Ni rouge, ni noir, ni vert. L'autonomie rejette partis,
syndicats et toute forme de gestion et de pouvoir.
Rassembler des foules sous un même drapeau
trouve toujours son origine dans une imposture.
Seule une révolution mettra fin à un système
dont l'obsession de l'argent entraine l'humanité
vers la catastrophe.
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Date de création : 10.03.2011
Dernière mise à jour :
11.01.2026
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Des années-lumière séparent aujourd'hui l'actuelle société égyptienne de celle des films de Henry Barakat tournés avec des actrices comme Samia Gamal, Warda, Magda, Fatem Hamama, Mariem Fakhr El-Dine... toutes en robe occidentale (les histoires avaient pour cadre la société bourgeoise du Caire).
Le rigorisme, instauré dans les années 70 après l'arrivée au pouvoir de Sadate, s'est imposé de l'intérieur, culturellement, par les Frères musulmans (ou leurs dérivés salafistes). Ils sont pourtant interdits politiquement par le régime militaire de Sissi. Nombre d'eux eux sont en effet en prison ou condamnés à mort. C'est un paradoxe !
Alcool, tromperies et homosexualité: le premier film panarabe de Netflix fait polémique
AFP, France24 - 26 jan 2022
https://www.france24.com/fr/afrique/20220126-alcool-tromperies-et-homosexualit%C3%A9-le-premier-film-panarabe-de-netflix-fait-pol%C3%A9mique
La plateforme de streaming Netflix voulait frapper un grand coup avec sa première production panarabe "Ashab wala Aaz" ("Les meilleurs amis du monde" en arabe). L'objectif est atteint: en Égypte, le plus peuplé des pays arabes, certains s'agitent pour le bannir et les autres se pressent pour le voir.
C'était la sensation attendue du début d'année: le film réunit des acteurs connus du Liban et d'Égypte, les deux mastodontes de la pop culture arabe. Et il est le remake d'un long-métrage italien à succès, "Perfect Strangers" - dont la version française, "Le jeu", a déjà fait un carton sur la plateforme en ligne. [Il n'a pourtant rien d'original. Le scénario du huis-clos qui révèle les faiblesses et les vices cachés de chacun(e) a été repris de multiples fois dans le cinéma, de Marie-Octobre à The Breakfast club. Mais cette fois, un élément a été ajouté: le smartphone; ndc]
Trois jours après sa sortie, "Ashab wala Aaz", qui raconte un jeu entre amis qui tourne mal, figure en tête des dix films les plus regardés sur Netflix dans le monde arabe. Mais en Égypte, un avocat a saisi le ministère de la Culture et le service de la censure pour faire "interdire" un film qui, dit-il, "vise à briser les valeurs familiales" et le député Moustafa Bakri a réclamé une session extraordinaire du Parlement pour se pencher sur la question.
L'histoire est celle de trois couples - deux Libanais, un Égyptien - qui se retrouvent pour un dîner arrosé. Au cours de la soirée, ils acceptent de se prêter à un jeu: mettre leur portable sur la table et partager chaque message ou appel avec l'ensemble du groupe. Des épouses découvrent des maîtresses, des amis des trahisons, des maris des liaisons et le groupe que l'un d'eux est homosexuel, dans un quasi huis clos.
Moustafa Bakri, lui, assure avoir scruté chaque plan. Résultat ? "Il y a plus de vingt scènes pornographiques", assène-t-il - alors qu'aucune scène érotique, pas même un baiser, n'apparaît dans le film, que Netflix interdit aux moins de 16 ans pour son langage grossier. Le député, qui s'érige régulièrement en gardien des mœurs, est allé sur tous les plateaux des talk-shows les plus suivis du pays pour réclamer rien moins que l'interdiction pure et simple de Netflix en Égypte.
Le tort de "Ashab wala Aaz" ? Montrer un père discuter avec sa fille de sa première relation sexuelle après la découverte de préservatifs dans son sac par sa mère et "défendre l'homosexualité alors que nous sommes une société orientale", accuse Moustafa Bakri. "Il y a une différence entre ne pas dénoncer un phénomène et l'encourager", répond le critique de cinéma Tarek al-Chennaoui dans un pays où l'homosexualité n'est pas expressément prohibée mais où la répression des personnes LGBTQ+ s'est accrue depuis l'élection du président Abdel Fattah al-Sissi en 2014.
Et surtout, plaide Tarek al-Chennaoui, le cinéma égyptien n'a jamais été frileux. Il y a près de 20 ans, le public se ruait dans les salles pour "Sahr el-Layali" ("Nuits blanches" en arabe), l'histoire de quatre couples qui se déchirent après un dîner entre amis avec, au menu, impuissance masculine, adultère et écarts entre classes sociales. Plusieurs films égyptiens, dont "L'Immeuble Yacoubian", adapté du roman d'Alaa Al-Aswani, ont déjà traité de l'homosexualité de manière explicite. Et comble de l'ironie, en 2016, le prix du meilleur scénario au Festival du film du Caire était décerné à... "Perfect Strangers" !
