Ni rouge, ni noir, ni vert. L'autonomie rejette partis,
syndicats et toute forme de gestion et de pouvoir.
Rassembler des foules sous un même drapeau
trouve toujours son origine dans une imposture.
Seule une révolution mettra fin à un système
dont l'obsession de l'argent entraine l'humanité
vers la catastrophe.
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Date de création : 10.03.2011
Dernière mise à jour :
20.02.2026
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Dans les partis nés de la lutte anticoloniale, l'ordre de la succession est réglé. Lorsque s'achève le mandat du président, le vice-président prend la place. C'est ce qui s'est passé cette année en Angola et au Zimbabwe (avec, certes, des difficultés); et c'est ce qui devrait se passer à Cuba et ce week-end en Afrique du sud.
La discipline de parti est une question de survie. Elle prévaut généralement sur les ambitions personnelles des épouses et des "seconds couteaux". Généralement... car depuis le départ de Julius Malema et la création en 2013 des EFF (Combattants pour la liberté économique), les fractures ne cessent de grandir au sein de l'ANC.
D'après les derniers sondages, Cyril Ramaphosa (pro-libéral) et Nkosazana Dlamini-Zuma (pro-étatiste) ne seraient séparés que de quelques centaines de voix. Une certitude: la corruption va changer de visage pour tenter de se faire mieux accepter avant la présidentielle de 2019.
L'ANC choisit le successeur de Zuma à la tête du parti
AFP, Africa Time - 14 dec 2017
http://fr.africatime.com/toute_lafrique/articles/afrique-du-sud-lanc-choisit-le-successeur-de-zuma-la-tete-du-parti
Le Congrès national africain (ANC) au pouvoir en Afrique du Sud se réunit à partir de samedi pour remplacer son chef très contesté Jacob Zuma, lors d'un vote dont le vainqueur a de bonnes chances de lui succéder aussi à la présidence du pays en 2019. Depuis des mois, la course s'est résumée à un duel féroce entre le vice-président Cyril Ramaphosa, un ancien syndicaliste reconverti en richissime homme d'affaires, et la candidate soutenue par M. Zuma, son ex-épouse et ancienne patronne de l'Union africaine (UA) Nkosazana Dlamini Zuma.
Aussi âpre qu'incertaine, la campagne a profondément divisé l'ANC, qui traverse sa plus grave crise depuis la victoire électorale historique de son icône Nelson Mandela en 1994. Près d'un quart de siècle après la chute de l'apartheid, la popularité du parti a sérieusement pâli. La crise économique persistante et la corruption reprochée au gouvernement menacent de priver l'ANC de sa majorité absolue aux prochaines élections générales de 2019. M. Zuma doit rester à la tête de l'Etat jusqu'à ce scrutin, à moins que le parti ne l'évince ou qu'il ne démissionne.
Soutenu par l'aile modérée de l'ANC, apprécié des marchés, M. Ramaphosa, 65 ans, se présente en champion de la relance de l'économie et de la création d'emplois. A longueur de discours, il a mis en cause les "échecs" et la corruption du clan Zuma, que ses adversaires lui reprochent d'avoir trop longtemps passés sous silence. De son côté, Mme Ndlamini Zuma, 68 ans, a repris le flambeau de son ancien mari pour la "transformation radicale de l'économie" en faveur de la majorité noire du pays. Elle a aussi accusé son principal adversaire d'être le "candidat des bourgeois". Ses critiques lui opposent que cette politique a déjà échoué et la soupçonnent d'avoir promis à son ex-mari l'immunité dans les nombreux dossiers judiciaires qui le menacent.
Après plusieurs mois de lutte, leur duel s'annonce très, très serré. "Les enjeux sont considérables et les deux candidats sont dans un mouchoir de poche", résume à l'AFP Amanda Gouws, professeur de sciences politiques à l'université sud-africaine de Stellenbosch. "Soit émerge un nouveau président (M. Ramaphosa) qui est capable de stabiliser le pays et faire quelque chose pour enrayer son déclin économique et politique. Soit c'est la continuation de ce que nous connaissons". Au terme d'un processus électoral très complexe perturbé par de multiples contestations, le vice-président se présente avec une petite longueur d'avance sur sa rivale, en termes de nominations par les branches locales du parti.
