Le Monde d'Antigone

Ni rouge, ni noir, ni vert. L'autonomie rejette partis,
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Date de création : 10.03.2011
Dernière mise à jour : 09.03.2026
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Indonésie: Le général Prabowo se verrait bien président

Publié le 14/02/2024 à 00:09 par monde-antigone

 
D'après les résultats partiels, le général Prabowo, ministre de la Défense, obtiendrait plus de 55 % des voix, ce qui lui permettrait de gagner dès le 1er tour.


Les élections présidentielles indonésiennes de 2024: une campagne pour la continuité
IFRI [Briefings] - 07 fev 2024
https://www.ifri.org/fr/publications/briefings-de-lifri/elections-presidentielles-indonesiennes-de-2024-une-campagne 


L’Indonésie se prépare à tenir ses prochaines élections générales le 14 février, avec un éventuel second tour prévu à la fin du mois de juin. Ce processus électoral majeur déterminera les prochains président et vice-président du pays, puisque le président sortant, Joko "Jokowi" Widodo, se retirera après 10 ans à la tête de l’État, conformément à la limite constitutionnelle de deux mandats.

Les électeurs choisiront également près de 20.000 représentants aux niveaux national, provincial et du district. Une autre élection provinciale est prévue en novembre de cette année, bien que des discussions soient en cours au Parlement pour l’avancer à septembre. Le calendrier proposé a suscité des inquiétudes quant à une éventuelle ingérence de l’administration actuelle, qui ne laissera la place qu’en octobre. Le 14 février, jusqu’à 204 millions d’électeurs, sur une population totale de 277 millions, pourraient se rendent aux urnes.

L’élection met en compétition un trio de personnalités politiques de premier plan: Prabowo Subianto, Ganjar Pranowo et Anies Baswedan. Les trois candidats ont des affiliations avec l’administration actuelle du président Joko "Jokowi" Widodo. Ganjar Pranowo et Prabowo Subianto sont en compétition pour revendiquer son héritage.

Début février, Prabowo, actuel ministre de la Défense, et son candidat à la vice-présidence Gibran Rakabuming Raka, fils aîné de Jokowi, étaient en tête des sondages. Les experts prévoient néanmoins un second tour, qui devrait avoir lieu à la fin du mois de juin 2024 [D'après d'autres experts, il pourrait l'emporter dès le 1er tour; ndc].

Les interventions de Jokowi dans la campagne, qui semblent soutenir le ticket Prabowo-Gibran, suscitent certaines inquiétudes. Bien qu’une telle ingérence ne soit pas illégale en soi, certaines actions entreprises par l’administration pour soutenir Prabowo et Gibran soulèvent des préoccupations plus sérieuses quant à l’intégrité des élections.


Les candidats à l'élection présidentielle indonésienne
Zonebourse - 07 fev 2024
https://www.zonebourse.com/actualite-bourse/Fiche-d-information-Candidats-a-l-election-presidentielle-indonesienne-45897597/ 


(...) Trois candidats sont en lice pour succéder au président sortant Joko Widodo, ou "Jokowi", à la tête de la 3e plus grande démocratie du monde et de la nation à majorité musulmane la plus peuplée.
Voici des informations détaillées sur les candidats et leurs colistiers.

