Le Monde d'Antigone

Ni rouge, ni noir, ni vert. L'autonomie rejette partis,
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Dernière mise à jour : 21.01.2026
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JD Vance, colistier et héritier de Trump… en plus à droite

Publié le 22/07/2024 à 00:07 par monde-antigone

 

Trump a choisi pour colistier le sénateur de l'Ohio, JD Vance.

C'est un choix étonnant qui montre qu'il ne cherche pas à plaire aux indépendants. Face à Kamala Harris, ça peut être une erreur. Trump prédit une "victoire incroyable" sans avoir à les courtiser. Il est déjà dans "l'après". Il prépare sa succession pour 2028 en nommant quelqu'un qui est encore plus à droite que lui. S'il arrivait quelque chose à Trump (78 ans) d'ici là, Vance deviendrait président.

Vance est l'un des représentants les plus zélés de l'extrême droite complotiste, défenseur de la théorie du grand remplacement (alors que son épouse est d'origine indienne !). Opportuniste et ambitieux, il a tout fait pour plaire à Trump... qu'il avait traité en 2016 d'"Hitler américain", préférant voter pour Hillary Clinton.

Ses thèmes de programme sont la fermeture de la frontière avec le Mexique, l'exploitation sans restrictions des ressources énergétiques ("forer à tout va"), la réduction drastique des dépenses publiques, la baisse d'impôts pour les plus riches, l'interdiction de l'avortement à l'échelle nationale, l'arrêt des aides à l'Ukraine et une politique internationale délibérément isolationniste.

Mais c'est aussi la promesse de ne nommer que des juges de son bord, d'installer jusqu'à 50.000 fonctionnaires choisis parmi ses fidèles et de purger l'administration américaine de tout fonctionnaire qui exprimerait un désaccord avec la politique du gouvernement.

Trump est visé actuellement par quatre chefs d'accusation au niveau fédéral pour tentatives illicites d'inverser les résultats de l'élection de 2020. Il s'agit de complot contre les institutions américaines, de complot en vue d'entraver une procédure officielle et d'atteinte au droit de vote des Américains. Il est aussi accusé d'entrave à une procédure officielle, à savoir la cérémonie au cours de laquelle les résultats du scrutin présidentiel allaient être certifiés par le Congrès. Mais en redevenant président, il pourrait faire abandonner ces poursuites. Il a d'ores et déjà promis d'amnistier les personnes inculpées pour l'assaut sur le Capitole, le 6 janvier 2021.

Si Trump parvenait jusqu'à rendre légal l'inversion des résultats électoraux et autres malversations (60 % des électeurs républicains sont convaincus qu'on leur a volé la victoire en 2020), des Etats pourraient se déclarer en droit de faire sécession par fidélité envers les articles de la Constitution de 1776 garantissant l'Etat de droit.

Le projet de Trump-Vance est un projet d'irréversibilité empêchant tout retour en arrière. Nous sommes peut-être à la veille d'une époque sombre, comme l'Amérique n'en a plus connu depuis le maccarthysme.

Vance, c'est pire que Trump, mais en plus poli, en plus présentable. C'est la vision d'un capitalisme encore plus barbare. C'est l'avenir banalisé d'un Parti républicain fanatiquement ultra nationaliste et inspiré par l'évangélisme.

 

J.D. Vance, d'anti-Trump à colistier du candidat républicain

RFI - 16 jul 2024

https://www.rfi.fr/fr/am%C3%A9riques/20240716-pr%C3%A9sidentielle-am%C3%A9ricaine-j-d-vance-d-anti-trump-%C3%A0-colistier-du-candidat-r%C3%A9publicain

 

L'ancien président américain Donald Trump, candidat à l'élection présidentielle du 5 novembre 2024, a annoncé lundi sur son réseau social Truth Social que le sénateur James David Vance serait son colistier.

Tout juste nommé par Donald Trump, J.D. Vance est acclamé par la foule de la convention républicaine, rapporte notre envoyé spécial à Milwaukee, David Thomson. Vétéran de l’armée, diplômé de Yale, à 39 ans, J.D. Vance, c’est la jeunesse. C’est aussi une histoire américaine, celle d’un gamin de la classe ouvrière de la Rust Belt ["ceinture de rouille" ou bassin industriel; ndc] désindustrialisée, élevé par une mère violente et toxicomane, et devenu avocat d’affaires, puis sénateur de l’Ohio, son État de naissance, un État clé dans la stratégie de la campagne Trump.

Son histoire, J.D. Vance la raconte dans son livre autobiographique qui l’a rendu célèbre en 2016, "Hillbilly Elegy" ("Une ode américaine", en français), un best-seller de 3 millions d’exemplaires vendus et une adaptation sur Netflix qui a fait de lui l’incarnation de cette Amérique blanche déclassée.

