Ni rouge, ni noir, ni vert. L'autonomie rejette partis,
syndicats et toute forme de gestion et de pouvoir.
Rassembler des foules sous un même drapeau
trouve toujours son origine dans une imposture.
Seule une révolution mettra fin à un système
dont l'obsession de l'argent entraine l'humanité
vers la catastrophe.
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Date de création : 10.03.2011
Dernière mise à jour :
29.11.2025
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Et un coup d'Etat militaire de plus en Afrique !
Des tirs avaient été entendus mercredi dans la matinée à Bissau, à proximité du palais présidentiel. Les résultats provisoires de l'élection présidentielle organisée dimanche étaient attendus au plus tard jeudi. Umaro Sissoco Embalo, au pouvoir depuis 2020, s'était déclaré vainqueur. Son adversaire Fernando Dias revendiquait également la victoire.
Les militaires ont mis fin au suspens. Les frontières aériennes, terrestres et maritimes ont été fermées pendant 24 heures. Le processus électoral a été mis à la poubelle, et on a assisté à la scène désormais classique des uniformes kakis se présentant à la télévision d'Etat... Le nouvel "homme fort" est l'ancien chef de l'armée de terre, le général Horta Inta-A Na Man, plus communément appelé Horta N'Tam.
L'opposition affirme que ce coup d'Etat, survenu à 24 heures de la proclamation des résultats officiels, est une manœuvre du président sortant pour lui éviter d'avoir à rendre le pouvoir. Il valait encore mieux l'armée que son opposant... qui a d'ailleurs, lui aussi, été arrêté. La thèse est relayée par les médias [voir plus bas], mais je n'y crois pas vraiment. Les élections ne sont qu'un écran de fumée. Les vrais enjeux sont ailleurs.
La Guinée Bissau: un "narco-Etat"
La Guinée Bissau a connu au moins une demi-douzaine de putschs militaires réussis ou avortés [Al Jazeera en a comptabilisé 9] depuis son indépendance en 1974. L'armée fait en sorte qu'aucun président ne s'habitue durablement au pouvoir comme dans d'autres pays africains.
Celui qui a tenu le plus longtemps, Joao Bernardo Vieira, a mal fini. Après avoir chassé son compagnon d'arme Luiz Cabral en 1980, il a été renversé par un coup d'Etat et une guerre civile 19 ans plus tard. De retour d'exil en 2005, il a échappé à une tentative de coup d'Etat et à un attentat, avant d'être assassiné en 2009, criblé de balles par un commando qui s'était introduit dans sa résidence. L'assassinat a officiellement été mis sur le dos des militaires, mais ce n'était pas un putsch. Pour preuve, l'intérim a été confié au président de l'Assemblée nationale. La méthode employée était proche de celle des cartels de la drogue colombiens dont Vieira était un des principaux clients. En tout cas, il en portait la signature.
A Bissau, c'est l'armée qui tire les ficelles. Pourquoi ? Parce que cette ancienne colonie portugaise est considérée depuis fort longtemps comme une plaque tournante du trafic de cocaïne en Afrique occidentale, faisant le lien entre l'Amérique du Sud et l'Europe. L'armée tient la place et la contrôle totalement, alimentant la corruption et le blanchiment d'argent.
Il est très possible que, mécontente de la part qu'elle recevait de ce trafic, l'armée ait tenté de s'arranger avec Embalo qui n'a rien voulu entendre. Elle a donc décidé de changer les règles et de prélever directement sa dime. Ce coup d'Etat serait, selon moi, une très banale histoire de trafiquants pour s'attribuer une plus grosse part du gâteau.
Finalement, ils se sont arrangés à l'amiable, sans effusion de sang, pas comme au temps de Vieira. Horta N'Tam a dit qu'il resterait un an au pouvoir. Mais ce serait quand même très étonnant qu'il cède la place au bout d'une année...
Ce coup d'Etat serait-il un effet papillon de la guerre lancée par Trump contre les narco-trafiquants en mer des Caraïbes ?