–– Anies Baswedan ––
En tant que gouverneur de Jakarta de 2017 à 2022, un poste autrefois occupé par Jokowi et considéré comme un tremplin vers la présidence, Anies, 54 ans, a été félicité pour sa réponse au Covid-19, mais critiqué pour sa gestion des inondations récurrentes dans la capitale tentaculaire et congestionnée.
L'homme politique et ancien boursier Fulbright a gagné en popularité dans les sondages récents grâce à ses performances gagnantes dans les débats et à ses interactions informelles avec ses partisans sur les réseaux sociaux. Il n'est pas membre d'un parti politique, mais il est soutenu par trois partis, dont un parti laïc de la coalition au pouvoir et le Parti de la justice prospère (PKS), un parti islamique conservateur.
Son ascension en 2017 a été controversée, car il a accepté le soutien de groupes islamistes purs et durs qui s'étaient mobilisés contre son adversaire et gouverneur de Jakarta de l'époque, Basuki Tjahaja Purnama - un chrétien d'origine chinoise - qui a ensuite été emprisonné pour insulte à l'islam. Anies, qui prône un islam modéré, a été accusé de ne pas faire grand-chose pour remédier aux divisions religieuses et communautaires croissantes, ce qu'il a réfuté.
Son colistier: Muhaimin Iskandar - Plus connu sous le nom de Cak Imin, cet homme de 57 ans est à la tête du Parti de l'éveil national (PKB). Il est vice-président du Conseil représentatif du peuple depuis 2019 et ministre du travail de 2009 à 2014. Il est le neveu de feu Abdurrahman Wahid, ou Gus Dur, un ancien président et chef religieux très respecté. Il a des liens étroits avec le groupe musulman modéré Nahdlatul Ulama (NU), et devrait attirer des voix vers le ticket Anies à partir de sa base dans l'est de Java.

–– Ganjar Pronowo ––
Le Parti démocratique indonésien de lutte (PDI-P), au pouvoir, a placé ses espoirs en Ganjar, un ancien gouverneur du centre de Java, l'une des provinces les plus peuplées du pays. À l'instar de Jokowi, qui a des origines modestes, M. Ganjar, 55 ans, ancien législateur, a obtenu un soutien massif de la part des Indonésiens ordinaires en tant que dirigeant n'appartenant pas à l'élite politique et militaire. M. Ganjar espère que sa popularité sur les médias sociaux et auprès des jeunes électeurs lui apportera la victoire.
M. Ganjar était en tête de nombreux sondages d'opinion jusqu'à ce qu'il soutienne un appel visant à empêcher Israël de participer à la Coupe du monde de football des moins de 20 ans, pour laquelle l'Indonésie n'a pas été désignée comme pays organisateur.
Son colistier: Mahfud MD - L'ancien ministre indonésien de la coordination des affaires de sécurité, très respecté, apporte l'intégrité au ticket de Ganjar et la possibilité d'obtenir des votes cruciaux de l'influente organisation islamique NU. Mahfud MD, de son vrai nom Mohammad Mahfud Mahmodin, est un ancien juge de la Cour constitutionnelle qui a pris position contre la corruption, y compris au sein des agences de sécurité. Il s'est exprimé ouvertement sur des affaires de corruption policière très médiatisées et sur des tentatives de modification de la constitution visant à prolonger les mandats présidentiels.

–– Prabowo Subianto ––
Le ministre de la défense et ancien commandant des forces spéciales se présente pour la 3e fois à la présidence, après avoir perdu deux fois face à Jokowi en 2014 et 2019. Les dernières enquêtes d'opinion montrent qu'il conserve une avance constante sur ses rivaux.
Prabowo, 72 ans, est issu d'une famille d'élite et jouit d'une grande popularité, malgré les allégations de violations des droits de l'homme liées à l'enlèvement de militants démocrates lors des troubles de la fin des années 1990. Il a nié avoir commis des actes répréhensibles.
Il est également un ancien gendre de l'homme fort Suharto.
Lors des élections précédentes, Prabowo a forgé des alliances avec des groupes islamiques conservateurs et des partis politiques critiqués pour avoir attisé les tensions communautaires et créé des fractures dans ce pays laïque et pluraliste. Après avoir perdu les élections de 2019, il a été nommé ministre de la défense par Jokowi, une décision qui, selon les analystes, a contribué à atténuer les divisions. Jokowi a tacitement soutenu Prabowo.
Prabowo préside le parti Great Indonesia Movement (Gerindra), qui l'a soutenu en tant que candidat à la présidence l'année dernière.
Son colistier: Gibran Rakabuming Raka est le fils aîné du président sortant, qui occupe depuis 2020 le poste de maire de Surakarta, autrefois occupé par son père. Gibran, 36 ans, peut se présenter grâce à une modification controversée et de dernière minute des règles d'éligibilité en octobre par la Cour constitutionnelle, qui était présidée par son oncle.


