et sera encore observable (par télescope) jusqu'à l'an prochain", a détaillé Richard Moissl.

Il s'agit du 3e objet jamais observé en provenance de l'espace interstellaire. Le premier, Oumuamua, avait été détecté en 2017. Il était si étrange qu'au moins un scientifique renommé avait fini par se convaincre qu'il s'agissait d'un vaisseau extraterrestre - sa théorie a depuis été démentie par des recherches. Le deuxième bolide interstellaire, 2I/Borisov, avait été détecté en 2019. Ce nouveau visiteur paraît "se déplacer beaucoup plus rapidement que les deux premiers objets extra-solaires qui avaient été découverts", a expliqué à l'AFP Mark Norris, astronome à l'université britannique de Central Lancashire. L'objet se trouve actuellement à peu près à la même distance de la Terre que Jupiter, a-t-il ajouté. Selon des modélisations, il y aurait jusqu'à 10.000 objets interstellaires circulant à tout moment dans le Système solaire, dont la plupart seraient plus petits que l'objet fraîchement découvert, a souligné le scientifique. Si ces modélisations sont exactes, le nouvel observatoire Vera C. Rubin, situé au Chili, pourrait bientôt découvrir de petits voyageurs interstellaires tous les mois, a-t-il estimé.

Il est impossible d'envoyer une mission spatiale pour intercepter le nouvel objet, a précisé Richard Moissl. Mais un tel événement offre néanmoins aux scientifiques une occasion rare d'étudier des corps provenant de l'extérieur du Système solaire. Par exemple, si des observations permettent de détecter sur un tel objet des précurseurs de la vie, comme des acides aminés, cela donnera aux chercheurs "beaucoup plus confiance dans le fait que les conditions pour l'apparition de la vie existent dans d'autres systèmes stellaires", illustre Mark Norris.

 

Première image des restes d'une étoile morte dans une double explosion

AFP, Sciences & Avenir - 02 jul 2025

https://www.sciencesetavenir.fr/sciences/premiere-image-des-restes-d-une-etoile-morte-dans-une-double-explosion_186919

 

Des astronomes ont capturé les traces d'une double explosion qui a achevé l'existence d'une étoile, apportant une première preuve visuelle de ce scénario jusque-là théorique, dans une étude mercredi. Les supernovae, ces fins cataclysmiques de certaines étoiles en fin de vie, restent à bien des égards mystérieuses. Car l'évènement, qui voit l'astre imploser, est aussi soudain qu'imprévisible.

D'une masse similaire à celle du Soleil, les naines blanches concentrent leur matière dans un volume beaucoup plus petit. Elles sont réputées terminer leur existence en s'éteignant doucement, pour devenir des naines noires, - théorisées sans jamais avoir été observées -, ou en explosant en supernova. "Les explosions de naines blanches jouent un rôle critique en astronomie", a remarqué dans un communiqué de l'Observatoire européen austral le doctorant Priyam Das, premier auteur de l'étude parue dans Nature. Notamment parce que ces évènements produisent quantité d'éléments, dont du fer, qui serviront de matière première pour former de nouvelles étoiles.

Malgré cela "le puzzle de longue date du mécanisme exact déclenchant l'explosion reste irrésolu", selon M. Das. Tous les modèles s'accordent sur un scénario où la naine blanche accumule de la matière en la dérobant à une étoile jumelle, jusqu'à imploser sous sa propre masse. Mais de récentes études ont pointé vers une deuxième possibilité, dans laquelle la naine blanche se drape dans une couverture d'hélium volée à sa compagne, et qui "peut devenir instable et détonner", selon le communiqué. L'onde de choc de cette déflagration comprimerait alors la naine blanche, qui exploserait à son tour en supernova.

Grâce à l'instrument MUSE installé sur le Très grand télescope de l'Observatoire européen austral (ESO) au Chili, l'équipe d'astronomes a capturé un "instantané photographique" des restes de l'évènement, baptisé SNR 0509, et survenu il y a environ 300 à 330 ans dans le nuage de Magellan, proche de la Voie lactée. En accord avec la théorie, ces images montrent deux anneaux distincts de calcium, colorés en bleu dans les images de MUSE, correspondant chacun à une explosion. C'est une "indication claire" de ce que le "mécanisme de double détonation a bien lieu dans la nature", selon l'astronome Ivo Seitenzahl, de l'Institut allemand d'Heidelberg pour les études théoriques, qui a mené les observations.

 

La fin de l'univers arrivera plus vite que prévu, selon une étude

AFP,Sciences & Avenir - 13 mai 2025

https://www.sciencesetavenir.fr/sciences/la-fin-de-l-univers-arrivera-plus-vite-que-prevu-selon-une-etude_185729

 

LA HAYE – La fin de l'univers va arriver plus vite que prévu, a indiqué une nouvelle étude menée par des scientifiques néerlandais. Pas de panique, il reste encore 10 puissance 78 ans avant que cela ne se produise - autrement dit un chiffre à 78 zéros. Il s'agit d'une révision majeure par rapport à l'estimation précédente de 10 puissance 1.100 ans, indique l'étude de l'université Radboud, publié dans le Journal de cosmologie et de physique des astroparticules.

"La fin de l'univers arrive beaucoup plus tôt que prévu, mais heureusement, cela prend encore beaucoup de temps", a déclaré l'auteur principal, Heino Falcke. Un trio de scientifiques de Radboud a entrepris de calculer le moment où les corps célestes les plus "durables" - les naines blanches - finiraient par s'éteindre. Ces chercheurs ont basé leurs calculs sur le phénomène de l'évaporation des trous noirs, ou rayonnement de Hawking, du nom du célèbre physicien britannique Stephen Hawking.

Au milieu des années 1970, Hawking a émis l'hypothèse que les trous noirs laissaient échapper des radiations menant à leur lente dissolution, comme de l'aspirine dans un verre d'eau, ce qui leur confère une durée de vie limitée. Les scientifiques de Radboud ont étendu ce principe à d'autres objets de l'univers, en calculant que le "temps d'évaporation" dépendait de la densité. Ils ont ainsi pu calculer la dissolution théorique du corps le plus durable, la naine blanche. "En posant ce genre de questions et en examinant des cas extrêmes, nous voulons mieux comprendre la théorie, et peut-être qu'un jour, nous pourrons percer le mystère du rayonnement de Hawking", a déclaré Walter van Suijlekom, coauteur de l'étude.

Ces découvertes n'ont pas vraiment de quoi inquiéter l'humanité. A priori, à moins d'avoir quitté la planète Terre, elle aura disparu depuis longtemps lorsque l'univers s'éteindra. Les scientifiques pensent en effet que d'ici environ un milliard d'années, notre soleil sera trop chaud pour que soient maintenues les conditions favorables à la vie, et l'astre fera bouillir nos océans. Dans environ 8 milliards d'années, le soleil finira par atteindre la Terre, engloutissant notre planète, alors stérile et sans vie, et la condamnant à périr dans les flammes. [Y aura-t-il encore des nationalistes pour brandir avec fierté leurs drapeaux nationaux ?; ndc] 

 

Des chercheurs détectent des "indices" liés à la vie sur une exoplanète située hors du système solaire

AFP, Franceinfo: 17 avr 2025

https://www.francetvinfo.fr/sciences/espace/des-chercheurs-detectent-des-indices-lies-a-la-vie-sur-une-exoplanete-situee-hors-du-systeme-solaire_7194429.html

 

Une découverte prometteuse. Des astronomes ont annoncé jeudi 17 avril avoir détecté les "indices" les plus prometteurs à ce jour d'une vie potentielle sur une planète hors de notre système solaire. Située à 124 années-lumière de la Terre, dans la constellation du Lion, K2-18b fait l'objet de débats animés au sein de la communauté scientifique, qui se demande si cette exoplanète pourrait être un monde océanique susceptible d'abriter une vie microbienne. En utilisant le télescope spatial James Webb, une équipe de chercheurs américano-britanniques a détecté dans son atmosphère des signes de composés chimiques longtemps considérés comme des "biosignatures" d'une possible vie extra-terrestre.

Sur Terre, le sulfure de diméthyle et le disulfure de diméthyle sont uniquement produits par des organismes vivants - principalement du phytoplancton. "Ce que nous observons à ce stade sont des indices d'une possible activité biologique hors du système solaire", a déclaré lors d'une conférence de presse Nikku Madhusudhan, astrophysicien à l'Université de Cambridge et auteur principal de l'étude publiée dans The Astrophysical Journal Letters. "Pour être franc, je pense que c'est le cas le plus proche d'une caractéristique que nous pouvons attribuer à la vie", a-t-il assuré, tout en soulignant que d'autres observations étaient nécessaires.

Si les signes sont désormais beaucoup plus nets, ils restent cependant bien au-dessous du seuil de signification statistique considéré comme crucial par les scientifiques pour valider une découverte. Et des chercheurs n'ayant pas participé à l'étude appellent à prendre ces résultats avec précaution. L'an dernier, des scientifiques ont ainsi trouvé des traces de sulfure de diméthyle sur une comète, suggérant que cette substance peut être produite par des moyens encore inconnus, sans lien avec la vie.

Autre difficulté, K2-18b, avec une masse plus de 8 fois supérieure à celle de la Terre et un diamètre 2,5 fois supérieur, orbite autour de son étoile en seulement 33 jours. Pour Raymond Pierrehumbert, professeur de physique planétaire à l'Université d'Oxford qui l'a étudiée, elle serait donc trop chaude pour abriter la vie. "Si cette planète avait de l'eau, ce serait une fournaise infernale, totalement inhabitable", a-t-il affirmé à l'AFP, ajoutant que des océans de lave étaient plus plausibles.

 

Découverte d'oxygène dans la plus lointaine galaxie connue

AFP, Scences & Avenir - 20 mar 2025

https://www.sciencesetavenir.fr/sciences/decouverte-d-oxygene-dans-la-plus-lointaine-galaxie-connue_184729

 

La plus lointaine galaxie connue contient des traces d'oxygène, une découverte confortant l'idée que ces amas d'étoiles qui peuplent aujourd'hui le cosmos se sont formés très rapidement dans les premiers âges de l'Univers. Découverte l'an dernier par le télescope spatial James Webb, JADES-GS-z14-0 est si lointaine que sa lumière a mis 13,4 milliards d'années à nous parvenir. Une distance record qui la révèle telle qu'elle était quand l'Univers, vieux aujourd'hui de 13,8 milliards d'année, en avait moins de 300 millions. Elle est aussi remarquablement lumineuse, signe d'une intense activité stellaire à une époque où la théorie et les observations prédisaient qu'elle devrait être beaucoup plus faible. Dès son entrée en opération en 2022, le télescope James Webb avait révélé l'apparition plus précoce qu'envisagé de galaxies plus lumineuses qu'attendu.

Deux équipes internationales, néerlandaise et italienne, confirment ce scénario avec des observations effectuées à l'aide du radiotélescospe ALMA de l'Observatoire européen austral (ESO), au Chili. Leur détection confirmée de traces d'oxygène dans JADES-GS-z14-0, qui était simplement suspectée avec le James Webb, est surprenante. Car les premières galaxies apparues à l'époque de ce que l'on appelle l'aube cosmique sont réputées pauvres en éléments lourds tels que l'oxygène. "C'est comme trouver un adolescent là où on ne s'attendrait qu'à voir des bébés", a dit Sander Schouws, doctorant à l'Observatoire néerlandais de Leiden et premier auteur d'une étude à paraître dans The Astrophysical Journal, cité par l'ESO. Une métaphore illustrant le fait que les premières étoiles d'une jeune galaxie fonctionnent avec des éléments légers, l'hydrogène et l'hélium, et que c'est seulement après une lente évolution que leur galaxie s'enrichit en éléments lourds. Les résultats montrent que JADES-GS-z14-0 "s'est formée très rapidement et évolue tout aussi vite, renforçant un nombre croissant d'indices suggérant que la formation des galaxies se déroule bien plus rapidement que ce que l'on pensait", a encore dit M. Schouws.

Les deux études indiquent que cette galaxie contient environ dix fois plus d'éléments lourds que prévu, selon le communiqué de l'ESO. "La preuve qu'une galaxie est déjà mature dans l'Univers naissant soulève des questions sur le moment et la manière" dont elles se sont formées, a dit Stefano Carniani, de la Scuola normale superiore de Pise et auteur de la deuxième étude, qui doit paraître dans Astronomy & Astrophysics.

 

Météores, éclipses, disparition des anneaux de Saturne... Ce que le ciel nous réserve en 2025

par Pauline Rouquette

France24 - 04 jan 2025

https://www.france24.com/fr/europe/20250104-meteores-eclipses-disparition-des-anneaux-de-saturne-aurores-bor%C3%A9ales-soleil-terre-lune-ce-que-le-ciel-nous-reserve-en-2025

 

En 2025, plusieurs événements astronomiques notables seront visibles et observables depuis la Terre: éclipses, "Lune de sang", pluies de météores, réapparition d'une nova "récurrente" et très attendue... 

Jusqu'au 16 janvier: la pluie de météores des Quadrantides

La Nasa la considère comme "l’une des meilleures pluies de météores annuelles". Si cette pluie d'étoiles filantes se produit chaque année à la même période (début janvier), elle est particulièrement attendue en 2025 pour le spectacle céleste remarquable qu'elle devrait offrir avec quelque 110 météores produites par heure, selon l'Organisation internationale des météores (OIM). Les Quadrantides sont actives depuis le 28 décembre et le seront jusqu'à la mi-janvier.

28 février: un grand alignement de sept planètes

Si les planètes ne sont pas à proprement parler "alignées" dans l'espace, le phénomène d'"alignement planétaire" se produit lorsque plusieurs planètes du système solaire se rapprochent les unes des autres d’un côté du Soleil au même moment, et sont visibles depuis la Terre.

Le 21 janvier, six planètes du système solaire (Vénus, Mars, Jupiter, Saturne, Uranus et Neptune) seront parfaitement alignées et visibles dans le ciel juste avant le lever du soleil. Puis, le 28 février 2025, Mercure viendra compléter l'alignement, rendant au total sept planètes visibles simultanément (huit avec la Terre). Un spectacle rare, la plupart des alignements planétaires impliquant habituellement au maximum trois ou quatre planètes.

14 mars : une éclipse lunaire totale et une "Lune de sang"

C'est l'un des plus grands événements astronomiques de l'année. Le 14 mars, la Lune passera entièrement dans l'ombre de la Terre, prenant une teinte rougeâtre caractéristique, appelée "Lune de sang".

