Ni rouge, ni noir, ni vert. L'autonomie rejette partis,
syndicats et toute forme de gestion et de pouvoir.
Rassembler des foules sous un même drapeau
trouve toujours son origine dans une imposture.
Seule une révolution mettra fin à un système
dont l'obsession de l'argent entraine l'humanité
vers la catastrophe.
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Date de création : 10.03.2011
Dernière mise à jour :
29.11.2025
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Poutine a trouvé le truc pour se mettre à l'abri d'une révolte sociale. Plutôt que faire croire que tout va bien, ce qui risquerait d'attirer sur lui la colère des mécontents, il reconnaît que la pauvreté gagne du terrain et il en rejette la faute sur les gouverneurs et leur mauvaise gestion et même sur ses propres ministres !
La hausse de la pauvreté en Russie force Poutine à réagir
par Benjamin Quenelle
Les Echos - 17 déc 2020
https://www.lesechos.fr/monde/europe/la-hausse-de-la-pauvrete-en-russie-force-poutine-a-reagir-1274924
MOSCOU - Loin des statistiques officielles et des assurances des autorités, les méfaits de la pandémie du Covid-19 ont provoqué une crise économique et sociale en Russie. Le chef du Kremlin tance les producteurs qui ont augmenté leurs prix.
C'est, en Russie, un signe qui ne trompe pas. Pour la première fois en 5 ans, les ventes de pain sont à la hausse. Avec, en cette année de pandémie de Covid, de crise économique et de baisse générale des revenus, l'achat par la population de quelque 60.000 tonnes de plus pour une augmentation de près de 3 % en valeur. Ce boom du pain, l'un des produits les moins chers, concerne particulièrement le segment des bas prix. Dans les rayons des magasins, il illustre et confirme l'appauvrissement de la population russe révélée par les chiffres officiels et les sondages indépendants.
Selon les statistiques gouvernementales, entre janvier et septembre, le revenu réel disponible a chuté de plus de 4 % et le nombre de Russes vivant en dessous du seuil de pauvreté a augmenté de 1,3 million au 2e trimestre par rapport au 1er. Ils représentent environ 13 % de la population. Mais, selon une récente enquête de la Fondation de l'opinion publique, la part du pays se considérant défavorisée a en fait bien plus augmenté - d'un quart en 8 mois. Un tiers des Russes se disent pauvres. Ce décalage des chiffres confirme les différences de perception entre autorités et population sur la gravité de la crise.
A Moscou comme en régions, ministres et gouverneurs locaux minimisent l'ampleur du malaise économico-social et assurent même souvent que le pouvoir d'achat a augmenté. Face à ce déni régulier des autorités, Vladimir Poutine s'est attaché ces dernières semaines à se montrer en défenseur de la population. « Ce ne sont pas des blagues ! Le chômage augmente, les revenus diminuent, les produits de base sont plus chers ! » s'est irrité haut et fort le chef du Kremlin lors d'un récent webinaire public avec son gouvernement. Quelques jours plus tôt, lors d'un rare déplacement en province loin de sa résidence moscovite, il a aussi contredit des gouverneurs régionaux lui expliquant, chiffres à l'appui, que la situation économique et sociale est bonne.
Les kremlinologues soupçonnent une mise en scène montée de toutes pièces pour reporter la responsabilité de la crise sur le gouvernement et les autorités régionales. Vladimir Poutine a en effet exigé d'eux « des mesures d'urgence ». Le président avait promis en 2018 de réduire de moitié la pauvreté d'ici à 2024 mais les méfaits de la pandémie l'ont contraint à revoir ses objectifs à la baisse. Il se donne désormais jusqu'en 2030. Pour le moment, sa priorité est de se montrer sur le front contre la hausse de prix des produits alimentaires essentiels.