De général à président ?
par Jean-Christophe Laurence
La Presse - 12 fev 2024
https://www.lapresse.ca/international/asie-et-oceanie/2024-02-11/radioscopie/de-general-a-president.php 


Nom: Prabowo Subianto
Âge: 72 ans
Fonction: Ministre de la Défense de l’Indonésie, candidat à la présidentielle
Mots clés: Candidature, allégations, dynastie, déménagement


Pourquoi on en parle — Prabowo Subianto est favori dans l’élection présidentielle indonésienne prévue le 14 février. Plus de 205 millions d’électeurs, répartis sur 18.000 îles, vont voter pour le successeur de Joko Widodo (surnommé Jokowi), empêché par la Constitution de briguer un troisième mandat après 10 ans au pouvoir. Les sondages montrent que Prabowo devance de 20 points ses principaux rivaux (l’ancien gouverneur de Jakarta, Anies Baswedan, et l’ex-gouverneur de Java central, Ganjar Pranowo). Si aucun des candidats n’obtient plus de 50 % des suffrages, un second tour sera organisé fin juin entre les deux candidats arrivés en tête.

Un passé trouble — Ancien général et actuel ministre de la Défense, ex-gendre de l’autoritaire dictateur Suharto (qui a régné de 1965 à 1998), Prabowo est perçu comme un leader ferme, tenant du maintien de l’ordre. Dans les années 1990, il aurait été impliqué dans l’enlèvement et la torture de militants pour la démocratie et des atteintes aux droits de la personne, notamment au Timor oriental, alors une région sécessionniste qui deviendra un pays indépendant en 2002. Ces allégations sont démenties par le principal intéressé, qui n’a d’ailleurs jamais été poursuivi en justice. Mais sa candidature préoccupe les observateurs: « S’il est élu, Prabowo risque de poursuivre peu à peu le démantèlement de la démocratie indonésienne et de réduire les droits et libertés de l’opposition démocratique qui avait commencé sous Jokowi », estime Alexandre Paquin-Pelletier, professeur de science politique de l’Université Laval, actuellement en Indonésie.

Embrasser la dynastie — Prabowo tente aujourd’hui d’adoucir son image. Il se présente comme un grand-père inoffensif, usant d’humour et de steppettes lors de rassemblements politiques, utilisant même TikTok pour se construire une base de jeunes partisans. Il a aussi vu sa cote de popularité grimper depuis qu’il a choisi pour colistier Gibran Rakabuming Raka, 36 ans, fils aîné du président sortant Jokowi. Ce dernier est accusé de se servir de cette alliance pour conserver son influence et construire une dynastie politique dans l’archipel. Mais l’intérêt va dans les deux sens. La candidature de Gibran favorisera Prabowo dans des provinces où il est plus faible (Java central et Java oriental) et pourrait lui attirer le soutien des électeurs de moins de 40 ans.

La suite logique — S’il est élu, Prabowo a promis de poursuivre la stratégie protectionniste de Jokowi. Celle-ci consiste à transformer la plus grande partie de ses ressources naturelles localement, plutôt que de les exporter à l’état brut. Il faut savoir que l’Indonésie possède entre autres les plus grandes réserves de nickel au monde – un élément clé dans la filière batterie. Prabowo souhaite par ailleurs aller de l’avant avec le déménagement de la capitale indonésienne, un projet délirant lancé par son prédécesseur.

Une ville champignon — Jakarta étouffe sous la pollution et la surpopulation. La ville, construite sur des marécages, s’enfonce. En 2019, Joko Widodo a annoncé qu’il construirait une nouvelle capitale à 1.200 km de là, sur l’île de Bornéo. Ce projet pharaonique, évalué à 35 milliards de dollars, est déjà avancé et on parle d’une inauguration officielle en août prochain. Les autorités indonésiennes visent une population de près de 2 millions d’ici 2045, pour le centenaire de la proclamation d’indépendance du pays. Gros hic: les impacts environnementaux s’annoncent désastreux, sans compter les coûts. Candidat de gauche à la présidentielle, Anies Baswedan critique vivement ce projet mégalomane, arguant que l’Indonésie a des « besoins plus urgents » que de fournir une nouvelle demeure au président.
« Le financement du projet sera crucial, ajoute Alexandre Paquin-Pelletier. Il s’agit d’une somme colossale pour tout pays, l’Indonésie en particulier. La gestion des fonds et des contrats publics sera déterminante, car ceux-ci risquent d’être détournés par la corruption et le clientélisme, des problèmes importants dans ce pays. »