Mais cet avantage reste symbolique, car les 5.200 électeurs de l'ANC ne sont pas tenus de voter pour le candidat retenu par leur province et gardent jusqu'au bout leur liberté de choix. Depuis déjà des semaines, les accusations de manipulation et de fraude vont bon train. Partisan de Cyril Ramaphosa, le chef de la majorité ANC au Parlement, Jackson Thembu, a dénoncé sur Twitter "ceux qui essaient de faire voter de faux délégués".
"Si le processus a jusque-là fait l'objet de nombreux recours en justice, il y a fort à parier qu'il en sera de même à la conférence" qui se tient jusqu'à mercredi 20 décembre, pronostique auprès de l'AFP l'analyste Ralph Mathegka, anticipant même une sérieuse "escalade".
En plus des deux favoris, cinq autres candidats briguent la présidence du parti. Si leurs chances sont infimes, leur soutien à M. Ramaphosa ou à Mme Dlamini Zuma peut s'avérer déterminant. A en croire les sondages réalisés ces dernières semaines et la plupart des analystes, l'actuel vice-président serait le seul patron susceptible de permettre à l'ANC de conserver sa majorité absolue lors des élections générales de 2019. En cas de défaite de M. Ramaphosa dans la bataille pour le contrôle du parti, beaucoup anticipent son éclatement. "Le choix de la conférence va probablement déterminer si l'ANC conserve encore une chance de gagner en 2019", estime Susan Booysen, de l'université du Witwatersrand à Johannesburg. "Les deux camps sont tellement éloignés que je ne vois pas comment ils pourraient encore coexister à l'avenir", poursuit l'analyste, "et si il y a rupture, elle pourrait faire tomber l'ANC sous la barre des 50 % et décider s'il restera au pouvoir".
A quelques jours du verdict, tous les candidats se sont cependant engagés à respecter les résultats du scrutin et à défendre l'unité du parti. "Nous travaillons très dur pour faire en sorte que cette conférence se déroule avec succès et en bon ordre", a promis devant la presse le secrétaire général de l'ANC, Gwede Mantashe, "vous allez assister à une conférence réussie"
L’ambition présidentielle de Mme Dlamini-Zuma va-t-elle faire exploser l’ANC ?
par Jean-Philippe Rémy
Le Monde - 22 sep 2017
http://www.lemonde.fr/afrique/article/2017/09/22/afrique-du-sud-l-ambition-presidentielle-de-mme-dlamini-zuma-va-t-elle-faire-exploser-l-anc_5189809_3212.html
JOHANNESBURG - L’affaire a été menée dans la plus grande discrétion possible, derrière des portes fermées. Après avoir prêté serment, jeudi 21 septembre, Nkosazana Dlamini-Zuma est redevenue députée du Congrès national africain (ANC) au Parlement d’Afrique du Sud. Petites causes, grands effets escomptés, ce retour au sein du groupe ANC ouvre la voie, potentiellement, à sa réintégration dans le gouvernement. Ce qui aurait ensuite pour effet de lui donner plus de poids dans le cadre de la campagne en vue d’une victoire au sein de l’ANC, puis, en mai 2019, aux élections générales.
Mais, entre le serment de jeudi dans le bureau du Parlement, et le serment prêté devant Union Buildings (présidence), à Pretoria en 2019 pour devenir chef de l’Etat, il reste du chemin, et pas mal d’embûches. La première partie de l’enchaînement attendu de la part des partisans du président Jacob Zuma devrait voir triompher la candidature de son ex-femme, Nkosazana Dlamini-Zuma lors de la conférence nationale de l’ANC en décembre, avec pour effet attendu de protéger l’actuel président de possibles poursuites judiciaires, tout en garantissant à ses obligés une continuité sur le contrôle des ressources de l’Etat.
Mme Zuma a gravi la première marche de cette ascension. La seconde consiste à se voir réintégrer le gouvernement. Il n’y aurait rien d’extraordinaire à ce qu’elle y reprenne des responsabilités. Avant de partir prendre la tête de la Commission de l’Union africaine, en 2012, elle a été ministre en Afrique du Sud à plusieurs reprises, à la tête des affaires étrangères [1999-2009], notamment, ou encore des affaires intérieures [2009-2012] (où elle s’est attirée le plus d’éloges, contrairement à son passage à la santé [1994-1999] au temps de Thabo Mbeki et du déni d’Etat de l’existence du sida).