Mais dans un pays où conservatisme et lecture rigoriste de l'islam n'ont cessé de progresser, une femme concentre toutes les critiques : l'unique actrice égyptienne du film, Mona Zaki. À l'écran, elle joue une femme prise entre une belle-mère qui la méprise et un mari qui ne la touche plus. À la ville, les internautes réduisent l'actrice - qui jouait justement dans "Sahr al-Layali" aux côtés de son mari Ahmed Helmi à leurs débuts - à son seul statut d'épouse.
Plutôt que de s'adresser à elle, ils interpellent son époux, Ahmed Helmi, l'un des acteurs égyptiens les plus célèbres qui, lui, n'est pas au casting de Netflix. "Comment a-t-il pu autoriser sa femme à jouer ce rôle ?", écrit l'un. D'autres vont plus loin encore et lui demandent de la répudier immédiatement. "C'est un film courageux et original", rétorque sur Facebook Khaled Ali, grande figure de la gauche égyptienne. "Tout ce dont il parle existe bel et bien dans nos sociétés, n'en déplaise à ceux qui préfèrent l'ignorer, se taire ou attaquer" [D'après des critiques, ce serait surtout un film qui dénonce les conventions sociales et les faux semblants de la vie privée; ndc].
En Egypte, une vidéo volée de danse détruit la vie d'une femme et relance le débat
par Mona Salem
AFP, TV5 Monde - 13 jan 2022
https://information.tv5monde.com/info/en-egypte-une-video-volee-de-danse-sur-un-bateau-detruit-la-vie-d-une-femme-et-relance-le-debat
LE CAIRE – En Egypte, une vidéo au cocktail détonant - le Nil, un bateau, une enseignante voilée filmée à son insu et une danse - n'en finit plus de faire jaser, entre ministères et militants féministes qui tentent de se faire entendre. Aya Youssef, professeur d'arabe depuis 3 ans dans une école primaire de Mansoura, au nord du Caire, ne pensait pas un jour faire les gros titres du plus peuplé des pays arabes. Pourtant, il aura fallu de peu: une danse au milieu de ses collègues - des femmes et des hommes - au cours d'une sortie de loisirs sur un bateau sur le Nil pour que la polémique explose. La vidéo, filmée par un des participants puis postée sur les réseaux sociaux a été vue des millions de fois.
Les commentaires désobligeants à l'égard de l'enseignante de 30 ans ont plu, de même que ceux mettant en doute la probité d'un mari acceptant un tel comportement. "Vulgaire", disent certains, "violation de l'éthique enseignante", renchérissent d'autres. Le mari, visiblement piqué au vif par ces avis d'inconnus, a aussitôt demandé et obtenu le divorce de la mère de ses trois enfants. Le ministère de l'Education lui-même s'est saisi de l'affaire, ordonnant le renvoi devant un conseil de discipline de Mme Youssef et de cinq de ses collègues.
Sur les réseaux sociaux, quelques voix quand même dénoncent une vidéo filmée et surtout postée sans consentement. Car c'est bien la question de la diffusion qui fait scandale ici. Dans un pays comme l'Egypte, phare du cinéma et de la chanson arabe durant des décennies, dont les cabarets ont fait rêver de Rabat à Aden, dans les mariages ou dans les fêtes tout le monde danse. Mais la propagation d'une vision rigoriste de l'islam depuis les années 1970, les traditions conservatrices d'une société qui s'est raidie et les coups de butoir contre les droits des femmes ont construit un mur de honte autour de pratiques acceptées dans l'entre-soi mais dénoncées en public.
Mme Youssef elle-même a mis du temps avant d'accepter de parler en public. A des médias locaux, elle a finalement dit que cette scène filmée était "ordinaire". "On faisait un tour en bateau pendant le week-end, plein de gens ont dansé, pas seulement moi", a-t-elle répété. Elle a également promis de poursuivre en justice celui ou ceux qui ont publié la vidéo, pour "diffamation" envers elle mais aussi "sa famille". Mais à ce stade, le mal était fait: la jeune mère, dans un pays où les maris héritent généralement de la garde, voyait ses enfants s'éloigner et son mariage voler en éclats.