La Guinée-Bissau s'ajoute à une longue liste de pays africains où des militaires ont pris le pouvoir depuis 2020:
Mali: 18 août 2020 + 24 mai 2021 / Tchad: 11 avril 2021+ 9 mai 2024 (échec) + 9 janvier 2025 (échec) / Guinée: 5 septembre 2021 / Soudan: 25 octobre 2021 + 15 avril 2023 (devenu une guerre) / Burkina Faso: 23 janvier 2022 + 30 septembre 2022 / Niger: 26 juillet 2023 / Gabon: 30 août 2023 / Madagascar: 12 octobre 2025 / Guinée Bissau: 26 novembre 2025
Chaque fois, la "communauté internationale", l'Union africaine, la CEDEAO condamnent "fermement"... puis normalisent au bout de quelques mois.
Toujours rien du côté du Cameroun, de la Guinée équatoriale, du Congo Brazzaville...
Guinée-Bissau: Le général Horta N'Tam se proclame président de la transition
par Ali Bamba
Africanews - 27 nov 2025
Le général Horta N'Tam a prêté serment ce jeudi à la suite du coup d'Etat qui a renversé le régime du Président Umaru Sissoco Embalo, mercredi soir. La Guinée Bissau attendait les résultats des élections de dimanche dernier mais c'est plutôt le chef de la junte qui a été investi.
Le général Horta N'Tam, jusqu'ici chef d'état-major de l'armée de terre, est fait président de la transition et du Haut commandement militaire. Il dirigera le pays pendant un an, d'après une déclaration de l'armée au cours d'une conférence de presse à Bissau. Ces militaires ont pris le pouvoir mercredi, et placé en détention le président sortant et des cadres de l'opposition.
[Le général N’Tam a annoncé la nomination d’Ilidio Vieira Té au poste de Premier ministre. Celui-ci occupait jusque là la fonction de ministre des Finances (et du blanchiment d'argent), fonction qui sera désormais assumée par le Haut commandement militaire. En Guinée Bissau, les finances, c'est l'affaire des militaires; ndc]
Le coup d’État en Guinée-Bissau était une mascarade, affirment des responsables politiques ouest-africains
[Guinea-Bissau coup was a sham, West African political figures say]
par Paul Njie
BBC - 28 nov 2025
https://www.bbc.com/news/articles/cz0nlxlr87go
Le Premier ministre sénégalais Ousmane Sonko et l’ancien dirigeant nigérian Goodluck Jonathan ont tous deux déclaré penser que la destitution du président de la Guinée-Bissau cette semaine était mise en scène. (...) Ils n’ont pas fourni de preuves pour étayer leur affirmation que le coup d’État était fabriqué. Embalo a déjà fait l’objet d’accusations d’utilisation de crises pour étouffer la dissidence.
Certains groupes de la société civile locale ont accusé Embalo d’avoir orchestré un "coup d’État simulé" contre lui-même avec l’aide de l’armée, affirmant qu’il s’agissait d’une ruse pour empêcher la publication des résultats électoraux au cas où il perdrait. Embalo n’a pas répondu aux accusations. L’ancien président est arrivé au Sénégal voisin à bord d’un vol militaire affrété tard jeudi soir, après avoir été libéré par les forces militaires qui ont renversé son gouvernement.
