Ni rouge, ni noir, ni vert. L'autonomie rejette partis,
syndicats et toute forme de gestion et de pouvoir.
Rassembler des foules sous un même drapeau
trouve toujours son origine dans une imposture.
Seule une révolution mettra fin à un système
dont l'obsession de l'argent entraine l'humanité
vers la catastrophe.
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Date de création : 10.03.2011
Dernière mise à jour :
29.11.2025
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Pendant la campagne avant le 1er tour de la présidentielle, Jean-Jacques Bourdin, journaliste à RMC, a invité les 11 candidats à son rendez-vous politique de 8h30 pour un "entetien d'embauche". Tous sont venus, sauf Fillon qui ne voulait pas être interrogé sur ses "affaires".
Un ami a eu l'idée de m'inviter pour un jeu de rôles. Lui, faisant une imitation de J.-J. Bourdin, moi répondant à ses questions. Pas de ménagement, pas de complaisance. Voici ce que cela a donné. Enregistré le 22 avril 2017.
(Jingle: Chanson de Georges Brassens)
« J'ai l'honneur de
Ne pas te de-
Mander ta main
Ne gravons pas nos noms au bas d'un parchemin... »
- Nous accueillons aujourd'hui "Mr Antigone" pour son entretien d'embauche. Bonjour Mr Antigone.
- Bonjour Mr Bourdin.
- Vous connaissez le principe de l'émission.
- Non, j'écoute France info à la même heure.
- Eh bien, c'est un entretien en deux parties. La première portera sur votre programme, votre engagement, quelques thèmes d'actualité, et la seconde avec des questions plus personnelles, pour en savoir plus sur vous-même.
Alors première question: Pourquoi n'êtes-vous pas candidat à l'élection présidentielle ?
- A quoi sert une élection présidentielle ? A choisir la personne qui dirigera la France pendant 5 ans, qui défendra et représentera les intérêts de la France, de l'Etat français. On nous demande de voter dans le sens des intérêts du pays, de la classe dominante de ce pays. Or, déjà, je ne me sens pas Français et je n'aspire pas à défendre...
- Comment ça, vous n'êtes pas Français ?
- Non. Je ne m'identifie pas à une carte d'identité. Je ne me sens pas plus proche d'un travailleur "Français" que de n'importe quel autre vivant en Asie ou en Afrique. On est tous des humains vivant sur cette planète, et on n'est pas différents les uns des autres, mise à part la position qu'on occupe dans la société. On a tous les mêmes problèmes de vie, d'emploi, de logement, d'environnement... Il se trouve que je suis né en France, que j'ai grandi en France, et que, de ce fait, je fais partie d'une main d'oeuvre héxagonale utilisée par les patrons de ce pays et gérée par les dirigeants qui administrent ce territoire. Je leur appartiens, mais je n'ai pas choisi de leur appartenir, et en tous cas, je n'en retire aucune fierté.
- Vous n'allez pas me faire croire que quand vous regarez un match de football avec une équipe française, vous vous désintéressez de son résultat ?
- Vous avez mal choisi votre exemple parce que le foot m'emmerde. Mais je ne trouve pas normal que l'on soit marqué à la naissance comme des bestiaux, avec une étiquette orange à l'oreille, heu, enfin bleu-blanc-rouge en l'occurrence. Voilà, je n'aime pas être traité comme un mouton et enrôlé sous une bannière.
- Vous vous considérez "citoyen du monde" ?
- Pas comme Enrico Macias ! Non :) Je suis une personne humaine, un exploité, un "dirigé" comme tant d'autres dans ce monde.
- Vous ne votez pas ?
- Non. Je ne suis même pas abstentionniste. Je ne suis pas inscrit sur les listes électorales.
- Vous n'avez jamais voté ?
- Si, au début. Mais j'ai déménagé et à ce moment là, je trouvais que ça ne servait à rien de me réinscrire. Ou alors si c'est pour voter blanc, m'abstenir, rentrer dans les statistiques du ministère de l'Intérieur...
- Mais le vote, c'est important. C'est un droit inscrit dans la Constitution.
- C'est pas un devoir.
- Non mais, vous qui êtes sensible aux droits des travailleurs, vous devriez être sensibilisé par cet acquis parce que il y a des gens qui sont morts pour ça...
