Ni rouge, ni noir, ni vert. L'autonomie rejette partis,
syndicats et toute forme de gestion et de pouvoir.
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trouve toujours son origine dans une imposture.
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dont l'obsession de l'argent entraine l'humanité
vers la catastrophe.
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Date de création : 10.03.2011
Dernière mise à jour :
30.01.2026
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Les Etats-Unis de Trump ne sont plus un pays d'immigration, une première depuis 50 ans
Les Echos - 14 jan 2026
En pleine polémique concernant les méthodes musclées de l'ICE, la police de l'immigration américaine, Donald Trump peut se frotter les mains. Pour la première fois depuis au moins 50 ans, le solde migratoire des Etats-Unis a été négatif en 2025, selon un rapport publié mardi par la Brookings Institution. Le nombre de personnes ayant quitté le pays, de gré ou de force, a été supérieur à celui des immigrants qui y sont entrés, relève cette étude. Une victoire pour le président républicain qui a fait de la lutte contre l'immigration illégale un cheval de bataille.
Alors que depuis 2020, l'immigration nette était positive, avec un pic à 3,4 millions de personnes supplémentaires entrées aux Etats-Unis en 2023, « la première année du second mandat de Trump a été marquée par des changements radicaux dans la politique d'immigration, entraînant un net ralentissement de la migration nette vers les Etats-Unis », écrivent les auteurs du rapport. En 2025, le solde net migratoire est estimé entre - 10.000 et - 295.000 personnes, d'après leurs estimations.
Des expulsions stables en 2025
Entre 67.000 et 70.000 immigrants auraient franchi légalement (essentiellement via une demande d'asile) la frontière américaine l'année dernière, contre 1,41 million en 2024. L'immigration illégale, elles, se chiffrerait plutôt entre 22.000 et 39.000 personnes, contre près de 270.000 en 2024. En revanche, « avec 310.000 à 315.000 expulsions, le nombre de personnes expulsées en 2025 n'est guère supérieur à celui de 2024, qui s'élevait à environ 285.000 », relèvent les auteurs du rapport. Leur profil était toutefois différent : en 2024, les renvois étaient fréquemment réalisés depuis la frontière, quand ils sont désormais la conséquence des descentes de police dans les villes.
Le rapport estime par ailleurs qu'entre 210.000 et 405.000 personnes « ont quitté volontairement le pays en 2025, au-delà de ce qui aurait été normalement prévu sans mesures coercitives ». Le CBO, un outil de prévision rattaché au Congrès et transpartisan, tempère ce chiffre et estime que le solde migratoire net est resté positif l'an dernier, à 400.000 personnes.
Poursuite en 2026
Selon le rapport, il est « probable » que l'histoire se répète cette année, malgré le « fort degré d'incertitude politique ». Pour 2026, « nous anticipons une poursuite de la baisse des immigrations, notamment en raison de l'élargissement, au 1er janvier, de la liste des pays soumis à des interdictions de voyage totales ou partielles, et du renforcement des contrôles et des formalités administratives », notent les auteurs de l'étude. Mercredi, les Etats-Unis ont d'ailleurs annoncé leur décision de suspendre l'examen de toutes les demandes de visas en provenance de 75 pays.
De telles statistiques auront sûrement « des conséquences importantes sur la macroéconomie » américaine. « Ces dernières années, la croissance de la population active née aux Etats-Unis a été faible, et la quasi-totalité de la croissance de la population active est imputable aux flux migratoires », insistent les auteurs de l'étude. Ils observent un ralentissement de la croissance démographique outre-Atlantique, où la part des seniors dans la population augmente d'année en année. Elle était de 12,4 % en 2007, de 17,9 % en 2024 et devrait atteindre 21,2 % d'ici à 2035. Parallèlement, la croissance de la population active n'a été, en moyenne, que de 0,5 % à 0,6 % par an depuis 2007, alors qu'elle atteignait 1,8 % par an entre 1948 et 1979.
Impact sur la croissance
Dans ces conditions, une baisse de l'immigration pourrait entraîner une croissance plus faible de l'emploi, du PIB et des dépenses de consommation, mettent en garde les auteurs, rappelant au passage que « les immigrants fournissent à la fois de la main-d'oeuvre et génèrent une demande de biens et de services ». Pour eux, la réduction de l'immigration devrait affaiblir les dépenses de consommation d'environ 60 à 110 milliards de dollars sur la période 2025-2026, et la croissance mensuelle de l'emploi « pourrait être négative en 2026 ». « Dans notre scénario de faible immigration, la croissance mensuelle annuelle devrait se situer en moyenne entre - 20.000 et + 20.000 emplois », écrivent-ils. Dans ce même cas, les Etats-Unis subiraient une baisse de - 0,26 point de PIB en 2025, puis - 0,32 en 2026. N'en déplaise à Donald Trump.