Le Nigerian Jonathan qui a dirigé une équipe d’observateurs électoraux du Forum d’Afrique de l’Ouest en Guinée-Bissau, a déclaré que l’incident « n’était pas un coup d’État ». Il le décrivit comme un « coup d’État cérémoniel », remettant en question les événements qui l’avaient précédé et pourquoi c’est Embalo qui annonça le premier son propre renversement. (...) Jonathan a opposé cela à la façon dont d’autres dirigeants de la région ont été renversés lors de récents coups d’État. (...) [Jonathan s'interroge sur le mode opératoire: « Les militaires ne prennent pas le contrôle des gouvernements, et le président en exercice qu'ils renversent serait autorisé à donner des conférences de presse et à annoncer qu'il a été arrêté. Pourquoi cela se produit-il ? Qui se moque de qui ? » (Africanews); ndc]
Leurs déclarations renforcent les affirmations de l’opposition en Guinée-Bissau selon lesquelles le coup d’État aurait été orchestré, bien que personne n’ait encore présenté de preuve à l’appui de cette affirmation. Embalo a déclaré avoir survécu à plusieurs tentatives de coup d’État durant son mandat– bien que des critiques l’aient déjà accusé d’avoir fabriqué des crises pour réprimer la dissidence. Il a dissous le parlement guinéano-bissau après une tentative de coup d’État en décembre 2023 et le pays n’a pas eu de législature en fonction depuis lors.
En Guinée-Bissau, récit d'un coup d'État teinté de zones d'ombre
par Grégoire Sauvage
France24 - 27 nov 2025
Il est environ midi, mercredi 26 novembre, à Bissau, petite capitale portuaire qui donne sur l'océan Atlantique. La ville d'un demi-million d'habitants semble, comme à son habitude, endormie. Mais derrière cette apparente quiétude, la tension est palpable: les résultats des élections présidentielle et législatives sont attendus d'une minute à l'autre. Le président sortant, Umaro Sissoco Embalo, revendique la victoire tout comme Fernando Dias da Costa, challenger par défaut en l’absence du représentant du principal parti d'opposition, l’ex-Premier ministre Domingos Simoes Pereira.
Peu après l'annonce des premiers résultats, des coups de feu retentissent aux abords du palais présidentiel, édifice datant de l'époque coloniale portugaise dont la façade donne sur la vaste place des héros nationaux. Paniqués, les passants courent se mettre à l'abri. Mais l'agitation retombe rapidement. Des militaires sont déployés le long de la principale artère qui mène au siège du pouvoir.
"Le Haut Commandement militaire pour le rétablissement de la sécurité nationale et de l’ordre public a décidé de destituer immédiatement le président de la République et, jusqu’à nouvel ordre, de fermer toutes les institutions de la République de Guinée-Bissau", annonce en fin d'après-midi le général Denis Ncanha, chef de la maison militaire du palais de la République [ou chef de la Garde présidentielle], un homme de l'intérieur. Fin octobre, l'armée avait annoncé avoir déjoué une "tentative de subversion de l'ordre constitutionnel", avec l'arrestation de plusieurs officiers supérieurs. Le haut gradé affirme avoir agi au nom de "la sécurité nationale" après la découverte d’un "plan visant à déstabiliser le pays avec l’implication des barons nationaux de la drogue", sans fournir plus de précisions.
Les confidences du président
Minée par la corruption et longtemps considérée comme un "narco-État" par l'Office des Nations unies contre la drogue et le crime, la Guinée Bissau est la principale zone de transit pour la cocaïne en provenance d'Amérique du Sud à destination de l'Europe. Suspension du processus électoral, fermeture des frontières, médias réduits au silence, couvre-feu... Une chape de plomb s'abat sur le pays. Jusqu'ici, le scénario colle peu ou prou à celui des nombreux coups d'État qui ont bouleversé le paysage politique du continent africain, du Mali au Burkina Faso, en passant par le Niger. Plus inhabituelle, l'attitude du président renversé interroge.
