Ni rouge, ni noir, ni vert. L'autonomie rejette partis,
syndicats et toute forme de gestion et de pouvoir.
Rassembler des foules sous un même drapeau
trouve toujours son origine dans une imposture.
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dont l'obsession de l'argent entraine l'humanité
vers la catastrophe.
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Date de création : 10.03.2011
Dernière mise à jour :
04.02.2026
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Petit point sur le contexte au Sahel.
Depuis la prise de pouvoir par les militaires au Mali, au Burkina Faso, au Niger (fédérés aujourd'hui dans l'Alliance des États du Sahel), et le départ des troupes françaises, on parle beaucoup moins de cette région. Pourtant la situation va en se dégradant...
Les jihadistes affiliés au JNIM (Groupe de soutien à l'Islam et aux musulmans - Al Qaida), ou à l'EIGS (Etat islamique au Grand Sahara) continuent à progresser vers le sud, se rapprochant des Etats côtiers. Ils se financent sur les trafics et multiplient leurs attaques en récupérant les armes prises aux armées régulières dans leurs arsenaux, ou abandonnées.
Ils contrôlent de grandes portions de territoire, mais n'ont encore pris aucune ville importante. Ils resserrent leur étau autour de quelques unes. La plus importante, Tombouctou au Mali, est assiégiée, sous blocus terrestre et fluvial depuis août 2023.
Les armées régulières se vengent sur la population aux alentours, en pillant ses ressources ou en rasant des villages avec l'appui des supplétifs russes. Ce massacre en est un exemple...
Burkina Faso: Human Rights Watch documente le massacre de 223 civils par l'armée régulière
par Grégoire Sauvage
France24 - 25 avr 2024
https://www.france24.com/fr/afrique/20240425-burkina-faso-human-rights-watch-documente-le-massacre-de-223-civils-par-l-arm%C3%A9e-r%C3%A9guli%C3%A8re
L'armée burkinabè a exécuté au moins 223 civils, dont 56 enfants, le 25 février dans deux villages de la province de Yatenga dans le nord du pays, affirme Human Rights Watch (HRW) dans un rapport publié jeudi 25 avril et dénonçant une "attaque de représailles" après une série d'opérations meurtrières menées par des groupes terroristes.
Ce jour-là, des hommes armés avaient mené plusieurs attaques contre une mosquée à Natiaboani, une ville de l'est du pays, et une église à Essakane-Village, une commune située dans le Nord. Des opérations terroristes avaient aussi visé les forces de sécurité, notamment le détachement militaire de Tankoualou (Est), le 16e Bataillon d'intervention rapide (BIR) près de Kongoussi (Centre-Nord) et le Bataillon mixte dans la zone de Ouahigouya (Nord).
Selon HRW, ce dernier assaut, mené par des membres du Jnim (Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans, affilié à Al-Qaïda), a entraîné une violente action de représailles contre les villages de Nondin et Soro situés à une vingtaine de kilomètres du lieu de l'attaque qui a coûté la vie à une dizaine de Volontaires pour la défense de la patrie (VDP), les supplétifs civils de l'armée.
"Vous êtes des terroristes !"
S'appuyant sur des dizaines de témoignages, des photographies et des vidéos partagées par des survivants, l'ONG a été en mesure de reconstituer les événements tragiques de ce jour noir. Vers 7h du matin, une attaque massive et coordonnée est lancée par des combattants islamistes contre la base militaire de Ouahigouya. La télévision burkinabè annonce que des soldats du Bataillon d'intervention rapide, une unité des forces spéciales impliquées dans les opérations de contre-insurrection, a pris en chasse les terroristes fuyant en direction de la ville de Thiou, située plus au nord.
Aux alentours de 8h, plusieurs habitants de Nondin et Soro, deux villages qui vivent sous le joug des groupes armés, rapportent le passage de combattants criant "Allah Akbar". Trente minutes plus tard, plus de 100 soldats burkinabè arrivent à moto, en pick-up et en voiture dans le quartier Basseré de Nondin, à proximité de la route nationale goudronnée. Dans leur uniforme couleur ocre, caractéristique des forces armées du pays, les soldats commencent à frapper aux portes des maisons, exigeant de vérifier les pièces d'identité des villageois, qui sont ensuite rassemblés en plusieurs groupes avant d'être froidement exécutés.
