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Date de création : 10.03.2011
Dernière mise à jour :
15.02.2026
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La pomme de terre, en crise de croissance à l'échelle européenne
par Sofia Bouderbala
AFP, TV5 Monde - 10 dec 2026
Après de très belles récoltes, l'Europe est confrontée à une crise de surproduction de pommes de terre qui entraîne une chute vertigineuse des prix, subie en premier lieu par les agriculteurs.
Mi-janvier, une petite colline s'est formée sur le pont de la Concorde, devant l'Assemblée nationale française: 20 tonnes de pommes de terre ont été déversées comme autant de cris de colère. "Ça nous coûte moins cher d'offrir ces pommes de terre aux Parisiens que de les stocker chez nous", expliquait Denis Lavenant, venu des Yvelines. En Belgique, c'est sur une autoroute de Flandres que des agriculteurs ont distribué tracts et pommes de terre, dénonçant des prix en berne et un marché fragilisé par les accords de libre-échange passés par l'Union européenne.
Comment en est-on arrivé là ? Le secteur en Europe "fait face cette année à une vraie difficulté, dont la raison principale est le déséquilibre entre l'offre et la demande", estime François-Xavier Broutin, directeur des affaires économiques au CNIPT, l'interprofession de la pomme de terre en France, premier exportateur mondial.
Les frites en concurrence
Depuis des mois, le réseau North-Western European Potato Growers (NEPG), qui regroupe les quatre premiers producteurs européens (Allemagne, France, Belgique et Pays-Bas), alerte quant aux risques d'une surproduction sur le Vieux continent. Dans ces pays, qui représentent les 2/3 de la production européenne, les volumes récoltés en 2025 approchent 30 millions de tonnes, soit une hausse de 10 % sur un an. "Ce qui est particulier dans cette campagne, c'est que la récolte est abondante dans tous les gros pays producteurs": l'Allemagne, 1er producteur européen, fait sa "meilleure récolte depuis 25 ans" et la France a vu ses surfaces cultivées "augmenter de 10 %", souligne M. Broutin. Or, alors que l'offre gonflait, la demande industrielle faiblissait.
Le réseau NEPG avance plusieurs raisons: "une contraction du marché des frites surgelées" en réaction à la hausse des droits de douanes américains (finalement de 15 %); "un euro fort par rapport au dollar" qui pénalise les exportations européennes; et la concurrence accrue des "produits transformés venus de Chine, d'Inde, d'Egypte et de Turquie". Ces deux dernières années, selon la même source, la Chine et l'Inde, les deux premiers producteurs mondiaux, ont "multiplié par 10 leurs exportations de frites congelées vers les pays voisins", tandis que l'UE voyait ses exportations diminuer - jusqu'à - 6 % pour la Belgique, 1er exportateur mondial de frites.
Pour François-Xavier Broutin, cette crise n'est sans doute que conjoncturelle car "la demande mondiale continue d'augmenter". En France notamment, "les surfaces ont augmenté trop vite: on a eu en 2025 les volumes dont on aura besoin en 2030, avec les usines en cours de construction". Une usine a en effet récemment ouvert près de Dunkerque, avec une capacité initiale de 1.400 tonnes de frites par jour, et deux autres sont en chantier, dans la Somme et le Nord.
Chute des prix contractuels
Si la filière n'est pas menacée à long terme, le coup est rude pour les producteurs, qui voient les prix dégringoler. Car si l'essentiel des volumes achetés par l'industrie est contractualisé (à 80 % en France), ce qui garantit à l'agriculteur un prix négocié à l'avance, certains ont été touchés de plein fouet par les aléas du marché libre. Fin 2025, les cours étaient toujours extrêmement bas: "entre 0,50 et 4 € les 100 kg selon les pays", selon le réseau NEPG, qui demandait très frontalement aux agriculteurs européens s'ils étaient prêts à "produire tout en perdant de l'argent". Deux mois plus tard, alors qu'approche la date des semis (mars-avril), les signaux se multiplient pour inciter les agriculteurs à réfléchir avant de décider des surfaces à consacrer au tubercule.
En France, l'UNPT, principale association de producteurs, dénonce à la fois un recul de la contractualisation - du fait de la frilosité des industriels dans un contexte de surproduction - et une "baisse de 25 %" des prix contractuels proposés. La tonne de pommes de terre Fontane, une des principales variétés cultivées, est proposée "autour de 130 €" en 2026 contre "180 E" l'an dernier, selon l'UNPT. Un prix qui pourrait inciter à réduire les surfaces cultivées.
De 200 € à 15 € la tonne, le marché de la patate belge en danger: "Il faut aujourd’hui composer avec la Chine et l’Inde"
par Maïté Warland
RTBF - 28 oct 2025
La récolte de pommes de terre est importante cette année. Problème: les producteurs ont du mal à écouler une partie de leur stock et doivent les vendre à perte. Et cette année de difficultés pour la patate belge n’est peut-être que la première d’une longue série, sauf si le secteur réagit. Pour les professionnels, il y a une urgence, arrêter de produire autant de pommes de terre. Depuis cet été et le début des récoltes, plusieurs producteurs de patates ont tiré la sonnette d’alarme: leur récolte est bonne, très bonne même, mais elle se vend beaucoup moins bien que d’habitude. De 200 € la tonne, les producteurs en tirent aujourd’hui entre 10 et 15 €, du jamais vu. Nous avons donc tenté de comprendre ce qui fait que la patate belge, n’a plus la frite.