Sur Twitter, l'actrice Haidi Karam s'est insurgée contre "une histoire délirante face à laquelle tout le monde se tait". La comédienne Soumaya al-Khachab, dénonce, elle, une inégalité de traitement: "Pourquoi les maris ne soutiennent-ils pas leur épouse alors que tellement de femmes n'abandonnent pas leur époux quand il entre en prison par exemple ou qu'il perd tous ses moyens". Dans une vidéo publiée sur Facebook, l'avocate Nihad Abou al-Qoumsan, directrice du Centre égyptien pour les droits des femmes, a même proposé d'embaucher Mme Youssef comme correctrice dans son cabinet d'avocats. De plus en plus pointé du doigt, le ministère de l'Education a fini par réintégrer l'enseignante. Mais l'avocate ne s'est pas arrêtée là. "Nous irons au tribunal pour savoir si le criminel c'est celui qui a publié la vidéo sur internet ou celle qui a dansé", promet-elle. "Et le tribunal pourra aussi nous dire quelles sont les lois en vigueur pour la danse", lance-t-elle encore, ironique. "Pour qu'on puisse dire aux femmes (...) les règles à suivre pour rester dans le cadre de la danse légale et éviter la danse obscène".
Des images de femmes en ligne ont déjà provoqué des drames en Egypte. Le 23 décembre, une étudiante de 17 ans s'est suicidée après la publication en ligne d'un photomontage la montrant dénudée, selon des médias locaux. Avant cela, en juillet 2021, deux influenceuses ont été condamnées à 6 et 10 ans de prison pour "corruption de la vie familiale" et "incitation à la débauche", après des vidéos publiées sur les applications TikTok et Likee.
EDIT (30 août 2022)
La société égyptienne de plus en plus divisée sur le port du voile
Le Figaro - 29 aot 2022
https://www.msn.com/fr-fr/actualite/monde/la-soci%C3%A9t%C3%A9-%C3%A9gyptienne-de-plus-en-plus-divis%C3%A9e-sur-le-port-du-voile/ar-AA11eWs5
L'Égypte a beau être un pays presque exclusivement musulman, où la liberté religieuse a encore du chemin à faire (le journaliste Ibrahim Eissa, qui a été mis en examen en février pour avoir douté d'un miracle du prophète, en sait quelque chose), sa population aisée semble de plus en plus s'affranchir du port du voile. À tel point qu'une enquête de la BBC révèle que les femmes encore vêtues d'un hijab en font les frais: elles seraient davantage discriminées que leurs concitoyennes qui s'en sont débarrassé.
Selon la radio britannique, qui a rencontré plusieurs femmes voilées égyptiennes, les milieux fortunés du Caire seraient en effet de plus en plus réticents à tolérer le hijab en leur sein. Ainsi une chercheuse de 25 ans, Mayar Omar, confie avoir du mal à être acceptée dans certains restaurants prestigieux de la ville à cause de son voile. À tel point que le récit de son expérience, partagée par d'autres femmes égyptiennes, a émergé en tendance sur les réseaux sociaux: de nombreuses femmes portant le hijab y livrent leur témoignage concernant des situations de discrimination envers elles, vécues dans divers lieux de la haute société égyptienne.
Ces discriminations se rapportent à l'idée que « le hijab ne fait pas partie de la tenue acceptable chez les classes supérieures du pays », selon l'avocate et défenseure des droits des femmes, Nada Nashat. D'autres investigations de la BBC ont en particulier souligné la difficulté pour les femmes voilées d'acheter des appartements de vacances: le promoteur immobilier La Vista est ainsi accusé de fermer la porte aux clientes portant le hijab, et qui souhaiteraient acheter un appartement haut de gamme sur la côte. En Égypte, les discriminations basées sur la religion sont interdites et la BBC, qui a présenté les résultats de son enquête, cite un porte-parole de la Chambre des établissements de tourisme et restaurants qui se scandalise de telles discriminations, estimant que « les femmes voilées ne devraient se voir fermer la porte d'aucun espace public ».
Reste que dans les mentalités, le voile est désormais relégué aux couches sociales inférieures. Pourtant il y a quelques années encore, 90 % des femmes le portaient, selon la correspondante du Monde à Beyrouth Hélène Sallon. Depuis la révolution de 2011, les appels à ôter le hijab se sont multipliés dans le pays, et de nombreuses journalistes et femmes politiques l'ont retiré. En 2015 l'écrivain et ancien journaliste Chérif Choubachy, qui avait publiquement soutenu les jeunes filles dévoilées, avait été accusé par un magazine féminin « d'insulter l'Égypte », et les caricatures avaient fleuri dans la presse pour faire de son appel un plaidoyer en faveur de la prostitution. Toujours dans Le Monde, une jeune étudiante avait témoigné de l'atmosphère d'intimidation qui la dissuadait d'ôter son voile au cours de ses études: « [Certains étudiants] me punissaient et me menaçaient de recourir à la violence physique. Je n'avais pas de réponse à leur opposer ni la force de faire face à cette pression, donc je cédais», déclarait-elle.