Pour lui faire une place au Parlement, une figure secondaire de l’ANC a été brusquement poussée dehors. Pour lui ouvrir les portes du gouvernement, il faudra un remaniement, et cette perspective risque d’avoir des effets induits plus difficiles à contrôler. Car la manœuvre devrait se doubler d’une forme d’épuration interne, consistant à pousser tous les anti-Zuma hors du cabinet. L’ANC est déchirée par une bataille entre factions, qui jusqu’ici voyait s’opposer les pro-Zuma (soutenant la candidature de l’ex-épouse, Nkosazane, pour défendre Jacob Zuma), contre les partisans du vice-président, Cyril Ramaphosa. Ce dernier fait campagne pour présenter, lors de la conférence de décembre, sa propre liste de 6 dirigeants (qu’on appelle "l’ardoise"). En cas de remaniement, il pourrait être démis de ses fonctions, et se retrouverait privé des moyens de l’Etat pour poursuivre dans cette voie, laissant en théorie le champ libre à Nkosazana Dlamini-Zuma.
Mais dans le même mouvement, le Parti communiste d’Afrique du Sud (SACP) serait également poussé dehors. « Cela risque de donner le coup de grâce à l’alliance tripartite [ANC-SACP-centrale syndicale COSATU, au pouvoir depuis 1994], mais tout cela est déjà mort, ce ne sont plus que des coquilles vides », affirme Raymond Suttner, un membre historique du SACP qui a quitté le parti au temps de l’affaire de viol impliquant Jacob Zuma (quand le parti l’avait soutenu envers et contre tout). Il y a donc un risque d’implosion à la fois de l’ANC et de l’alliance tripartite qui, depuis l’instauration de la démocratie multiraciale, a été le pilier du pouvoir en Afrique du Sud.
Une fébrilité évidente gagne donc le parti de Nelson Mandela de jour en jour. D’abord, des sondages réalisés ces derniers mois ont donné pour la première fois l’ANC sous la barre des 50 % lors des élections générales de 2019. En raison des scandales de l’ère Zuma et de la frustration croissante de la population, l’ANC pourrait perdre le pouvoir. Une étude d’Ipsos sur le sujet affirme que ces résultats sont « trop éloignés de la date du scrutin pour donner une indication fiable », mais un tabou est tombé. Mmusi Maimane, le responsable de l’Alliance démocratique (DA), première formation d’opposition (créditée seulement de 21 % d’intentions de vote dans les mêmes sondages) estime que le scrutin de 2019 est « la plus importante élection depuis l’avènement de la démocratie en 1994 ». (...)
En Afrique du Sud, ce sont les délégués des branches locales qui votent pour départager les « ardoises » (avec les six noms des dirigeants). Alors, dans l’intervalle, un combat féroce a lieu en sourdine au niveau de certaines de ces structures locales. Dans le KwaZoulou-Natal, la province la plus importante numériquement pour l’ANC, une empoignade pour le contrôle des instances s’est soldée par un désastre: responsables assassinés, résultat de la conférence locale invalidée par un tribunal. Il semble impossible de réorganiser cette structure d’ici décembre, et cela met en péril la tenue même de la conférence nationale.
Un autre péril guette Nkosazana Dlamini-Zuma dans son ascension: ses soutiens sont en train de faiblir. Les responsables des régions (Mpumalanga, Free-State, North-West), qui soutenaient Jacob Zuma, et qui avaient pris tout naturellement le parti de son ex-épouse dans la course à la succession, ont changé de discours depuis quelques semaines. (...)
Peut-être le contrôle de l’Etat… échappe-t-il désormais à l’Etat lui-même. C’est l’avis d’Ivor Chipkin, directeur de l’Institut de recherche sur les affaires publiques (PARI), auteur d’un rapport sur le sujet: « Ce qu’on voit apparaître, c’est un Etat fantôme, où toutes les décisions sont prises en dehors du gouvernement, du Parlement, et même de l’ANC. » Or les Gupta, qui ont été au cœur du réseau de Jacob Zuma, sont peut-être en train d’en sortir. « Leur empire s’effondre, et personne ne réagit parmi les pro-Zuma. Mais il y a d’autres réseaux prêts pour les remplacer. Et, dans ce milieu, il ne pourra pas être question de perdre les élections, y compris en imaginant de recourir à des fraudes », s’inquiète M. Chipkin.
