Le Monde d'Antigone

Ni rouge, ni noir, ni vert. L'autonomie rejette partis,
syndicats et toute forme de gestion et de pouvoir.
Rassembler des foules sous un même drapeau
trouve toujours son origine dans une imposture.
Seule une révolution mettra fin à un système
dont l'obsession de l'argent entraine l'humanité
vers la catastrophe.

Rubriques

>> Toutes les rubriques <<
· 37 - Lointains échos dictatures africain (402)
· 00 - Archivage des brèves (791)
· .[Ec1] Le capitalisme en soins intensifs (551)
· 40 - Planète / Sciences (389)
· 10 - M-O. Monde arabe (386)
· . Histoires et théories du passé (224)
· 20 - Japon, Fukushima (237)
· .[Ec2] Métaux, énergies, commerce (253)
· 24 - USA (311)
· 19 - Chine [+ Hong Kong, Taïwan] (322)

Statistiques

Date de création : 10.03.2011
Dernière mise à jour : 15.02.2026
8745 articles


Rechercher

Septembre 2024 marque des records historiques

Publié le 09/10/2024 à 00:06 par monde-antigone

 

Climat: Des "précipitations extrêmes" en septembre dans le monde, alimentées par une chaleur quasi-record

AFP, Sciences & Avenir - 08 oct 2024

https://www.sciencesetavenir.fr/nature-environnement/climat-des-precipitations-extremes-en-septembre-dans-le-monde-alimentees-par-une-chaleur-quasi-record_181383

 

Super-typhons en Asie, tempête Boris en Europe et ouragans en Amérique du Nord: les précipitations extrêmes, exacerbées par les températures très anormalement chaudes de la planète depuis plus d'un an, ont marqué le mois de septembre dans le monde. Septembre 2024 a été le 2e mois de septembre le plus chaud jamais enregistré, poursuivant une série de records ou quasi-records qui rendent "quasiment certain que 2024 sera l'année la plus chaude jamais mesurée", a annoncé mardi l'observatoire européen Copernicus. 2024 battrait ainsi le record établi... en 2023.

"Les précipitations extrêmes du mois dernier, que nous observons de plus en plus souvent, ont été aggravées par une atmosphère plus chaude", avec par endroits "des mois de pluies en quelques jours", déclare Samantha Burgess, directrice adjointe du service changement climatique (C3S) de Copernicus. Le bulletin mensuel de l'observatoire met en avant les exemples de la tempête Boris, synonyme d'inondations exceptionnelles en Europe centrale, de la mousson qui "a sévèrement frappé" le Pakistan, et du typhon Krathon qui a frappé Taïwan et les Philippines début octobre.

Septembre a aussi été marqué par les ravages des super typhons Yagi et Bebinca en Asie, des inondations meurtrières au Népal et au Japon ou encore de l'ouragan Helene aux Etats-Unis. En Afrique de l'Ouest et en Afrique centrale, une saison des pluies intense a fait plus de 1.500 victimes, 4 millions de sinistrés et 1,2 million de déplacés, selon l'OIM.

Avec une température moyenne de 16,17°C à la surface du globe [soit 1,54°C plus chaud qu'un mois de septembre moyen dans le climat préindustriel (1850-1900); ndc], septembre 2024 ne bat pas le record de septembre 2023, qui avait surpris la communauté scientifique par son ampleur. Mais si les habitants de France, de la côte Est américaine ou d'Asie centrale seront peut-être surpris, après avoir ressenti des températures plus fraîches que d'habitude, septembre au niveau mondial reste bien nettement plus chaud que dans le passé.

Septembre 2024 est ainsi, au niveau mondial, 1,54°C plus chaud qu'un mois de septembre normal dans le climat préindustriel (1850-1900), rapporte Copernicus. Dans la base de données de l'observatoire, septembre 2024 est le 14e sur les 15 derniers mois à être 1,5°C plus chaud qu'à cette période, dépassant donc la limite la plus ambitieuse que les Etats se sont fixée en approuvant l'accord de Paris de 2015.