- Oui, au moment où l'Etat bourgeois se constituait, au XIXe siècle. On donnait un poids politique à ce qu'on avait appelé le "Tiers-Etat" pour l'intégrer dans la vie de la nation. Le droit de vote est allé de pair avec l'instruction publique. C'était au moment de la phase ascendante de la domination de la bourgeoisie sur la société. Je pense qu'aujourd'hui on est dans une phase descendante, voire décadente de la représentation politique. Il n'y a qu'à en juger par l'émergence ces dernières années des mouvements citoyennistes, participatifs qui font le constat que la verticalité des prises de décision a vécu, mais qui ne proposent que de "démocratiser les institutions" et de greffer des béquilles à un système qui ne fonctionne plus.
- Le système, vous dites... Tous les candidats que j'ai reçus se sont présentés comme des candidats "anti-système". Vous êtes aussi contre le système. Qu'est ce qui vous distingue des autres, Mr Antigone ?
- On ne parle pas forcément du même système. Moi, je parle du capitalisme. Je ne veux pas le réformer. Je suis un révolutionnaire. Je veux en sortir. Abolir l'économie marchande, les frontières et les Etats.
- Oui mais concrètement, qu'est ce que vous proposez ? Est ce que vous prônez la violence ? casser les vitrines, dévaster les centres ville ? Les Français veulent savoir !
- Qu'ils oublient déjà qu'ils sont "Français". Mais, Mr Bourdin, je ne me suis jamais extasié devant les scènes auxquelles vous faites allusion. Ce qui n'est pas le cas des reporters d'images de BFM, de Fox news, de RT qui s'en délectent et qui les repassent en boucle. La violence, elle, elle est dans le système capitaliste. Il suffit de regarder les infos, son lot de guerres, de morts, de destruction, de désolation, de misère. C'est ça la violence, Mr Bourdin. La Révolution française qui fait référence dans votre république, elle ne s'est pas faite avec des fleurs d'après ce que j'en ai lu dans les livres d'Histoire. On ne fait pas la révolution non plus en appuyant sur un bouton ou en montant sur une table. Il faut créer un rapport de force. Les luttes sociales y contribuent. Mais ça ne se résume pas à un programme ou à un plan de société prédéterminé.
- Justement, qu'est ce que vous pensez des propositions de Philippe Poutou et de Nathalie Arthaud ? Ils sont anticapitalistes comme vous.
- Non, ils sont anti-libéraux, mais ils sont pas anticapitalistes puisque leur projet s'inscrit dans un cadre marchand, monétaire, salarial et étatique. Ils sont par exemple pour les Etats socialistes d'Europe, avec les mêmes frontières entre les Etats. En ce qui concerne leurs propositions, ça ressemble à des plate-formes revendicatives de syndicalistes radicaux. Par exemple le SMIC à 1700 € pour l'un et à 1800 pour l'autre, c'est... n'importe quoi !
- Pourquoi donc ?
- Pourquoi 1800 et pas 2000 tout rond ? Sur quoi ils se basent pour avancer ces chiffres ? Est-ce qu'ils ont une équipe d'experts qui a travaillé sur la question et qui leur a indiqué qu'on ne pouvait pas réclamer plus ? Je les trouve d'un seul coup bien "responsables" quand ils s'agit de "gagner plus en travaillant moins".
- Vous pensez qu'il faudrait demander plus ?
- Le niveau du SMIC, c'est pas la question. Ils parlent de "vie décente". Mais c'est quoi, c'est combien la "décence" dans cette société ? C'est ça la question. Vous auriez du la poser à Nathalie Arthaud quand vous l'avez reçue.
- Bon. Et l'interdiction des licenciements ?
- Pareil. "Un emploi pour tous", c'est de la démagogie. L'interdiction des licenciements, ça ne tient pas debout dans un système régi par l'offre et la demande. Si elle est professeur d'économie, elle devrait savoir ça. Même dans le monde du travail, il y a une offre et une demande. Si dans une entreprise, quelqu'un n'a plus la qualification adéquate, est-ce qu'on va le garder indéfiniment à ne rien faire, peut-être à le former pendant des années ? Combien ça coûterait ? C'est n'importe quoi ! Ou alors on est dans une "démocratie populaire", un système planifié sur le mode soviétique. Voilà; c'est comme instaurer une échelle des salaires qui irait de 1 à 4, et pas plus de 4. Au lieu de réduire les inégalités, ils ouvrent la porte en grand à la corruption, aux privilèges, aux voitures de fonction parce qu'il faut être naïf pour croire un instant que les responsables, les bureaucrates qui s'occuperont des livres de comptes et qui seront de moins en moins travailleurs, ils se contenteront de ce "4". Et puis les réquisitions, les interdictions administratives, on sait comment ça s'est passé en URSS.