Pourtant, à cette époque, Vance est anti-Trump. Il le qualifie de toxique pour la classe ouvrière et le compare à Hitler lors de la campagne de 2016. Des propos dont il s’est, depuis, excusé pour être élu sénateur de l’Ohio en 2022 avec le soutien de Trump. On le dit aujourd’hui très proche de Don Junior, le fils aîné de Trump. « C'est quelqu'un qui avait déjà quand même un discours un petit peu populiste, mais qui était beaucoup interprété comme étant plutôt à gauche. Et en fait, il correspond un petit peu à cette base anciennement plutôt à gauche qui s'est droitisée », analyse Jérôme Viala-Gaudefroy, professeur à Sciences Po Saint-Germain-en-Laye et spécialiste des États-Unis.

« Plus Trump que Trump lui-même »

Depuis, sa loyauté envers le candidat républicain n’est plus en doute. « Il a un discours assez raciste, on peut dire, puisqu'il est anti-immigré, et puis surtout sur des idées de conspiration comme la théorie du grand remplacement, pointe Jérôme Viala-Gaudefroy. Il a adhéré vraiment au récit de Donald Trump et ça lui a très bien réussi. Depuis qu'il est devenu pro-Trump, il a été complètement pro-Trump. Je dirais qu'il est plus Trump que Trump lui-même quelque part ».

Vance est allé défendre Donald Trump lors de son procès à New York pour dénoncer une chasse aux sorcières politique menée par les démocrates. Et une heure après la tentative d’assassinat contre Trump samedi, il accusait directement Joe Biden d’être responsable. Joe Biden qui qualifie J.D. Vance de clone de Trump en plus jeune. Le camp démocrate le considère, lui, tantôt comme un opportuniste, tantôt comme "une copie conforme" de Donald Trump.

Idéologue

En quelques années seulement, Vance s'est hissé comme le fer de lance de la nouvelle droite, une jeune génération résolument populiste, nationaliste et anti-immigration. Il se voit déjà comme un héritier politique de Donald Trump. Une ambition renforcée par le choix de l'ancien président d'en faire son colistier.

Selon le site d'information Politico, Donald Trump a choisi un lance-flammes comme copilote, un idéologue qui pourrait certes l'aider à séduire la classe ouvrière blanche et les électeurs dans les swing-states du Midwest, mais dont les positions anti-avortement - encore plus dures que celles de Donald Trump - ne plairont sans doute pas aux républicains modérés, sans parler des femmes.

Certains chefs d'entreprise et donateurs, plutôt proches de la ligne traditionnelle du parti républicain, ont également critiqué le choix de J.D. Vance. Un choix qui confirme toutefois, s'il fallait encore une preuve, que ce parti s'est définitivement radicalisé, sous la tutelle de Donald Trump. Et l'ascension fulgurante de J.D. Vance montre que cette tendance est irréversible. Il pourrait être le nouveau visage du parti dans les 10-15 ans à venir.  

Le programme du Parti républicain

Avant le discours, très attendu, jeudi 18 juillet de Donald Trump, le parti a adopté son nouveau programme. Une feuille de route intitulée "L’Amérique d’abord, retour au bon sens" qui respire le trumpisme pur, y compris dans ses positions un peu plus modérées sur l’avortement. Ce qui fait grincer des dents certains militants anti-IVG.

Le nouveau programme du parti républicain tient sur 16 pages. Écrit dans un style qui rappelle un peu les messages de Donald Trump sur les réseaux sociaux, il reprend la plupart des positions déjà connues du candidat républicain. Le programme promet de « sceller la frontière » et de mener la plus importante opération d’expulsion de l’histoire des États-Unis. Sur le plan économique, le parti républicain veut réduire les impôts et les régulations, augmenter les droits de douane et relancer la politique industrielle.

En politique étrangère, les conservateurs réaffirment leur soutien à Israël, ils veulent rétablir la paix en Europe et contrer la Chine. À aucun moment, ils ne mentionnent l’OTAN. Le point le plus controversé concerne la politique intérieure: sous la pression de Donald Trump, le parti a abandonné son objectif d’interdire l’IVG dans tout le pays au-delà d’un certain nombre de semaines, laissant la décision aux États. Cette volte-face a provoqué un tollé parmi les partisans de la droite religieuse. Mais Donald Trump sait qu’une telle mesure serait très impopulaire et comme il l’a dit une fois, le plus important c’est de se faire élire.

 

Présidentielle américaine: « J.D. Vance représente le futur du Parti républicain »

Entretien avec Soufian Alsabbagh, spécialiste de la politique intérieure des États-Unis et membre du think tank Forum transatlantique.