Observable depuis les Amériques et l'Europe, le contact avec la pénombre débutera à 3 h57 (heure de Paris), lorsque l'ombre projetée par la Terre commencera à recouvrir la Lune. L'éclipse totale durera ensuite de 6 h26 à 7 h31, lorsque la totalité de la Lune se trouvera dans l'ombre de la Terre, se parant de couleurs allant de l'orange au rouge cuivré.

Pour ceux qui manqueraient le spectacle, 2025 nous offre une session de rattrapage le 7 septembre avec une seconde éclipse lunaire totale, également observable depuis l'Europe (mais aussi l'Afrique, l'Asie et l'Australie). Un phénomène rendu possible grâce au cycle naturel des éclipses et à l'orbite spécifique de la Lune autour de la Terre. 

29 mars: une éclipse solaire partielle

Dans certaines régions du monde, il sera également possible d'observer la Lune passer entre la Terre et le Soleil, ne couvrant cependant qu'une partie du disque solaire. Cette éclipse solaire partielle sera visible depuis certaines parties du nord-est des États-Unis, l'est du Canada, le Groenland, l'Islande et une partie de l'Europe et de la Russie.

"Dans l'hémisphère Nord, un maximum de 92 % du disque solaire sera éclipsé par la Lune", précise le site de la Société d’astronomie du Planétarium de Montréal. "Mais nulle part sur Terre il n'y aura d'éclipse solaire totale. En effet, il n'y aura pas un alignement parfait entre le Soleil et la Lune pour produire une éclipse totale."

8 novembre: les anneaux de Saturne disparaissent

À l'automne, un événement rare se produira quand, orientés parfaitement de profil par rapport à la Terre, les anneaux de Saturne, constitués de particules de glace et de roche, sembleront "disparaître". Au cours de cet événement appelé "passage au plan des anneaux" – , qui se produit tous les 15 ans environ –, l'épaisseur apparente des anneaux saturniens, qui n'est que de quelques kilomètres, devient alors quasiment invisible pour les observateurs terrestres.

Pour les astronomes amateurs équipés de télescopes, la planète apparaîtra sans ses célèbres anneaux, ou bien ceux-ci apparaîtront réduits à une ligne très fine. Il s'agit évidemment d'une illusion d'optique due à la perspective depuis la Terre, les anneaux ne reflétant plus suffisamment de lumière solaire à cause de leur orientation.

13 et 14 décembre: l'intense pluie de météores des Géminides

Considérée comme l'une des plus intenses de l'année, cette pluie de météores pourra offrir jusqu'à 160 étoiles filantes par heure dans des conditions idéales. Contrairement à la plupart des pluies de météores qui proviennent de débris laissés par une comète, les Géminides sont issues de l'astéroïde 3200 Phaethon. Parfois surnommé "comète rocheuse", cet astéroïde libère des débris lorsqu'il s'approche du Soleil. En entrant dans l'atmosphère à grande vitesse (environ 35 km/s), les particules créent des trainées lumineuses caractéristiques des pluies de météores.

Les Géminides de 2025 seront particulièrement spectaculaires en raison des conditions astronomiques attendues. La Lune, notamment, se lèvera tard dans la nuit. Le ciel sera donc relativement sombre, offrant des conditions d'observation idéales pour admirer la pluie de météores sans être gêné par la lumière lunaire.

Et encore des aurores boréales...

S'il s'agit d'un phénomène d'ordinaire réservé aux régions proches des pôles, 2024 nous a montré que les aurores boréales pouvaient aussi danser plus au Sud, en Europe.

En 2025, en raison du cycle solaire actuel, leur fréquence devrait augmenter encore. Le Soleil, qui traverse un cycle d'activité de 11 ans, se trouve en effet actuellement dans une phase de maximum solaire où les éruptions et les éjections de masse coronale sont plus fréquentes et plus intenses, augmentant les chances que des particules solaires atteignent la Terre, provoquant ainsi davantage d'aurores boréales. Généralement, les aurores boréales sont visibles dans une bande elliptique appelée ovale auroral, centrée sur les pôles magnétiques. Cependant, plus l'activité solaire est intense, plus les aurores boréales sont visibles au Sud, en Écosse, en Irlande et même en France.

 

L'énergie sombre qui ferait respirer l'Univers

Publié le 21/03/2025 à 00:06 par monde-antigone

 

Pourquoi l’expansion de l’Univers accélère ?

par Pauline Zarrouk, chercheuse CNRS en cosmologie au Laboratoire de Physique Nucléaire et des Hautes Energies (LPNHE), Sorbonne Université

The Conversation - 20 mar 2025

https://theconversation.com/pourquoi-lexpansion-de-lunivers-accelere-les-nouveaux-resultats-de-la-collaboration-desi-apportent-leur-pierre-a-ledifice-252539

 

Les nouveaux résultats de la collaboration DESI apportent leur pierre à l'édifice. DESI est une grande campagne d’observation astronomique. Son but ? Mesurer avec précision la position des galaxies dans l’espace, afin de traquer la mystérieuse "énergie noire" qui dominerait la manière dont l’Univers est en expansion aujourd’hui. Pour cela, plus de 900 scientifiques de plus de 70 institutions dans le monde entier se sont alliés. Aujourd’hui, nous dévoilons nos nouveaux résultats sur l’histoire de l’expansion de l’Univers.

C’est en Arizona, au milieu du désert, que se trouve notre télescope Mayall de DESI, situé à l’observatoire de Kitt Peak. Avec son miroir principal de 4 m de diamètre, il observe le ciel depuis mai 2021. En trois ans, il a mesuré 15 millions de galaxies, collectant à la fois leur position dans le ciel et leur distance, grâce à ses 5.000 petits yeux robotisés. À partir de la position des galaxies et de leur distance, nous publions aujourd’hui la cartographie tridimensionnelle des grandes structures de l’Univers la plus précise à ce jour. Avec cette carte, nous voulons répondre à un mystère qui rend perplexes les astrophysiciens depuis sa découverte, il y a 25 ans: non seulement l’Univers est en expansion (cela, nous le comprenons), mais cette expansion s’accélère.

Pour décrire cette accélération, notre modèle actuel de l’Univers suppose l’existence d’une énergie noire dont la forme la plus simple est une "constante" cosmologique. Les tout nouveaux résultats de DESI, combinés avec d’autres données, suggèrent que cette énergie noire varie avec le temps: elle ne serait donc pas constante. Si ces observations ne résolvent pas à elles seules le mystère de l’énergie noire, elles donnent des pistes concrètes et quantitatives sur lesquelles appuyer les explorations futures.

La carte 3D des galaxies la plus précise à ce jour

Les galaxies ne sont pas réparties de manière aléatoire dans le ciel, comme on le voit sur la vidéo. Il y a des régions avec beaucoup de galaxies regroupées en amas ou en filaments, et d’autres régions sont beaucoup moins denses, qui forment des vides cosmiques. Cette structuration de la matière dépend de la gravité, qui attire les corps massifs entre eux, ainsi que du contenu de l’Univers en matière ordinaire, en matière noire et en énergie noire.

La technique d’analyse utilisée pour obtenir ces nouveaux résultats avec trois ans de données avait déjà été testée, raffinée et appliquée aux données collectées pendant un an par DESI. Elle s’appelle BAO, un acronyme plus sympathique que son nom complet (les "oscillations acoustiques des baryons" ou baryon acoustic oscillations). Elle est fondée sur l’existence d’une distance caractéristique entre deux galaxies qui change uniquement à cause de l’expansion de l’espace-temps lui-même. En mesurant cette distance caractéristique à différents moments de l’histoire de l’Univers, nous retraçons son expansion au cours de temps et nous pouvons ainsi étudier la façon dont cette expansion s’accélère.

DESI et notre compréhension de l’expansion de l’Univers

À ce jour, aucune théorie ne permet d’expliquer de manière satisfaisante le mécanisme à l’origine de l’accélération récente de l’expansion de l’Univers (il y a environ 5 ou 6 milliards d’années), d’où le nombre croissant de projets qui y sont consacrés.

Pour expliquer ce phénomène, le modèle actuel de la cosmologie suppose l’existence d’une composante exotique, appelée énergie noire, dont on cherche à déterminer les propriétés, en particulier si celles-ci évoluent avec le temps ou sont constantes. Jusqu’à présent, c’est l’hypothèse la plus simple pour décrire l’énergie noire qui a été adoptée: il s’agit de la constante cosmologique, dont la valeur est déterminée par les observations, mais que l’on ne sait pas relier à un mécanisme physique.

Les nouveaux résultats de DESI avec trois ans de données sont en parfait accord avec ceux obtenus en avril dernier avec un an de données, et ils apportent les meilleures contraintes à ce jour sur les paramètres de notre modèle cosmologique actuel. Toutefois, à mesure que la précision de nos données s’améliore, des craquelures dans le modèle commencent à surgir dès lors qu’on essaye d’expliquer, avec le même modèle, différentes observations de notre Univers.

De plus, les nouveaux résultats de DESI combinés à l’analyse des premiers photons émis dans l’Univers (fond diffus cosmologique) et des explosions d’étoiles (supernovae de type Ia) confirment la préférence pour un modèle où l’énergie noire varie au cours du temps — c’est ce que l’analyse avec un an de données avait déjà montré en avril et en novembre derniers. Cette préférence pour un modèle d’énergie noire dynamique par rapport à une constante cosmologique n’a pas encore atteint le seuil d’une découverte, mais s’est renforcée avec plus de données collectées par DESI.

Nous assistons peut-être à la fin de la constante cosmologique et à l’aube d’une avancée majeure sur la nature de l’énergie noire, plus de 25 ans après la découverte de l’accélération de l’expansion de l’Univers.

Un œil vers le futur

D’autres programmes d’observations du ciel visent également à sonder la nature de l’énergie noire et à tester la théorie de la gravité en utilisant la cartographie tridimensionnelle des galaxies comme DESI, mais aussi d’autres sondes cosmologiques.

Parmi ces autres sondes de l’Univers récent, deux sont particulièrement intéressantes et complémentaires de DESI: les supernovae de type Ia et le lentillage gravitationnel, qui provient des déformations de la forme des galaxies du fait de la présence de matière le long de la trajectoire des rayons lumineux.

Côté supernovae, l’analyse cosmologique des supernovae de type Ia du programme Zwicky Transient Facility (ZTF) en combinaison avec les données de DESI devrait apporter un éclairage prometteur. Côté lentillage gravitationnel, le satellite européen Euclid, lancé en juillet 2023, et le programme décennal d’observation du ciel de l’observatoire Vera-Rubin (en construction au Chili, ndlr) — dont la première lumière est prévue pour l’été 2025 — apporteront de nouvelles données et de nouveaux résultats, qu’il sera très intéressant de comparer et de combiner avec l’échantillon final de DESI, d’ici fin 2026.

 

L'énergie sombre semble évoluer, chamboulant notre vision de l'Univers

AFP, France24 - 20 mar 2025

https://www.france24.com/fr/info-en-continu/20250319-l-%C3%A9nergie-sombre-semble-%C3%A9voluer-chamboulant-notre-vision-de-l-univers

 

L'énergie sombre, moteur théorique de l'expansion de l'Univers que l'on croyait lié à une constante cosmologique, semble en fait évoluer au fil du temps, un comportement qui pourrait conduire à repenser notre compréhension du cosmos. "Ce que nous voyons est profondément intrigant" et "nous sommes peut-être à l'aube d'une découverte majeure" sur la nature fondamentale de notre Univers, a déclaré mercredi dans un communiqué Alexie Leauthaud-Harnett, un des porte-parole de la collaboration internationale DESI, qui réunit 70 institutions - dont le Commissariat à l'énergie atomique (CEA) - autour du Berkeley Lab américain.

Installé sur un télescope dédié au sommet de l'observatoire américain de Kitt Peak (Arizona), l'Instrument spectroscopique pour l'énergie sombre (DESI) a pour mission d'aider à comprendre cette force, une des grandes énigmes de la physique. Ses fines fibres optiques robotisées observent simultanément pendant 20 minutes 5.000 galaxies ou quasars - un objet très brillant avec un trou noir en son centre. Ce qui sert à calculer leur âge et leur éloignement, puis à cartographier l'Univers en 3D et à y détecter des motifs qui permettent de retracer son histoire.

On sait depuis un siècle que l'Univers est en expansion depuis ses origines: les amas de galaxies ne cessent de s'éloigner les uns des autres. Et on a découvert dans les années 1990 que cette expansion s'est nettement accélérée il y a quelque 6 milliards d'années (l'Univers a 13,8 milliards d'années). Pour expliquer ce phénomène, dont la découverte a été couronnée d'un prix Nobel, les physiciens ont postulé l'existence d'une énergie répulsive: l'énergie sombre. Dont les effets sont en partie compensés par la matière ordinaire et une hypothétique matière noire. La théorie dominante décrivant la structure et l'évolution du cosmos prédit que l'Univers observable est constitué à 70 % d'énergie sombre, de 25 % de matière noire et de seulement 5 % de matière ordinaire.

Dans ce "modèle cosmologique standard", baptisé Lambda-CDM [Cold Dark Matter], Lambda désigne la constante en lien avec l'énergie sombre, une idée initialement introduite par Einstein dans sa théorie de la relativité générale. Or si ce modèle standard est "satisfaisant", il "commence à y avoir des tensions" avec les observations, explique à l'AFP Arnaud de Mattia, physicien au CEA ayant participé à l'analyse des données de DESI. Avec d'autres mesures - sur la lumière primitive de l'Univers, les supernovae ou la façon dont la gravité déforme la lumière des galaxies -, elles suggèrent de plus en plus que l'énergie sombre n'est pas constante.

Son impact "pourrait s'affaiblir au fil du temps", souligne la collaboration DESI dans un communiqué accompagnant la présentation à la Conférence de la société américaine de physique d'Anaheim (Californie) d'études issues de trois ans d'observations portant sur 15 millions de galaxies et de quasars. "Quand on combine toutes les données cosmologiques, celles-ci favorisent une accélération de l'expansion de l'Univers légèrement plus importante aux alentours de 7 milliards d'années dans le passé", détaille M. de Mattia. Et cette accélération "tend à diminuer" depuis 2,5 milliards d'années. Mais il n'y a pour le moment "pas de certitude absolue", précise le chercheur.

Pour l'atteindre, il faudra de nouvelles données de DESI et celles d'autres instruments, comme le télescope européen Euclid ou les prochains téléscope statial Nancy Grace Roman et observatoire Vera Rubin au Chili. "Nous devrions y voir plus clair d'ici cinq ans", espère Etienne Burtin, également physicien au CEA. "Cette nouvelle génération d'enquêtes va trancher la question. Elle transformera ces indices en une découverte. Ou bien nous montrera que nous étions sur la mauvaise voie et que l'énergie noire est bel et bien constante", abonde auprès de l'AFP Joshua Frieman, co-fondateur du programme Dark Energy Survey (DES) et ancien collaborateur de DESI, qui évoque un "moment charnière".