- Il n'y aurait plus de patrons dans votre société, non ?
- (signe de tête "non") On produirait non plus en fonction de marchés à conquérir mais par rapport à des besoins essentiels. Donc plus besoin de taches comptables. On ne passerait plus sa vie à faire des travaux sans intérêt, à aligner des chiffres, à dégager de la plus-value. Ça libérerait énormément d'énergie pour innover, produire que des choses utiles, faire fonctionner les circuits d'approvisionnement, nettoyer l'environnement. C'est pas le travail qui manquera, je vous assure.
- Et les gens qui ne voudront plus travailler, vous en ferez quoi ?
- Je comprends très bien qu'au bout de longues années de travail abrutissant, on a envie de s'arrêter. Mais ça ne durera pas parce que les gens ont besoin de bouger, d'avoir des centres d'intérêt et de s'investir dans quelque chose pourvu qu'ils en aient les moyens. On ne vit pas en restant allongé sur sa niche comme Snoopy.
- Les Français qui vous écoutent peuvent trouver ça complètement irréaliste ou utopique. Vous en êtes conscient ?
- Qui aurait pensé que le renvoi de Necker aurait débouché sur la prise de la Bastille puis un peu plus tard, sur la chute de la monarchie ? La société féodale était moribonde. Mais la société capitaliste l'est aussi. Parce que je ne vois pas quel avenir a un système qui fait péniblement 1 € de croissance en empruntant 3 €. La France s'est financée pour 850 milliards d'euros sur les marchés pendant le quinquennat Hollande. C'est plus de 2 fois le budget annuel de la France, Mr Bourdin. Et les candidats, que vous considérez comme sérieux, prévoient des mesures qui coûteront au moins 100, 130, 150 milliards d'euros, en supposant que les taux ne remonteront pas trop vite et qu'on reste dans l'euro, sinon la dette explosera, le chômage explosera, tout explosera.
- Vous, vous êtes pour rester dans l'euro ?
- Que la monnaie soit l'euro ou le franc, il faudra de toute façon lutter contre les gouvernements qui voudront nous faire travailler plus, plus longtemps.
- Vous n'avez pas répondu à ma question, Mr Antigone. Est-ce que vous êtes pour rester dans l'euro ?
- Avec le franc et une dévaluaton de 20 à 30 %, cela rendrait les importations plus chères et cela impacterait directement le pouvoir d'achat des ménages, vous le savez bien. Ce serait celles et ceux qui sont déjà dans une situation difficile qui en seraient les principales victimes.
- Donc, vous êtes pour rester dans l'euro.
- C'est un moindre mal.
- Hier un policier a été tué sur les Champs-Elysées. Qu'est ce que cela vous inspire, Mr Antigone ?
- C'est un effet de l'état d'urgence. On mobilise des milliers de policiers et de militaires qui ne servent à rien. Ils ne peuvent pas empêcher un attentat. On le voit avec les attaques au camion bélier, les attaques au couteau dans les capitales européennes. Ils ne servent à rien face à une attaque déterminée. Au contraire, les politiques sécuritaires en font des cibles en tant que représentants de l'Etat. En Grande Bretagne, les gens n'ont pas de carte d'identité, les policiers ne sont pas armés, il n'y a pas de patrouilles "sentinelle" et ce n'est pas le chaos. Donc il faut la fin de l'état d'urgence, l'arrêt des opérations militaires et le retrait des troupes françaises partout où elles sont basées.
- Retour sur l'entretien d'embauche de Mr Antigone. Dans cette 2e partie, on aborde à présent les questions plus "personnelles".
Première question: Comment êtes-vous devenu révolutionnaire ? Vous avez entendu des voix ? Vous avez eu une révélation ?
- Je suis devenu quelqu'un de très indépendant. J'ai eu une adolescence difficile, de gros problèmes avec mes parents à partir de l'âge de 12 ans à peu près. Mes parents étaient racistes comme on a du mal à se l'imaginer. Je me souviens une fois où, ma mère étant malade, on a appelé un docteur... et il était Noir, africain. Ils en ont parlé toute la semaine, pour savoir s'il fallait le rappeler ou non. Ma mère ne voulait pas être touchée par un Noir, elle s'en allait ou changeait de chaîne chaque fois qu'elle en voyait un à la télé.
- A ce point là.