Enfant de Soweto et millionnaire, Cyril Ramaphosa fait rêver les Sud-Africains
par Adrien Barbier
Le Monde - 15 dec 2017
http://www.lemonde.fr/afrique/article/2017/12/15/enfant-de-soweto-et-millionnaire-cyril-ramaphosa-fait-rever-les-sud-africains_5230518_3212.html
JOHANNESBURG - La ressemblance est frappante. Lydia Ramaphosa, la sœur du vice-président sud-africain, se tient dans l’embrasure de la porte, chez elle, à Soweto, le township le plus connu de Johannesburg. C’est là, dans cette maison désormais rénovée et entourée d’un mur de protection, que Cyril Ramaphosa, 65 ans, a passé son enfance. (...) « Je ne vais pas mentir, il n’a plus trop le temps de passer », amorce la sexagénaire. Sur les futures responsabilités qui pourraient attendre son frère, Lydia Ramaphosa se montre à la fois fière et méfiante. « C’est difficile de gouverner les gens à cause de toute la corruption », risque-t-elle. La sœur du n°2 de l’Etat ne semble pas tellement préparée à la déferlante qui pourrait se produire ces prochaines semaines. (...)
Enfant de Soweto, Cyril Ramaphosa semble faire l’unanimité dans le quartier de Tshiawelo qui l’a vu grandir. Situé dans le sud du township de 3 millions d’habitants, berceau de la lutte contre l’apartheid, ce quartier accueille des populations noires plutôt aisées. Si les maisons restent modestes pour la plupart, il n’est pas rare de voir passer une berline allemande. Ici, les habitants ne font plus tellement confiance au parti de Nelson Mandela, au pouvoir depuis 1994. Beaucoup ont rejoint les rangs des Combattants pour la liberté économique (EFF), du trublion Julius Malema – une scission de l’ANC tendance gauche révolutionnaire.
« Cyril Ramaphosa est venu ici la semaine dernière. En quelques mots, il nous a apporté une vision différente de l’ANC », explique Vuyani N., l’administratrice de l’église presbytérienne située en face de l’école primaire où le vice-président était élève. « Et en plus, il sait parler toutes les langues ! », s’enthousiasme-t-elle. Issu du peuple Venda, originaire du Limpopo (nord), dans un pays où les Zoulous et les Xhosas sont majoritaires, le candidat était venu rencontrer un groupe de retraités. « Il a promis qu’après les élections, il n’y aurait plus de corruption et qu’on aurait une vie meilleure », poursuit Vuyani. D’après la jeune femme, les grands-mères de l’assistance, inquiètes pour leurs enfants sans emploi, sont sorties exaltées de cette rencontre. « Ce qui est bien, c’est qu’il ne dit pas simplement “Votez pour moi”, mais “Changeons ensemble l’Afrique du Sud pour la rendre meilleure” », ajoute-t-elle.
Non loin, Thembiso Dumbi, ouvrier dans la construction et membre de l’ANC depuis 18 ans, arbore un tee-shirt délavé à l’effigie de Jacob Zuma. « Avec toute cette corruption et ces allégations, on n’en veut plus, et encore moins de son ex-femme. Il nous faut du sang neuf, explique-t-il. Il faut donner à Cyril la chance de diriger le pays. Plein de gens ici n’ont pas de travail. Lui va nous apporter des opportunités, c’est un businessman, il va faire revenir les investisseurs. »
Dans le quartier, Ramaphosa, qui a financé la rénovation d’écoles, est vu comme un bienfaiteur. Jacob Zuma, lui, est perçu comme l’artisan de la débâcle économique de l’Afrique du Sud, dont le taux de croissance est quasi nul et où le chômage avoisine les 30 %. Plusieurs de ses manœuvres politiques controversées ont eu un impact direct sur le cours du rand, la monnaie sud-africaine, et ont pesé lorsque les agences de notation ont dégradé la note du pays, courant 2017.
« Souvenez-vous: avant même la libération de Mandela, Ramaphosa a négocié la transition démocratique et la fin de l’apartheid. Mandela l’avait même choisi pour lui succéder », raconte Aaron Hutton, le gérant d’un minuscule cybercafé. Ramaphosa était alors le chef du plus grand syndicat des mineurs du pays. Mais, à la fin des années 1990, les caciques du parti lui ont préféré Thabo Mbeki. Après cet échec, il s’est mis en retrait de la vie politique pour mener carrière dans le privé, au moment où l’élite de l’ANC s’est vue associée au monde des affaires.
Nommé dans les conseils d’administration de grands groupes détenus par la minorité blanche, il a monté une holding, Shanduka, un temps propriétaire des licences sud-africaines de McDonald’s et de Coca-Cola. D’après le magazine Forbes, en 2015, sa fortune personnelle s’élevait à 450 millions de dollars (environ 410 millions d’euros à l’époque). Soit assez, d’après ses partisans, pour qu’il ne cherche pas à s’enrichir une fois au pouvoir.