La confirmation d'une énergie sombre "dynamique" serait une "révolution du niveau de ce qui s'est passé avec la découverte de l'accélération de l'expansion", souligne M. Burtin. Et dans ce cas, "le modèle cosmologique standard devra être différent", ajoute-t-il. Il faudra alors voir si les théories alternatives existantes peuvent mieux reproduire les observations. Ou en élaborer de nouvelles. Pour faire un pas de plus dans la compréhension de l'Univers.

 

Qu'est-ce que l'énergie noire, ou énergie sombre, qui accélère l'expansion de l'Univers ?

par René Cuillierier

extrait de l'article "L'énergie noire, obscur moteur du cosmos" issu du magazine Les Indispensables de Sciences et Avenir n°209 (daté avril/ juin 2022)

Sciences & Avenir - 16 dec 2022

https://www.sciencesetavenir.fr/espace/univers/qu-est-ce-que-l-energie-noire-ou-energie-sombre-qui-accelere-l-expansion-de-l-univers_168370

 

L'énergie sombre agit sur l'expansion cosmique, une idée qui remonte à 1998

Chaque centimètre cube de vide contient, du simple fait d’exister, une certaine quantité d’énergie, propre à l’espace lui-même. Du moins est-ce ce que postule le modèle standard actuel de la cosmologie. Une énergie, certes, très, très faible: un km³  d’espace vide n’en contient pas tout à fait assez pour faire bouillir une goutte de pluie… Mais pour paraphraser l’écrivain britannique Douglas Adams, auteur du Guide du voyageur galactique, "l’espace, c’est grand", assez grand pour que cette énergie, uniformément présente dans son immense volume, représente un peu plus du double de l’énergie contenue dans la matière, qu’elle soit noire ou ordinaire. L’effet de cette énergie dite "sombre" – pour la seule raison qu’on en ignore la nature – est d’accélérer l’expansion cosmique.

Cette étrange idée s'est imposée en 1998, lorsque deux équipes, dirigées respectivement par l'Australien Brian Schmidt et l'Américain Saul Perlmutter, annoncèrent que des supernovæ qui avaient explosé il y a près de 8 milliards d'années apparaissaient moins brillantes et donc plus lointaines que prévu. Jusque-là, les astronomes étaient persuadés que l'expansion de l'Univers n'avait cessé de ralentir depuis le Big Bang, du fait de l'attraction gravitationnelle qu'exercent les galaxies les unes sur les autres - de même qu'un objet qu'on lance vers le haut perd de la vitesse à mesure qu'il s'éloigne de la Terre.

Attraction gravitationnelle contre gravité répulsive

Or, les études sur les supernovæ semblaient signifier qu'au cours du dernier tiers de l'histoire cosmique, l'expansion de l'Univers avait cessé de ralentir et commencé, au contraire, à… accélérer ! Comme si une balle lancée en l'air était soudain soufflée vers l'espace par une force mystérieuse. L'explication la plus immédiate - déjà postulée par Einstein - revenait à admettre la présence dans l'espace d'une "énergie du vide" constante, exerçant une gravité répulsive. Selon cette hypothèse, tant que l'Univers était suffisamment dense (en gros, deux fois plus petit qu'aujourd'hui), l'attraction gravitationnelle qu'exerçait sur elle-même la matière ralentissait, comme de juste, l'expansion. Mais l'Univers grandissant, son contenu se diluait. Ce n'était ainsi qu'une question de temps avant que la densité de matière ne tombe en dessous de celle - constante, donc - de cette "énergie du vide", et que la gravité répulsive prenne le dessus.

Par ailleurs, plusieurs observations avaient montré, dès les années 1990, qu'à très grande échelle, l'espace est "plat" (ce qui signifie simplement qu'il obéit aux règles de la géométrie euclidienne). En effet, le fond de rayonnement cosmologique - l'image en micro-ondes de l'Univers jeune qui tapisse le fond du ciel -serait déformé, comme par une sorte d'effet de loupe, par le volume d'espace qui nous en sépare, si ce dernier était courbé. Or, ce n'est pas le cas… Le problème, jusqu'à l'annonce de Schmidt et de Perlmutter, c'est qu'en comptabilisant toute la matière ordinaire qu'on savait présente dans l'Univers et toute la matière noire dont on soupçonnait l'existence, on n'obtenait jamais qu'un tiers de la masse nécessaire pour que l'Univers soit spatialement plat. Miracle: l'énergie du vide postulée pour expliquer l'accélération cosmique avait la bonne valeur pour constituer les deux tiers manquants !

Depuis, de nombreuses observations ont confirmé l'existence de cette énergie sombre… sans que l'on comprenne sa nature. "Il y a plusieurs hypothèses, explique Sandrine Codis, astrophysicienne au CNRS. Une possibilité est qu'il s'agisse d'une authentique 'énergie du vide' - mais cela ne convainc désormais à peu près plus personne." La raison en est que si, comme on l'a dit, un modèle postulant une énergie constante intrinsèque au vide donne d'excellents résultats empiriques, la physique théorique ne parvient pas à en expliquer la valeur: en physique des particules, "l'énergie du vide" devrait être soit infinie, soit plus vraisemblablement rigoureusement nulle, mais rien ne justifie qu'elle vaille en fait 0,0000000000006 joule par cm³  !

Beaucoup de scientifiques préfèrent donc imaginer que le vide n'a pas d'énergie par lui-même, mais contient un autre champ dont le comportement serait presque celui d'une énergie du vide : "Un genre de fluide qui imprègnerait l'espace et aurait une équation d'état légèrement différente", ajoute Sandrine Codis. Par "équation d'état", les astrophysiciens expriment, dans les grandes lignes, la manière dont une substance se dilue à mesure que l'espace cosmique s'étend. Ainsi, par exemple, une énergie intrinsèque à chaque centimètre cube d'espace ne se dilue pas du tout avec l'expansion (quand vous ajoutez à l'Univers des centimètres cubes, vous ajoutez autant d'énergie du vide). Mais l'autre possibilité, un champ d'énergie - parfois appelé "quintessence" - qui se diluerait juste très peu jouerait un rôle similaire. "Inutile de dire qu'en ce moment, les théoriciens s'en donnent à cœur joie et proposent régulièrement des modèles, presque tous plus farfelus les uns que les autres !", s'amuse la chercheuse.

"Les années passent et les problèmes demeurent"

Comment trancher ? Le modèle cosmologique actuel se contente de postuler une énergie constante, ce qui lui suffit pour qu'il concorde au mieux avec toutes les observations. Mais on peut affiner ces dernières. Il se trouve que la façon dont les grandes structures - galaxies et amas - croissent au cours du temps est très sensible à la recette exacte du contenu de l'Univers. Et que cartographier l'Univers profond à grande échelle permet d'étudier son évolution en détail. Une étude de cette évolution révélera-t-elle un comportement de l'énergie sombre plus inconstant que celui que lui attribue le modèle actuel ?

Voilà qui permettrait peut-être d'en deviner la nature. "C'est par exemple l'objectif de la mission Euclid. Mais il y en a d'autres, comme de grands recensements effectués depuis la Terre, s'enthousiasme Sandrine Codis. Des missions d'autant plus nécessaires que sont apparues, depuis plusieurs années, des tensions dans le modèle cosmologique concernant le rythme de l'expansion, ou des contradictions entre différentes mesures de la quantité de matière dans l'Univers".

Ces contradictions pourraient n'être que le fruit de biais produits par la méthode de mesure. "Mais les années passent et les problèmes demeurent, s'inquiète Sandrine Codis. Il se pourrait donc que le modèle soit trop simpliste." Certains théoriciens pensent que l'apparente accélération de l'expansion pourrait n'être qu'un phénomène local, dû au fait que nous vivons dans une bulle anormalement peu dense de l'Univers qui s'étendrait donc un brin plus rapidement que le reste: comme nous observons ces régions lointaines, de densité normale, telles qu'elles étaient autrefois, cela créerait l'illusion que l'Univers s'est mis à accélérer récemment… Une idée qui n'a toutefois donné que des résultats peu satisfaisants jusqu'ici. Dans tous les cas, la clé réside dans ces futures cartes de l'Univers profond. "Toute la communauté est très impatiente de recevoir les données qui vont tomber dans les prochaines années !", conclut Sandrine Codis.

 

* Etoiles * comètes * galaxies * et trous noirs (2024)

Publié le 18/12/2024 à 00:01 par monde-antigone

 

Découverte d’une étoile binaire en orbite autour d’un trou noir supermassif au centre de la galaxie de la Voie lactée

par Ahmed Yussuf

ABC Australia - 17 dec 2024

https://www.abc.net.au/news/2024-12-18/researchers-discover-a-new-binary-star-orbiting-a-black-hole/104735026

 

Une étude internationale a découvert une étoile binaire en orbite près d’un trou noir supermassif au centre de notre galaxie. C’est la première fois qu’une étoile binaire est trouvée près d’un trou noir supermassif.

Quelle est la prochaine étape ?

Les chercheurs disent que cette découverte leur a permis de spéculer sur l’existence des planètes car elles sont souvent formées autour de jeunes étoiles. (...) L’étude, publiée dans la revue à comité de lecture Nature Communications, s’appuie sur des données recueillies par le Very Large Telescope de l’Observatoire européen austral (VLT de l’ESO). Les chercheurs ont déclaré que leur découverte était la première fois qu’une paire d’étoiles était trouvée près d’un trou noir supermassif. « Les trous noirs ne sont pas aussi destructeurs que nous le pensions », a déclaré l’auteur principal Florian Peißker de l’Université de Cologne.

L’étoile binaire "D9" se forme dans des conditions difficiles

Une étoile binaire est un système de deux étoiles en orbite autour d’un centre de masse commun, les laissant liées par la force de gravité. Leur existence est assez courante dans l’univers. Cependant, les chercheurs ont déclaré qu’avant leur découverte, les étoiles binaires n’avaient jamais été trouvées près d’un trou noir supermassif, car la gravité intense pouvait rendre les systèmes stellaires instables.

Pendant des années, les scientifiques ont cru que les conditions extrêmes à proximité d’un trou noir supermassif empêcheraient la formation de nouvelles étoiles. Mais l’étoile binaire récemment découverte en orbite autour de Sagittarius A* a montré que des étoiles peuvent se former même dans ces environnements. L’étoile binaire a été appelée "D9", et est estimée à environ 2,7 millions d’années.

Le co-auteur Michal Zajacek de l’Université de Cologne a déclaré que le système D9 montrait des signes de gaz et de poussière autour des étoiles. « Ce qui suggère qu’il pourrait s’agir d’un très jeune système stellaire qui a dû se former à proximité du trou noir  supermassif », a-t-il déclaré. Les chercheurs prévoient qu’en raison de la forte force gravitationnelle du trou noir, les deux étoiles fusionneront probablement en une seule dans environ un million d’années, ce qui est court pour un système jeune.

Qu’est-ce que cela signifie ?

En 2020, des chercheurs américains ont découvert ce qu’ils ont appelé quatre objets bizarres se formant près de notre galaxie. La nouvelle classe d’objets a été appelée plus tard objets G. À l’époque, les auteurs de l’étude du groupe du Centre galactique de l’UCLA ont déclaré que « ces objets ressemblaient à du gaz mais se comportaient comme des étoiles ».

L’astrophysicienne Clare Kenyon a expliqué que les objets G étaient une population d’objets étranges poussiéreux qui étaient proches du trou noir supermassif, Sagittarius A*. « En extrapolant ces découvertes, les scientifiques s’attendent à ce que cette population d’objets G soit probablement des objets comme D9 - qui n’ont pas encore fusionné des systèmes binaires », a déclaré le Dr Kenyon de l’Université de Melbourne. « Jusqu’à présent, on ne savait pas très bien ce que sont ces objets G. Ce n’est qu’une autre petite pièce de l’énorme puzzle de notre Univers – comment il fonctionne, son passé, son présent et son avenir. Il y a encore tellement de choses à comprendre ».

Les trous noirs sont mal compris, selon un expert

Les chercheurs ont déclaré qu’il y avait encore beaucoup d’inconnues sur la nature des objets en orbite autour de Sagittarius A* et sur la façon dont ceux-ci ont pu se former près d’un trou noir supermassif. Mais la découverte de l’étoile binaire près d’un Sagittarius A* a remis en question l’idée que les trous noirs étaient complètement destructeurs.

Le professeur Geraint Lewis de l’Institut d’astronomie de Sydney a déclaré que les trous noirs étaient mal compris. « [Les trous noirs] apparaissent comme des bêtes qui dévorent tout. Mais en réalité, un trou noir a beaucoup de gravité, qui est forte à proximité, puis diminue en quelque sorte lorsque vous vous éloignez de l’objet", a déclaré le professeur Lewis. « Ainsi, l’environnement d’un trou noir, bien que très différent de, disons, l’environnement de notre système solaire, n’est pas complètement destructeur. « Il ne déchire pas les choses dès qu’elles existent, mais il y a des effets plus subtils qu’il faut prendre en compte car c’est un environnement extrême. »

Cette découverte laisse ouverte la possibilité de détecter des planètes

Le professeur Lewis a déclaré qu’une jeune étoile avait tendance à être entourée de beaucoup de débris dès sa naissance, tels que du gaz et de la poussière. Ces étoiles auraient eu un disque de cette matière à partir duquel des planètes auraient pu se former. « Donc, si ce type de matériau est suffisamment proche de l’étoile pour ne pas ressentir la très forte attraction gravitationnelle du trou noir, alors vos planètes se formeront plus ou moins inconscientes du fait qu’elles sont proches d’un trou noir », a-t-il déclaré. « Si c’est le cas, si cette substance est répartie sur un volume beaucoup plus grand, alors la gravité du trou noir lui-même peut commencer à séparer les choses. Donc, oui, cela montre en quelque sorte que si vous avez des étoiles près du centre de la galaxie, alors les conditions gravitationnelles ne sont pas trop mauvaises pour que leurs planètes se forment ».

L’auteur principal, le Dr Florian Peißker, a déclaré que leur découverte leur avait permis de spéculer sur l’existence des planètes, car elles étaient souvent formées autour de jeunes étoiles. « Il semble plausible que la détection de planètes dans le centre galactique ne soit qu’une question de temps », a déclaré le Dr Peißker.