Propos recueillis par Marie Normand

RFI - 16 jul 2024

https://www.rfi.fr/fr/am%C3%A9riques/20240716-%C3%A9tats-unis-avec-j-d-vance-comme-colistier-donald-trump-pr%C3%A9pare-sa-succession

 

Avec le choix du sénateur de l’Ohio J.D. Vance, totalement sur sa ligne, c’est le choix de la sécurité pour Donald Trump ?

Absolument. Encore plus que la sécurité, c’est le choix de quelqu’un qui lui sera totalement fidèle pendant son mandat et effectivement sur la même ligne politique. C’est aussi quelqu’un de très jeune qui, lorsque Trump se retirera en 2028, à la fin de son second mandat, sera un successeur politique, un héritier idéologique tout à fait désigné.

Donald Trump tient en J.D Vance quelqu’un qui va pouvoir faire campagne quasiment dès le premier jour de son mandat, qui sera incontesté au sein du Parti républicain. J.D. Vance représente le futur du Parti républicain, le futur que Trump lui-même a voulu, notamment en termes d’idéologie. Il est sans doute beaucoup plus à droite que Donald Trump lui-même.

 

J.D. Vance est l’un des représentants de la "new right", cette nouvelle droite américaine. Quels en sont les principaux traits ?

Ce sont des traits tout à fait inédits, absolument différents de tout ce qu’on a connu avant au Parti républicain. J.D. Vance est totalement différent de ce qu’on a connu il y a 40 ans, par exemple. Ronald Reagan était un mondialiste, très interventionniste, qui était pour une Amérique conservatrice, mais qui gardait un certain nombre d’ouvertures sur la société, notamment civile. J.D. Vance, c’est absolument l’inverse.

C’est quelqu’un de très conservateur sur les valeurs morales. Il est notamment partisan d’une loi nationale qui interdirait l’avortement, et ce même en cas de viol. C’est une idée qui n’est pas du tout soutenue pourtant par la population américaine. Ensuite, avec J.D. Vance, c’est la fin de l’interventionnisme. Il explique qu’il veut réduire le financement pour l’Ukraine notamment. Il s’est déplacé jusqu’à la conférence de sécurité de Munich, où, pour la première fois de l’histoire, on a entendu un Américain dire qu’il fallait réduire les financements à un allié à l’international.

 

Il entend se désengager de l’Europe pour mieux se concentrer sur l’Asie ?

Absolument. Mais je pense que ce qui va vraiment compter, c’est de se concentrer sur l’Amérique avant tout. C’est une plateforme tout à fait nationale populiste. Non seulement l’international, c’est fini – on va arrêter de dépenser de l’argent dans des guerres à l’étranger –, et on va se concentrer uniquement sur « l’aide au peuple américain ». L’autre point, vraiment majeur, c’est la mondialisation. Ce virage avait commencé avec Donald Trump, mais J.D. Vance est un défenseur assumé de l’antimondialisation. C’est un changement radical pour le Parti républicain.

 

Est-ce qu’à la lumière de ce que vous venez de nous expliquer, ce choix de colistier très à droite ne représente pas aussi pour Donald Trump un risque de s’aliéner une partie de l’électorat américain ?

C’est possible. Mais si on analyse la course à la présidentielle avec les règles qui sont celles des États-Unis, c’est sans doute un choix qui fait sens. Géographiquement, J.D. Vance vient de cette "rust belt", la "ceinture de rouille" du nord de l’Amérique, qui est très industrielle, très ouvrière. J.D. Vance est sénateur de l’Ohio, un État clé que Donald Trump doit capturer. Comme les États voisins, notamment le Michigan, la Pennsylvanie et le Wisconsin.

Si jamais Joe Biden perd l’un de ces trois États clés, il ne sera très probablement pas réélu. Et J.D. Vance présente un profil propice à délivrer à Donald Trump au moins un, voire deux, voire trois de ces États. Son profil très modeste - il a grandi dans une communauté ouvrière très reculée du Kentucky – représente aussi la voix de cette Amérique qui se sent abandonnée.

Une Amérique que Donald Trump a très bien saisie depuis 2006, en colère contre les élites, contre le libéralisme, le capitalisme mondialisé. Le Parti républicain, il y a encore quelques années, était là pour représenter cette voix des élites. Avec J.D. Vance, on a la confirmation d’un grand virage pour le parti.

 

Tout cela avec un avenir judiciaire qui se dégage un peu plus pour Donald Trump. Lundi 15 juillet, les poursuites pénales contre lui dans l’affaire des documents classifiés conservés à la fin de son mandat ont été annulées. Que vous inspire cette décision ?