Un homme de 61 ans ayant perdu 11 membres de sa famille dans le massacre raconte que des militaires masqués parlant en mooré – la langue la plus pratiquée du pays – "avec un accent de Ouahigouya" ont ordonné à ses proches de sortir de la maison. "Ils nous ont fait asseoir... et puis ils ont ouvert le feu sur nous. Ils nous ont tiré dessus comme ça, tuant tous les membres de ma famille. J'ai été blessé à l'aisselle parce que j'ai levé les mains pour demander 'pitié' et une autre balle m'a transpercé la cuisse droite."
Cinq kilomètres plus loin, à Soro, ce scénario macabre se répète. "Ils nous ont séparés en groupes d'hommes et de femmes. Ils ne nous ont posé qu'une seule question: « Pourquoi ne nous avez-vous pas prévenus de l'arrivée des jihadistes ? » Et ils ont ajouté, en se répondant à eux-mêmes: « Vous êtes des terroristes ! » Puis ils ont commencé à nous tirer dessus à balles réelles. J'ai reçu une balle dans la jambe droite et j'ai perdu connaissance. Je n'ai pas su ce qui s'est passé ensuite jusqu'à ce que des gens [...] viennent m'aider. Il y avait des cadavres qui étaient tombés sur moi", témoigne une jeune femme de 32 ans.
La justice burkinabè dit mener l'enquête
Human Rights Watch affirme avoir obtenu deux listes de noms de victimes compilés par des survivants et d'autres personnes ayant aidé à enterrer les corps. Selon le décompte établi par l'ONG, les soldats ont tué 44 personnes, dont 20 enfants, dans le village de Nondin, et 179 personnes, dont 36 enfants et quatre femmes enceintes, dans le village voisin de Soro.
Interrogées au moment des faits par l'AFP, plusieurs sources sécuritaires avaient affirmé que la riposte menée par l'armée et les VDP après l'attaque de la base de Ouahigouya avait permis de "neutraliser plusieurs centaines de terroristes". HRW affirme ne pas avoir été en mesure de confirmer la participation des VDP aux représailles contre les villageois de Soro et Nondin. "En règle générale, les VDP et l'armée opèrent de manière conjointe. La difficulté est que les VDP portent le même uniforme. Il n'est donc pas toujours possible de les distinguer des autres soldats", précise Wassim Nasr, journaliste à France 24 et spécialiste des mouvements jihadistes.
L'actuel président de la transition, le capitaine Ibrahim Traoré, qui a fait de l'amélioration de la situation sécuritaire sa priorité n°1, a annoncé l'année dernière le recrutement de 50.000 de ces supplétifs civils. Un dispositif censé répondre à l'urgence sécuritaire dans un pays contrôlé à 40 % par des groupes terroristes, mais accusé d'alimenter les violences intracommunautaires.
Au lendemain des massacres de Soro et Nondin, le dépôt de plusieurs dépositions à la gendarmerie par des victimes et des proches de personnes décédées a conduit la justice burkinabè à ouvrir une enquête. Dans un communiqué du 3 mars, le procureur de Ouahigouya, Aly Benjamin Coulibaly, expliquait avoir été informé d'"attaques meurtrières massives" dont "le bilan provisoire d'ensemble s'établissait à environ 170 personnes exécutées". Selon Aly Benjamin Coulibaly, une équipe d'enquêteurs s'est rendue le 29 février dans les villages concernés afin de "procéder à toutes les constatations et de recueillir tous les éléments de preuve". Deux mois plus tard, les auteurs de l'attaque n'ont toujours pas été identifiés.
"Les autorités ont souvent annoncé des enquêtes après des exactions ou des massacres perpétrés par les forces de sécurité. Mais il n'y a jamais eu de progrès, ni d'informations fournies à la population concernant l'avancement de ces enquêtes. Nous craignons qu'une nouvelle fois, la justice n'aboutisse pas pour les victimes et leurs familles qui ont eu le courage, malgré les souffrances et le traumatisme, de se rendre à la gendarmerie pour témoigner", affirme Carine Kaneza Nantulya, directrice adjointe de la division Afrique de Human Rights Watch.