 

Le télescope James Webb détecte du dioxyde de carbone sur la grande lune de Pluton

AFP, Sciences & Avenir - 01 oct 2024

https://www.sciencesetavenir.fr/sciences/le-telescope-james-webb-detecte-du-dioxyde-de-carbone-sur-la-grande-lune-de-pluton_181242

 

Le télescope spatial James Webb a permis de découvrir du dioxyde de carbone à la surface gelée de Charon, la plus grande lune de Pluton, ont annoncé des chercheurs mardi dans une étude dans Nature Communications. Cette découverte, avec celle d'un autre élément chimique, du peroxyde d'hydrogène, doit aider à comprendre comment ces mondes glacés ont évolué, aux confins du système solaire. Pluton a longtemps été considérée comme la 9e planète de ce système. Jusqu'à la découverte d'astres similaires dans une région au delà de Neptune, la ceinture de Kuyper, qui l'a vue ravalée au rang de planète naine en 2006.

Ces objets sont des "capsules temporelles nous permettant de comprendre la formation du système solaire", a dit à l'AFP Silvia Protopapa, du Southwest Research Institute dans l’Etat du Colorado. Charon offre une vue inégalée sur ces mondes car à la différence des autres astres de la ceinture de Kuyper, Pluton inclus, sa surface n'est pas voilée par des glaces très volatiles comme le méthane, a aussi expliqué cette première autrice de l'étude.

Charon, la plus grande des 5 lunes de Pluton, avec un diamètre d'environ 1.100 km, a été découverte en 1978. En la survolant en 2015, la sonde New Horizons de la Nasa a montré une surface couverte de glace d'eau et d'ammoniaque, supposées lui donner un aspect rouge et gris. Elle a aussi montré des remontées de matière depuis le sous-sol. Ce qui a suggéré aux chercheurs la présence de CO2, un gaz essentiel au développement de la vie sur Terre.

Les objets de la ceinture de Kuyper sont censés s'être formés à partir du disque protoplanétaire, un grand anneau de poussière et de gaz qui ceinturait le jeune Soleil il y a 4,5 milliards d'années. Ce disque protoplanétaire, qui est sans doute aussi à l'origine de la création de la Terre, a pu contenir du CO2. Mais la sonde New Horizons n'en avait pas détecté de trace. Cette "question ouverte" a reçu une réponse avec le téléscope James Webb, dont les capacités de détection sont plus grandes. Cette conclusion permet d'imaginer que si on mettait le pied à la surface de Charon, ce serait sur un mélange de glace d'eau et de glace carbonique, la forme solide du CO2.

De façon surprenante le télescope spatial a aussi détecté du peroxyde d'hydrogène, selon Mme Protopapa. Utilisé sur Terre comme désinfectant, sa présence sur Charon suggère que sa surface est altérée par les rayons ultra-violets et les vents solaires. La découverte de ces matières apporte "une autre pièce au puzzle" visant à éclaircir le fonctionnement de ces mondes lointains et la genèse du système solaire, selon la chercheuse.

 

Découverte sur l'astéroïde responsable de l'extinction des dinosaures

AFP, Le Matin - 16 aot 2024

https://www.lematin.ch/story/universite-de-cologne-decouverte-sur-l-asteroide-responsable-de-l-extinction-des-dinosaures-103169668

 

Le débat autour de la nature de l’astéroïde ayant provoqué l’extinction des dinosaures agite les scientifiques depuis des décennies, mais une nouvelle étude de l'université de Cologne vient d’apporter une pierre déterminante à l’édifice. Ces travaux, publiés jeudi dans la prestigieuse revue Science, ont utilisé une technique innovante pour démontrer que le coupable de la plus récente extinction de masse, il y a 66 millions d’années, s’était formé au-delà de Jupiter. Ils réfutent également l’idée qu’il s’agissait en fait d’une comète.

Ce nouvel éclairage sur l’astéroïde s’étant écrasé à Chicxulub, dans l’actuelle péninsule mexicaine du Yucatan, doit permettre de mieux comprendre l’histoire des objets célestes ayant frappé la Terre. « Désormais, on peut dire que cet astéroïde s’est initialement formé au-delà de Jupiter », a déclaré à l’AFP Mario Fischer-Gödde, auteur principal de l’étude et géochimiste à l’université de Cologne. Un résultat particulièrement intéressant, notamment, car ce type d’astéroïde frappe rarement notre planète. Et une telle information pourrait se révéler utile pour évaluer une future menace, ou encore expliquer l’arrivée de l’eau sur Terre, selon ce chercheur.

Ces nouveaux travaux reposent sur l’analyse d’échantillons de sédiments formés il y a 66 millions d’années, qui ont incorporé les particules projetées dans le monde entier par l’impact de l’astéroïde. Les chercheurs y ont mesuré les isotopes — c’est-à-dire les types d’atomes — d’un élément chimique métallique, le ruthénium. Ce dernier est absent des sédiments terrestres, et les scientifiques savaient donc que le ruthénium mesuré venait « à 100 % » de l’astéroïde. « Notre laboratoire à Cologne est l’un des rares» à pouvoir faire ce genre d’analyse, a souligné Mario Fischer-Gödde. Et il s’agissait d’une première pour étudier l’astéroïde de Chicxulub ou tout autre objet céleste important ayant frappé la Terre, a-t-il ajouté.

Les isotopes de ruthénium permettent de distinguer les deux grands groupes d’astéroïdes existants: ceux de type C (carbonés), qui se sont formés dans le système solaire externe, et ceux de type S (silicatés), formés dans le système solaire interne. L’étude conclut sans appel que l’astéroïde responsable de l’extinction des dinosaures était un astéroïde de type C, donc formé au-delà de Jupiter. De précédentes études avaient déjà fait cette hypothèse il y a deux décennies, mais avec beaucoup moins de certitude. Or ce résultat est frappant, car la majorité des météorites sont elles de type S, souligne le géochimiste. Cela signifie-t-il que l’astéroïde destructeur venait directement d’au-delà Jupiter ? Pas forcément, selon le chercheur. « Nous ne pouvons pas être vraiment sûrs d’où l’astéroïde se trouvait juste avant de frapper la Terre », a-t-il expliqué. Après sa formation, il avait peut-être fait étape dans la ceinture d’astéroïde, située entre Mars et Jupiter et d’où la majorité des météorites proviennent, dit-il.

L’étude réfute par ailleurs l’idée que l’objet ayant frappé la Terre il y a 66 millions d’années était en fait une comète (des roches glacées évoluant aux confins du système solaire). Cette hypothèse a été avancée par une étude de 2021 qui avait fait grand bruit, mais fondée sur des simulations statistiques. Les analyses d’échantillons montrent aujourd’hui que l’objet avait une composition très différente d’une certaine catégorie de météorite, les chondrites carbonées, dont on pense qu’elles étaient par le passé des comètes. Il est donc «peu probable» que l’objet en question en ait été une, selon Mario Fischer-Gödde.

À la question de l’utilité plus large de ces résultats, le géochimiste avance deux réponses.

- D’abord, mieux définir la nature des astéroïdes ayant frappé notre planète depuis ses débuts, il y a quelque 4,5 milliards d’années, pourrait aider à résoudre l’énigme de l’origine de l’eau sur Terre, estime-t-il. Les scientifiques pensent que l’eau a pu être apportée par des astéroïdes, mais plutôt ceux de type C, comme celui d’il y a 66 millions d’années, frappant pourtant plus rarement.

- Remonter dans le temps permet aussi de se préparer à l’avenir, selon le chercheur. « Si nous trouvons que d’autres extinctions de masses » plus anciennes sont aussi « liées à des astéroïdes de type C », alors si un tel astéroïde doit de nouveau croiser l’orbite de la Terre un jour, « nous devrons être très prudents », lance-t-il. « Car ce serait peut-être le dernier que nous verrons ».

 

A mi-chemin entre la planète et l'étoile: De nouvelles naines brunes repérées dans la Voie lactée

AFP, Sciences & Avenir - 21 jun 2024

https://www.sciencesetavenir.fr/sciences/a-mi-chemin-entre-la-planete-et-l-etoile-de-nouvelles-naines-brunes-reperees-dans-la-voie-lactee_179128

 

Un genre inhabituel de naines brunes, des objets célestes encore peu connus, à mi-chemin entre la planète et l'étoile, a été détecté grâce à une "prouesse technologique" des télescopes spatial Gaia et terrestre Gravity au Chili, selon une étude. Plus grosses que des planètes mais plus petites que des étoiles, les naines brunes sont difficiles à repérer du fait de leur faible luminosité. Elles sont d'autant moins visibles quand elles se trouvent près d'une étoile mille fois plus brillante. Beaucoup ont pu être observées parce qu'elles se "baladaient seules, comme des objets isolés, donc on n'était pas ébloui par l'étoile", explique à l'AFP Sylvestre Lacour, chercheur CNRS, l'un des auteurs de l'étude parue cette semaine dans Astronomy & Astrophysics. Mais pour la première fois, des naines brunes ont été trouvées orbitant tout près de leurs étoiles hôtes, à des distances équivalentes à celle séparant la Terre du Soleil.

Les astronomes sont partis du dernier catalogue de la sonde spatiale européenne Gaia, qui dresse une carte des étoiles dans la Voie lactée, avec leur position. Certaines présentaient "un mouvement orbital bien particulier, nous laissant penser qu'une naine brune pouvait tourner autour", raconte l'astrophysicien. Huit "candidates" à cibler sont sélectionnées parmi des milliers de systèmes stellaires. Grâce à ces indications, l'instrument Gravity du Très grand télescope (le VLTI) de l'Observatoire européen austral (ESO) au Chili, est allé "regarder à l'endroit prédit", développe auprès de l'AFP Carine Babusiaux, chercheuse à l'Université de Grenoble Alpes, également autrice de l'étude.

Jouant son rôle de loupe, l'interféromètre a mesuré avec précision les objets pré-identifiés par Gaia. Les scientifiques ont ainsi pu analyser leur luminosité et leur masse, et en déduire l'existence de naines brunes pour 5 des 8 candidates. Ces "compagnons cachés" des étoiles, situés à moins de 200 années-lumière de la Terre, font entre 60 et 80 fois la masse de Jupiter. La découverte permettra de mieux comprendre ce que sont les naines brunes, des corps célestes qu'on pourrait comparer à des "étoiles avortées".

Les scientifiques cherchent notamment à savoir si ces objets "naissent comme des étoiles, par un nuage de gaz qui se comprime, ou comme des planètes, en périphérie d'un disque d'accrétion autour d'une étoile", dit Sylvestre Lacour. Contrairement à une étoile, la naine brune ne brûle pas d'hydrogène en son cœur. Elle est donc beaucoup moins brillante (mille fois moins dans le cas de cette étude), mais elle émet tout de même un flux lumineux dont les planètes sont dépourvues. L'étape d'après sera la détection d'exoplanètes, grâce à la combinaison des télescopes Gaia et Gravity qui pourrait permettre leur observation directe, espèrent les chercheurs.

 

Première observation du "réveil" d'un trou noir massif dans une galaxie

AFP, Sciences & Avenir - 18 jun 2024

https://www.sciencesetavenir.fr/nature-environnement/premiere-observation-du-reveil-d-un-trou-noir-massif-dans-une-galaxie_179019

 

Au repos depuis au moins deux décennies, le trou noir d'une galaxie dans la constellation de la Vierge s'est réveillé et en illumine le coeur, selon les observations d'astronomes annoncées mardi par l'Observatoire européen austral (ESO).

Située à environ 300 millions d'années-lumière de la Terre, la galaxie appelée SDSS1335+0728 s'est mise à briller d'un éclat singulier, fin 2019. Depuis, son noyau galactique, réputé abriter un trou noir massif, continue d'émettre toute une variété de rayons. "Ce comportement est sans précédent", selon Paula Sánchez-Sáez, astronome de l'ESO et première auteure de l'étude publiée dans Astronomy & Astrophysics, citée dans un communiqué de l'observatoire. L'équipe internationale d'astronomes dont elle fait partie a cherché une explication au phénomène, avant de suggérer que "l'option la plus tangible" était l'observation de "l'activation d'un trou noir massif en temps réel", selon l'astronome chilienne Lorena Hernández Garcia.

La plupart des galaxies, dont la Voie lactée, abritent en leur centre un trou noir massif. Cet objet est par définition invisible, car si compact que sa force de gravité empêche même la lumière de s'échapper. "Ces monstres géants sont généralement endormis et ne sont pas directement visibles", a rappelé dans le communiqué Claudio Ricci, professeur d'astrophysique à l'Université de San Diego et co-auteur de l'étude. La seule façon de les détecter est par exemple quand le trou noir déchiquète une étoile attirée trop près de lui par son champ gravitationnel. Ce phénomène dit de rupture par effet de marée s'accompagne d'une forte émission de lumière.

Cette fois, les astronomes penchent plutôt vers "le réveil du trou noir massif", selon le Pr. Ricci. Qui aurait "soudainement commencé à se nourrir du gaz disponible dans son environnement, devenant ainsi très lumineux". Les premières observations de l'équipe concluent que le trou noir a une masse d'au moins 1,5 million de fois celle du Soleil. Ce qui le classerait comme trou noir supermassif, mais dans une catégorie poids-plume, les super-lourds dépassant allégrement le milliard de masses solaires.

Les astronomes de l'étude tablent sur d'autres observations pour déterminer si le réveil de ce trou noir était épisodique, c'est-à-dire provoqué par une rupture par effet de marée, ou, avec l'accrétion de gaz environnant, il marque l'entrée de sa galaxie dans celles qu'on qualifie d'actives. A la différence de notre galaxie dont le trou noir supermassif est endormi.

 

Une tempête solaire d'une rare intensité touche la Terre
AFP, Sciences & Avenir - 10 mai 2024
https://www.sciencesetavenir.fr/sciences/une-tempete-solaire-d-une-rare-intensite-se-dirige-vers-la-terre_178314 


Une tempête solaire d'une rare intensité a commencé à toucher la Terre vendredi et pourrait provoquer des perturbations sur les réseaux électriques et de communications, mais aussi d'impressionnantes aurores boréales, ont prévenu les autorités américaines.

Une alerte à la tempête géomagnétique de niveau 4, sur une échelle de 5, a été émise par le Centre de prévision de la météo spatiale (SWPC) américain. "Une série d'éjections de masse coronale, qui sont des explosions de particules énergétiques et de champs magnétiques partant du soleil, sont dirigées vers la Terre", a expliqué lors d'une conférence de presse Shawn Dahl, de ce centre rattaché à l'Agence américaine d'observation océanique et atmosphérique (NOAA).

