Ni rouge, ni noir, ni vert. L'autonomie rejette partis,
syndicats et toute forme de gestion et de pouvoir.
Rassembler des foules sous un même drapeau
trouve toujours son origine dans une imposture.
Seule une révolution mettra fin à un système
dont l'obsession de l'argent entraine l'humanité
vers la catastrophe.
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Date de création : 10.03.2011
Dernière mise à jour :
29.11.2025
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Fonds de pension: La nouvelle crise qui menace les Etats-Unis
par Lucie Robequain
Les Echos - 18 mai 2017
https://www.lesechos.fr/finance-marches/marches-financiers/0212105818247-fonds-de-pension-la-nouvelle-crise-qui-menace-les-etats-unis-2087856.php
La faillite de Détroit avait mis le problème en lumière, celle de Porto Rico n'a fait que le confirmer: les collectivités locales américaines (villes, Etats, etc) ont développé des régimes de retraite qui les obligent à s'endetter massivement - au risque de faire parfois banqueroute. Une poignée de villes s'avèrent déjà incapables de payer les pensions promises à leurs retraités. Certaines les amputent de plus de moitié, à l'instar de la petite commune californienne de Loyalton. A défaut de s'attaquer directement à leurs fonctionnaires, d'autres font le choix de ne plus payer leurs factures. C'est le cas de l'Illinois qui affiche plus de 14 milliards de dollars d'impayés.
Les fonds de pension publics auraient besoin de 3.850 milliards de dollars supplémentaires pour honorer leurs engagements, à l'égard des retraités actuels mais aussi futurs, indique l'institut Hoover - un cercle de réflexion rattaché à l'Université de Stanford. Le « trou » se serait encore creusé de 434 milliards de dollars l'an dernier. « C'est une bombe à retardement», résume l'auteur du rapport, Joshua Rauh. « Pourquoi cela ne fait-il pas la "Une" des journaux ? Comme pour la crise des subprimes, tout semble écrit d'avance. Et pourtant, on attend que la situation explose », abonde Danielle DiMartino Booth, ancienne conseillère à la Réserve fédérale de Dallas.
La situation est particulièrement préoccupante à la Nouvelle Orléans, Dallas, Philadelphie et Chicago. Le problème se retrouve aussi à l'échelle des Etats, notamment ces bastions industriels qui comptent de moins en moins de salariés cotisant (Illinois, Kentucky, New Jersey, etc). Le sous-financement des fonds de pensions est en fait généralisé: l'institut Hoover, qui a épluché 650 systèmes de retraites aux quatre coins du pays, estime qu'il n'existe aucune ville ni Etat affichant un régime à l'équilibre ! Les agences de notation, qui avaient été tenues partiellement responsables de la crise de 2008, ont commencé à tirer la sonnette d'alarme : elles ont baissé la note de plusieurs collectivités à risques, parmi lesquelles le New Jersey, Chicago, Houston et Dallas.
Comment les collectivités locales ont-elles pu en arriver là ? Le vieillissement de la population et l'augmentation de l'espérance de vie ne constituent qu'une partie de l'explication. Engagée dans les années 90, la libéralisation des régimes de retraite a également beaucoup joué: les collectivités locales se sont alors prêtées à des investissements de plus en plus risqués (hedge funds, etc). Les chiffres parlent d'eux-mêmes : les obligations, par nature non-risquées, représentaient 96 % de leurs investissements dans les années 50. Ce taux est tombé à 50 % dans les années 90... et à 27 % aujourd'hui, indique la Réserve fédérale.
Les élus locaux ont pris ce risque dans l'espoir de faire fructifier leur argent. Ils ont construit leur budget « retraites » sur l'hypothèse que leurs placements croîtraient de 7,5 % par an. Un calcul extrêmement optimiste quant on sait que leur rendement ne dépasse pas 2,5 % aujourd'hui ! Les fonds de pension ont d'autant plus de mal à gagner de l'argent que les taux d'intérêt sont au plus bas. Les élus locaux ont ainsi tendance à minorer le problème : le taux de rendement de 7,5 % leur permet d'afficher un « trou » global de 1.380 milliards de dollars. Mais en retenant le taux plus réaliste de 2,5 %, celui-ci se révèle presque 3 fois supérieur (3.850 milliards de dollars).