La probabilité est très forte que 2024 soit la première année calendaire à franchir cette limite devenue symbolique. Une telle anomalie de 1,5°C devrait toutefois être observée en moyenne sur plusieurs décennies pour considérer que le climat, actuellement réchauffé d'environ 1,3°C, a atteint cette barre. Pour le GIEC, ce seuil pourrait être observé d'ici 2030-2035, compte tenu de la trajectoire actuelle des émissions de gaz à effet de serre de l'humanité, pas encore en déclin. [Depuis un an, en France métropolitaine, 279 journées sur 365 ont été plus chaudes que la moyenne des températures mesurées entre 1971 et 2000. L'écart aujourd'hui est de + 1,8°C, au-delà de la ligne rouge de 1,5 % fixée par le GIEC; ndc].

Ces records incessants de températures sont alimentés par la surchauffe inédite des océans, qui couvrent plus des 2/3 de la planète et ont absorbé plus de 90 % de l'excès de chaleur provoqué par l'activité humaine. En septembre, la température moyenne à la surface des mers s'est maintenue à un degré de chaleur hors normes, poursuivant une série ininterrompue depuis mai 2023. Et la surface de banquise est très en dessous des moyennes aux deux pôles, relève Copernicus.

Outre les impacts immédiats des canicules marines sur les coraux, les herbiers, les crustacés ou les poissons, cette surchauffe durable des océans, principal régulateur du climat terrestre, affecte les courants marins et atmosphériques. Des mers plus chaudes libèrent davantage de vapeur d'eau, fournissant de l'énergie supplémentaire aux typhons, ouragans ou tempêtes. D'autant que le réchauffement de l'air permet de retenir plus d'eau (jusqu'à 7 % en plus par degré Celsius de réchauffement), favorisant des précipitations extrêmes. "En moyenne, le potentiel destructeur des ouragans a augmenté d'environ 40 % en raison du réchauffement de 1°C qui a déjà eu lieu", a déclaré à l'AFP Michael Mann, climatologue à l'université de Pennsylvanie.

Ces observations climatiques seront l'arrière-fond des négociations onusiennes de la COP29 de Bakou en novembre. Les nations doivent s'y accorder sur le moyen de fournir aux pays en développement les milliers de milliards de dollars nécessaires pour leur transition énergétique et pour se prémunir des catastrophes plus fréquentes.

 

Chaleur exceptionnelle et pluies "extrêmes", septembre 2024 marque des records historiques

AFP, France24 - 08 oct 2024

https://www.france24.com/fr/info-en-continu/20241008-septembre-2024-le-2e-plus-chaud-jamais-mesur%C3%A9-accompagn%C3%A9-de-pr%C3%A9cipitations-extr%C3%AAmes

 

(...) Septembre 2024 est ainsi le 14e sur les 15 derniers mois à franchir le seuil de 1,5°C de réchauffement, objectif le plus ambitieux de l'accord de Paris de 2015. Et augure d'une nouvelle année record: sur les 9 premiers mois de l'année, 2024 est 0,19°C plus chaud que la même période en 2023, l'actuel record de température annuel. "L'anomalie de température" sur les trois derniers mois de l'année "devrait chuter de plus de 0,4°C pour que 2024 ne soit pas plus chaud que 2023", ce qui n'est jamais arrivé dans les annales de Copernicus, "ce qui rend quasiment certain que 2024 sera l'année la plus chaude jamais mesurée", affirme l'observatoire.

Surchauffe des océans - 2024 a donc de fortes chances d'être la première année à dépasser le seuil de 1,5°C sur une année calendaire. Mais une telle anomalie devrait toutefois être observée en moyenne sur plusieurs décennies pour considérer que le climat, actuellement réchauffé d'environ 1,3°C, a atteint cette barre. Ces records incessants sont alimentés par la surchauffe inédite des océans (...), la température moyenne à la surface des mers se maintient ainsi à des températures hors normes depuis mai 2023. "Les précipitations extrêmes du mois dernier, que nous observons de plus en plus souvent, ont été aggravées par une atmosphère plus chaude", entraînant par endroits "des mois de pluies en quelques jours", a déclaré Samantha Burgess, directrice adjointe du service changement climatique (C3S) de Copernicus.

Inondations en Afrique - Une saison des pluies intense, avec des précipitations exceptionnelles, a provoqué des inondations dramatiques en Afrique de l'Ouest et Afrique centrale: plus de 1.500 victimes, 4 millions de sinistrés et 1,2 million de déplacés, selon l'OIM. Mali, Tchad, Niger, Nigeria, Soudan et Soudan du Sud sont comme particulièrement touchés. Dans le nord-est du Nigeria, des pluies diluviennes et la rupture d'un barrage à 20 km de la ville de Maiduguri ont causé une inondation monstre qui a fait plusieurs dizaines de morts et des centaines de milliers de déplacés. Le sud du Maroc et le sud de l'Algérie ont également frappés par des inondations meurtrières début septembre.