La première d'entre elle, "très forte", a atteint la Terre vendredi vers 16H30 GMT, a précisé l'agence. "Il pourrait y avoir des impacts sur les infrastructures", a dit Shawn Dahl, indiquant qu'il s'agissait d'un événement "très rare" qui devrait persister durant le week-end. "Nous avons notifié tous les opérateurs avec qui nous travaillons, comme les opérateurs de satellites, de communications et bien sûr du réseau électrique en Amérique du nord", a-t-il ajouté.

Le Soleil est actuellement proche de son pic d'activité, selon un cycle qui revient tous les 11 ans. Ces éjections de masse coronale -- dont au moins sept dirigées vers la Terre ont été observées -- proviennent d'une tâche solaire faisant environ 16 fois le diamètre de la Terre. Elles se déplacent à plusieurs centaines de kilomètres par seconde.

Shawn Dahl a recommandé aux habitants de s'équiper de batteries ou potentiellement de générateurs, comme pour tout autre avis de tempête. Mais les opérateurs électriques ont depuis 10 ans travaillé à mieux protéger leurs réseaux, a rassuré Rob Steenburgh, scientifique au SWPC. Les effets ne pourront survenir que sur des lignes à haute tension, pas chez les particuliers, et des systèmes comparables à des disjoncteurs existent par exemple. Les signaux GPS pourraient aussi être affectés, a-t-il précisé. Il a également indiqué que son agence était en contact très régulier avec la Nasa, qui assure la sécurité des astronautes dans la Station spatiale internationale (ISS), plus vulnérables aux radiations solaires.

Une alerte aux radiations a également été émise, mais de seulement 1 sur une échelle de 5, ne causant donc pas d'inquiétude pour le moment. En ce qui concerne le trafic aérien, l'Agence américaine de l'aviation civile (FAA) a dit "ne pas s'attendre à des conséquences importantes". Les tempêtes géomagnétiques peuvent perturber les outils de navigation et les transmissions radio à haute fréquence, a toutefois expliqué le régulateur aérien américain, ajoutant avoir conseillé aux compagnies aériennes et aux pilotes d'"anticiper" les perturbations éventuelles.

La dernière fois qu'un avis de vigilance à une tempête géomagnétique de niveau 4 avait été émis remontait à 2005. Cet avis précède l'alerte, lorsque la tempête est effectivement observée. De plus petites tempêtes géomagnétiques atteignant le niveau 4 ont été observées ces dernières années, la dernière en mars. Mais elle n'avait alors duré que quelques heures.

L'événement en cours devrait être d'une toute autre ampleur, quoique toujours moindre que la tempête solaire de 1859, la plus importante enregistrée selon la NASA. Aussi connue sous le nom d'événement de Carrington, elle correspondait à un événement de niveau 5, et avait très fortement perturbé les communications par télégraphe. Ce type de tempête affecte notamment les latitudes nord et sud, autour des pôles, a expliqué à l'AFP Mathew Owens, professeur de physique spatiale à l'Université de Reading. Et "plus la tempête est forte, plus cela va bas en termes de latitude", a-t-il expliqué. Dans l'hémisphère sud, des pays comme l'Australie ou la Nouvelle-Zélande suivent également de près ce type de situations, a expliqué Shawn Dahl. L'événement devrait ainsi engendrer des aurores boréales et australes, y compris dans des régions où elles ne sont pas habituelles.

Aux Etats-Unis, des aurores boréales devraient pouvoir être observées sur la plupart de la moitié nord du pays, et peut-être aussi bas qu'en Alabama ou dans le nord de la Californie, selon NOAA. "Si vous êtes à un endroit où il fait noir, sans nuage et avec peu de pollution lumineuse, vous pourriez voir des aurores boréales assez impressionnantes", a dit Rob Steenburgh. "Et c'est vraiment le cadeau de la météo spatiale".


Un trou noir atypique débusqué dans la Voie lactée
AFP, Sciences & Avenir - 16 avr 2024
https://www.sciencesetavenir.fr/sciences/un-trou-noir-atypique-debusque-dans-la-voie-lactee_177842 


Le télescope spatial européen Gaia, dédié à la cartographie de la Voie lactée, a découvert un trou noir d'une masse record, de 33 fois celle du Soleil: du jamais vu dans notre galaxie, indique une étude parue mardi. L'objet baptisé Gaia BH3, situé à 2.000 années-lumière de la Terre, dans la constellation de l'Aigle, appartient à la famille des trous noirs stellaires qui résultent de l'effondrement d'étoiles massives en fin de vie. Ils sont incomparablement plus petits que les trous noirs supermassifs logés au cœur des galaxies, dont le scénario de formation n'est pas connu.

C'est "par hasard" que Gaia BH3 a été déniché, raconte à l'AFP Pasquale Panuzzo, chercheur CNRS à l'Observatoire de Paris-PSL, principal auteur des travaux publiés dans Astronomy & Astrophysics Letters. Les scientifiques du consortium Gaia étaient en train de défricher les dernières données de la sonde, en vue de la publication du prochain catalogue en 2025, lorsqu'ils sont tombés sur un système d'étoiles binaires particulier. "On voyait une étoile un peu plus petite que le Soleil (75 % de sa masse environ) et plus brillante, qui tournait autour d'un compagnon invisible", repérable par les perturbations qu'il lui fait subir, raconte Pasquale Panuzzo, responsable-adjoint du traitement spectroscopique de Gaia.

Le télescope spatial donne la position très précise des étoiles dans le ciel, les astronomes ont donc pu caractériser les orbites et mesurer la masse du compagnon invisible de l'étoile: 33 fois celle du Soleil. Des observations plus poussées de télescopes au sol ont confirmé qu'il s'agissait bien d'un trou noir, d'une masse bien plus importante que celle des trous noirs d'origine stellaire déjà connus dans la Voie lactée - entre 10 et 20 masses solaires. De tels mastodontes ont déjà été détectés dans des galaxies lointaines, via les ondes gravitationnelles. Mais "jamais dans la nôtre", dit le Dr Panuzzo. Gaia BH3 est un trou noir "dormant": il est trop éloigné de son étoile compagnon pour lui arracher sa matière et n'émet donc aucun rayonnement X, ce qui rend sa détection extrêmement difficile. Le télescope Gaia a réussi à débusquer les deux premiers trous noirs inactifs (Gaia BH1 et Gaia BH2) de la Voie lactée, mais ceux-ci ont des masses standard.

Contrairement au Soleil, la petite étoile du système binaire de BH3 est "très pauvre en éléments plus lourds que l'hydrogène et l'hélium", explique l'Observatoire de Paris dans un communiqué. "Selon la théorie, seules ces étoiles pauvres en métaux peuvent former un trou noir aussi massif", relève le Dr Panuzzo. L'étude suggère donc que le "progéniteur" du trou noir était une étoile massive elle aussi pauvre en métaux. L'étoile du système, âgée de 12 milliards d'années, "vieillit très lentement", quand celle qui a formé le trou noir "n'a vécu que 3 millions d'années", décrit-il. "Ces étoiles pauvres en métaux étaient très présentes au début de la galaxie. Leur étude nous donne des informations sur sa formation", ajoute le scientifique.

Autre curiosité du couple stellaire: dans le disque de la Voie lactée, il tourne dans le sens contraire des autres étoiles. "Peut-être parce que le trou noir se serait formé dans une autre galaxie plus petite, qui aurait été mangée au début de la vie de la Voie lactée", avance-t-il. La sonde Gaia de l'ESA, qui opère à 1,5 million de kilomètres de la Terre depuis 10 ans, a livré en 2022 une carte en 3D des positions et des mouvements de plus d'1,8 milliard d'étoiles.


09/04/2024 >> Ce matin, l'éclipse, entre le Mexique et le Canada, vue de l'espace:
https://twitter.com/ESA_EO/status/1777625943881712068?ref_src=twsrc%5Etfw%7Ctwcamp%5Etweetembed%7Ctwterm%5E1777625943881712068%7Ctwgr%5E%7Ctwcon%5Es1_&ref_url=theme%3Ddark 


L’objet le plus lumineux de l’univers aurait été découvert
Associated Press, La Presse - 19 fev 2024
https://www.lapresse.ca/actualites/sciences/2024-02-19/l-objet-le-plus-lumineux-de-l-univers-aurait-ete-decouvert.php 


Cape Canaveral (USA) - Des astronomes ont découvert ce qui pourrait être l’objet le plus lumineux de l’univers, un quasar avec un trou noir en son cœur qui grandit si vite qu’il avale l’équivalent d’un soleil par jour. Ce quasar record brille 500.000 milliards de fois plus que notre soleil. Le trou noir qui alimente ce quasar lointain est plus de 17 milliards de fois plus massif que notre soleil, a rapporté lundi une équipe dirigée par des Australiens dans la revue Nature Astronomy.(...)

Le disque en rotation autour du trou noir du quasar ― le gaz tourbillonnant lumineux et d’autres matières provenant des étoiles englouties ― ressemble à un ouragan cosmique. « Ce quasar est l’endroit le plus violent que nous connaissions dans l’univers », a affirmé l’auteur principal, Christian Wolf, de l’Australian National University, dans un courriel.

L’Observatoire européen austral a repéré l’objet, J0529-4351, lors d’une étude du ciel en 1980, mais on pensait qu’il s’agissait d’une étoile. Ce n’est que l’année dernière qu’il a été identifié comme un quasar, le noyau extrêmement actif et lumineux d’une galaxie. Des observations effectuées par des télescopes en Australie et dans le désert chilien d’Atacama ont permis de le confirmer. « Ce qui est passionnant avec ce quasar, c’est qu’il était caché à la vue de tous et qu’il avait été classé à tort comme une étoile auparavant », a expliqué Priyamvada Natarajan, de l’Université de Yale, qui n’a pas participé à l’étude, dans un courrier électronique.

Ces observations ultérieures et la modélisation informatique ont permis de déterminer que le quasar engloutit l’équivalent de 370 soleils par an, soit environ un par jour. Une analyse plus poussée montre que la masse du trou noir est de 17 à 19 milliards de fois supérieure à celle de notre soleil, selon l’équipe. D’autres observations sont nécessaires pour comprendre son taux de croissance. Le quasar se trouve à 12 milliards d’années-lumière et existe depuis les premiers jours de l’univers. Une année-lumière équivaut à environ 9500 milliards de kilomètres.


Bienvenue sur Mimas, lune glacée de Saturne et son océan propice à la vie
AFP, Sciences & Avenir - 10 fev 2024
https://www.sciencesetavenir.fr/sciences/bienvenue-sur-mimas-lune-glacee-de-saturne-et-son-ocean-propice-a-la-vie_176672 


Les astronomes la comparent à l'Etoile de la mort de Star Wars mais elle s'avère plus hospitalière qu'imaginé: Mimas, petite lune de Saturne, renferme sous sa surface glacée un improbable océan liquide propice à l'apparition de la vie, selon une étude publiée mercredi. Mimas vient compléter la famille des rares lunes du système solaire abritant de l'eau liquide sous leur banquise: Europe et Ganymède (autour de Jupiter), Encelade et Titan (autour de Saturne).

"S'il y a bien un endroit dans l'Univers où on ne s'attendait pas à trouver les conditions favorables à la vie, c'est bien Mimas", a expliqué lors d'une conférence de presse Valéry Lainey, principal auteur de l'étude parue dans Nature. Le satellite de la planète aux anneaux, découvert en 1789 par l'astronome William Herschel, n'avait "pas du tout la tête de l'emploi", raconte cet astronome à l'IMCCE (Institut de mécanique céleste et de calcul des éphémérides) de l'Observatoire de Paris-PSL.

L'astre, de seulement 400 km de diamètre, était surnommée "lune de la mort" tant il semblait froid, inerte et donc inhabitable. En cause: sa surface criblée de cratères, dont un immense lui donnant de faux airs d'Etoile de la mort, la station de l'Empire galactique dans la saga Star Wars. Sa coquille de glace semblait figée, sans trace d'activité géologique interne susceptible de la modifier. Au contraire de sa grande soeur Encelade, dont la surface lisse est régulièrement remodelée grâce à l'activité de son océan interne et de ses geysers - une source de chaleur nécessaire pour maintenir l'eau à l'état liquide. Les scientifiques avaient néanmoins l'intuition qu'il "se passait quelque chose à l'intérieur" de Mimas, raconte Valéry Lainey. Ils ont alors étudié la rotation du satellite sur lui-même et ses petites oscillations, appelées librations, qui peuvent varier en fonction de la structure interne de l'astre.

Leurs premiers travaux, publiés en 2014, échouent à trancher en faveur d'un océan liquide. Une majorité de scientifiques penchant plutôt sur l'hypothèse d'un noyau rocheux. "On aurait pu en rester là, mais nous étions frustrés", se souvient Valéry Lainey. Son équipe a alors récupéré plusieurs dizaines d'images prises par la sonde Cassini de la Nasa (2004-2017), afin d'élargir ses recherches à l'ensemble du système saturnien et 19 de ses lunes.

Ces données ont permis d'analyser le mouvement orbital de Mimas autour de Saturne et la manière dont il affecte ses librations. Et de détecter d'infimes variations dans ces librations, de l'ordre de quelques centaines de mètres, trahissant la présence d'un océan liquide sous la totalité de la surface. "C'est la seule conclusion viable", soulignent Matija Cuk, de l'Institut SETI de recherche d'intelligence extra-terrestre (Californie), et Alyssa Rose Rhoden, du Southwest Research Institute à Boulder (Colorado), dans un commentaire joint aux travaux de Nature.

L'océan se meut sous une épaisseur de glace de 20 à 30 km, comparable à celle d'Encelade, décrit l'étude. Il serait né sous l'influence de la gravité d'autres lunes de Saturne: des "effets de marée" qui secouent l'astre et créent de la chaleur empêchant son océan de geler. Les calculs suggèrent une mer formée récemment, il y a seulement entre 5 à 15 millions d'années, ce qui expliquerait pourquoi aucun signe géologique n'a encore été détecté en surface.

La lune "réunit toutes les conditions pour l'habitabilité: de l'eau liquide, maintenue par une source de chaleur, en contact avec de la roche pour que se développent les échanges chimiques" indispensables à la vie, résume Nicolas Rambaux de l'IMCCE, l'un des auteurs. Mimas peut-elle abriter des formes de vie primitive, comme des bactéries ou des archées ? "La question sera adressée aux prochaines missions spatiales dans les décennies à venir", anticipe Valéry Lainey. "Une chose est sûre: si vous cherchez les conditions les plus récentes d'habitabilité dans le système solaire, c'est Mimas qu'il faut regarder", conclut l'astronome.


