Le Monde d'Antigone

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Date de création : 10.03.2011
Dernière mise à jour : 26.01.2026
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Quel est le degré de résilience de la population russe ?

Publié le 26/01/2026 à 00:06 par monde-antigone

 

À l’occasion d’une conférence de presse au début du mois, le nouveau ministre de la Défense ukrainien, Mykhailo Fedorov, a fixé à son armée l’objectif d’infliger 50.000 pertes mensuelles à la Russie (il y en aurait actuellement entre 25.000 et 30.000). Ce serait le seuil à partir duquel, selon lui, l'opinion se soulèvera, le conflit deviendra insoutenable et Moscou sera contraint de négocier.

Dans le même temps, on lit dans la presse que la guerre en Ukraine ne ferait pas l'unanimité dans l'opinion publique russe...

Je ne suis pas convaincu par les sondages réalisés en Russie, pays où se dire contre la guerre peut conduire en prison. Une guerre n'est jamais populaire. La plupart des gens espèrent qu'elle s'arrête.

En fait, tout dépend de la question posée. On n'a pas demandé aux gens si cette guerre se justifiait. On ne leur a pas demandé s'ils souhaitaient la victoire de la Russie. Or la population est tellement abrute par la propagande nationaliste qu'il est probable qu'un sondage posant les bonnes questions révélerait qu'une large partie de la population russe soutient son armée et se réjouirait de la conquête de l'Ukraine.

 

L'Ukraine vise "50.000 morts russes par mois", assumant une stratégie d'attrition totale

par Clément Poursain, d'après Business insider

Slate – 23 jan 2026

https://www.slate.fr/monde/ukraine-morts-mois-attrition-guerre-russie-soldats-epuisement-drones-poutine-fedorov

 

L'objectif est brutal, assumé, presque abstrait tant il donne le vertige: viser 50.000 soldats russes tués chaque mois. C'est le nouveau cap fixé par le ministre ukrainien de la Défense, Mykhaïlo Fedorov, qui veut faire de cette cadence infernale un instrument stratégique pour épuiser l'adversaire. « L'objectif est d'imposer un coût insoutenable à la Russie, et ainsi d'imposer la paix par la force», a‑t‑il expliqué devant des journalistes mardi 20 janvier.

Ce chiffre ne sort pas de nulle part. Mykhaïlo Fedorov assure que l'armée ukrainienne documente déjà près de 35.000 morts russes par mois, un nombre qu'il dit confirmé par des vidéos recueillies sur le front. Dans le même temps, le secrétaire général de l'OTAN, Mark Rutte, avançait une estimation plus basse – « 20.000 à 25.000 soldats russes » tués chaque mois – mais les deux ordres de grandeur convergent sur un point: Moscou mène cette guerre à un coût humain écrasant, insoutenable pour la Russie.

Cette fuite en avant s'inscrit dans la transformation du conflit depuis 2024-2025, rappelle Business Insider. La Russie a relancé ses offensives sur plusieurs secteurs de la ligne de front, avec des assauts d'infanterie engendrant des pertes massives pour tenter de s'emparer de villes clés comme Pokrovsk. En décembre, le commandant en chef ukrainien, le général Oleksandre Syrsky, se félicitait pour la première fois d'avoir, en un mois, fait plus de tués et de blessés côté russe que le nombre de soldats mobilisés par le Kremlin sur la même période. L'Ukraine cherche désormais à transformer ce rapport en véritable point de bascule.

Pour Mykhaïlo Fedorov, la logique est assumée: ne compter que les morts, pas les blessés, et viser le cœur de ce qu'il décrit comme une économie de guerre qui traite « les gens comme une ressource ». « Si nous atteignons le chiffre de 50.000, nous verrons ce qui arrive à l'ennemi », résume‑t‑il. Derrière ce calcul macabre, une logique simple: si la Russie perd chaque mois plus d'hommes qu'elle ne parvient à en recruter, l'appareil militaire finira par se gripper.

Le recrutement s'essouffle

Le problème pour Moscou est qu'il ne contrôle plus totalement le récit de ses pertes. Officiellement, le Kremlin ne communique ni sur ses morts ni sur ses blessés, mais les estimations se multiplient: le ministère britannique de la Défense évoquait début janvier au moins 1,2 million de pertes cumulées – morts et blessés – depuis février 2022. Dans le même temps, des médias indépendants russes comme Vertska signalent un essoufflement du recrutement de soldats sous contrat, avec une baisse d'environ 25 % des engagements à Moscou en 2025, selon des données issues de la mairie. Les primes massives, le recours aux détenus sortis de prison pour rejoindre le front et le recrutement officieux d'étrangers semblent montrer leurs limites.

Côté ukrainien, la montée en puissance de cet objectif de 50.000 ennemis tués s'appuie sur une mutation très concrète de la manière de faire la guerre: la centralité des drones. Mykhaïlo Fedorov a annoncé sa volonté de redéployer davantage de personnel vers ces unités, alors que ces engins sont aujourd'hui crédités de 70 à 90 % des pertes infligées sur le champ de bataille. La politique ukrainienne priorise donc la rémunération des équipages, l'industrialisation des FPV explosifs et l'optimisation d'une économie de guerre low cost.

