Le Monde d'Antigone

Ni rouge, ni noir, ni vert. L'autonomie rejette partis,
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Rassembler des foules sous un même drapeau
trouve toujours son origine dans une imposture.
Seule une révolution mettra fin à un système
dont l'obsession de l'argent entraine l'humanité
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Dernière mise à jour : 11.01.2026
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La torture par la musique dans le Chili de Pinochet

Publié le 14/09/2013 à 13:07 par monde-antigone


J'y reviens parce que l'actu n'est guère fournie aujourd'hui.
Je dois avouer que j'avais souri mercredi en lisant cette brève. Dalida, Julio l'essuie-glace, Jean-Luc Lahaye, Frédéric François etc. dans les années 70 on n'en pouvait plus d'écouter 10 fois, 20 fois par jour les mêmes tubes débiles à la radio (la FM n'existait pas). Même aujourd'hui dès que j'entends les premières notes de "Quand la musique est bonne", je ferme, j'éteins, je me tire. C'est insupportable !
Et puis... je me suis souvenu du "Régiment de Sambre et Meuse" que des crevures de sous-offs nous avaient fait chanter en marchant au pas pendant plusieurs heures, un après-midi d'été avec un masque à gaz sur la tête... D'ailleurs certains de mes compagnons de chambrée avaient super bien aimé. Le soir, ils la chantaient encore !


Dans le Chili de Pinochet, la musique de Dalida était un instrument de torture
AFP, Francetv info, 11 sep 2013
http://www.francetvinfo.fr/monde/ameriques/dans-le-chili-de-pinochet-la-musique-de-dalida-etait-un-instrument-de-torture_409085.html


Les tubes de Julio Iglesias, "Gigi l'Amoroso" de Dalida, la bande originale d'Orange mécanique ou encore "My Sweet Lord" de George Harrison étaient des instruments de torture dans le Chili de Pinochet. Une étude britannique, publiée mercredi 11 septembre à l'occasion du 40e anniversaire du coup d'Etat du dictateur chilien, révèle que ces chansons étaient infligées à haute dose pour briser psychologiquement les prisonniers. S'appuyant sur le témoignage d'anciens prisonniers et d'un membre des services secrets chiliens sous Pinochet, elle met en lumière une pratique régulièrement reprochée aujourd'hui à l'armée américaine. "Jouées à plein volume pendant des journées entières, des chansons à l'origine populaires ont été utilisées pour infliger des dommages psychologiques et physiques", explique l'auteure de l'étude, Katia Chornik.

Un ancien détendu raconte comment ses geôliers avaient l'habitude d'entonner le "Gigi l'Amoroso" de Dalida avant de l'emmener à l'interrogatoire et de le torturer avec la même chanson en fond sonore. "Un centre de torture dans la rue d'Iran était appelé "la discothèque" par les agents. "La musique servait aussi à couvrir les cris des prisonniers", ajoute Katia Chornik. "La musique était présente 24 heures sur 24. Ils allumaient la radio et passaient tout ce qui était à la mode. Dans les camps de prisonniers, ils mettaient de la musique militaire pour nous faire marcher au pas et ils nous obligeaient à chanter", confirme Carlos Reyes-Manzo, un photographe chilien résidant à Londres, emprisonné pendant deux ans sous Pinochet.

Mais, toujours selon l'étude, qui cite le cas d'une chorale dans le centre de détention de Tres Alamos, la musique a aussi permis aux détenus de tenir le coup et de trouver le courage de supporter les brimades. "Beaucoup de prisonniers n'avaient plus d'existence officielle et étaient voués à disparaître sans laisser de trace. Les chansons étaient une manière de rappeler qui ils étaient et en quoi ils croyaient", raconte Katia Chornik.


Chili, Panama, Irak, ex-Yougoslavie... Quand la musique devient un instrument de torture
Par Caroline Piquet
Slate Monde - 11 sep 2013
http://www.slate.fr/monde/77592/chili-torture-musique


La musique, si elle est largement louée pour sa capacité à émanciper et rassembler, peut aussi être source de douleur et un outil d’incitation à la soumission. Cet aspect le plus sombre de la musique, ce potentiel de nuisance terrible, est rarement mentionné dans les études universitaires de musicologie. (...)

Dans une enquête publiée en 2002, deux chercheurs de l’Université de Cambridge, Martin Cloonan et Bruce Johnson, s'étaient déjà intéressés à l’utilisation de chansons populaires comme instrument d’oppression. Ils expliquaient que quelle que soit la musique diffusée, elle est infligée aux détenus avec une telle violence qu’ils sont laminés psychologiquement. Cette technique fait partie de ce qu’on appelle la « torture légère », une combinaison soigneusement dosée de moyens de coercition psychologiques et physiques qui, sans aller jusqu’à provoquer la mort, peut causer des traumatismes psychologiques considérables. Conçue pour priver la victime de sommeil et générer une surstimulation sensorielle, elle peut en devenir insupportable.

L'un des exemples les plus connus concerne le Panama. Quand les Etats-Unis envahissent ce petit Etat d'Amérique centrale, en décembre 1989, le président Noriega se réfugie dans l’ambassade du Saint-Siège, immédiatement encerclée par les troupes américaines. Les Marines diffusent alors en boucle du hard-rock à un niveau assourdissant, dont "Panama" de Van Halen. Noriega se rend au bout de 11 jours. Cette technique a aussi été utilisée par les Etats-Unis dans une période plus récente. Le 10 décembre 2008, une campagne de protestation était d'ailleurs initiée par des groupes et des artistes de renom, dont Massive Attack, contre la torture par la musique en prison, pratiquée par l'armée américaine en Irak, en Afghanistan et à Guantanamo.

Le 22 octobre 2009, un collectif de musiciens lançait une procédure pour que le gouvernement américain dévoile la liste des morceaux utilisés comme outil de torture en vertu du Freedom of Information Act (loi sur la liberté de l’information). La National Security Archive, une ONG qui a porté la demande du collectif, a demandé confirmation au gouvernement américain en s’appuyant sur une liste de noms provenant de rapports déclassifiés et de témoignages d’anciens détenus et gardiens.

Dans cette playlist de la torture, on trouvait des groupes de rocks plus ou moins hard ou métalleux (AC/DC, Aerosmith, Marilyn Manson, Metallica, Nine Inch Nails, Rage Against The Machine ou encore les Red Hot Chili Peppers), de la pop (les Bee Gees, Britney Spears, Christina Aguilera, Prince…), du rap (Dr. Dre, Eminem, Redman…), mais aussi de la musique de dessins animés pour enfants (les bandes sons des émissions Barney et ses amis ou Sesame Street).

Mais la torture par la musique, comme le prouve d'ailleurs l'étude de Katia Chornik, n'est pas l'apanage des Etats-Unis et peut prendre des formes différentes. Dans leur recherche, Martin Cloonan et Bruce Johnson citent les travaux de Svanibor Pettan, un universitaire qui avait analysé l'utilisation de la musique pendant la guerre en ex-Yougoslavie et rapportait des témoignages de détenus croates condamnés à chanter des chants serbes jusqu’à l’épuisement. De la même façon, en juin 2000, au Zimbabwe, un couple d’opposants au régime de Mugabe, membres du MDC, avaient été flagellés pendant cinq heures en public et obligés pendant ce temps d’entonner le chant du Zanu-PF (le parti au pouvoir). (...)