Officiellement, l'inflation générale a été de 4,4 % sur un an en novembre. Mais, dans les magasins, depuis janvier, le prix du sucre a augmenté de 70 %, les pâtes de 10 %, l'huile de tournesol de 24 %. « Inacceptable ! », a théâtralement reproché Vladimir Poutine à son gouvernement. Les « mesures d'urgence » n'ont pas tardé. Les producteurs de sucre et d'huile viennent de signer des accords de stabilisation des prix. Quant aux chaînes de magasins, elles ont vite annoncé des baisses pour les pâtes, les viandes en conserve et… le pain.
Russie: Crise et appauvrissement brutal
par Pierre Lafitte
Lutte Ouvrière - 29 dec 2020
https://journal.lutte-ouvriere.org/2020/12/29/russie-crise-et-appauvrissement-brutal_153787.html
Les autorités de grandes villes russes ont dit qu’elles risquaient de manquer de pain pour le Nouvel An, tant la demande explose. De nombreux consommateurs compensent ainsi les fruits et légumes, le sucre et la viande dont ils doivent se passer, les prix de ces denrées ayant parfois doublé, triplé, voire plus, en quelques mois. Cela sur fond de chute brutale des revenus. Les autorités russes chiffrent à 4 % la baisse du pouvoir d’achat sur un an. En réalité, c’est bien plus, alors que 30 % des Russes, selon les sondages, disent se retrouver dans la pauvreté.
Poutine a voulu paraître s’en indigner lors d’un talk-show télévisé récent. Il en a rejeté la responsabilité sur les maires et gouverneurs, qui sont les fusibles préposés à cet effet. Il leur a ordonné de sauvegarder le pouvoir d’achat de la population, en plafonnant les prix de certaines denrées. La conséquence en est, par exemple, que le sucre à prix régulé a disparu des magasins, où l’on ne trouve plus que du sucre de canne ou de qualité supérieure, à un coût bien supérieur car non réglementé. Cela rappelle les « defitsits », ces introuvables produits de base que l’on présentait comme une spécificité du régime soviétique.
À la télévision, Poutine n’a rien dit d’un autre effet de la crise: la dépréciation accélérée du rouble, qui renchérit les produits importés, sans que les salaires suivent. La crise mondiale frappe de façon visible la Russie: baisse continue de la production industrielle, recul des exportations de pétrole et de gaz naturel… En quelques mois, des millions de travailleurs de l’industrie et des services se sont retrouvés au chômage partiel avec de dérisoires compensations salariales. Beaucoup d’autres ont carrément perdu leur travail. Et la perte des revenus qui allaient avec a fait glisser dans la pauvreté des pans entiers de la classe ouvrière, ainsi que de la petite bourgeoisie: petit commerce, professions indépendantes, etc.
C’est dans ce cadre que se multiplient des grèves pour des hausses de salaires, ou pour le simple paiement des salaires, comme cela avait été le cas dans les années 1990, après l’effondrement de l’URSS. Sur 10 jours de décembre, pour ne citer que de grandes villes et de grosses sociétés, cela a provoqué la grève des ouvriers d’une usine automobile à Novokouznetsk (6 millions de roubles d’arriérés de salaires), d’un combinat de papier carton sur l’Oussouri (4 mois de salaires impayés, la justice ayant, chose rare, ouvert une enquête criminelle contre l’employeur), des employés des transports en commun de Rybinsk, celle des ouvriers d’un site d’extraction pétrolière de Rosneft, des soignants de Vladimir, du Samu de diverses villes…
Pour faire oublier l’aggravation de la situation sociale, le pouvoir russe se gargarise d’avoir été le premier en Europe à lancer, le 4 décembre, une campagne vaccinale avec son propre vaccin, le Spoutnik V. Outre que l’efficacité de ce dernier – refusé même par l’allié et obligé biélorusse Loukachenko – suscite toujours des interrogations, la population sait qu’elle a été laissée sans aides face au virus, ballotée entre les ordres et les contre-ordres des employeurs et des autorités durant des mois. L’épidémie continue de flamber, au point que les hôpitaux, saturés en province mais aussi dans la région la plus riche, à Moscou avec ses 12 millions d’habitants, ne peuvent souvent plus accueillir de malades. Des ambulanciers, des soignants le dénoncent… et parfois sont eux aussi en lutte pour leurs emplois et leurs salaires.