Les priorités de l’électorat — Selon un sondage Indikator Politik Indonesia paru en septembre, l’inflation et l’emploi étaient cités comme les principales priorités des électeurs, en particulier chez les jeunes. Le taux de chômage indonésien était de 5,3 % au mois d’août, mais de 17 % chez les jeunes de 24 à 35 ans [Oui, mais les jeunes âgés de 15 à 24 ans représentent 55 % des 7,8 millions de chômeurs. Ce sont les plus sensibles aux arguments populistes véhiculés par les réseaux sociaux; ndc]. L’élection devrait aussi affirmer la politique étrangère de ce pays de 280 millions d’habitants à forte majorité musulmane. Les trois candidats ont ouvertement exprimé leur soutien au peuple palestinien. Prabowo affirme qu’il fera la promotion de l’indépendance palestinienne, y compris l’ouverture d’une ambassade indonésienne dans les territoires palestiniens. Les nouveaux président et vice-président devraient entrer en fonction au mois d’octobre.


La troisième tentative de Prabowo Subianto à la présidence indonésienne pourrait aboutir
[Prabowo Subianto's third race for Indonesian presidency may seal the deal]
par Bill Birtles
ABC Australia - 10 fev 2024
https://www.abc.net.au/news/2024-02-11/indonesia-election-sees-prabowo-subianto-seek-presidency-again/103440988 


A 72 ans, après avoir survécu à un accident vasculaire cérébral et désormais à sa 4e élection présidentielle, Prabowo Subianto vise enfin la victoire. Caracolant en tête dans les sondages d'opinion et avec à ses côtés le fils du populaire président sortant Joko Widodo, Prabowo, comme on l'appelle communément, vole littéralement vers la victoire lors des rassemblements à travers l'Indonésie.

Dans les villes de tout l'archipel, il canalise le caractère dur de son passé militaire pour accuser les étrangers de vouloir maintenir l'Indonésie faible, avant de baisser le ton pour réprimander avec humour ses opposants parce qu'ils sont déconnectés des masses. "Les élites politiques de Jakarta me reprochent souvent d'être impoli lorsque je parle, mais je suis un ancien soldat, c'est exactement ma façon de parler", a-t-il déclaré à des milliers de partisans lors d'un récent rassemblement à Semarang, la capitale de la province centrale de Java. "Je ne parle pas gentiment et ne tourne pas en rond. Préférez-vous un leader qui parle doucement, qui parle comme un professeur ?" » a-t-il demandé avant de se moquer de l'un de ses deux rivaux, Anies Baswedan, ancien professeur d'université.

Son programme comprend des programmes alimentaires gratuits, une meilleure nutrition pour les enfants pauvres du pays et un engagement à maintenir la politique économique du président actuel. Ayant perdu deux élections face à Widodo au cours de la dernière décennie, Prabowo a apparemment adopté le mantra: « Si vous ne pouvez pas les battre, rejoignez-les ». Il a déclaré le fils de Widodo comme candidat à la vice-présidence, a adopté la politique du président sortant et, grâce à elle, a gagné son soutien et un grand nombre de ses fidèles partisans. "Presque tous les sondages disent que nous allons gagner en un seul tour, mais ne soyons pas négligents ou complaisants", a déclaré Prabowo lors du rassemblement.

Derrière ses bons résultats dans les sondages se cache un extraordinaire regain de soutien parmi les jeunes électeurs, qui le privilégient massivement par rapport à ses deux rivaux, même s'il est le candidat le plus âgé sur le terrain. Son jeune colistier Gibran Rakabuming Raka fait partie de cet appel, tout comme une campagne marketing visant à dépeindre l'ancien général militaire, réputé pour son caractère colérique, comme mignon, câlin et attentionné envers ses chats.