- Oui. Moi, dans mon enfance, ça ne m'a jamais atteint parce que dans ma classe, il y avait des élèves de toutes origines: espagnols, portugais, arméniens, vietnamiens, arabes, juifs, gitans, africains, antillais, réunionais. Il n' y avait pas de problèmes. Tout le monde était accepté.
- C'était où ?
- A Paris dans le XXe, quartier ouvrier, populaire. D'une façon étonnante, le racisme n'a jamais eu prise sur moi, alors que chez moi, j'entendais tous les jours qu'on était "envahis". C'était après la décolonisation et la guerre d'Algérie. Il y avait encore des "OAS vaincra" à la peinture sur les murs. Mais chez mes parents, j'étais complètement étouffé dans un espace réduit. Pas d'espace personnel. Pas de chambre à moi, interdiction de fermer la porte. Pas le droit de sortir. Une autorité insupportable. Des situations humiliantes, dégradantes. J'aurais voulu me confier à un adulte, à quelqu'un d'extérieur à ma famille. Une fois, je suis rentré dans une Maison des Jeunes et de la Culture pensant trouver des "jeunes" plus grands avec qui j'aurais pu nouer des contacts, un rapport de confiance pour parler de mes problèmes. Mais il n'y avait personne.
- A l'école, il n'y avait pas d'assistante sociale ?
- Si, mais on ne la voyait que pour la visite médicale au début de l'année. Je ne savais même pas où se trouvait son bureau. Et de toute façon, j'avais trop peur des représailles chez moi. Cette absence d'un lieu où j'aurais pu parler, rester dormir quelques jours, ça m'a fait prendre conscience que c'était pas normal. Pas normal qu'un enfant soit livré ainsi, qu'il soit la proprièté exclusive de ses parents qui ont tout pouvoir sur lui, de sa famille, alors qu'il aurait tout à gagner à connaître d'autres gens, à se socialiser, à s'ouvrir sur le monde, s'épanouir. J'ai commencé à remettre en cause pas mal de choses sur le fonctionnement de la société à partir de là. Mais j'en ai connu qui ont été très heureux avec leurs parents et qui sont quand même devenus contestataires, révolutionnaires malgré tout. C'était dans l'air du temps au début des années 70.
- J'ai quelques petites questions de société. Le cannabis, vous êtes pour sa légalisation ?
- Je suis contre sa pénalisation. La légalisation, c'est une question de droit, de loi, et d'impôts pour l'Etat. Il y a des salles de shoot. Il pourrait y avoir à côté des endroits où il serait possible de s'approvisionner en cannabis.
- Vous-même, vous en consommez ?
- Non.
- Vous n'en avez jamais consommé ?
- Non jamais.
- Ça ne vous a jamais tenté ?
- Non, parce que c'est pas essentiel à la vie. Ça ne m'a jamais manqué. J'ai jamais fûmé de cigarettes non plus, sauf pour en allumer une à un copain au volant. Mais je pense que j'ai avalé pas mal de paquets en allant à des réunions dans des salles enfûmées à l'époque où l'on pouvait fûmer.
- L'euthanasie...
- Oui, pour. Pour les personnes en fin de vie, en souffrance, à l'état végétatif et qui en font la demande. Il arrive un moment où ça ne sert plus à rien de vivre.
- Le voile, les signes religieux dans la rue...
- Je suis pour que les gens s'habillent comme ils veulent, vraiment comme ils veulent.
- La laïcité...
- C'est la séparation de l'Eglise et de l'Etat. 1905. J'ai appris ça à l'école publique laïque. Et ça n'a rien à voir avec la liberté réligieuse comme la gauche en parle aujourd'hui, ou avec les valeurs chrétiennes dans l'interprétation qu'en donnent les conservateurs
- La parité hommes/femmes...
- Je suis contre les quotas. On ne résoud rien par des mesures volontaristes qui donnent une fausse image de la réalité. S'il y a un tiers de femmes dans des assemblées, dans des comités, c'est parce que les femmes ont du retard dans leur investissement dans la vie sociale ou que les taches ménagères, les enfants leur prennent trop de temps. Le partage et l'égalité évoluent lentement, trop lentement. Le problème est en amont. C'est la réalité de la société patriarcale et on aurait tort de se voiler la face. Mais faire de la femme une "minorité visible" à qui on applique des quotas, non, sûrement pas.
- Demain, c'est le 1er tour de l'élection présidentielle. On dit qu'elle est historique: première fois que le président ne se représente pas, première fois que les candidats des deux partis de gouvernement sont désignés par des primaires. Vous, qu'est ce que vous avez retenu de cette campagne ?