De la vapeur d'eau observée dans l'atmosphère d'une petite exoplanète
AFP, France24 - 25 j an 2024
https://www.france24.com/fr/info-en-continu/20240125-de-la-vapeur-d-eau-observ%C3%A9e-dans-l-atmosph%C3%A8re-d-une-petite-exoplan%C3%A8te 


WASHONGTON – Le télescope spatial Hubble a observé la plus petite planète connue en dehors du système solaire à contenir de l'eau dans son atmosphère, ont annoncé jeudi les agences agences spatiales américaine (NASA) et européenne (ESA). "De l'eau sur une planète aussi petite, c'est une découverte marquante", a affirmé Laura Kreidberg de l'institut Max Planck pour l'astronomie, en Allemagne, co-directrice des recherches. "Cela nous rapproche plus que jamais de la description de mondes vraiment semblables à la Terre".

La planète en question, GJ 9827d, dont le diamètre est environ 2 fois celui de la Terre, se trouve dans la constellation des Poissons, à 97 années-lumière, soit plus de 900.000 milliards de km, selon un communiqué de la NASA et de l'ESA. Ces responsables estiment que la planète est soit une "mini-Neptune" - avec une atmosphère riche en hydrogène et chargée en eau - soit une version plus chaude d'une lune de Jupiter, Europe, qui contient deux fois plus d'eau que la Terre sous sa croûte. "GJ 9827d pourrait être constituée à moitié d'eau et de roche", a expliqué Björn Benneke de l'Université de Montréal, qui a codirigé les recherches. "Il y aurait beaucoup de vapeur d'eau sur de plus petits amas de roche". "Jusqu'à présent, nous n'avions pas été à même de détecter directement l'atmosphère d'une aussi petite planète. Et on y arrive progressivement", a-t-il ajouté.

Pendant 3 ans, Hubble a pu analyser la longueur d'ondes des couleurs dans l'atmosphère de GJ 9827d, quand la lumière de l'étoile autour de laquelle elle tourne filtrait à travers son atmosphère, et déceler la présence de molécules d'eau. Même si cette planète a une atmosphère riche en eau, sa température de 425°C la rend inhabitable. Cette découverte ouvre cependant la voie à d'autres études de GJ 9827d et de planètes similaires, notamment via le télescope spatial James Webb, qui peut utiliser ses images infrarouges de haute résolution pour rechercher d'autres molécules atmosphériques comme le dioxyde de carbone et le méthane.
 

2024, année lunaire

Publié le 14/01/2024 à 00:06 par monde-antigone

 
On devrait entendre souvent parler de la Lune en 2024...

Lundi 8 janvier, la nouvelle fusée Vulcan Centaur, du groupe ULA, a décollé de Cap Canaveral, avec à bord le premier appareil américain devant tenter de se poser sur la Lune depuis plus de 50 ans.
C'était le premier lancement, cette année, d'une longue série, préfiguration de la colonisation permanente de notre satellite naturel...

Mais, au bout de quelques heures, l'alunisseur Peregrine, développé par une start-up soutenue par la NASA, a connu une "anomalie" au niveau du système de propulsion, causant la rupture d'un réservoir et vouant la mission à l'échec. 4 jours après son décollage, l'alunisseur continuait pourtant à fonctionner, à s'éloigner de la Terre et à transmettre des données. Les équipes qui recherchaient des solutions pour étendre sa durée de vie le faisaient fonctionner comme un vaisseau afin de réunir un maximum de données en vue d'une prochaine tentative. Peregrine devrait finir par s'écraser sur la surface de la Lune.
>> Aux dernières nouvelles, l'alunisseur qui n'alunira pas a fait demi-tour et se dirige désormais vers la Terre. Il se désintégrera lorsqu'il entrera dans l'atmosphère.

Première conséquence, le programme américain va prendre du retard. Une aubaine pour la Chine et l'Inde...


2024, l’année de la Lune
Agence Science-Presse - 03 jan 2024
https://www.sciencepresse.qc.ca/actualite/2024/01/03/2024-annee-lune 


Une dizaine d’engins pourraient visiter la Lune en 2024 — lui tourner autour, se poser ou y rouler — incluant une mission habitée en orbite. Si tout se passe comme prévu pour tous ces projets, ce sera un record et, peut-être, le début d’une nouvelle phase.

Ce record n’est en effet pas seulement le résultat de l’aboutissement de plusieurs projets nationaux ou internationaux en même temps. Il reflète l’intérêt accru pour un retour sur la Lune, cette fois à des fins économiques — ou bien, pour les plus optimistes, dans une perspective plus lointaine d’exploration de la planète Mars.

Entre autres missions à surveiller en 2024:
–– La sonde japonaise SLIM (Smart Lander for Investigating Moon) doit se poser sur la Lune le 20 janvier, ce qui ferait de ce pays le 5e à y mettre le pied — à peine 5 mois après l’Inde. Lancée en septembre, SLIM n’a atteint l’orbite lunaire qu’en décembre — une « trajectoire économique » en carburant. L’objectif de la mission est de tester le système de navigation: soit celui qui, depuis l’orbite, aura permis d’identifier le lieu d’alunissage avec une précision d’une centaine de mètres, plutôt que de quelques kilomètres dans les missions précédentes.

–– SLIM pourrait être suivie de peu, en février, par Peregrine, un engin de la compagnie américaine Astrobiotic qui doit être lancé le 8 janvier par une fusée Vulcan Centaur de la compagnie United Launch Alliance. Si tout se passe comme prévu, ce sera la première fois qu’une compagnie privée réalise un alunissage.

–– C’est l'exploit qu’espérait réaliser la compagnie américaine Intuitive Machines dont le lancement du IM-1 mission Nova-C est à présent prévu pour février (la date initiale était la mi-janvier), à bord d’une fusée de la compagnie SpaceX. Peregrine et IM-1 ont été rendus possibles par un partenariat avec la NASA, Commercial Lunar Payload Services (CLPS): l’agence spatiale américaine finance des projets lunaires développés par le secteur privé, dans le but de stimuler des partenariats commerciaux en vue d'une future exploitation commerciale de la Lune.

–– Un troisième des projets développés par CLPS est censé déposer sur la Lune trois véhicules (ou rovers) d’un seul coup. Appelé CADRE (Cooperative Autonomous Distributed Robotic Exploration), l’expérience vise à tester la capacité de ces engins à travailler en réseau et avec un minimum d’intervention humaine pendant 14 jours (soit une journée lunaire).

–– Également lié à l’initiative CLPS, le Lunar Trailblazer, lui, restera en orbite et tentera de dresser une carte des ressources en eau glacée cachées sous la surface de notre satellite.

–– La compagnie finlandaise Nokia a également dans ses cartons un véhicule lunaire. En partenariat avec la NASA et Intuitive Machines, un lancement est prévu pour 2024, à une date indéterminée. Nokia contribue aussi au développement d’un réseau de communications 4G sur la Lune.

–– La Chine ne sera pas en reste, avec le lancement, prévu en mai, de Chang’e 6, censé ramener sur Terre 2 kg de roches lunaires récoltés sur la face cachée.

–– Enfin, la mission dont les médias parleront le plus sera sans aucun doute Artemis 2, qui emmènera quatre astronautes — trois Américains et un Canadien — en orbite lunaire. La mission, prévue pour l’instant pour novembre, constituera le premier vol habité au-delà de l’orbite terrestre depuis la dernière mission lunaire Apollo, en 1972.


Echec de la première mission d'alunissage d'une entreprise américaine
AFP, France24 - 09 jan 2024
https://www.france24.com/fr/info-en-continu/20240109-echec-de-la-premi%C3%A8re-mission-d-alunissage-d-une-entreprise-am%C3%A9ricaine 


WASHINGTON – L'alunisseur privé américain ayant décollé lundi [8 janvier] mais ayant peu après expérimenté de graves problèmes en vol n'a "aucune chance" de pouvoir atterrir en douceur sur la Lune comme initialement prévu, a annoncé mardi l'entreprise Astrobotic, qui a développé l'appareil. La mission devait marquer le premier atterrissage d'un engin américain sur la Lune depuis la fin du programme Apollo il y a plus de 50 ans. Astrobotic aurait aussi pu devenir la première entreprise privée à réussir à se poser sur la Lune. (...)

L'alunisseur, nommé Peregrine, a été développé par Astrobotic avec l'appui financier de la NASA, qui a chargé cette entreprise de transporter jusqu'à la Lune du matériel scientifique, un contrat de 108 millions de dollars. Le lancement inaugurait une série de missions soutenues par l'agence spatiale américaine, désireuse d'encourager le développement d'une économie lunaire. La NASA a ainsi passé contrat avec plusieurs entreprises, dont Astrobotic, pour l'envoi d'expériences et de technologies sur la Lune -- un programme baptisé CLPS.

Cet échec marque donc également un revers pour l'agence spatiale américaine, même si elle n'était pas directement à la manoeuvre. Elle s'était toutefois dit consciente des risques en misant sur de jeunes compagnies. "Les vols spatiaux sont une aventure audacieuse", a réagi lundi sur X le patron de la NASA, Bill Nelson, après l'annonce des difficultés rencontrées. "La NASA continuera à étendre sa portée dans le cosmos avec nos partenaires commerciaux", avait-il promis. Une autre entreprise américaine sélectionnée par la NASA pour son programme, Intuitive Machines, tentera à nouveau l'aventure très bientôt: elle doit décoller pour la Lune mi-février au plus tôt, avec une fusée de SpaceX.

La mission d'Astrobotic comportait également à bord les cargaisons de clients privés. Parmi elles, les cendres ou l'ADN de dizaines de personnes, dont celles de Gene Roddenberry, le créateur de la célèbre série télévisée de science-fiction Star Trek. Un partenariat avec l'entreprise Celestis, spécialisée dans les "vols spatiaux commémoratifs". L'envoi de ces cendres sur la Lune avait suscité la colère de la tribu amérindienne Navajo, qui avait fustigé la "profanation d'un lieu sacré". Le PDG de Celestis, Charles M. Chafer, a indiqué mardi que son entreprise disposait d'assez d'échantillons pour inclure ses clients dans un nouveau vol "au cas où la mission n'arrivait pas à la destination prévue".

A ce jour, seules quatre nations - les Etats-Unis, l'Union soviétique, la Chine et l'Inde - ont réussi à faire atterrir un appareil sur la Lune. Ces dernières années, des compagnies privées israélienne et japonaise ont aussi tenté d'alunir, mais ces missions se sont soldées par des crashs. Une mission de l'agence spatiale japonaise (Jaxa) doit également tenter d'alunir dans environ deux semaines. La Russie a pour sa part spectaculairement raté un alunissage cet été.


Qu'est-ce que le programme Artémis de la NASA ?
AFP, Sciences & Avenir - 15 nov 2022
https://www.sciencesetavenir.fr/sciences/qu-est-ce-que-le-programme-artemis-de-la-nasa_167627 


Artémis est le nom du programme américain de retour sur la Lune, composé de missions de difficulté croissante. Il ambitionne d'envoyer la première femme et la première personne de couleur sur la surface lunaire. Son nom a été choisi en écho au programme Apollo, ayant emmené 12 hommes blancs sur la Lune entre 1969 et 1972. Artémis, dans la mythologie grecque, est la soeur jumelle d'Apollon (Apollo en anglais) et une déesse associée à la Lune.

Voici un tour d'horizon de ces missions, jusqu'à l'objectif final: permettre aux humains de se rendre sur Mars.
- Artémis 1: vol test - La mission Artémis 1 doit tester sans équipage la nouvelle fusée géante de la NASA, baptisée SLS, et la capsule Orion à son sommet, afin de s'assurer qu'elles pourront bien transporter des astronautes en toute sécurité à l'avenir. Orion ira se placer en orbite autour de la Lune avant de revenir sur Terre.
- Artémis 2: premier équipage - Prévue pour 2024, Artémis 2 emmènera des astronautes jusqu'à la Lune, mais sans y atterrir, comme l'avait fait Apollo 8. La capsule fera un survol de la Lune sans techniquement se placer en orbite autour d'elle. La composition de l'équipage doit être annoncée d'ici la fin de l'année. On sait déjà qu'un Canadien en fera partie, et deviendra ainsi le premier à se rendre dans l'espace lointain.
- Artémis 3: atterrissage sur la Lune - Cette 3e mission peut être comparée à Apollo 11: ce sera la première du programme à faire atterrir des astronautes sur la Lune. Ils arriveront pour la première fois sur le pôle Sud de la Lune, où la présence d'eau sous forme de glace a été confirmée, et non près de l'équateur comme pendant Apollo. Artémis 3 est officiellement prévue en 2025, mais selon un audit public indépendant elle devrait en réalité avoir lieu en 2026 "au plus tôt". A partir d'Artémis 3, la NASA souhaite lancer environ une mission par an. [Ce programme a été repoussé d'un an - voir ci dessous]

La NASA a sélectionné SpaceX pour construire l'alunisseur d'Artémis 3. Concrètement, cet alunisseur fera la navette entre la capsule Orion placée en orbite autour de la Lune, et la surface lunaire. La capsule transportant quatre astronautes s'arrimera à l'alunisseur, qui sera alors chargé de descendre deux d'entre eux jusqu'à la surface, puis de les remonter quelques jours plus tard. C'est ensuite à bord d'Orion qu'ils reviendront tous sur Terre. Cet alunisseur, envoyé séparément par SpaceX, sera une version du vaisseau Starship, qui n'a pour le moment effectué que des tests suborbitaux.

Pour atteindre l'orbite terrestre, il devra être propulsé par le premier étage de fusée Super Heavy, également en développement. Avant de pouvoir se rendre jusqu'à la Lune, il devra faire le plein en se ravitaillant directement dans l'espace à partir d'un autre vaisseau Starship, préalablement rempli de carburant - un transfert hautement périlleux encore jamais testé. Pour la suite du programme Artémis, la NASA a lancé un nouvel appel d'offres auprès d'autres compagnies pour le développement d'alunisseurs supplémentaires.

Le programme Artémis inclut également la construction d'une station en orbite autour de la Lune, baptisée Gateway. Le lancement des deux premiers éléments - un module d'habitation et le système de propulsion - est prévu fin 2024 au plus tôt, par une fusée Falcon Heavy de SpaceX. Les modules suivants seront lancés par SLS en même temps qu'Orion et son équipage, chargé de les assembler à destination. Les astronautes y resteront entre 30 et 60 jours. A terme, un alunisseur y sera arrimé pour leur permettre de descendre sur la Lune à partir de la station. Gateway doit également servir d'étape avant les futurs voyages vers Mars.

Paradoxalement, l'astre réellement au coeur du programme Artémis n'est pas la Lune, mais Mars. Avec la création d'une base sur la surface de la Lune, la NASA souhaite tester les technologies nécessaires à l'envoi d'humains vers la planète rouge: nouvelles combinaisons, véhicule pour se déplacer, mini-centrale électrique, utilisation de l'eau lunaire... L'idée est d'apprendre à établir une présence humaine durable loin de la Terre, sans en être trop loin. En cas de problème, la Lune n'est qu'à quelques jours de voyage. Mars, plusieurs mois.