Certains jeunes électeurs, comme Ahmad Musadat, 21 ans, admirent la persévérance de Subianto. "Prabowo est un personnage extraordinaire", a-t-il déclaré lors d'un rassemblement à Semarang. "Il s'est présenté avec diligence et constance à la présidence, même s'il a échoué à plusieurs reprises. "Je ne m'inquiète pas trop de son caractère car c'est ce qu'il est, et en plus il aura des conseillers présidentiels". Mais nombreux sont ceux qui considèrent le passé de Prabowo comme un indicateur inquiétant de ce que pourrait impliquer sa présidence.

Une vie de privilèges, de violence et de questions sans réponse
Prabowo Subianto est le fils d'un puissant conseiller économique et ministre du leader post-indépendance Sukarno et plus tard du plus ancien dirigeant autoritaire d'Indonésie, Suharto. Enfant, il a vécu à l'étranger dans plusieurs pays d'Asie du Sud-Est et a voyagé avec sa famille en Europe pendant une période d'exil politique pour son père. Il a fréquenté le lycée de Londres puis s'est inscrit dans une académie militaire d'élite en Indonésie aux côtés d'un futur président, avant de débuter sa carrière dans les forces spéciales du pays. À 26 ans, il commande une unité au Timor oriental, envahi par l'Indonésie après le retrait du Portugal colonial.

Des années plus tard, il a été accusé d’avoir organisé des gangs violents pour terroriser les militants indépendantistes, une tactique qu’il a largement défendue. "Le concept de milice, le concept de forces d'autodéfense locales, est un concept très ancien", a-t-il déclaré en 2009 lors de sa première candidature à la présidence. "Cela fait partie du concept de défense nationale indonésienne et [dans] chaque contre-insurrection, vous travaillez toujours avec la population locale, partout dans le monde".

Mais la plus grande question sur son passé remonte à 1997-98, lorsque l'Indonésie était en proie à une crise financière régionale et que la dictature en ruine de Suharto était confrontée à une dissidence croissante. Prabowo était marié à l'une des filles de Suharto et était le commandant général des forces spéciales lorsque, sur une période de 15 mois, 22 militants anti-Suharto ont disparu séparément. 9 d'entre eux sont revenus plus tard et plusieurs ont déclaré avoir été retenus captifs dans un centre militaire où ils ont vu d'autres militants détenus. Mais 13 d'entre eux n'ont jamais été revus et sont présumés morts.

Mundandar Ucok Siahaan, étudiant à l'université, avait 22 ans lorsqu'il a disparu, parmi eux. "Mon fils était très actif à l'époque et il n'aimait pas voir l'injustice se produire sous ses yeux", a déclaré son père à la chaîne ABC. Paian Siahaan, qui a passé 26 ans à chercher des réponses au sujet de son fils, a déclaré qu'Ucok avait été vu pour la dernière fois par un ami parlant à un étranger alors que le chaos engloutissait la ville. Au lendemain de la chute de Suharto, l'armée a renvoyé Prabowo de manière déshonorante pour avoir « mal interprété les ordres » relatifs aux enlèvements. Certains rapports suggèrent que sa libération était liée à un complot de coup d'État avorté. Prabowo a longtemps nié tout acte répréhensible. Mais même si certains membres d'une équipe spécifique des forces spéciales ont ensuite été emprisonnés, Prabowo a échappé à toute accusation. Par un rebondissement, quelques-uns des neuf militants qui ont survécu ont ensuite rejoint le parti politique de Prabowo et l'ont soutenu à la présidence, ce qu'il a encore une fois souligné au cours de cette campagne. "Quoi qu'il se soit passé à l'époque, Prabowo ne devrait pas être président", a déclaré Paian Siahaan. "Une fois qu'il sera président, notre quête de réponses sera terminée. Il n'y aura plus d'espoir de se battre".