Aaron Hutton balaie les critiques récurrentes formulées contre son candidat après le massacre de Marikana: en 2012, la police avait ouvert le feu sur des grévistes dans une mine dont Ramaphosa était l’administrateur, faisant 34 morts. Il n’a que faire, non plus, des récentes révélations portant sur les liaisons extraconjugales du vice-président, alors même que celui-ci mène une campagne axée sur l’éthique et la morale pour mieux se démarquer de Jacob Zuma, à qui l’on prête de nombreuses aventures. « Pour Marikana, il a été blanchi, et pour les affaires sexuelles, c’est quand même étonnant qu’elles ne sortent que maintenant qu’il a l’avantage sur les autres », conclut le gérant de cybercafé.
En Afrique du Sud, le vice-président empêtré dans un scandale sexuel
par Adrien Barbier
Le Monde - 04 sep 2017
http://www.lemonde.fr/afrique/article/2017/09/04/en-afrique-du-sud-le-vice-president-empetre-dans-un-scandale-sexuel_5180892_3212.html
JOHANNESBURG - « Cyril se fait prendre la culotte baissée dans des courriels. » Une fois n’est pas coutume, le Sunday Independent n’a pas fait dans la dentelle pour titrer, dimanche 3 septembre, un article traitant des infidélités supposées du vice-président sud-africain Cyril Ramaphosa. Ce prétendant sérieux à la succession de Jacob Zuma, lui-même embourbé dans une série de scandales de corruption, aurait abusé de son statut pour se comporter en prédateur sexuel auprès de huit femmes.
La presse du dimanche, toujours prompte à révéler des affaires scabreuses et embarrassantes, s’appuie cette fois sur des détails de sa correspondance intime, dont le journaliste ne précise pas la provenance. Des courriels échangés entre trois jeunes femmes et de fausses adresses électroniques que Cyril Ramaphosa utilise montrent que ce dernier prend en charge leurs frais de scolarité et leur logement, entre autres dépenses. L’une d’elles aurait souffert d’une fausse couche, dont le journal impute la paternité au vice-président.
En catastrophe, Cyril Ramaphosa, qui a échoué à faire interdire l’article, a admis au Sunday Times qu’il avait entretenu une liaison avec une docteure de la région du Limpopo, terminée il y a 8 ans. Quant aux autres, il dément toute relation: il ne s’agirait que d’étudiantes que lui et sa femme, Tshepo Motsepe, soutiennent financièrement. « Je ne suis pas un “sugar-daddy”. Ma femme et moi soutenons 54 jeunes gens chaque mois », a-t-il réagi.
Le vice-président se dit ciblé par une campagne calomnieuse pilotée au sein même de l’appareil d’Etat. « On veut m’empêcher à tout prix d’accéder au poste de président de l’ANC. Les institutions de l’Etat ont été utilisées pour hacker mes courriels privés. Les institutions de l’Etat ne devraient jamais être utilisées dans les batailles politiques », a-t-il déclaré. Il ne compte en rien démissionner ou abandonner la course à la présidence. « Cela ne va pas me décourager. Tant que j’ai le soutien des branches de l’ANC, je vais continuer », a-t-il affirmé. (...)
Avec une campagne jusque-là axée sur l’éthique, la morale et la lutte contre la corruption, le vice-président risque de décevoir les conservateurs blancs et les milieux d’affaires, qu’il tente de séduire. « La fidélité est une exception et n’est pas la norme dans notre pays », rappelle néanmoins Ferial Haffajee, du Huffington Post. En 2005, Jacob Zuma lui-même avait été poursuivi puis acquitté pour viol, avant d’accéder à la présidence.