Fermer les yeux sur l'ampleur du problème permet de reporter à plus tard les décisions douloureuses (réduction des services publics, hausses d'impôts, réduction des pensions, etc). A charge aux futurs responsables politiques de gérer, peut-être, l'arrivée d'une nouvelle catastrophe.
Etats-Unis: La crise des fonds de pension a déjà fait des victimes
par Lucie Robequain
Les Echos - 18 mai 2017
https://www.lesechos.fr/finance-marches/marches-financiers/0212105569604-etats-unis-la-crise-des-fonds-de-pension-a-deja-fait-des-victimes-2087857.php
Detroit, Cleveland, Loyalton. Trois exemples de collectivités américaines frappées par le déficit abyssal de leurs fonds de pension.
La faillite de Detroit provoquée par ses fonds de pension - Detroit est la plus grande ville américaine à avoir jamais fait faillite (en 2013). A l'époque, ses difficultés sont dues en majeure partie à son système de retraite, qui couvre 10.000 employés du service public et 20.000 retraités. Sur les 18 milliards de dollars de dette accumulée, 9 milliards sont imputables à ses fonds de pension. La ville a dû mettre en oeuvre des mesures sociales douloureuses pour sortir de l'impasse financière. Elle a notamment réduit la retraite de ses agents retraités de 4,5 %. La baisse a même atteint 20 % pour certaines catégories de fonctionnaires. « Oui, il y a 10.000 employés. Oui, il y a 20.000 retraités. Mais il y a aussi 700.000 citoyens qui ne méritent pas d'attendre 58 minutes avant que la police arrive», a défendu Kevyn Orr, l'expert mandaté pour sortir Detroit de l'ornière. Les fonctionnaires ont intenté un procès pour rétablir l'intégralité de leurs pensions, une fois la procédure de faillite achevée. Mais les juge ont rejeté leur demande en appel.
A Cleveland, la crise des retraites frappe aussi les salariés du privé - En début d'année, les métallurgistes de Cleveland ont voté la réduction de leurs pensions de retraite, à hauteur de 20 % en moyenne. Pour certains, la baisse atteint même 60 %. Les salariés ne l'ont évidemment pas fait de gaîté de coeur. Mais sans cela, le fonds de pension aurait épuisé toutes ses ressources financières à l'horizon 2025, selon les responsables du fonds. Une telle mesure n'aurait pas été possible il y a quelques années: depuis les années 1970, le droit américain protégeait les retraités en forçant les fonds de pension à honorer leurs engagements. Une loi de 2014 a changé la donne, en leur offrant la possibilité de réduire les pensions en cas de grosses difficultés financières. Les syndicats craignent que les métallurgistes de Cleveland donnent des idées à d'autres secteurs. Le "Central States Pension Fund" - qui finance la retraite des routiers - a déjà tenté de réduire les pensions de ses 300.000 membres. Mais le Secrétaire au trésor a rejeté sa requête.
La ville de Loyalton réduit de 60 % la pension de ses agents retraités - Au bord de la faillite, l'organisme chargé de gérer les retraites des fonctionnaires en Californie (CalPERS) a mis en oeuvre une mesure inédite à Loyalton -une petite bourgade perdue au sein de la Sierra Nevada: pour la première fois depuis 85 ans, il a tronqué de 60 % les pensions versées aux retraités de la ville. La mesure est effective depuis le 1er janvier 2017. Les retraités pensaient que leurs pensions étaient garanties. Mais rien ne s'est passé comme prévu: il y a 3 ans, le conseil municipal de Loyalton a pris la décision de quitter CalPERS afin d'économiser de l'argent -les cotisations ayant augmenté en flèche. Contrarié de perdre des cotisants, CalPERS a voulu lui imposer une commission pour rupture de contrat, équivalente à 1,6 million de dollars. La ville a refusé... ce qui a poussé CalPERS à raboter les pensions versées aux fonctionnaires de la commune.