Ces entreprises qui s’enrichissent grâce à la politique migratoire de Trump
par Jean-Baptiste Breen
RFI - 29 an 2026
Palantir, Geogroup, Capgemini… depuis son retour au pouvoir, Donald Trump s’appuie sur une foule d’entreprises privées pour sa politique migratoire répressive. Nombreuses sont celles qui ont grandement bénéficié de ces contrats passés avec le gouvernement des États-Unis. Plongée au cœur du business américain de la répression.
Les mois passant, le projet anti-immigration de Donald Trump s’enfonce dans la violence. Mais derrière les contrôles au faciès, les arrestations musclées et les meurtres de civils, se cache un juteux business dont profite une poignée de sociétés. Plusieurs groupes privés – certains proches du locataire de la Maison Blanche – ont trouvé dans la politique migratoire des États-Unis une manne financière visiblement inépuisable. Et pour cause, depuis le retour aux affaires de Donald Trump, le budget alloué au département de la sécurité intérieure (DHS) a explosé. Avec près de 400 milliards de dollars sur la seule année 2025, il est plus de 2 fois supérieur aux 176 milliards accordés en 2024. Légèrement réduit cette année, le budget du DHS dépasse toujours 330 milliards de dollars.
Cet argent alimente principalement deux corps de police: le service de l’immigration et des douanes (ICE) et le service de la protection des frontières des États-Unis. Sans surprise. Ils se sont chacun vus accorder un pactole de près de 80 milliards de dollars. Une aubaine pour plusieurs entreprises, habituées, pour certaines, aux contrats fédéraux depuis des années, voire des décennies.
L’information à tout prix
Très médiatisée depuis un an environ, Palantir, le petit bébé du libertarien et grand soutien de Donald Trump, Peter Thiel, gravite dans les sphères fédérales depuis près de 20 ans. Mais l’entreprise a trouvé un important filon dans la collecte d’informations pour le compte de l’ICE. Un contrat, établi en 2022 avec le DHS, avait rapporté 58 millions de dollars à la société en septembre 2024. Entre le retour au pouvoir de Donald Trump et septembre 2025, ce chiffre a plus que doublé, grimpant à plus de 139 millions. C’est également cette année que Palantir a signé le plus de contrats de son histoire avec le département de la Sécurité intérieure. Mais le géant de la surveillance de masse est loin d’être le seul à tirer son épingle du jeu.
Pour ICE, tous les moyens sont bons pour pister les immigrés. Une technologie lui est particulièrement utile pour cela. Grâce à CLEAR, un outil développé par Thomson Reuters et pour lequel le DHS a renouvelé un contrat de 4 millions de dollars en mai 2025, la police de l’immigration américaine peut traquer ses cibles à partir des plaques d’immatriculation de leurs véhicules. Même situation pour la technologie de reconnaissance faciale de Clearview AI, dont les revenus fédéraux ont bondi cette année après une signature qui pourrait rapporter jusqu’à 9 millions de dollars.
Sans oublier les 4,6 millions versés en 2025 à BI² technologies pour ses scanners rétiniens dont l’entreprise vante la capacité à « identifier les délinquants et les détenus par les caractéristiques uniques de leur iris ». Les agents de l’ICE obtiennent également l’accès à la base de données biométrique de BI² grâce à laquelle ils pourront « authentifier rapidement l'identité des sujets lors d'opérations sur le terrain », selon les termes du contrat.
Les liens directs avec Donald Trump ne sont jamais très loin. Brian Ballard, grand donateur de la campagne du 47e président des États-Unis – placé par ce dernier au conseil d’administration du Trump Kennedy Center, est à la tête d’un lobby promouvant BI². La société aurait également compté dans ses rangs Pam Bondi, la procureure générale actuelle, et Susie Wiles, la cheffe de cabinet de la Maison-Blanche, selon le Financial Times.
Mais le flot de cash éclabousse aussi les entreprises françaises. Groupe de services informatiques, Capgemini bénéficie financièrement, grâce à sa filiale américaine, de la chasse aux migrants de l’administration Trump. En décembre 2025, l’entreprise a passé un contrat pour 4,8 millions de dollars avec l’ICE pour mettre à disposition des "services de skip tracing" - qui permettent de prendre en filature les individus recherchés. Tous ces outils utilisés conjointement induisent « une surveillance extrême des résidents » qui pose de « gros risques de dérives », s’inquiète Cléa Fortuné, maître de conférences en civilisation américaine à l’Université Sorbonne Nouvelle. Mais si l’information est d’argent, la logistique est d’or pour le gouvernement américain.