Typhons en Asie - Le super typhon Yagi, avec vents violents et pluies diluviennes, ravage le sud-est asiatique dans la première moitié de septembre, tout particulièrement le Vietnam, la Birmanie, la Thaïlande, le Laos après la Chine et les Philippines. En entraînant inondations et glissements de terrain, Yagi fait plus de 700 morts au total dans ces pays. Les dégâts s'élèvent à des milliards de dollars: au Vietnam les autorités évaluent les pertes économiques à 3,3 Mds $. Quelques jours plus tard, un autre super-typhon, Bebinca, secoue les Philippines, le Japon puis la Chine. Il est décrit comme le plus puissant typhon à frapper la ville chinoise de Shanghai depuis 1949. Fin septembre, des inondations et glissements de terrain dans le centre du Japon font une dizaine de mort tandis qu'au Népal, la mousson de fin d'été est marquée par un déluge jamais vu depuis 20 ans avec inondations et glissements de terrain qui se soldent par plus de 225 morts.

Tempête Boris en Europe centrale - La tempête Boris avec ses vents violents, précipitations exceptionnelles et inondations, à la mi-septembre, fait 24 morts en Europe centrale, essentiellement en République tchèque (5 décès), Autriche (5), Pologne (7) et Roumanie (7). La Hongrie est également touchée: à Budapest, les eaux du Danube atteignent leur niveau le plus haut depuis 10 ans, venant lécher les marches du parlement. La Commission européenne débloque 10 Mds € d'aide pour les pays touchés par ces inondations. Une étude réalisée par le réseau scientifique World Weather Attribution estime que le changement climatique a "à peu près doublé la probabilité" d'un tel épisode de pluies intenses sur cette région.

Ouragans en Amérique - Fin septembre, l'ouragan Hélène ravage le sud-est des États-Unis, surtout la Caroline du Nord, Caroline du Sud et Géorgie, faisant au moins 226 morts, et occasionnant des dégâts considérables en raison d'inondations soudaines et dévastatrices. Hélène est le 2e ouragan le plus meurtrier à avoir frappé les États-Unis en plus d'un demi-siècle, après Katrina en 2005. La reconstruction nécessitera "des milliards de dollars et des années", selon le ministre de la Sécurité intérieure Alejandro Mayorkas. Fin septembre, l'ouragan John frappe le sud de la côte pacifique du Mexique, notamment autour de la station balnéaire d'Acapulco, faisant au moins 16 morts et d'importants dégâts en raison, là encore, d'importantes inondations.

 

« Si vous choisissez de rester, vous allez mourir »: la Floride face à l'ouragan Milton

AFP, Tahiti infos - 08 oct 2024

https://www.tahiti-infos.com/Si-vous-choisissez-de-rester-vous-allez-mourir-la-Floride-face-a-l-ouragan-Milton_a226537.html

 

Tampa (Floride - USA) - Les autorités de Floride multiplient mardi les appels à évacuer à l'adresse de la population avant l'arrivée de Milton, un ouragan "extrêmement dangereux" qui doit atteindre les côtes de cette péninsule du sud-est des Etats-Unis dans la nuit de mercredi à jeudi. Déjà affectée par le passage destructeur d'Hélène il y a 10 jours, "toute la péninsule de Floride est sous une forme soit de surveillance soit d'alerte", a averti mardi le gouverneur de l'Etat, Ron DeSantis. 

"Hélène a été un signal d'alarme, c'est littéralement catastrophique", a déclaré lundi sur CNN Jane Castor, la maire de la grande ville de Tampa. "Je peux dire ça sans aucune dramatisation: si vous choisissez de rester dans l'une des zones d'évacuation, vous allez mourir". Des générateurs, de la nourriture, de l'eau et des bâches sont distribués à travers la Floride et de nombreux habitants protègent leur maison ou prévoient de quitter les lieux. "Vous avez le temps de partir. Alors, s'il vous plaît, faites-le", avait enjoint lundi le gouverneur républicain aux habitants des zones à risque. 