En plein putsch, Umaro Sissoco Embalo prend la peine de joindre le journal Jeune Afrique. Il raconte que des hommes en uniforme ont fait irruption au palais alors qu’il se trouvait dans son bureau, ajoutant que le chef d’état-major général des armées, le généralBiague Na Ntan, le vice-chef d’état-major, le général Mamadou Touré, et le ministre de l’Intérieur, Botché Candé, ont été arrêtés en même temps que lui. "J’ai bien été renversé, je ne peux pas trop parler, car sinon ils vont me confisquer mon téléphone. Je suis actuellement à l’état-major", confie également le président sortant lors d'un bref échange avec France 24. Information confirmée par un officier de l'armée auprès de l'AFP, assurant qu'Umaro Sossoco Embalo est détenu "en prison à l'état-major" par des militaires et est "bien traité". [Depuis, il est arrivé au Sénégal. Les deux pays sont frontaliers. Je trouve assez symptomatique qu'il ait trouvé refuge au Sénégal, pays qui concurrence de plus en plus la Guinée Bissau dans le trafic de la cocaïne et de l'héroïne, mais aussi dans la production d'amphétamines et autres drogues de synthèse... Aux dernières nouvelles, il était arrivé à Brazzaville; ndc]
Des arrestations et des questions
Le trouble grandit avec l'arrestation par des hommes armés des opposants Fernando Dias da Costa, qui avait revendiqué la victoire à la présidentielle, et Domingos Simoes Pereira, dont la candidature avait été écartée fin septembre par la Cour suprême. Les juges avaient estimé que son dossier avait été déposé hors délai, empêchant le PAIGC, le principal parti d'opposition, de participer au scrutin.
"Cette mise en scène vise à empêcher la proclamation des résultats des élections. Sinon, pourquoi avoir arrêté les chefs de l'opposition ? [...] ne vise à empêcher la proclamation des résultats des élections. Sinon, pourquoi avoir arrêté les chefs de l'opposition ? [...] Ce ne serait pas surprenant qu'ils maintiennent les chefs de l'opposition en prison et finissent par libérer Sissoco Embaloen prétendant qu'il a gagné les élections", prédit l'ancien Premier ministre Aristides Gomes et membre du PAIGC sur l'antenne lusophone de RFI. Les putschistes vont-ils rendre le pouvoir au président sortant ? Vont-ils au contraire s'inspirer de leurs homologues de Guinée Conakry, où le général Mamadou Doumbouya se présente en grand favori d'une élection présidentielle promise depuis 4 ans ?
En attendant, le général Horta N'Tam a été investi jeudi président de la transition et du Haut Commandement militaire pour diriger la Guinée-Bissau pendant une année. Le général Tomas Djassi, précédemment chef d'état-major particulier du président Embalo, le remplace en tant que chef d'état-major des Armées. Enfin, les militaires ont annoncé jeudi l'interdiction de "toute manifestation" et la levée du couvre-feu instauré la veille.
De son côté, Bissau reprend doucement ses esprits. Les militaires quadrillent une capitale devenue fantomatique, aux enseignes fermées, routes barrées et rues quasi désertes. Pour les Bissau-Guinéens, le récit de ces dernières 24 heures n'est pas si surprenant: le pays de 2,2 millions d'habitants, l'un des plus pauvres d'Afrique, a déjà connu 4 coups d’État [1980, 1999, 2003, 2012] et une kyrielle de tentatives de putsch depuis son indépendance en 1974. Et aucun président n’est parvenu à y effectuer deux mandats.
Guinée-Bissau: Les militaires consolident leur coup d’État quelques jours après l’élection, en annonçant qu'un général a été désigné comme chef de la junte
[Guinea-Bissau soldiers announce general as junta leader, cementing coup days after election]
par Chinedu Asadu & Assana Sambu
Associated Press - 27 nov 2025
BISSAU — Des soldats en Guinée-Bissau ont annoncé jeudi un nouveau chef de junte, consolidant une prise de pouvoir forcée qui a commencé après une élection présidentielle contestée, dans ce que le principal candidat de l’opposition a qualifié de manœuvre visant à l’empêcher de prendre le pouvoir. Le Haut commandement militaire a intronisé le général Horta Inta-A à la tête du gouvernement militaire, qui supervisera une période de transition d’un an, selon une déclaration diffusée à la télévision d’État.