À 32 ans, Mykhaïlo Fedorov est le plus jeune ministre de la Défense de l'histoire de l'Ukraine et il arrive avec un profil qui tranche: celui d'un ancien ministre de la Transformation numérique, plus habitué aux start‑ups qu'aux états-majors. Sa nomination s'est accompagnée de promesses de réformer la structure des forces et la distribution des ressources vers les unités combattantes. Son discours sur les «50.000 morts par mois» dit quelque chose de cette nouvelle génération de dirigeants de guerre: une manière très froide d'assumer que, dans un conflit d'attrition, la ligne de front s'appréhende aussi et surtout de manière mathématique.

Reste une question que ni les chiffres ukrainiens ni les projections occidentales ne permettent encore de trancher: où se situe exactement le point de rupture de la Russie ? En visant 50.000 morts par mois, Kiev parie que la société russe de 2026, même sous contrôle autoritaire, ne pourra pas absorber indéfiniment de telles pertes.

 

La guerre en Ukraine voulue par Vladimir Poutine est loin de faire l'unanimité au sein de la population russe

Laura Perren, d'après Forbes

Slate – 06 jan 2026

https://www.slate.fr/monde/guerre-ukraine-poutine-unanimite-population-russie-pertes-sanctions-enlisement-conflit-europe-censure-dictature

 

Depuis le début de l'invasion à grande échelle de l'Ukraine en février 2022, le Kremlin aime présenter cette guerre comme un projet largement soutenu par la population russe. Une lecture que partagent nombre de responsables européens, s'appuyant sur des sondages réguliers et sur la cote de popularité longtemps élevée de Vladimir Poutine. Mais cette image d'un front intérieur uni commence sérieusement à se fissurer. Si la guerre était largement acceptée durant les premiers mois du conflit, le soutien national à l'"opération militaire spéciale" s'effrite. En cause, l'accumulation des pertes humaines, les sanctions économiques qui pèsent sur les foyers, et l'enlisement militaire.

Selon le dernier sondage réalisé par le Centre analytique Levada, seuls 25 % des sondés se disent favorables à la poursuite des hostilités, le niveau le plus bas depuis le début de la guerre. L'enquête de l'ONG russe indépendante affirme que 2/3 des Russes voient d'un bon œil les négociations de paix, pressés d'en finir avec un conflit considéré comme « long et épuisant ».

Ce basculement de l'opinion intervient à un moment où les signaux diplomatiques restent contradictoires. Dimanche 28 décembre, les présidents américain et ukrainien se sont félicités devant la presse des « nombreux progrès » réalisés à l'issue de leur rencontre à Palm Beach. Derrière ces déclarations optimistes, la perspective d'un accord semble toutefois encore lointaine: les positions russes et ukrainiennes divergent profondément sur plusieurs points clés comme les garanties de sécurité, le sort de la centrale nucléaire de Zaporijia ou les concessions territoriales.

La cote de popularité de Vladimir Poutine dégringole

Au Kremlin, mesurer l'état réel de l'opinion publique reste cependant un exercice périlleux. Le régime autoritaire de Vladimir Poutine a jeté un voile sur les sondeurs et les personnes interrogées. Même les institutions présumées indépendantes comme Levada doivent composer avec des paramètres – largement tacites – dictés par Moscou. Avec le risque, en cas de non-respect, d'être tout simplement fermées.

L'enquête menée mi-décembre a été réalisée auprès d'un échantillon de 1.600 personnes à travers le pays. Elle révèle un paradoxe central: alors que les sondés réclament largement la fin des hostilités, 73 % d'entre eux soutiennent les forces armées du pays, malgré la brutalité de la stratégie militaire et les frappes ciblées contre les civils et les infrastructures ukrainiennes clés. La popularité du président, elle, chute drastiquement: alors qu'elle atteignait 83 % en 2023, seuls 52 % des Russes approuvent désormais la conduite de Vladimir Poutine, en particulier sa gestion du conflit avec Kiev.

Si l'opinion publique influence peu les décisions de l'élite moscovite, la lassitude populaire face à une guerre qui s'éternise pose problème à Vladimir Poutine. Le président a largement arrimé la légitimité de son pouvoir à ses aspirations impérialistes. Le Kremlin pourrait désormais se heurter à une limite inédite: l'impossibilité de poursuivre indéfiniment un conflit largement désapprouvé par les civils, malgré la propagande.

Dans ce contexte, la pression occidentale pourrait redistribuer les cartes, selon Forbes. Un relâchement de la détermination de l'Europe et des États-Unis atténuerait l'effet modérateur de l'opinion publique sur les calculs de Moscou. À l'inverse, une forte pression des Occidentaux – sanctions, aide militaire à Kiev, isolement diplomatique – aurait pour effet de rendre le coût de la guerre plus tangible aux yeux des Russes, sapant davantage encore le soutien du pouvoir. Reste une question centrale: jusqu'où Vladimir Poutine peut-il ignorer une opinion publique de plus en plus lasse ? Pour l'instant, le Kremlin fait le pari du temps, mais jusqu'où pourra-t-il tenir ?