Le Centre national des ouragans américain (NHC) a averti que Milton était "un ouragan extrêmement dangereux", de catégorie 4 sur l'échelle Saffir-Simpson après avoir été classé un temps en catégorie 5, la plus élevée. Le NHC a appelé les habitants à se "préparer aujourd'hui à l'arrivée de Milton et évacuer si les autorités l'ont demandé". Milton devrait toucher terre en Floride, le 3e Etat le plus peuplé des Etats-Unis, dans la nuit de mercredi à jeudi.  A 12H00 GMT mardi, l'ouragan se situait dans le golfe du Mexique à 880 km de Tampa, avec des vents atteignant plus de 230 km/h. Des "vagues dévastatrices" et une "tempête au danger mortel" sont attendues mardi le long de la côte nord de la péninsule mexicaine du Yucatan, a averti le NHC. Milton est "la pire" tempête à frapper la région de Tampa depuis plus de 100 ans, selon le NHC.

Le changement climatique rend plus probable l'intensification rapide des tempêtes et augmente le risque d'ouragans plus puissants en réchauffant les eaux des mers et des océans, selon les scientifiques. Les températures de l'Atlantique nord évoluent sans discontinuer depuis plus d'un an à des niveaux de chaleur record, très nettement au-dessus des annales, selon des données publiques de l'observatoire météorologique américain (NOAA). Et la NOAA avait prévenu fin mai que la saison des ouragans, qui s'étend de début juin à fin novembre, s'annonçait cette année extraordinaire dans la région. Le sud-est des Etats-Unis se remet à peine d'Hélène, un ouragan dévastateur à l'origine d'inondations et de dégâts considérables dans une demi-douzaine d'Etats, entraînant la mort d'au moins 234 morts. Les secours sont toujours à pied d'oeuvre pour venir en aide aux nombreuses victimes.

En pleine campagne présidentielle, le candidat républicain Donald Trump n'a pas tardé à accuser l'Etat fédéral, dirigé par les démocrates, d'avoir fait trop peu, trop tard, pour porter assistance aux sinistrés. "Jouer à des jeux politiques en ce moment, dans ces situations de crise - nous en sommes au summum - est tout simplement irresponsable et égoïste", a fustigé sa rivale au scrutin du 5 novembre Kamala Harris.  Et d'ajouter: "c'est faire de la politique politicienne, au lieu de faire le travail pour lequel vous avez prêté serment, qui est de faire passer le peuple en premier".

 

Ouragans dans l’Atlantique: « La situation est clairement inhabituelle »

Entretien avec Stella Bourdin, climatologue

Propos recueillis par Vincent Lucchese

Reporterre - 09 oct 2024

https://reporterre.net/Ouragans-dans-l-Atlantique-La-situation-est-clairement-inhabituelle

 

L’ouragan Milton qui frappe la Floride et l’ex-ouragan Kirk qui a atteint la France sont symptomatiques d’une saison cyclonique exceptionnelle, explique la climatologue Stella Bourdin.

« L’état de l’Atlantique est une dinguerie. Un rail de cyclones de la Floride à l’Europe ! », s’émouvait sur X le 7 octobre le climatologue Christophe Cassou. Mercredi 9 octobre, l’ouragan Milton, passé subitement de catégorie 1 à 5 (la plus haute), s’apprête à dévaster une partie de la Floride, tandis que l’ex-ouragan Kirk traverse la France de l’ouest au nord-est sous la forme affaiblie d’une dépression faite de très fortes précipitations accompagnées de vents pouvant atteindre localement 120 km/h.

La climatologue Stella Bourdin, qui travaille sur les cyclones à l’université d’Oxford, nous a expliqué ce que la situation avait d’exceptionnel. Si certains phénomènes sont bien renforcés par le changement climatique, les cyclones restent d’une incroyable complexité et l’anticipation de leur comportement est un défi majeur pour les chercheurs.

 

La présence de trois cyclones observés simultanément en Atlantique (Milton, Leslie et Kirk) est une première historique pour un mois d’octobre, d’après l’université de l’État du Colorado. Est-ce un hasard statistique ou un symptôme du changement climatique ?

C’est très difficile à dire. La situation est clairement inhabituelle mais on ne peut pas, en l’état, en tirer de conclusions. Cela complète une saison des cyclones qui a été très étrange cette année, dans l’Atlantique. Elle avait commencé très fort avec l’ouragan Béryl. Il y a ensuite eu un creux, avec une absence totale de cyclones fin août-début septembre, période théoriquement la plus intense. Et, bizarrement, on a en ce moment une reprise d’activité en fin de saison.