Signe de l’évolution de l’establishment indonésien, Widodo a intégré son ancien rival, faisant de Prabowo le ministre de la Défense en 2019, malgré son départ déshonorant des décennies plus tôt. Et tandis que Prabowo avait déjà comparé l'enlèvement à une « détention préventive » et affirmé que cela avait contribué à empêcher des attentats à la bombe, il a cette fois-ci été plus dédaigneux envers les accusations concernant son implication présumée dans les disparitions de 1997-98. "Chaque fois que j'obtiens de bons résultats dans les sondages d'opinion, ils soulèvent toujours des questions de droits de l'homme", a-t-il déclaré l'année dernière dans une interview avec la journaliste Mata Najwa. "J'ai été accusé d'avoir participé à une tentative de coup d'État, d'avoir enlevé des militants, de les avoir tués, etc. Eh bien, que puis-je dire ? "C'est la démocratie. Si les gens croient à ces accusations, ne votez tout simplement pas pour moi".

Après avoir été candidat à la vice-présidence en 2009 et à trois reprises depuis 2014, Prabowo n'est pas étranger aux questions sur son passé. Lors du premier débat télévisé de cette campagne, un candidat rival lui a demandé s'il pouvait aider à localiser les tombes des disparus afin que les membres de leurs familles puissent leur rendre visite. "J'ai répondu à cette question tellement de fois", a-t-il répondu, avant de désigner l'un des neuf militants survivants assis avec son équipe de campagne, tandis que ses partisans riaient et applaudissaient.

Les jeunes électeurs détiennent les clés du palais
Environ 53 % des électeurs éligibles pour le scrutin du 14 février ont moins de 40 ans, et les nouveaux électeurs, à partir de 17 ans, sont considérés comme la plus grande récompense des trois campagnes. Les rivaux de Prabowo ont essayé divers stratagèmes pour les séduire, notamment l'ancien gouverneur de Jakarta, Anies Baswedan, courtisant les fans de K-pop, et le gouverneur de Java central, Ganjar Pranowo, portant des blousons aviateur de jeunesse lors des débats. Dans le cadre de son jeu pour le vote des jeunes, la campagne de Prabowo s'est appuyée sur le "gemoy" – une esthétique caricaturale représentant l'homme de 72 ans comme un mignon garçon potelé, aux côtés de son colistier Gibran Rakabuming Raka. Cela semble fonctionner.

Les derniers sondages d'opinion donnent que les deux candidats en tête approchent les 50 %, tandis que les deux campagnes adverses stagnent dans la vingtaine. Remporter 50 % du total des voix, plus au moins 20 % dans la moitié des provinces du pays, assurera la victoire sans qu'il soit nécessaire de procéder à un second tour plus tard dans l'année. S'il n'y parvient pas, Prabowo devrait remporter le second tour du scrutin de juin, car la base de partisans religieux de Baswedan et la position laïque du parti de Pranowo ne leur permettront pas d'unir facilement leurs forces. Cela signifie que le plus gros prix que Prabowo tente de remporter depuis 15 ans est presque à sa portée. "Cela me fait bouillir le sang", a déclaré Paian Siahaan en regardant une photo de son fils.


Le favori de l'élection présidentielle indonésienne sous le feu des critiques: ses adversaires s'en prennent à ses plans de défense
[Indonesia presidential frontrunner under fire as rivals attack defence plans]
Zonebourse, Reuters, 08 jan 2024
https://www.zonebourse.com/actualite-bourse/Le-favori-de-l-election-presidentielle-indonesienne-sous-le-feu-des-critiques-ses-adversaires-s-45688715/ 


JAKARTA - Le candidat à la présidence indonésienne, Prabowo Subianto, a fait l'objet d'une série d'attaques lors d'un débat électoral animé dimanche [7 janvier], ses deux adversaires s'en prenant à sa stratégie d'acquisition de matériel militaire en tant que ministre de la défense, le qualifiant d'imprudent et de gaspilleur. Prabowo, ancien commandant des forces spéciales et candidat pour la 3e fois, est largement en tête des sondages d'opinion pour l'élection du 14 février, mais son programme de modernisation militaire a été critiqué lors d'un second face-à-face télévisé axé sur la sécurité et la géopolitique.