C’est tout à fait extraordinaire. Il y a 10 ou 15 ans, Donald Trump n’aurait pu être que condamné pour ce type d’affaires. Et aujourd’hui, une juge a totalement balayé du revers de la main les accusations pourtant très lourdes qui pesaient sur lui.

 

Une juge, rappelons-le, que l’ancien président avait lui-même nommée ?

C’est la clé évidemment. Donald Trump a fait un très bon travail de sape du système judiciaire américain, du système démocratique américain de façon plus générale depuis sa première élection en 2016. Et là, je crois qu’il en récolte les fruits.

 

Le crépuscule de la démocratie américaine  (extrait)

par Mark Kesselman

Telos - 29 jan 2024

https://www.telos-eu.com/fr/le-crepuscule-de-la-democratie-americaine.html

 

(.../...)

Un deuxième mandat promet d’être pire. Tout d’abord, il est beaucoup plus en colère et vindicatif en raison de sa défaite en 2020, de son échec à renverser l’élection et de ses multiples inculpations. Il a déclaré dans l’un de ses discours de campagne: « En 2016, j’ai annoncé: je suis votre voix. Aujourd’hui, j’ajoute: je suis votre guerrier. Je suis votre justice. Et pour ceux qui ont été lésés et trahis, je suis votre vengeance ».

Trump a fréquemment menacé de poursuivre ses opposants s’il revenait au pouvoir et de récompenser ses amis, par exemple en accordant des « grâces complètes avec des excuses » à la plupart des plus de 900 personnes condamnées pour les crimes commis lors de l’insurrection du 6 janvier. (Il les a qualifiés de « grands patriotes », d’« otages » et de « prisonniers politiques »).

Deuxièmement, les leçons que Trump a tirées des échecs du premier mandat peuvent lui servir pour le second. En 2017, il n’était absolument pas préparé à gouverner. Sa carrière antérieure de personnalité de la télévision et de promoteur immobilier ne l’avait pas préparé à occuper la fonction élective la plus puissante et la plus complexe des États-Unis. Il n’avait pas exercé de mandat, ne disposait pas de groupe d’alliés de confiance à nommer à des postes élevés, ni de programme détaillé. La plupart de ses actions étaient impétueuses et improvisées. De plus, malgré son dégoût pour l’establishment républicain traditionnel, il a nommé à des postes de haut niveau de nombreux républicains relativement modérés issus des administrations passées [Le terme « modéré » est trompeur : ils étaient simplement moins immodérés que les alliés d’extrême droite de Trump. Rappelons que le parti républicain conservateur d’autrefois s’est transformé en un parti autoritaire de droite dure. NDLR].

Certains ont réussi à réfréner ses pulsions les plus dangereuses et les plus extrêmes. C’est le cas de John F. Kelly, un ancien général qui a occupé le poste de secrétaire général de la Maison-Blanche de 2017 à 2018. Kelly décrirait plus tard (en octobre 2020) le président comme « la personne avec le plus de défauts que j’ai rencontrée dans ma vie »... Et ajouterait: « La profondeur de sa malhonnêteté est tout simplement stupéfiante pour moi ».

Le premier mandat de Trump peut être considéré comme une répétition générale pour son deuxième. Mais cette fois, il sera plus expérimenté et préparé, grâce à l’organisation d’une bureaucratie docile et d’un programme détaillé prêt à être mis en œuvre. Cet article décrit les éléments probables de ce programme.

La campagne de Trump a publié un bref plan d’un second mandat, mais il fournit peu de détails spécifiques. On trouve en revanche des éléments beaucoup plus précis dans les 900 pages de propositions publiées en 2023 pour guider une future administration Trump par la très conservatrice Heritage Foundation, qu’on nommera ici Project 2025. Le texte a été rédigé par plusieurs centaines d’alliés de Trump (dont un ancien secrétaire du cabinet et d’autres anciens fonctionnaires de l’administration Trump) et approuvé par plus de 75 groupes de réflexion de la mouvance ultra-conservatrice. Les recommandations de la Heritage Foundation sont à prendre au sérieux, car elles ont largement influencé son premier mandat.

Le ton grandiloquent et la substance réactionnaire du rapport suggèrent pourquoi un analyste prévient que « le Project 2025 est un incendie pour notre démocratie. Du démantèlement des checks and balances à l’armement du pouvoir exécutif, le projet porte l’extrémisme à un niveau inédit ». Le rapport commence par annoncer l’objectif principal du projet: « démanteler l’État administratif » qui met en danger « les fondements moraux mêmes de notre société », une situation causée par « la longue marche du marxisme culturel à travers nos institutions » et par « l’idéologie radicale de Biden ».