L'histoire de la a Guinée-Bissau, l’un des pays les plus pauvres du monde, est émaillée de coups d’État et de tentatives de coup d’État depuis son indépendance du Portugal il y a plus de 50 ans, y compris une tentative de coup d’État en octobre. Le pays de 2,2 millions d’habitants est connu comme un centre de trafic de drogue entre l’Amérique latine et l’Europe, une tendance qui, selon les experts, a alimenté ses crises politiques. « L’incapacité des acteurs politiques à freiner la détérioration du climat politique a finalement conduit à l’intervention des forces armées », a déclaré Inta-A, qui était chef d’état-major de l’armée jusqu’au coup d’État et un allié proche du président déchu Embalo. (...)
Le président de la Commission de l’Union africaine, Mahmoud Ali Youssouf, a condamné le coup d’État, appelant au respect du processus électoral et à la libération inconditionnelle du président Embalo et des autres responsables détenus. Dans un communiqué, Youssouf a déclaré que l’UA était prête à travailler avec ses partenaires pour rétablir la stabilité et protéger le processus démocratique. L’Afrique du Sud s’est également jointe à d’autres pays africains pour condamner le coup d’État et a appelé à « la restauration immédiate de la démocratie et à l’achèvement du processus électoral ». La France a également appelé au respect de l’ordre constitutionnel et de la démocratie dans le pays.
L’opposition, quant à elle, a allégué qu’Embalo avait fabriqué le coup d’État pour éviter une défaite électorale lors du scrutin présidentiel très disputé de dimanche. La prise de pouvoir militaire et l’arrestation rapportée d’Embalo ont été « fabriquées » pour perturber les résultats électoraux attendus jeudi, selon son rival Fernando Dias qui, comme Embalo, a affirmé avoir remporté le vote. (...) Le Parti africain d’opposition pour l’indépendance de la Guinée et du Cap-Vert [PAIGC], avec Dias, avait appelé les habitants à organiser des manifestations contre le coup d’État et à exiger la publication des résultats électoraux. Mais jeudi matin, les activités semblaient normales dans la capitale Bissau, avec des entreprises et des transports publics qui s’accéléraient progressivement.
Le dernier d’une série de coups d’État
Ce coup d’État est le dernier d’une vague de prises de pouvoir militaires en Afrique de l’Ouest, où la démocratie a récemment été mise à l’épreuve par des élections contestées (...). Elle a suivi des élections présidentielles et législatives qui ont eu lieu à un moment critique pour le pays africain, alors qu’Embalo, un ancien général de l’armée de 53 ans, faisait face à une crise de légitimité. L’opposition a affirmé que son mandat était depuis longtemps terminé et a refusé de le reconnaître comme président.
Le coup d’État et les précédents en Guinée-Bissau sont liés à « l’ampleur de l’affaiblissement et de l’affaiblissement des institutions (d’État) », a déclaré Beverly Ochieng, analyste principale en sécurité chez le cabinet de conseil Control Risks. Sous Embalo, elle a déclaré: « le législatif a été dissous unilatéralement, la justice fonctionnait à court de capacité, et il y avait des sentiments profonds autour de l’influence politique ».
Des coups de feu ont retenti dans la ville principale de Bissau mercredi, quelques jours seulement après l’élection présidentielle tendue, qu’Embalo et Dias ont tous deux affirmé avoir remportée. Dans une scène devenue familière dans la région, des officiers militaires sont apparus à la télévision d’État et ont affirmé avoir pris le pouvoir alors que le bureau de la commission électorale était scellé. (...)
Les officiers militaires qui ont annoncé avoir déposé le président ont invoqué la « découverte d’un plan en cours ... pour manipuler les résultats électoraux », selon un porte-parole, Dinis N’Tchama, qui était encadré par d’autres personnes lors de la déclaration télévisée. Le « programme a été mis en place par certains politiciens nationaux avec la participation d’un baron de la drogue bien connu, ainsi que de ressortissants nationaux et étrangers », a déclaré N’Tchama.