Les Etats-Unis repoussent le retour d'astronautes sur la Lune à 2026
AFP, France24 - 09 jan 2024
https://www.france24.com/fr/info-en-continu/20240109-la-nasa-va-s-exprimer-sur-son-programme-lunaire-art%C3%A9mis-des-retards-attendus 


WASHINGTON – La NASA a annoncé mardi le report de près d'un an de ses missions Artémis 3, qui doit renvoyer des astronautes sur la Lune pour la première fois depuis 1972, et Artémis 2, lors de laquelle un équipage doit faire le tour de la Lune sans y atterrir. "Nous ajustons notre calendrier, pour viser Artémis 2 en septembre 2025, et septembre 2026 pour Artémis 3", a déclaré le patron de la NASA, Bill Nelson, lors d'une conférence de presse. Artémis 2 était jusqu'ici prévue fin 2024, et Artémis 3 fin 2025. "La sécurité est notre première priorité", a déclaré Bill Nelson, indiquant que l'agence spatiale et les entreprises privées partenaires avaient besoin de davantage de temps. Malgré ces reports, "je ne crois vraiment pas que la Chine atterrira (sur la Lune) avant nous", a estimé Bill Nelson.

Le programme Artémis a pour but d'établir une présence durable sur la Lune, afin de préparer le voyage d'un premier équipage vers Mars. Ce programme a été inauguré en 2022 avec la mission Artémis 1, qui a fait voler avec succès le vaisseau Orion autour de la Lune, afin de le tester sans équipage.

La mission Artémis 2 doit durer environ 10 jours et envoyer quatre astronautes pour un voyage autour de la Lune, sans y atterrir. Il s'agit de trois Américains - Reid Wiseman, Victor Glover et Christina Koch - et d'un Canadien, Jeremy Hansen, tous déjà en plein entraînement. Cette mission est repoussée pour des raisons de sécurité car plusieurs problèmes doivent être résolus avant le décollage, a expliqué Amit Kshatriya, haut responsable à la NASA. Le premier concerne le bouclier thermique protégeant la capsule Orion lors de son retour dans l'atmosphère terrestre. Durant Artémis 1, de la matière calcinée s'en est libérée, ce qui n'était pas prévu. Une enquête sur ce sujet doit se conclure au printemps.

La NASA souhaite également plus de temps pour se pencher sur les batteries du système d'éjection de la capsule Orion, qui doit fonctionner en cas de souci au décollage. Artémis 3 sera ensuite la première mission à déposer des astronautes sur la surface lunaire depuis plus de 50 ans et la fin d'Apollo. Mais deux éléments essentiels ne sont pas encore prêts: d'abord un alunisseur, commandé à la compagnie spatiale SpaceX, et des combinaisons spatiales adaptées à l'environnement lunaire, dont le développement a été confié à Axiom Space. La nouvelle date de 2026 permet de prendre en compte "les défis de développement rencontrés par nos partenaires industriels", a déclaré Amit Kshatriya.

L'alunisseur sera une version modifiée du vaisseau Starship, actuellement en cours de développement par l'entreprise du milliardaire Elon Musk. Or les deux premiers vols de Starship, monté sur son propulseur Super Heavy, se sont soldés en 2023 par des explosions. Un nouveau vol test devrait avoir lieu en février, a déclaré mardi Jessica Jensen, responsable chez SpaceX. Pour atteindre la Lune, Starship devra par ailleurs être ravitaillé en carburant en vol -- une opération risquée et pas encore testée. Environ "une dizaine" de Starship remplis de carburants devront décoller pour alimenter l'exemplaire du vaisseau devant faire le voyage jusqu'à la Lune, a précisé Jessica Jensen. Un alunissage de Starship sans équipage devra également être réalisé avant Artémis 3.

Artémis 4 est, elle, toujours prévue en septembre 2028. Il s'agira de la première mission vers la nouvelle station spatiale Gateaway. Le lancement des deux premiers éléments de cette station en orbite autour de la Lune devait avoir lieu en 2025 mais ce calendrier va également être revu, a fait savoir la NASA.

19/01/2024 >> Le module spatial japonais SLIM, développé par l'Agence spatiale japonaise Jaxa, se posé sur la Lune avec une précision de moins de 100 m. Son module connaît un problème d'énergie à cause d'un problème de panneaux solaires. Il pourrait s'agir d'un câble détaché, ou dans le mauvais sens, ou l'alunisseur peut être à l'envers et dans l'incapacité de voir le soleil pour une raison quelconque. >> L'alimentation électrique s'éteint au bout de 48 heures.
Les deux mini-rovers qu'emportait SLIM ont été largués normalement, dont une sonde sphérique baptisée SORA-Q, à peine plus grande qu'une balle de tennis, et capable de modifier sa forme pour se déplacer sur le sol lunaire.

>> 26/08/2024 >> Le Japon met fin à la mission de son engin lunaire, ne recevant plus de réponse de son module SLIM. Il a réussi a survivre à trois nuits lunaires glaciales longues de 2 semaines. Sa mission était de mener des analyses de roches censées provenir de la structure interne de la Lune. Le Japon est le 5e pays à avoir envoyé un engin se poser sur la lune.


EDIT (21 février 2024)


Qu'est-ce que le nouveau programme de livraisons lunaires de la NASA ?
AFP, France24 - 21 fev 2024
https://www.france24.com/fr/info-en-continu/20240221-qu-est-ce-que-le-nouveau-programme-de-livraisons-lunaires-de-la-nasa 


WASHINGTON – L'année 2024 doit être marquée par une ribambelle de décollages vers la Lune depuis les Etats-Unis. Ces missions, bien qu'elles soient opérées par des entreprises privées, s'inscrivent dans un nouveau programme mis sur pied par l'agence spatiale nationale, la NASA. C'est dans ce cadre qu'une société américaine doit tenter d'alunir jeudi. Appelé CLPS pour "Commercial Lunar Payload Services" ("Services de cargaison lunaire commercial", en français), ce programme ne doit servir qu'à transporter du matériel, non des humains. Il doit toutefois aider à préparer le retour d'astronautes sur la Lune, via cette fois le programme lunaire phare de la NASA, Artémis.

En 2018, la NASA lance le programme CLPS (prononcer "clipse") selon une nouvelle approche: au lieu d'envoyer des instruments scientifiques sur la Lune à l'aide de véhicules lui appartenant, elle commandera ce service à des entreprises privées. Cette stratégie doit permettre "de faire le voyage plus souvent, plus rapidement et pour moins cher", a expliqué Joel Kearns, haut responsable au sein de l'agence spatiale. Et ce, même si "nous ne savons pas combien des premiers essais réussiront", a-t-il ajouté. Consciente des risques, la NASA entend malgré tout aider à bâtir une économie lunaire, en stimulant via ses financements le développement d'un écosystème d'entreprises capables de faire le voyage. Elles pourront ainsi servir à d'autres clients: sociétés privées ou institutions de recherche (universités...).

L'approche est totalement différente de celle employée durant le programme Apollo, quand la NASA contrôlait tout le processus de développement. "Quand vous avez des fonds illimités, comme du temps d'Apollo, oui vous pouvez faire des choses incroyables", a rappelé lors d'une conférence de presse Trent Martin, responsable au sein de l'une des entreprises impliquées, Intuitive Machines. "Mais pouvons-nous trouver un moyen de le faire pour moins cher, avec un marché n'étant pas seulement poussé par l'argent public ?", a-t-il résumé.

La NASA a pré-sélectionné pas moins de 14 entreprises "certifiées" pouvant se voir attribuer des contrats. Au moins huit missions sont d'ores et déjà prévues, opérées par quatre entreprises différentes. Certaines sont jeunes et encore relativement inexpérimentées.
La première tentative, menée par la start-up Astrobotic, a échoué à atteindre la Lune en janvier après une fuite de carburant en vol. Cette société basée en Pennsylvanie a un deuxième essai prévu cette année, qui pourrait toutefois être reporté en fonction de l'analyse des données du premier vol. Cette fois, la cargaison sera d'une plus grande valeur: le rover chercheur d'eau de la NASA, nommé Viper.

L'entreprise texane Intuitive Machines, fondée en 2013, tentera elle de faire alunir sa sonde Nova-C jeudi près du pôle sud de la Lune. Elle a également deux autres missions prévues cette année. Une autre entreprise texane, Firefly Aerospace, a deux missions en préparation, dont une en 2024, avec son alunisseur nommé Blue Ghost. Enfin, Draper, société basée dans le Massachusetts, devra tenter d'atterrir sur la face cachée de la Lune en 2025. Pour les deux premières missions ayant déjà décollé (Astrobotic et Intuitive Machines), la NASA a signé des contrats d'environ 100 millions de dollars chacun. Outre l'étude scientifique de la Lune, l'un des objectifs principaux pour la NASA est de soutenir son programme Artémis, qui prévoit le retour d'astronautes sur la surface lunaire à partir de 2026.

Poussière lunaire, ondes radio... Certaines missions CLPS doivent notamment permettre de mieux comprendre l'environnement du pôle sud de la Lune, où les astronautes seront envoyés. Pourquoi là-bas ? Car de l'eau sous forme de glace pourrait y être exploitée. Les missions du programme Apollo s'étaient elles rendues plus près de l'équateur, et n'envisageaient aucune présence humaine durable, contrairement à la base lunaire dont la construction est aujourd'hui envisagée par la NASA. "Nous n'essayons pas de reproduire Apollo", a martelé Joel Kearns. "Ce que nous cherchons à faire, ce sont des études scientifiques et technologiques qui n'étaient même pas envisagées à l'époque".


EDIT (22 février 2024)  La sonde d'Intuitive Machines s'est posée sur la Lune... mais couchée sur le flanc. Comme quoi ce n'est pas évident de faire poser une sonde à la verticale.


Pourquoi est-ce si difficile de se poser sur la Lune ?
par Louis San
France Télévisions, Franceinfo: - 22 fev 2024
https://www.francetvinfo.fr/sciences/espace/mission-artemis-vers-la-lune/espace-pourquoi-est-ce-si-difficile-de-se-poser-sur-la-lune_6377407.html 


Les missions sur la Lune s'enchaînent. La société américaine Intuitive Machines va tenter, jeudi 22 février, de poser son alunisseur Nova-C sur le satellite naturel de la Terre. L'engin, qui transporte six instruments scientifiques pour la NASA, doit se poser au pôle Sud. Un succès serait une étape importante pour les Etats-Unis: il s'agirait du premier appareil américain sur la Lune depuis la fin du programme Apollo en 1972. D'autant qu'Intuitive Machines est impliquée dans l'ambitieux programme Artemis, lancé par l'Agence spatiale américaine, qui vise le retour de l'humain sur la Lune de façon durable.

Ces derniers mois, des missions japonaises, russes et américaines ont échoué à se poser sur la Lune. L'agence spatiale japonaise, la Jaxa, a connu une semi-réussite (ou un semi-échec) en janvier: elle est parvenue à poser son alunisseur Slim, entrant dans le club très fermé des pays ayant réalisé une telle prouesse (...). Sauf que Slim se trouve la tête à l'envers, que ses batteries sont presque vides et qu'il est s'est mis en sommeil. "Se poser sur la Lune est un challenge extrêmement difficile", avait réagi un dirigeant de l'Institut japonais des sciences spatiales et astronautiques. (...)

Parce que la Lune n'a pas d'atmosphère
"La Terre est grosse. Pour s'en échapper, il faut beaucoup de vitesse: 11,2 km/s [soit 40 320 km/h]. Vous arrivez sur la Lune en allant très vite", explique le planétologue Sylvestre Maurice, professeur à l'université de Toulouse. Pour s'y poser en douceur, il faut retrouver une vitesse nulle ou quasi-nulle. Sauf que sur la Lune, il n'y a pas d'atmosphère. Il n'est donc pas possible de déployer des parachutes pour ralentir, comme c'est le cas sur Terre. En arrivant sur la Lune, "le seul moyen de ralentir, c'est de faire une contre-poussée, c'est-à-dire d'allumer les moteurs pour faire ce que l'on appelle une 'impulsion spécifique'", expose Sylvestre Maurice, qui a travaillé sur des missions visant la Lune et Mars. "Cette poussée, il faut la doser parfaitement bien pour maîtriser la descente et contrôler la vitesse", insiste-t-il. Ce qui est très difficile car tout est automatisé et qu'il faut une extrême finesse.

Parce qu'il n'existe aucun système de géolocalisation
Si des sondes ont permis de cartographier la Lune de façon assez précise, il est difficile de s'y repérer convenablement une fois que l'on se trouve sur place. Lorsqu'un appareil arrive là-bas, il ne peut pas s'appuyer, comme c'est le cas sur Terre, sur un système de géolocalisation par satellite de type GPS ou Galiléo pour savoir de façon très précise où il se situe. Chaque appareil doit "essayer d'acquérir des données, de prendre images, et de faire des corrélations avec les connaissances qu'il peut avoir pour se repérer", explique Jean Blouvac, responsable des programmes d'exploration et de vols habités au CNES (Centre national des études spatiales).

L'absence de système de géolocalisation aux abords de la Lune n'est pas une fatalité. "Cela pourrait changer à l'avenir à mesure que l'humanité commencera à construire des infrastructures pour un établissement humain permanent sur la Lune, mais pour l'instant, un réseau de stations GPS et radar lunaires est encore loin de devenir une réalité", écrit l'entreprise américaine Astrobotic dans un long communiqué en décembre 2023, avant l'échec de sa mission Peregrine. En attendant, il faut faire sans et composer avec les incertitudes.

Et elles sont importantes. Sur Terre, la précision avec le système européen Galiléo est de l'ordre du mètre. En posant le module Slim à la surface de la Lune, les Japonais s'étaient initialement fixés une marge de précision de l'ordre de la centaine de mètres. Ils ont finalement touché leur point de chute avec une marge d'erreur de 55 mètres, ce qui est mieux que prévu et déjà remarquable, selon les experts interrogés par franceinfo. Or, la précision du lieu d'arrivée est cruciale car la Lune n'est pas toute plate et lisse. Elle a des reliefs, des cratères, des rochers, des pentes, qui peuvent compliquer l'arrivée d'un appareil à sa surface. Sans être extrêmes, "les terrains ne sont pas super faciles", commente Sylvestre Maurice.