Le rapport emprunte beaucoup au manuel des dictateurs populistes en puissance (et des alliés de Trump) dans le monde entier: prendre le contrôle de l’exécutif; remplacer les bureaucrates neutres par des flagorneurs; diriger la bureaucratie purgée et militarisée pour punir les critiques et récompenser les amis; utiliser le contrôle du président sur le pouvoir nouvellement centralisé pour affaiblir la démocratie et mener des politiques sociales et économiques d’extrême-droite.

Le projet 2025 propose de vastes réformes politiques, économiques, sociales et culturelles qui permettraient de revenir plus d’un siècle en arrière, à une exception près: une proposition visant à accroître et à centraliser le pouvoir exécutif au sein de la présidence. Le rapport décrit les nombreux préparatifs nécessaires à la réalisation de ce projet contre-révolutionnaire.

Afin d’accomplir le travail monumental de remodelage des agences et des programmes fédéraux, une première priorité est de purger et d’armer la bureaucratie. La Heritage Foundation et les groupes de réflexion alliés parcourent actuellement les réseaux sociaux et d’autres sources pour cibler les bureaucrates potentiellement non coopératifs. Pour les licencier, il faudra vider de leur substance les réglementations et les protections de la fonction publique qui remontent au début du XXe siècle. Pour faciliter la tâche, le rapport propose d’augmenter de 4.000 à 20.000 le nombre de postes de niveau intermédiaire et supérieur pouvant être occupés par des personnes nommées pour des raisons politiques (ce qu’on nomme aux États-Unis « l’Administration ») qui ne sont pas choisies selon les procédures d’embauche de fonctionnaires non partisans. En procédant ainsi, les loyalistes de Trump pourront superviser de près des millions de fonctionnaires fédéraux.

La proposition selon laquelle le ministère de la Justice, jusqu’ici autonome, devrait être soumis à la direction directe du président est particulièrement alarmante à cet égard. La justification de cette mesure, selon le langage incendiaire du Project 2025, est que le ministère est actuellement « dominé par un noyau de personnel animé par l’objectif de perpétuation d’un agenda libéral radical.... » Le rapport insiste notamment sur le fait que « les décisions en matière de litiges doivent être prises en cohérence avec le programme du président (p. 559) ». En d’autres termes, des critères idéologiques partisans devraient désormais dicter qui sera poursuivi. Trump a déjà annoncé qu’il envisageait de poursuivre un ancien secrétaire à la Défense, le président de l’état-major interarmées, plusieurs procureurs généraux, un juge présidant l’un de ses procès et, last but not least, le président Joseph Biden, qu’il a qualifié d’ « ennemi du peuple ». De plus, Trump a déclaré qu’il pourrait invoquer l’Insurrection Act de 1807, qui autorise un président à déclarer une situation d’urgence et à mobiliser les forces armées, pour réprimer l’opposition nationale. Un juriste a fait remarquer que « les présidents précédents, malgré leurs nombreux défauts, respectaient et défendaient encore largement l’état de droit. Même dans leurs moments les plus corrompus, il y avait des lignes qu’ils ne franchissaient pas. Non seulement Trump n’a pas de telles lignes, mais il a également fait part de ses intentions vengeresses de façon on ne peut plus claire ».

Une indication fiable du plan de Trump pour l’utilisation du pouvoir présidentiel élargi est la façon dont il a dirigé l’exécutif au cours de son premier mandat. Un analyste rappelle ainsi que « sous Trump, le ministère de la Justice a abandonné sa protection active du droit de vote. L’Agence de protection de l’environnement a ignoré les plaintes relatives aux droits civils. Le ministère du Logement et du Développement urbain a réduit les enquêtes sur la discrimination en matière de logement. Les personnes nommées par Trump à la Cour suprême ont, quant à elles, rogné les lois historiques sur les droits civiques et présidé à la fin de la discrimination positive ». 

Le Project 2025 va plus loin. Il assume une attaque frontale contre l’État-providence (« Des décennies d’opinion conservatrice... soutiennent que les agences du New Deal et les organismes gouvernementaux subséquents n’auraient jamais dû être créés », p. 876). Il recommande d’éliminer le grand nombre de programmes fédéraux de discrimination positive. La nouvelle approche – en fait, un retour aux politiques antérieures à l’ère des droits civiques – est justifiée par la valeur de l’égalité des chances et du mérite sans distinction de couleur. Cette affirmation nie l’héritage de plusieurs siècles de racisme structurel.