- Vous voyez comme moi un début de recomposition politique qui pourrait s'accélérer au 2e tour des législatives, quand la question des désistements se posera. Je me souviens qu'à la fin des années 70, on avait 4 partis à 20 %, mais le PS était allié au PC et le RPR à l'UDF. Demain on pourrait retrouver la même configuration, 4 candidats autour de 20 % et aucune alliance "naturelle" en vue, pas de majorité. La bourgeoisie n'a jamais été autant divisée et sa domination se fragilise. Voila ce que j'en pense. Et puis la crise qui n'est pas prête de finir et qui va encore accroître les fractures existantes.
- Pour vous, Marine Le Pen au pouvoir, c'est possible ?
- Ça se rapproche. On verra demain. Pour y arriver, il lui faut une alliance, des ralliements. Pour l'instant, elle n'en a pas. Elle est seule. Mais ça peut changer du côté de la droite de la droite. Ça viendra. Ils finiront à aller à la soupe pour défendre leurs circoncriptions ou leurs mairies. Ça viendra. Quand sa base se sera élargie, ça deviendra sérieux. [C'était avant le ralliement de Dupont-Aignan, de Boutin, de MF Garaud qui, certes, ne représentent pas grand chose, mais c'est un début]
- Si vous deviez passer un week-end avec un des candidats, vous partiriez avec lequel ?
- Je préfère être seul que mal accompagné, vous savez.
- Oui, mais si vous étiez obligé, vraiment obligé...
- Heu... Pfff... En procédant par élimination, alors. Peut-être Lassalle.
- Lassalle ? Ah bon !?
- S'il me raconte des histoires de randonnée...
- Je vous voyais plutôt avec Arthaud ou Poutou.
- Non... Eux, je les connais par coeur. Le discours mécanique... On a beaucoup parlé de la tenue "débraillée" de Poutou au débat, mais son polo, on doit le trouver que dans certaines boutiques. Je suis à peu près sûr que c'est un produit de marque.
- Ah bon ?
- J'ai jamais trouvé ça dans mon supermarché.
- Vous auriez eu l'occasion de lui demander où il avait acheté son polo.
- Oui, on aurait parlé chiffon. Non, je m'en fous :)
- Alors on va se quitter en musique, comme on le fait avec tous nos invités. Vous avez choisi...
- M83. C'est un groupe français (ça va vous faire plaisir) qui fait carrière aux Etats-Unis. C'est du shoegazing.
- Du quoi ? Vous pouvez m'expliquer...
- C'est du rock planant. L'origine du mot, ça vient de l'attitude des musiciens. Ils jouent la tête baissée et se roulent pas par terre, ils font rien de spectaculaire sur scène. On dit qu'ils regardent leurs chaussures. D'où le mot anglais "shoes", donc shoegazing.
- Vous êtes un fan de cette musique ?
- "Fan", non. J'aime toutes sortes de musique, en fait... Bach, le baroque à la musique électronique, la techno, en passant par le jazz, le free jazz, la pop des années 70-80 genre Blondie, Roxy Music, Eurythmics, Cock Robin, les Cardigans, Radiohead, Björk... jusqu'à Gilbert Bécaud ou Véronique Sanson
- Vous aimez Gilbert Bécaud ! Ça alors !
- Qu'est ce que vous croyez ! On a au moins ça en commun, Mr Bourdin. Je suis très éclectique vous savez, plus que vous le pensez.
- Je vois. Mais dites-moi, ce qu'on entend là, c'est de la musique capitaliste, Mr Antigone.
- Tout est capitaliste dans ce monde, Mr Bourdin. Nos vêtements, ce qu'on fait, ce qu'on mange, et on ne peut pas y échapper à moins d'aller se perdre dans la jungle birmane, et tenter de subsister.
- Vous n'avez pas essayé.
- La pûreté révolutionnaire bolcho à la manière de Nathalie Arthaud, si. J'en suis revenu.
- Quand elle est venue, elle nous a fait écouter Amy Winehouse. " Broyée par le système", elle avait ajouté.
- C'est vrai. J'aime bien aussi.
- Ce qu'on entend là, c'est quand même spécial.
- Parce qu'on n'est pas habitué à entendre ça. C'est l'expression d'une modernité, du sentiment qu'on éprouve face au chaos de ce monde.
- Eh bien, l'émission arrive à son terme. Mr Antigone, merci d'être venu.
- "Merci de m'avoir invité". Tout le monde se remercie toujours à la fin :)