Des massacres qui rentrent dans une stratégie militaire
Le Burkina Faso, dirigé par des militaires qui ont pris le pouvoir par la force en 2022, est confronté à des violences jihadistes attribuées à des mouvements armés affiliés à Al-Qaïda et au groupe État islamique, ainsi qu'aux représailles attribuées aux forces armées et leurs supplétifs, qui ont fait près de 20.000 morts et plus de deux millions de déplacés depuis 2015.
ONG internationales et locales mettent régulièrement en cause les forces de sécurité dans des exactions voire des tueries commises contre des civils accusés de collaborer avec les groupes armés. Il y a un peu plus d'un an jour pour jour, le 20 avril 2023, des soldats ont tué 83 hommes, 28 femmes et 45 enfants, brûlé des maisons et pillé des biens dans le village de Karma et ses environs, dans cette même province du Yatenga.
"C'est la réalité du conflit au Burkina Faso: des populations civiles prises entre le marteau et l'enclume, victimes à la fois de leurs propres forces de sécurité censées les protéger et des groupes islamistes armés", souligne Carine Kaneza Nantulya. "L'État burkinabè n'est pas présent dans ces zones si ce n'est à travers des opérations militaires. Si un chef de village décide d'informer les autorités des mouvements des jihadistes, il n'est pas certain que l'armée sera ensuite en mesure de protéger la population", résume Wassim Nasr.
Selon les experts interrogés par France 24, la répétition et l'ampleur des massacres attribués à l'armée burkinabè laissent penser à une tactique assumée de la part des forces de sécurité. "Ces exactions semblent faire partie d'un plan de lutte contre le terrorisme qui ne respecte pas les droits humains et le droit international humanitaire", estime Carine Kaneza Nantulya. "Au vu de la fréquence et de la gravité de ces massacres, on atteint ici le niveau de crimes contre l'humanité".
"On vu la même chose se produire au Mali avec une stratégie militaire de représailles contre les civils censées les dissuader de soutenir les jihadistes", pointe Wassim Nasr. Et d'ajouter: "Sauf que cela ne marche pas. Au contraire, on constate que le recrutement grimpe en flèche dans les rangs des groupes armés et mène à une situation où les jihadistes finissent par se présenter comme les défenseurs des populations civiles".
>> Outre ces groupes jihadistes, il existe aussi au Mali une rébellion nationaliste: le Cadre stratégique pour la défense du peuple de l'Azawad (CSP-DPA), ex-CSP-PSD (faut suivre !), une coalition formée par les Touaregs...
28/04/2024 >> Après la diffusion de ce rapport, le Burkina Faso suspend jusqu'à nouvel ordre plusieurs médias étrangers: TV5 Monde, Deutsche Welle, Ouest-France, Le Monde, Apanews, The Guardian et l'Agence Ecofin. Ces suspensions interviennent après celle des radios BBC et Voice of America pour une durée de deux semaines.
EDIT (1er juin 2024)
L'homme fort du Burkina Faso, Ibrahim Traoré, s'accorde un chèque en blanc pour rester au pouvoir pour 5 ans voire plus
par Jean Sovon
Global Voices - 31 mai 2024
https://fr.globalvoices.org/2024/05/31/287550/
Au Burkina-Faso, les assises nationales organisées le 25 mai pour donner une nouvelle orientation politique au pays concluent sur une prolongation de la durée de la transition militaire sur cinq ans, annihilant ainsi tout espoir d'un retour du processus électoral.
Depuis le dernier coup d’État, survenu le 30 septembre 2022 au Burkina Faso, un gouvernement de transition conduit par le capitaine Ibrahim Traoré dirige le pays. Une partie des Burkinabé espéraient que leur gouvernement rende le tablier le 2 juillet 2024, date de la fin de la transition, mais la tenue des élections devant mettre fin à la transition n'a jamais été une priorité pour Traoré. En septembre 2023, ce dernier affirme que sa priorité demeure la sécurité du pays, comme le relève le média TRT Afrika dans cet article :
« Les élections, ce n'est pas une priorité, ça je vous le dis clairement, c'est la sécurité qui est la priorité. Il n'y aura pas d'élection qui va se concentrer uniquement à Ouagadougou et à Bobo-Dioulasso (deux villes épargnées par les attaques terroristes fréquentes) et dans quelques villes autour, il faut que tous les Burkinabè choisissent leur président ».