Les seconds couteaux de la course à la présidence de l’ANC
AFP, Africa n°1 - 15 dec 2017
http://www.africa1.com/spip.php?article83441
JOHANNESBURG - Le vice-président sud-africain Cyril Ramaphosa et l’ex-patronne de l’Union africaine Nkozasana Dlamini Zuma ont dominé la course à la présidence de l'ANC, au pouvoir en Afrique du Sud. Même si leurs chances de succès semblent limitées, voici les autres personnalités qui ont fait acte de candidature:
- Le trésorier - Zweli Mkhize, 61 ans, est un fidèle du président sortant, originaire comme lui de la province du KwaZulu-Natal (est). Médecin, il se distingue dès son premier poste à l’hôpital de Pietermaritzburg en désobéissant aux lois de l’apartheid. Contraint à l’exil au Swaziland puis au Zimbabwe, il prend sa carte de l’ANC à son retour au pays en 1991. Membre du gouvernement de sa région natale, il en devient en 2009 le Premier ministre. Sa proximité avec Jacob Zuma le propulse en 2012 au poste de trésorier de l’ANC. Cité dans plusieurs affaires de corruption, il n’a toutefois jamais été inquiété par la justice. Il se présente à la présidence du parti en tant que "candidat du compromis", capable d’éviter un éclatement de l’ANC en cas de victoire de l’un des deux favoris.
- La femme du perchoir - A 68 ans, Baleka Mbete est une députée chevronnée, qui préside le Parlement depuis deux ans et demi. Institutrice, elle a rejoint le combat contre l’apartheid dans les rangs de l’organisation des femmes de l’ANC.En exil dès 1976, elle enseigne dans de nombreux pays d’Afrique australe. Quelques mois après son retour au pays en 1991, elle prend la tête de la Ligue des femmes de l’ANC, puis est élue députée 3 ans plus tard lors des premières élections libres du pays. Présidente du Parlement de 2004 à 2008, elle fait ensuite un court passage d’un an à la vice-présidence de l’Afrique du Sud, avant de retrouver le perchoir en 2014 après les élections générales. Persuadée que les "femmes" peuvent changer la donne à la tête de l’ANC, elle fait campagne pour une "meilleure gouvernance" et la réduction de la bureaucratie, à l’ANC comme au gouvernement.
- Le doyen des ministres - Dernier à avoir déclaré sa candidature, Jeff Radebe est le champion toutes catégories de la longévité gouvernementale. Travaux publics, Entreprises publiques, Transports, Justice et maintenant ministre de la Présidence, il détient un maroquin sans interruption depuis 1994 et a servi tous les présidents de l’Afrique du Sud depuis cette date. Agé de 64 ans, cet ancien détenu de la fameuse prison de Robben Island est aussi depuis vingt ans le patron de la commission politique de l’ANC, celle qui fixe la ligne du parti. Beau-frère de Cyril Ramaphosa et de Patrice Motsepe, magnat du secteur minier sud-africain, Jeff Radebe a été récemment mis en cause dans un scandale de harcèlement sexuel qui a, malgré ses promptes excuses, plombé sa campagne.
- La fille de... - Lindiwe Sisulu a pour parents deux monstres sacrés de la lutte dite de "libération", Walter et Albertina Sisulu. A 63 ans, elle est une habituée des cabinets gouvernementaux, dont elle fait régulièrement partie depuis 1996. Actuellement ministre des Implantations humaines, elle a aussi détenu les portefeuilles de la Défense et du Renseignement. Redoutée et critiquée pour son caractère bien trempé, elle fait campagne sur une ligne anticorruption très ferme et s’affiche en adversaire résolue de Jacob Zuma. Mme Sisulu plaide aussi pour un redressement" moral et idéologique" du parti de Nelson Mandela. Ses sorties contre les autres candidats à la présidence de l’ANC l’ont toutefois isolée, notamment de Cyril Ramaphosa qui a déjà renoncé à en faire sa vice-présidente en cas de victoire.
- L’avocat anticorruption - Mathews Phosa, 65 ans, est le moins en vue des candidats. Avocat, ce militant anti-apartheid de la première heure fut l’un des premiers membres de l’ANC à rentrer d’exil en 1990 pour participer aux négociations sur la fin du régime raciste blanc. Elu Premier ministre de la province du Mpumalanga (nord-est) en 1994, il fait parti du comité exécutif national, le top 6 de l’ANC, de 2007 à 2012, au poste de trésorier. Il est alors le premier haut dirigeant du parti à accuser publiquement Jacob Zuma de corruption. Il s’est effacé de la scène politique après son échec dans la course à la vice-présidence du parti en 2012 mais a décidé d’y revenir en promettant, s’il est élu, "d’envoyer en prison" tous les corrompus.
18/12/2017 >> Cyril Ramaphosa est déclaré élu à la présidence de l'ANC. Il gagne avec seulement 179 voix d'avance.
14/02/2018 >> Le président Jacob Zuma annonce enfin sa démission. Ramaphosa lui succède.