En Guinée-Bissau, un coup d’État et de nombreuses questions
Entretien avec Vincent Foucher, chercheur au CNRS, spécialiste de la Guinée-Bissau
France24 - 27 nov 2025
En Guinée-Bissau, le président Embalo a confirmé mercredi avoir été victime d’un coup d’État, alors que des militaires ont annoncé avoir pris le contrôle du pays pour "restaurer de l'ordre". Un événement qui intervient avant la publication des résultats des élections et comporte de nombreuses zones d’ombres.
Des coups de feu, un président mis aux arrêts et une allocution de l’armée, pour annoncer la prise de contrôle du pays. Mercredi 26 novembre, trois jours après les élections présidentielle et législatives en Guinée-Bissau, des militaires ont "renversé" le chef d’État sortant Umaro Sissoco Embalo afin de "rétablir l’ordre", évoquant un "plan visant à déstabiliser le pays". Ce scénario est loin d’être inédit dans un pays qui a déjà connu quatre coups d’États et dont plusieurs voisins – la Guinée, le Mali, le Burkina Faso et le Niger – sont aujourd’hui dirigés par des pouvoirs militaires. Il suscite néanmoins des questions.
Les militaires annoncent avoir pris le contrôle du pays, faut-il parler de coup d’État ?
Je pense qu'il faut être assez prudent sur les accusations de coup d’État, car elles sont très politiques. La Guinée-Bissau a connu plusieurs coups d’État mais aussi de véritables manipulations. Ainsi, il y a eu une attaque bien réelle contre le pouvoir du président Embalo en février 2022. Plusieurs personnes ont été tuées et le chef d’État a probablement échappé à la capture ou à la mort à ce moment-là. Mais en 2023, le président a qualifié un épisode très douteux de "coup d’État", et en a profité pour dissoudre l'Assemblée nationale, qui était alors dominée par l’opposition. Il faut donc prendre ce genre d’annonces avec des pincettes.
L’annonce des militaires intervient alors que le pays attend la publication des résultats de la présidentielle et des législatives. Comment analysez-vous le contexte politique de ces évènements ?
Le contexte est particulier car le président Embalo, qui a été élu lors des élections de 2019, a beaucoup manipulé les institutions pour asseoir son pouvoir. Il a mis au pas la Cour suprême, dissous le Parlement, et retardé la tenue de la présidentielle en la calant sur les législatives. Il a fini par accepter l'organisation des élections mais la Cour suprême a interdit la participation de son principal rival, Domingos Simoes Pereira.
C’est la première fois de l'histoire de la Guinée-Bissau, depuis l’avènement des élections pluralistes dans le pays, que le PAIGC (Parti africain pour l'indépendance de la Guinée et du Cap-Vert), ne participe pas. Il s’agit quand même du grand parti de la lutte pour la libération, doté d’une base électorale majeure dans le pays.
Pour justifier leur action, les militaires ont évoqué un "plan visant à déstabiliser le pays avec l'implication des barons nationaux de la drogue". Cet argument est-il crédible ?
Effectivement, la Guinée-Bissau est un des points du transit de la cocaïne de l’Amérique latine vers l'Europe. Il y a eu par le passé des connexions assez bien documentées entre des hommes politiques, des chefs militaires et des trafiquants de drogue. Il s’agit donc d’un véritable problème. Mais comme on accuse parfois ses adversaires de coup d'État, on peut les accuser de s’adonner au trafic de drogue. Les militaires qui disent avoir pris le pouvoir affirment qu’ils sont intervenus pour empêcher des barons nationaux du trafic de drogue de le prendre, mais tout cela est très vague: ils n’identifient personne.
Certains opposants et mouvements citoyens considèrent que ce qui s’est joué aujourd’hui est un faux coup d’État orchestré par le président et l’armée pour empêcher la publication des résultats électoraux, prévue jeudi, et conserver le pouvoir. Les annonces des prochains jours devraient permettre d’y voir plus clair. Il faudra être attentif à la composition du régime militaire qui s’annonce, mais également aux personnalités politiques qui seront associées à cette transition.