EDIT (17 avril 2021)
La hausse des prix alimentaires alimente la contestation en Russie
par Benjamin Quenelle
Les Echos - 16 avr 2021
https://www.lesechos.fr/monde/europe/la-hausse-des-prix-alimentaires-alimente-la-contestation-en-russie-1307622
MOSCOU - L'inflation pourrait perturber la stratégie du chef du Kremlin en vue des législatives de septembre. Les producteurs ont été sommés de geler les prix. Ces dernières semaines en Russie, les producteurs de matières premières alimentaires ont les oreilles qui sifflent. Face à l'inflation, la baisse du niveau de vie et la hausse de la grogne sociale, les autorités se mobilisent pour imposer un plafonnement des prix. Avec, en chef d'orchestre, Vladimir Poutine.
D'ordinaire éloigné des questions d'intendance, le président a publiquement tancé ministres et gouverneurs régionaux. « C'est devenu très politique ! On sent une grande fébrilité. Derrière, il y a les législatives de septembre… », témoigne un producteur. Depuis la fin de l'année dernière, il enchaîne les réunions gouvernementales au sommet, en présence d'un vice-Premier ministre qui veille à ce que le message présidentiel se concrétise.
Plafonnement des prix – Le sucre est devenu une priorité. Un accord, imposé d'en haut, plafonne son prix de gros à 36 roubles le kilo et celui au détail à 46 roubles le kilo. Des subventions sont prévues pour compenser les manques à gagner. Mais toute la chaîne d'approvisionnement, des champs de betteraves aux magasins, s'inquiète de cette intervention étatique. « Cela va dissuader le développement de la production », redoute un fournisseur. « Le plafonnement administratif fausse les indicateurs de prix dans l'économie », a prévenu Elvira Nabioullina, patronne de la banque centrale, rare voix libérale d'influence. Mais, pour le moment, l'essentiel aux yeux du Kremlin est le gel des prix après une hausse de 70 % sur un an.
Les causes de cette flambée dans l'alimentaire ont été multiples, depuis la météo défavorable jusqu'aux espoirs d'une reprise économique après la pandémie de Covid . Dans le cas du sucre, pour lequel la Russie est autosuffisante, le niveau était comparé à des prix historiquement bas provoqués par une surproduction. Mais la hausse a été très visible en magasins. Tout comme pour le sarrasin, l'huile végétale, le thé et autres produits de base. Cette augmentation a tiré vers le haut l'inflation qui, en février, a frôlé les 6 %, un sommet depuis 5 ans, loin de l'objectif public de 4 %.
Depuis 2014, les revenus ne cessent de baisser (- 3,5 % sur un an en 2020) et le nombre de Russes en dessous du seuil de pauvreté a augmenté (13 % de la population). Les queues se forment devant les associations distribuant de la nourriture aux plus démunis. Et les chaînes de discounters se multiplient. Un nouveau business, mais aussi un signe supplémentaire de la précarisation des ménages.
Mécontentement social et politique – « Augmentation des prix et faibles salaires arrivent en tête des préoccupations des Russes et, du coup, devraient être en haut des priorités des autorités. Car c'est une forte source de mécontentement social et, potentiellement, politique », prévient la politologue Ekaterina Schulmann. Plus de 40 % des Russes s'attendent à des manifestations motivées par des revendications économiques, un niveau atteint la dernière fois en 1998, selon un récent sondage de Levada.
Face à ce mécontentement, Vladimir Poutine, qui avait bâti sa popularité dans les années 2000 sur la hausse du niveau de vie, devrait faire des annonces lors de son annuel discours à la nation, mercredi 21 avril. « Avec des aides sociales », assure Ekaterina Schulman. « Depuis le début de la pandémie, la Russie est un des rares pays à ne pas avoir lancé un vaste plan de soutien aux particuliers, ménages ou entreprises ».