 

On sait que le changement climatique va rendre les cyclones de plus en plus intenses. Les chercheurs ne savent en revanche pas s’ils seront plus nombreux à l’avenir. Pourquoi est-ce si difficile à établir ?

On ne comprend pas vraiment comment se forment les cyclones tropicaux. On connaît de multiples facteurs nécessaires à leur formation, comme la présence d’eaux chaudes dans l’océan, où ils puisent leur énergie. Il faut également une forte humidité dans l’air et une circulation atmosphérique favorable pour que le cyclone puisse prendre sa forme caractéristique. Ces conditions sont nécessaires mais non suffisantes. La preuve : elles étaient réunies fin août mais aucun cyclone ne s’est formé, et on ne sait pas vraiment pourquoi. On travaille ardemment sur cette question. Aujourd’hui, certains modèles projettent une hausse du nombre de cyclones sous l’effet du changement climatique, d’autres une baisse et d’autres encore une relative stabilité. On ne sait pas lesquels ont raison.

 

Pour autant, la plupart des modèles prévoyaient dès le mois de mai 2024 que la saison des cyclones allait être très active cette année, avec près de deux fois plus d’ouragans que la moyenne. De quels éléments disposait-on pour prédire une telle profusion ?

Deux éléments permettaient de le supposer. D’abord, les températures particulièrement chaudes de la surface de l’océan dans l’Atlantique. Ces anomalies de chaleur continuent, on a toujours des températures record. Ensuite, les modèles prévoyaient le retour de La Niña. Ce phénomène climatique qui a lieu dans l’océan Pacifique équatorial, comme son pendant El Niño, influence le climat jusque dans l’océan Atlantique, où il tend à réduire le cisaillement des vents, ce qui favorise la formation de cyclones. Mais les modèles se sont trompés, nous n’avons pas basculé dans un phénomène La Niña, nous allons a priori plutôt rester dans une phase neutre cette année.

 

Si l’on vous suit bien, le réchauffement des eaux, que le changement climatique va encore accentuer au fil du siècle, est tout de même bien un facteur favorisant la multiplication des cyclones, non ?

Oui, mais ce facteur est contrebalancé par de nombreux autres — aux évolutions complexes. Plusieurs hypothèses sont, par exemple, avancées pour expliquer l’absence de cyclone au cœur de la saison, cette année. Cela pourrait notamment être lié à un décalage des ondes africaines d’est. Ces vents qui entrent dans l’Atlantique depuis l’Afrique contiennent des petits vortex qui peuvent servir à démarrer les cyclones. Or, cette année, toute la circulation atmosphérique africaine s’est déplacée vers le nord, avec une mousson très haute également. Ce déplacement de l’onde a pu empêcher la formation de cyclones.

Une autre hypothèse est que la forte chaleur de la surface océanique a été accompagnée d’une forte chaleur de l’air. Or, c’est surtout le différentiel de température entre les deux qui est important pour les cyclones. Mais aucune hypothèse ne peut parfaitement expliquer que l’activité ait été moindre qu’attendu.

 

Concernant l’Europe: les tempêtes provenant de l’Atlantique y sont habituelles mais elles sont rarement issues de reliquats de cyclones tropicaux, comme c’est le cas pour l’ex-ouragan Kirk. Les cyclones risquent-ils de toucher plus régulièrement nos côtes, sous une forme amoindrie ?

Le fait que l’ouragan Kirk ait maintenu ses caractéristiques tropicales si loin au nord et si proche des côtes européennes est remarquable. Est-ce que ce genre de phénomène va s’accentuer à l’avenir ? Nous n’avons pas encore assez d’éléments robustes pour l’affirmer, mais nous avons de bonnes raisons de penser que c’est possible. Je travaille précisément sur cette question du maintien plus au nord des caractéristiques tropicales des cyclones.

Ce qu’on peut dire, c’est que, d’une part, puisque le changement climatique va rendre les cyclones plus puissants, ils auront probablement plus de capacités à se maintenir plus longtemps, ils auront « plus d’élan » en approchant de nos côtes, en quelque sorte. Et, d’autre part, les environnements tropicaux, qui possèdent les conditions nécessaires au développement des cyclones, ont eux-mêmes tendance à s’étendre progressivement vers le nord. Ce qu’on appelle les « tempêtes post-tropicales », qui existent déjà en Europe, ont donc des chances de devenir de plus en plus intenses. Mais nous avons encore du travail pour établir cette tendance avec plus de certitudes.