L’immigration est l’un des rares sujets sur lesquels Trump a personnellement annoncé des plans détaillés. Un article du New York Times observe que « les plans de M. Trump s’apparentent à un assaut contre l’immigration, d’une ampleur inédite dans l’histoire moderne de l’Amérique ». Trump a annoncé la couleur, affirmant que les immigrés « empoisonnent le sang de notre pays ». Il prévoit d’accroître la surveillance intérieure et d’organiser des raids cherchant à identifier et à expulser les sans-papiers, de construire d’immenses camps à la frontière du Texas pour détenir les migrants en attente d’expulsion (en séparant au passage les enfants de leurs parents), de sceller complètement la frontière et d’interdire pratiquement toute immigration supplémentaire, ainsi que de bloquer tous les voyageurs en provenance de pays majoritairement musulmans.

Le rapport rejette ce qu’il appelle le « fanatisme climatique » des administrations démocrates. Il recommande que les États-Unis se retirent de l’Accord de Paris sur le climat et de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques, et que l’administration Trump mette fin à la « guerre contre les combustibles fossiles » menée par les démocrates. (Trump a annoncé qu’il assumerait des pouvoirs dictatoriaux au premier jour de son second mandat et ordonnerait de « forer, forer, forer »). D’autres mesures comprennent l’abandon des incitations pour les énergies renouvelables, l’assouplissement des mandats d’efficacité énergétique pour les constructeurs automobiles et la promotion de l’utilisation de l’automobile privée au détriment des transports publics. De plus, il devrait être interdit aux agences gouvernementales d’intégrer des critères ESG (environnementaux, sociaux et de gouvernance) dans leur mandat (p. 661).

Le Project 2025 propose d’affaiblir la laïcité et la séparation de l’État et de la religion en exigeant que les croyances religieuses aient la priorité sur les mandats légaux interdisant la discrimination dans la prestation de services publics et privés. Désormais, les lois, politiques et réglementations fédérales devraient promouvoir ce que le Projet 2025 appelle les valeurs judéo-chrétiennes traditionnelles. (Il n’y a bien sûr pas une seule mention des musulmans ou d’autres groupes religieux dans tout le document). Par conséquent, le mariage homosexuel et pratiquement tous les droits LGBTQ+ et à l’avortement seraient éliminés. L’USAID (l’agence qui distribue des fonds pour le développement économique et social à l’étranger) aura l’obligation d’éliminer toutes les références au genre, à l’égalité des sexes, à l’équité entre les sexes, à l’avortement, à la santé reproductive, aux droits sexuels et reproductifs dans ses publications et ses subventions (p. 259) Les agences fédérales auront ordre d’éliminer la catégorie de l’identité sexuelle non binaire et d’accepter que le sexe soit « correctement compris comme un fait biologique fixe » (p. 334), et d’annuler tous les règlements administratifs interdisant aux individus, aux entreprises et aux agences publiques de discriminer sur la base de l’orientation sexuelle, de l’identité de genre et du statut de transsexuel. Les dirigeants d’entreprises seront autorisés à les gérer « nonobstant les lois sur la non-discrimination » (p. 586). (Notez que ce mandat autorise les entreprises commerciales à violer les lois existantes en matière de libertés civiles !)

Quelles sont les chances de voir ce programme mis en œuvre si Trump est réélu ? Un facteur important est de savoir si, comme cela pourrait bien se produire, le GOP prend le contrôle des deux chambres du Congrès lors des élections de 2024. Si c’est le cas, Trump aura encore plus de pouvoir. Dans le cas contraire, il essaiera de promulguer de nombreuses propositions par le biais de mesures exécutives. S’il le fait, il pourrait recevoir le soutien d’une Cour suprême complaisante, dont 6 des 9 membres ont été nommés par des présidents républicains (et 3 par lui-même). Dans le même temps, ses propositions provoqueront sans doute une intense résistance populaire, de profondes divisions, voire le chaos et la violence. L’Amérique n’a pas besoin de cela.

 

États-Unis: "Project 2025", le programme de gouvernement radical pour instaurer un "État Trump"

Entretien avec Romuald Sciora, directeur de l’Observatoire politique et géostratégique des États-Unis de l’Iris. 

Propos recueillis par Achim Lippold

RFI - 17 jul 2024

https://www.rfi.fr/fr/am%C3%A9riques/20240717-%C3%A9tats-unis-project-2025-%C3%A9tat-trump-programme-gouvernement-radical-reoublicains-romuald-sciora

 

(...) Comment peut-on qualifier le Project 2025, c’est un programme de gouvernement ?

Pour répondre à votre question, il faut comprendre d’abord que le Donald Trump de 2024 n'est pas celui de 2016 ou de 2020. Rappelons aussi qu’en 2000, Donald Trump, qui était plutôt progressiste démocrate à l’époque, avait tenté de se présenter une première fois pour le parti démocrate, il a tenté à nouveau une candidature en 2012, et il hésitait alors entre les démocrates et les républicains, même d’ailleurs en 2015, avant sa candidature de 2016. Pourquoi ? Tout simplement parce que Donald Trump, à l’origine, était plutôt un progressiste, il défendait l’avortement, le divorce, etc.