Une "bulle" de la patate
Dans le monde de la patate, les producteurs travaillent avec deux types de "productions", celle effectuée par contrats et l’autre, libre. Les contrats sont négociés avec les industriels, ils établissent un prix fixe pour l’année pour une partie de la production, environ 70 %, selon nos informations. Les 30 % restants sont "libres" donc sans contrat. Ces dernières années, la partie "libre" était achetée aussi cher que la partie "contrat", mais cette période est désormais révolue: "Je vends ma tonne sous contrat à 200 €", nous explique Kevin Vrancx, producteur dans le Hainaut. "Et mon reste, le libre, je ne le vends plus qu’à 10-15 € la tonne… Je vends à perte". De nombreux producteurs restent donc avec des dizaines de tonnes dans leur hangar. Certains attendent que le prix remonte hypothétiquement, d’autres vendent donc à perte.
Comment en est-on arrivé là ?
Premier constat: la production de patates était vue, ces dernières années, comme un bon plan. La production ne coûte pas trop cher, le marché intérieur est demandeur et l’exportation se porte bien, notamment grâce aux entreprises de reconditionnement présentes en Belgique et qui transforment les pommes de terre en frites surgelées pour le très gourmand marché américain.
Du coup, les surfaces de production de la pomme de terre ont bondi. "On a vu soudainement la surface augmenter d’année en année", explique Pierre Lebrun, directeur de la FIWAP, la filière de la pomme de terre en Wallonie. "L’an dernier, alors qu’on aurait déjà dû baisser la production à cause d’une demande moins forte, la production de patates a encore grignoté 6 à 8 % de surface de production".
Ce phénomène a un nom: une bulle économique. Emportés par le bon fonctionnement de cette production, de nombreux producteurs ou éleveurs, qui ne travaillaient pas la patate se sont reconvertis. Conséquences: l’offre de patates belges (et européennes en général selon les spécialistes) a explosé. Et cette hausse rapide est souvent suivie d’une chute soudaine, aussi appelée "éclatement de la bulle", lorsque la confiance disparaît, provoquant une crise financière. C’est donc à cela que nous assistons aujourd’hui. Mais quelles sont les raisons de cette diminution de la demande en exportation ?
La Chine et l’Inde, nouveaux géants de la patate
Ces dernières années, alors que les producteurs belges augmentaient leur production, d’autres louchaient sur le juteux business de la frite : la Chine et l’Inde. Les deux pays sont d’abord devenus les plus grands producteurs mondiaux de pommes de terre: en 2022, la Chine produisait déjà 95 millions de tonnes de patates par an, l’Inde 56 millions. En comparaison, l’an dernier, la Belgique en a produit 4 millions de tonnes. Mais les deux pays ne se sont pas arrêtés là: "C’est vrai qu’aujourd’hui, c’est l’export de frites qui pose problème puisqu’on doit partager des marchés, notamment avec des pays émergents comme l’Inde et la Chine qui développent leur propre industrie de transformation pour exporter vers notamment l’Asie du Sud-Est et le Moyen-Orient. Même s’ils représentent encore en volume une part petite par rapport à ce que l’Europe ou l’Amérique du Nord produit comme frites, leur développement est extrêmement rapide et cela commence à se ressentir dans les opportunités de vente", analyse Pierre Lebrun. Face à ces constats, il est urgent, pour le secteur de réagir: "Il faut intégrer ces nouvelles situations de marché", continue Pierre Lebrun, "Il faut au moins temporairement se dire que le secteur n’est plus en croissance directe, même si la consommation de frites à travers le monde continue d’augmenter. Il faut désormais partager le gâteau et maîtriser l’offre".
Produire moins de patates ?
Pour maîtriser l’offre, il faut aussi, pour le directeur de la FIWAP, que les producteurs se rendent compte d’un changement nécessaire : "Il faut maîtriser les surfaces, les réduire pour faire correspondre, le mieux possible l’offre à la demande pour les prochaines années. Il faut donc moins produire de pommes de terre, assainir les choses pour que tout le monde recommence à gagner sa vie et repartir ensuite sur des bases nouvelles en fonction des marchés mondiaux. La géopolitique joue un rôle aussi, notamment les taxes douanières du président Trump, qui apportent énormément d’incertitude, et également les relations entre l’euro et le dollar, qui pour le moment sont très défavorables aux produits européens."
Produire moins de patates, pour être moins réduit en purée lorsque la demande diminue, et garantir, pour les producteurs, des prix qui leur permettent de vivre de leur travail, c’est donc ce que préconisent les responsables du secteur. Les producteurs que nous avons rencontrés ont également tiré le même constat.