Pendant la descente, déterminer l'altitude avec précision s'avère également capital. C'est pourquoi les appareils embarquent des radars qui doivent délivrer, en continu, une information la plus fine possible. La surface est-elle à 15 ou 18 m, puis à 7 ou 10 m, etc. ? Une imprécision de 3 m, par exemple, peut être fatale pour l'appareil, remarque Sylvestre Maurice, soulignant que le vaisseau n'a le droit qu'à une seule tentative. A l'échelle de l'univers, de la galaxie ou même du système solaire, la Lune est la porte à côté. Elle se trouve toutefois à quelque 384.000 km de la Terre. "La Lune n'est pas très loin. Mais il n'est pas possible de piloter en temps réel: il y a délai d'un peu plus d'une seconde".

Parce que le pilotage se fait à (très grande) distance
Une seconde de latence ? Ce laps de temps peut sembler court mais il s'avère immense à grande vitesse et lors d'un alunissage. L'ultime étape de la descente est donc automatisée. "Ces phases commencent généralement à une centaine de kilomètres de la surface de la Lune, ce que l'on appelle l'orbite basse lunaire", explique Jean Blouvac. Lors de cette phase, "les systèmes vont se servir d'un signal radar pour connaître l'altitude relative et donner des consignes de façon à adapter la vitesse au tout dernier moment pour le toucher", résume Jean Blouvac. A tout cela s'ajoute le fait que la Lune présente par endroits des anomalies locales du champ de gravité, relève-t-il. "Des complexités supplémentaires", souffle le responsable du CNES. Au total, pour l'instant, environ une mission lunaire sur deux se termine en crash.


25/03/2024 >> Odysseus d'Intuitive Machines, première sonde privée à se poser sur la Lune, s'est définitivement éteinte au bout d'un mois. Elle s'était posée inclinée après une descente mouvementée due à une défaillance de son système de navigation. Certains de ses panneaux solaires avaient malgré tout pu continuer à fonctionner et à l'alimenter en énergie. Il était de toute façon très incertain que ses batteries survivent au froid de la nuit lunaire.

03/05/2024 >> La Chine lance une sonde pour collecter des échantillons sur la face cachée de la Lune.

02/03/2025 >> La société américaine Firefly Aerospace pose son engin spatial Blue Ghost, devenant ainsi la 2e entreprise privée à atteindre cet objectif. Le Blue Ghost Mission 1 s'est posé près de la formation volcanique de Mare Crisium, sur la face nord-est de la Lune. Son robot transporte divers instruments scientifiques de la NASA, dont un outil pour forer le sol et analyser ses températures.

06/06/2025 >> Fin de mission de la sonde japonaise Résilience après l'échec de son alunissage.

 

Au centre de notre galaxie, un trou noir fait des siennes

Publié le 03/12/2023 à 00:06 par monde-antigone

 
Le trou noir de notre galaxie tourne rapidement et entraîne l’espace-temps avec lui, selon les scientifiques
par Taylor Nicioli
CNN - 28 nov 2023
https://edition.cnn.com/2023/11/28/world/sagittarius-a-black-hole-spin-space-time-scn/index.html 


Le trou noir supermassif au centre de notre galaxie, Sagittarius A*, tourne rapidement et modifie l’espace-temps autour de lui, selon une nouvelle étude. L’espace-temps est le continuum à 4 dimensions qui décrit la façon dont nous voyons l’espace, fusionnant le temps unidimensionnel et l’espace tridimensionnel pour représenter le tissu spatial qui se courbe en réponse aux corps célestes massifs.

Une équipe de physiciens a observé le trou noir, situé à 26.000 années-lumière de la Terre, avec l’observatoire à rayons X Chandra de la NASA, un télescope conçu pour détecter les émissions de rayons X des régions chaudes de l’univers. Ils ont calculé la vitesse de rotation de Sagittarius A* en utilisant ce que l’on appelle la méthode de l’écoulement, qui examine les ondes radio et les émissions de rayons X que l’on peut trouver dans le matériau et les gaz entourant les trous noirs, autrement connu sous le nom de disque d’accrétion, selon l’étude publiée le 21 octobre dans les Monthly Notices of the Royal Astronomical Society.

Les chercheurs ont confirmé que le trou noir est en rotation, ce qui provoque ce que l’on appelle l’effet Lense-Thirring. Également connu sous le nom de glissement d’image, l’effet Lense-Thirring est ce qui se produit lorsqu’un trou noir entraîne l’espace-temps avec sa rotation, a déclaré l’auteur principal de l’étude, Ruth Daly, professeur de physique à l’Université d’État de Pennsylvanie qui a conçu la méthode d’écoulement il y a plus de 10 ans.

Depuis l’invention de la méthode de l’écoulement, Daly s’efforce de déterminer le spin de divers trous noirs et est l’auteur d’une étude de 2019 qui a exploré plus de 750 trous noirs supermassifs. « Avec cette rotation, Sagittarius A* modifiera considérablement la forme de l’espace-temps dans son voisinage », a déclaré Daly. « Nous sommes habitués à penser et à vivre dans un monde où toutes les dimensions spatiales sont équivalentes – la distance au plafond, la distance au mur et la distance au sol... Ils sont tous en quelque sorte linéaires, ce n’est pas comme si l’un était totalement écrasé par rapport aux autres.

« Mais si vous avez un trou noir en rotation rapide, l’espace-temps qui l’entoure n’est pas symétrique - le trou noir en rotation entraîne tout l’espace-temps avec lui... Il écrase l’espace-temps, et cela ressemble un peu à un ballon de football », a-t-elle déclaré. L’altération de l’espace-temps n’est pas inquiétante, mais éclairer ce phénomène pourrait être très utile aux astronomes, a déclaré Daly. « C’est un outil merveilleux pour comprendre le rôle que jouent les trous noirs dans la formation et l’évolution des galaxies », a-t-elle déclaré. « Le fait qu’il s’agisse d’entités dynamiques qui peuvent tourner... Et puis cela peut avoir un impact sur la galaxie dans laquelle il se trouve – c’est très excitant et très intéressant. »

La rotation des trous noirs supermassifs
Le spin d’un trou noir reçoit une valeur de 0 à 1; 0 signifiant que le trou noir n’est pas en rotation, et 1 étant la valeur de spin maximale. Auparavant, il n’y avait pas de consensus sur une valeur pour le spin de Sagittarius A*, a déclaré Daly. Avec la méthode de l’écoulement, qui est la seule méthode qui utilise à la fois les informations de l’écoulement et de la matière à proximité du trou noir, a déclaré Daly, Sagittarius A* a eu une valeur de moment angulaire de spin comprise entre 0,84 et 0,96, tandis que M87* - un trou noir dans l’amas de galaxies de la Vierge qui se trouve à 55 millions d’années-lumière de la Terre. s’est avéré tourner à la valeur de 1 (avec une plus grande incertitude de plus ou moins 0,2) et est proche du maximum pour sa masse.

« Alors que l’équipe avait constaté que les deux trous noirs tournaient à des vitesses similaires, M87* est beaucoup plus massif que Sagittarius A* », a déclaré Daly, de sorte que Sagittarius A* a moins de distance à parcourir et tourne plus de fois par un tour de M87*. Sagittarius A* « tourne beaucoup plus rapidement (en comparaison), non pas parce qu’il a un moment angulaire de spin plus élevé, mais parce qu’il a moins de distance à parcourir lorsqu’il fait le tour une fois », a expliqué Daly.

Les trous noirs et l’histoire galactique
Connaître la masse et la rotation d’un trou noir aide les astronomes à comprendre comment le trou noir a pu se former et évoluer, a déclaré Daly. Les trous noirs qui se sont formés à la suite de la fusion de trous noirs plus petits verraient généralement une faible valeur de spin, a déclaré Dejan Stojkovic, professeur de cosmologie à l’Université de Buffalo qui n’a pas participé à l’étude. Cependant, un trou noir créé par accrétion du gaz environnant verrait une valeur de spin élevée.

La vitesse à laquelle Sagittarius A* tourne indiquerait qu’une partie importante de la masse du trou noir provient de l’accrétion, a-t-il déclaré. « La question de savoir si notre trou noir galactique central tourne ou non, ou à quelle vitesse il tourne, est très importante », a déclaré Stojkovic dans un e-mail. « En fin de compte, nous voulons mesurer les propriétés du centre de notre galaxie aussi bien que possible. De cette façon, nous pouvons en apprendre davantage sur l’histoire et la structure de notre galaxie, mettre nos théories à l’épreuve, ou même déduire l’existence d’objets très intéressants et intrigants comme les trous de ver », a ajouté Stojkovic, auteur principal d’une étude de 2019 sur les structures hypothétiques.


Le trou noir au centre de notre galaxie n'est pas si endormi qu'on le pensait
AFP, Sciences & Avenir - 21 jun 2023
https://www.sciencesetavenir.fr/sciences/le-trou-noir-au-centre-de-notre-galaxie-n-est-pas-si-endormi-qu-on-le-pensait_172087 


On croyait le colosse endormi mais il s'avère plus glouton que prévu: Sagittarius A*, le trou noir supermassif tapi au centre de la Voie lactée, a connu dans un passé récent un puissant regain d'activité après avoir dévoré les objets cosmiques à sa portée. Le festin a eu lieu il y a 200 ans, et le satellite spatial de la Nasa IXPE en a récemment détecté l'écho, selon une étude parue mercredi dans Nature.

Sagittarius A* (Sgr A*), qui doit son nom à sa détection dans la constellation du Sagittaire, (...) a été observé dans les années 1990 par des astrophysiciens, et sa présence a été prouvée en images il y a un an. D'une masse d'environ 4 millions de soleils, vieux de 13 milliards d'années, il a "toujours été vu comme un trou noir dormant", dit à l'AFP Frédéric Marin de l'Observatoire astronomique de Strasbourg, qui a dirigé les travaux.

Sgr A* se trouve dans un état de quiescence, comme la plupart des trous noirs supermassifs des centres galactiques qui ont avalé toute la matière dans leur rayon d'attraction. "On peut s'imaginer un ours entrant en hibernation après avoir tout dévoré autour de lui", ajoute ce chercheur du CNRS. Mais son équipe a découvert qu'à la fin du XIXe siècle (une période établie via l'estimation de la distance), le monstre est sorti de sa torpeur et a englouti le gaz et de la poussière qui passaient trop près de lui, pendant plusieurs mois, voire une année. Avant de se rendormir. Durant cette période, Sgr A* a été "au moins un million de fois plus lumineux qu'il ne l'est aujourd'hui", explique Frédéric Marin. Soit une puissance équivalente à celle des trous noirs supermassifs extrêmement actifs à l'origine des quasars, comme son congénère M87* de la galaxie Messier 87, à 55 millions d'années-lumière.

Le pic d'appétit de Sgr A* a été trahi par un rayonnement inhabituel de nuages moléculaires dans son voisinage: des géants faits de gaz et de poussières gelées, "par définition froids" et qui "ne devraient pas émettre autant de lumière en rayons X (invisibles pour l'œil humain, NDLR)", selon le chercheur. "L'intensité de l'émission de rayons X entre le sommeil et le réveil (du trou noir, NDLR) peut être comparée à une luciole tapie dans une forêt qui deviendrait soudain aussi lumineuse que le soleil", complète le CNRS dans un communiqué.

Au terme d'un million de secondes d'observations, le satellite IXPE (Imaging X-ray Polarimetry Explorer) a réussi à détecter la polarisation de cette lumière X, c'est-à-dire que son champ électrique et son champ magnétique vibraient dans une direction précise. A la manière d'un "compas stellaire", la polarisation a pointé en direction de Sgr A*, suggérant qu'il était à la source du rayonnement reflété par les nuages moléculaires. Le trou noir a ainsi "émis un écho de son activité passée, qu'on a réussi à observer pour la première fois", se félicite le scientifique, représentant français du consortium international de la mission IXPE.

La densité d'un trou noir est telle que rien ne peut s'en échapper, pas même la lumière. Mais avant que la matière ne franchisse l'ultime frontière (appelée horizon des événements) pour être engloutie à jamais, elle tourbillonne, s'échauffe et émet de la lumière. "C'est comme un chant du cygne", transmis indirectement par les nuages moléculaires des abords de Sgr A*. Reste à savoir ce qui a provoqué ce regain: un nuage qui aurait dérivé avant de tomber dans le trou noir ? Une étoile qui se serait aventurée trop près ? Des observations supplémentaires, prévues en septembre avec IXPE, devraient aider à mieux comprendre le cycle d'activité de Sgr A*, et peut-être lever un coin du voile sur l'origine des trous noirs supermassifs qui reste une énigme de l'astronomie.


Le trou noir au centre de la Galaxie a généré une bulle de gaz
AFP, Sciences & Avenir - 22 sep 2022
https://www.sciencesetavenir.fr/sciences/le-trou-noir-au-centre-de-la-galaxie-a-genere-une-bulle-de-gaz_166440 


Des astronomes ont observé l'apparition fugitive d'une bulle de gaz circulant à des vitesses "ahurissantes" autour du trou noir qui se trouve au centre de notre galaxie, selon une étude scientifique parue jeudi. La détection de cette bulle, dont la durée de vie n'a pas dépassé quelques heures, pourrait fournir des informations sur le comportement des trous noirs. Ces objets astronomiques sont d'autant plus mystérieux qu'ils sont littéralement invisibles, leur force de gravitation étant telle que même la lumière ne peut s'en échapper.

Sagittarius A*, le trou noir supermassif tapi au cœur de la Voie lactée, se trouve a environ 27.000 années-lumière de la Terre. Il a été détecté grâce au mouvement d'étoiles en orbite autour de lui. La collaboration EHT, un réseau mondial de radiotélescopes, a publié en mai dernier la première image de l'anneau de matière qui ceinture le trou noir avant d'y être absorbé. ALMA, un de ces radiotélescopes qui est situé au Chili, a capté un signal "très surprenant" dans les données d'observation de Sagittarius A*, a expliqué à l'AFP l'astrophysicien Maciek Wielgus, de l'Institut allemand Max Planck pour la Radio Astronomie.

Quelques minutes avant la collecte de ces données par ALMA le télescope spatial Chandra, a détecté "une énorme émission" de rayons-X en provenance de Sagittarius A*, a-t-il expliqué. Cette bouffée d'énergie, jugée similaire aux tempêtes solaires du Soleil, a projeté une bulle de gaz à toute vitesse autour du trou noir, selon l'étude parue dans la revue Astronomy and Astrophysics. Le phénomène observé pendant environ une heure et demie a permis de calculer que la bulle de gaz effectuait une orbite complète du trou noir en seulement 70 minutes, et donc à une vitesse équivalent à 30 % de celle de la lumière, qui va à 300.000 km par seconde. Une vitesse qui "défie l'imagination", selon M. Wielgus.