La question de la sécurité au Burkina-Faso fait référence, au sens large, aux défis sécuritaire dans la zone sahélienne qui subit les assauts des groupes terroristes. A la faveur des assises nationales du 25 mai 2024, le pays adopte une nouvelle charte de transition qui maintient Traoré au pouvoir jusqu'en 2029. Le colonel Moussa Diallo, président du comité d'organisation d'assises nationales indique: La durée de la transition est fixée à 60 mois à compter du 2 juillet 2024.
Ibrahim Traoré, président à vie du Burkina Faso ?
Cette prolongation vient anéantir les intentions des hommes politiques qui ont largement boycotté cette grande rencontre nationale. Ces derniers ont été déjà contraints à une cessation de toutes activités des partis politiques sur l'ensemble du territoire national au lendemain du coup d’État du 30 septembre 2022. Maintenant, ils vont aussi faire face aux décisions contenus dans l'article 22 de la charte qui donne la possibilité à Traoré ainsi qu'à d'autres membres de la transition militaire d'être candidat aux élections dans l'avenir. Le colonel Moussa Diallo affirme à nouveau: « Selon l'article 22 de la charte, des élections peuvent toutefois être organisées “avant cette échéance si la situation sécuritaire le permet”. Le capitaine Traoré, dont le statut passe de “président de transition” à “président du Faso”, pourra par ailleurs se présenter aux “élections présidentielles, législatives et municipales”, qui doivent être organisées à l'issue de cette période ». Ladite charte prévoit aussi la création d'une nouvelle instance dénommé Korag chargée de définir et de contrôler la mise en œuvre de la vision stratégique du pays dans tous les domaines et par tous les moyens.
L'annonce du maintien au pouvoir de Traoré est célébrée dans la joie par une partie de la population (...). Cet enthousiasme s'explique en partie par la volonté manifeste de la population à ne plus faire confiance au système démocratique ni aux dirigeants élus démocratiquement. Ceci est aussi lié à la répétition des coups d’État dans le pays et au soutien de la population au régime militaire dès le début du coup d’État de septembre 2022. Une enquête d'Afrobarometer réalisée en mars 2024 confirme cette hypothèse. En effet, les résultats de l'enquête d'Afrobarometer montrent que la majorité des citoyens burkinabé sont favorable au régime militaire :
2/3 des citoyens burkinabè soutiennent les gouvernements militaires (66 %) et affirment qu'il est légitime que les forces armées prennent contrôle du pays dans le cas hypothétique où les leaders élus abusent de leur pouvoir pour leurs propres intérêts (66 %). De plus, cette décision politique et géostratégique du Burkina-Faso fait écho aux politiques du Mali et du Niger pour lesquels la sécurisation du pays demeure une priorité. D'ailleurs, ces trois pays ont quitté la CEDEAO et forment aujourd'hui l’Alliance des États du Sahel (AES).
Les volontaires défendant le pays font connaître leur mécontentement
Cette nouvelle orientation politique au Burkina-Faso intervient à une période où les Volontaires de défense pour la patrie (VDP) menacent de déposer les armes. Ces VDP se sont engagés aux côtés du régime militaire pour soutenir la lutte contre le terrorisme et les attaques armées que subit le pays depuis 2015 , date du début de l’insurrection djihadiste.
L'appui de ces Volontaires pour la défense de la patrie est essentiel pour le Burkina-Faso qui teste de nouvelles stratégies pour mettre fin a l'insécurité. Mais sur le terrain, le quotidien des VDP n'est pas reluisant car ils ne reçoivent pas assez de soutien de la part des forces armées dans leurs missions. Selon un article de France24, les volontaires, qui comprennent des jeunes comme des adultes, font face à de mauvaises conditions de travail. L'article de France24 indique que: « (…) les VDP déplorent l'absence de tenues et d'équipements de protection. Ils se partagent un nombre limité d'armes automatiques individuelles (AK-47), dont la qualité n'est pas toujours bonne. Et alors que leur mission doit les amener à couvrir un territoire plus large, ils manquent de véhicules et de carburant ».
De plus, les VDP sont la cible principale des attaques jihadistes perpétrées par les groupe terroristes. Le désengagement et les plaintes des VDP pourraient à long terme constituer un coup dur pour Ibrahim Traoré qui compte beaucoup sur ces civils dans sa lutte contre le terrorisme.