Des sous pour l'expulsion
Une fois leurs cibles identifiées, les agents les prennent en chasse. Impossible de mener leur mission à bien sans des équipements dernier cri. Un business lucratif grâce auquel des entreprises comme ADS Tactical ont trouvé des revenus subsidiaires. Subsidiaires en effet car ADS ("atlantic diving supply") gagne déjà des milliards en fournissant le département de la Défense. Nos calculs ont cependant relevé la signature d’au moins 34 contrats avec l’ICE sur la seule année 2025 pour un montant de près de 79 millions de dollars. Conclu en septembre 2025, l’un d’entre eux prévoit par exemple l’achat d’étuis pour pistolet Glock – le modèle d’arme utilisé dans le meurtre d’Alex Pretti – à hauteur de 3,8 millions de dollars.
L’administration fait aussi appel, depuis plusieurs années, à des sociétés de sécurité privées pour sa traque aux migrants. C’est grâce à cela que G4S Solutions, fondée en 1954 par l’ancien agent du FBI, George Wackenhut et rachetée au début des années 2000 par un groupe danois, a trouvé comment se frayer un chemin jusqu’aux bureaux du DHS. Des contrats à plusieurs millions de dollars pour des opérations de transport ou d’expulsions ont ainsi été conclus. L’un d’entre eux, daté du 26 septembre, prévoit une compensation totale potentielle de plus de 122 millions de dollars.
Des sommes presque dérisoires à côté de celles que s’assure CSI Aviation, une entreprise d’aviation privée employée par le gouvernement. Régulièrement sollicitée depuis près de 20 ans, la compagnie fondée par l’ancien membre des Marines et discret donateur à la campagne de Donald Trump, Allen Weh, a touché le gros lot depuis le retour du milliardaire à Washington. En février 2025, elle a signé un contrat pour 33 millions de dollars en acceptant « de fournir des vols quotidiens réguliers par de gros avions et des vols charter spéciaux à haut risque pour faciliter les opérations d'expulsion des étrangers illégaux par l'ICE ». À force de renouvellement, ce deal a rapporté plus de 500 millions à CSI Aviation. Mais entre la traque et l’expulsion, une étape intermédiaire fait l’affaire des professionnels du secteur.
Les prisons privées font le plein
Le groupe Wackenhut a visiblement eu du flair. En dehors de sa société de sécurité privée – devenue G4S – la Wackenhut Corporation fonde une société de services correctionnels dans les années 1980. En 2003, la filiale rachète toutes ses parts et entame sa mue. GEO Group est né. Employée par le département de la sécurité intérieure sans interruption depuis son indépendance, l’entreprise a, elle aussi, bénéficié de la répression migratoire de Donald Trump.
Avec 791 millions de revenus fédéraux en 2025, GEO Group enregistre son année la plus rentable au service du gouvernement. Qui plus est, les contrats passés l’année dernière continuent d’alimenter ses caisses. Conclu en mars 2025, l’un d’entre eux prévoit jusqu’à 58 millions de dollars pour assurer « l'hébergement des étrangers de l’ICE au centre de détention contractuel de Delaney Hall à Newark, New Jersey ». Texas, Minnesota, Californie, les contrats s’accumulent à mesure que la répression migratoire s’intensifie. Autre groupe de détention privé, CoreCivic a connu une importante hausse de contrats gouvernementaux en 2025 et permet à l’ICE d’élargir, toujours plus, son maillage pénitentiaire du pays. Grâce aux missions commanditées sur la seule année 2025, le groupe a empoché au moins 135 millions de dollars, selon nos estimations.
Derrière les discours sécuritaires et identitaires de Donald Trump se cache ainsi, de nouveau, une logique capitaliste qui incite à la course au profit du « complexe sécuritaro-frontalier ou sécuritaro-industriel », comme le qualifie Cléa Fortuné.
Il faut toutefois garder à l’esprit que la répression migratoire inédite de Donald Trump s’appuie sur les bases installées par certains de ses prédécesseurs, explique la chercheuse. « Ces compagnies ont bénéficié d'énormément de contrats déjà sous Biden. Vers la fin de son mandat, donc 2023-2024, il passait en moyenne 45 contrats par jour avec ces compagnies privées. » Une partie des revenus générés par ces entreprises sur l’année 2025 n’est ainsi pas à mettre uniquement sur le compte de la politique migratoire du président actuel. Donald Trump repousse brutalement les limites d’une politique migratoire américaine graduellement plus répressive depuis les attentats du 11 septembre.