 

Pourquoi s'est-il présenté finalement chez les républicains ?

Simplement parce qu'il s'est rendu compte qu'une partie des personnes qui pouvait le soutenir aussi bien dans l'establishment que dans la population américaine penchait beaucoup plus du côté conservateur, et que son image s'ancrait plus dans un paysage conservateur. Et surtout, il a compris que les démocrates ne le laisseraient jamais se présenter à l’investiture de leur parti. C’est après son élection de 2016 - à laquelle il ne s’attendait pas - qu’il s’est transformé. Il est devenu plus ou moins l'incarnation de ce qu'il représentait déjà pour une grande partie de la population américaine.

 

En 2020, il perd l’élection et se radicalise encore plus…

Oui, à ce moment-là, Donald Trump devient véritablement l’homme que nous connaissons aujourd'hui. Lui-même s'est mis à croire en les valeurs qui étaient celles qu'il devait soutenir afin de remporter les élections. Depuis quatre ans, nous assistons à une métamorphose entre un Donald Trump qui ne savait pas trop où il en était, qui n'était pas un idéologue, qui n'avait aucune vision politique sur le plan intérieur et le Donald Trump d’aujourd’hui qui est véritablement une incarnation d'un politicien crypto fasciste.

 

C’est dans ce contexte que s’inscrit le Project 2025 ?

Oui, le Project 2025 a été élaboré par la Heritage Foundation, un think tank néoconservateur, crée dans les années 1970, pour soutenir les deux candidatures de Ronald Reagan. Ensuite, il s'est radicalisée dans les années 1990 et s’aligne aujourd’hui totalement sur l’idéologie des trumpistes du parti républicain et leur slogan: "Make America Great Again". La fondation a donc rédigé, en concertation avec des proches de de Donald Trump, ce fameux Project 2025, sur plus de 900 pages. C’est un programme très précis, il est en ligne et donc accessible à tout le monde.

 

Quelles sont les grandes lignes de ce programme ?

D’abord, lorsqu’un nouveau président américain est élu, il change aussi une partie de son administration. Cela concerne normalement environ 4.000 fonctionnaires. Mais le Project 2025 prévoit que si Donald Trump est élu – ce qui pour l’instant semble plus que probable – il changerait non pas 4 000, mais 40.000 fonctionnaires, ce qui est pharaonique ! [En France, le milliardaire Pierre-Edouard Stérin a un projet semblable: placer un millier de technocrates et experts acquis aux idées de l'extrême droite à des postes clés de l'Etat, cabinets et haute administration, ou à la tête d'organismes parapublics. Cela s'appelle le "plan Péricles". Comme Bolloré, il prépare le terrain pour 2027 en rachetant des médias, en finançant des "cercles de réflexion" afin de sélectionner les candidats...; ndc]

 

Donc une véritable purge….

Absolument. Évidemment, il ne pourra pas limoger tous ces fonctionnaires à la fois. Mais il créerait de nouvelles agences qui prendront le dessus sur l’administration actuelle. Et puis, il y aura un nombre très important de départs à la retraite anticipée. On se retrouverait alors avec un "État Trump". Ce genre d’opération, on l’a vu en Russie ou en Chine, mais jamais dans un État démocratique [Si, en Turquie après le coup d'Etat raté de 2016; ndc].

 

La Heritage Foundation a également commencé à recruter des fonctionnaires pour ce nouvel "État Trump".

Tout à fait. La fondation a commencé à recruter depuis l'été dernier, à un rythme de plusieurs centaines d'entretiens par semaine. C'est une véritable machine à créer une armée trumpiste. Aujourd'hui, je crois que le casting est quasiment bouclé. Les 40.000, voire 50.000 fonctionnaires trumpistes sont prêts à entrer en fonction dès le 20 janvier 2025 si Donald Trump est élu une nouvelle fois. Et il reste dans la légalité, c’est tout à fait légal pour un président de créer de nouvelles agences. Il lui faut l’accord au moins d’une des chambres du Congrès. Il a déjà la majorité de la Chambre des représentants et tout porte à croire que le Sénat basculera aussi du côté des républicains. Donc Donald Trump ne devrait avoir aucune difficulté à mettre en place cette administration pléthorique, du jamais vu dans une démocratie occidentale.

 

Autre mesure proposée par le Project 2025, c’est le rattachement du ministère de la Justice à la présidence.

Oui, le programme prévoit une mainmise sur le ministère de la Justice, et cela, à travers toute une série de réformes qui sont encore plus inquiétantes. Donald Trump, et on retrouve ce plan dans le Projet 2025, mais aussi dans plusieurs propositions formulées par le parti républicain, veut revoir certaines prérogatives du Congrès au profit de la Maison Blanche. Les États-Unis sont un régime présidentiel, mais contrairement au président français par exemple, le président américain a beaucoup moins de pouvoir. Donald Trump souhaite changer cela et donner plus de pouvoir au président. Une fois encore, c'est légal. Et une fois encore, les républicains de la Chambre et les républicains du Sénat ont déjà confirmé qu'ils accepteraient ces modifications voulues par la Maison Blanche.

 

Autre réforme qui est dans les tuyaux, celle de la Garde nationale.

Oui, aux États-Unis, chaque État possède une Garde nationale composée de beaucoup de civils qui sont mobilisés en cas de situation d’insécurité, de troubles ou après une catastrophe naturelle. Le projet de Donald Trump prévoit que l’ensemble de ces Gardes nationales ne dépende plus des gouverneurs, mais soit directement contrôlé par la Maison Blanche. Ce qui est très inquiétant. Donald Trump souhaite, et cela fait partie aussi des mesures du Project 2025, que le président des États-Unis puisse déployer la Garde nationale à titre préventif, par exemple lors des manifestations.

 

Certains craignent qu’avec un nouveau mandat Trump, les États-Unis se transformeront en dictature. Qu’en pensez-vous ?

Si Donald Trump est réélu, les États-Unis ne se dirigeront pas vers une dictature ou vers un régime autoritaire dans un premier temps, mais je dirais vers un régime semi-autoritaire. Qu'est-ce qu'un régime semi-autoritaire ? C'est un régime à la Erdoğan ou à la Orban. Donc rapidement, nous pourrions nous retrouver après un an, deux ans de présidence de Donald Trump, dans un pays qui ressemblerait à la Turquie de Recep Tayyip Erdoğan.

 

Ces derniers jours, Donald Trump s’est pourtant distancié du Project 2025. Est-ce une pure stratégie électorale pour ne pas effrayer les électeurs conservateurs modérés dont il a besoin pour être élu ?

Oui, ces prises de positions ne sont absolument pas crédibles. Donald Trump est quelqu'un d'autoritaire et aspire, sur le plan intérieur, à une forme d'autoritarisme évident. Il s'agit effectivement d'une stratégie électorale. Donald Trump a gagné haut la main la campagne des primaires, il a sa base derrière lui et doit à présent séduire les républicains modérés, voire des démocrates qui penchent à droite, des démocrates conservateurs, et il y en a beaucoup. Rappelons que le parti démocrate est composé de courants qui vont – si on prend l’exemple français – de la France insoumise jusqu’au parti Les Républicains, y compris Éric Ciotti. Donc Donald Trump sait bien sûr très bien ce que c’est le Project 2025, il a été mis en place avec l’aide de ses collaborateurs, avec sa bénédiction. Ils savent très bien où ils vont.

 

Mais le Project 2025 et les idées radicales qu’il véhicule vont bien au-delà de Donald Trump. Tout futur candidat et dirigeant républicain doit être sur cette ligne idéologique, non ?

Tout à fait. Le parti républicain a eu des présidents relativement modérés sur le plan sociétal, c’est le cas de Richard Nixon et même de George W. Bush qui était un féroce néoconservateur à l’international mais a développé des programmes sociaux. Ce parti républicain avec une aile modérée n’existe plus aujourd’hui. Beaucoup d’anciens responsables sont partis à la retraite ou ont rejoint Donald Trump. Certains n'ont pas été réélus, ils ont perdu leurs sièges au Congrès contre des candidats placés par Donald Trump.

Donc, toute personne qui veut travailler avec Donald Trump, à commencer par son éventuel vice-président, qui veut s’ancrer dans le paysage républicain pendant les prochaines années, doit épouser sa vision politique, qu’elle soit sincère ou pas. C'est pour ça que je ne cesse de répéter une chose qui me parait très importante: Donald Trump est loin d'être une parenthèse. Les parenthèses ont été Barack Obama et Joe Biden. On assiste depuis une trentaine d'années à la montée d'un radicalisme de droite aux États-Unis. Donald Trump n'est qu'une étape et aujourd'hui, tout est prêt pour sa succession.

 

27/07/2024 >> La phrase du jour: « Chrétiens, sortez et votez, juste cette fois. Vous n’aurez plus à le faire. Quatre ans de plus, vous savez quoi, ce sera réparé, ça ira, vous n’aurez plus à voter, mes beaux chrétiens ». (Donald Trump,  lors d’un événement organisé par le groupe conservateur Turning Point Action à West Palm Beach, en Floride). Trump menace à mots couverts d'en finir avec le système démocratique américain.