L'ancien gouverneur de Jakarta, Anies Baswedan, a dénoncé les projets de Prabowo visant à acquérir du matériel militaire d'occasion, notamment une flotte d'avions de chasse Mirage 2000-5 du Qatar, et a accusé son ministère de la défense de ne pas s'être protégé contre les pirates informatiques qui, l'année dernière, ont menacé de divulguer des informations confidentielles. "Ironiquement, le ministère de la défense a été piraté", a déclaré M. Anies. "Le budget de 700 billions de rupiahs (45,13 milliards de dollars) ne peut pas être utilisé pour le contenir. Au lieu de cela, il est utilisé pour acheter du matériel militaire d'occasion". Vêtu pour le débat d'une veste de bombardier de l'armée de l'air, le candidat du parti au pouvoir, Ganjar Pranowo, a déclaré que l'achat des jets, que le gouvernement a retardé en raison de problèmes budgétaires, relevait d'une "planification imprudente".

Au cours de la dernière décennie, la plus grande économie d'Asie du Sud-Est est restée à la traîne de ses pairs régionaux en ce qui concerne les dépenses de défense en pourcentage du produit intérieur brut. M. Prabowo a justifié la stratégie d'achat de matériel d'occasion comme étant essentielle à la modernisation des forces armées, ajoutant que les jets vieux de 15 ans avaient une durée de vie de 25 à 30 ans. "Je pense que l'idée d'utiliser du matériel d'occasion est trompeuse. L'important, ce sont les heures de vol", a-t-il déclaré. "En réalité, nous avons besoin d'équipements pour combler le déficit actuel", a-t-il ajouté, précisant que les nouveaux jets mettent plus de temps à arriver.

La plupart des sondages donnent Anies au coude-à-coude avec Ganjar, mais loin derrière le candidat principal Prabowo, qui a choisi comme colistier Gibran Rakabuming Raka, le fils du populaire président à deux mandats Joko Widodo. Anies a déclaré que ce choix montrait que Prabowo avait "compromis les normes éthiques", après que Gibran ait été le seul bénéficiaire d'une décision de justice acrimonieuse qui a modifié les règles d'éligibilité à quelques jours de l'inscription sur les listes électorales.

Les candidats ont également été interrogés sur la manière dont ils aborderaient les différends de longue date concernant la mer de Chine méridionale. Prabowo a déclaré que l'Indonésie avait besoin d'une meilleure technologie pour défendre son territoire, tandis qu'Anies a déclaré qu'elle devrait devenir un leader dominant au sein de l'Association des nations de l'Asie du Sud-Est (ASEAN), afin de garantir une position commune. M. Ganjar a proposé de revoir l'approche décisionnelle de l'ASEAN, très critiquée, et a déclaré qu'un accord conclu en 2002 entre la Chine et les pays de l'ASEAN pour éviter les conflits maritimes avait échoué. "Nous pouvons prendre l'initiative par le biais d'accords temporaires afin d'éviter des risques plus élevés", a déclaré M. Ganjar, sans donner plus de détails.


Présidentielle en Indonésie: Le favori Prabowo, une menace pour la démocratie ?
Entretien avec Edwin Ramedhan, professeur et ancien conseiller du gouvernement indonésien
Propos recueillis par Hubert Testard
Asialyst - 03 fev 2024
https://asialyst.com/fr/2024/02/03/elections-indonesie-favori-prabowo-menace-democratie/ 


Le 14 février prochain, les Indonésiens éliront leur président. Après deux mandats, le sortant, Joko Widodo, ne peut se représenter. Il s’est posé néanmoins en faiseur de roi, soutenant son ministre de la Défense, Prabowo Subianto. Le grand favori des sondages, connu pour son style autoritaire et son passé sanglant dans l’armée, a fait du fils de l’actuel chef de l’État son candidat à la vice-présidence, donnant un goût de transmission dynastique du pouvoir dans l’archipel aux 17 000 îles. Quels sont les enjeux de cette élection ? Hubert Testard a posé la question à Edwin Ramedhan, professeur et ancien conseiller du gouvernement indonésien.


Quels sont pour vous les principaux enjeux des prochaines élections présidentielles en Indonésie le 14 février prochain ?
Je voudrais donner une perspective de long terme. En 2045, l’Indonésie fêtera le centenaire de son indépendance. Elle doit d’ici là rester une République une et indivisible, ou mourir. L’Indonésie est un vaste archipel de 17.000 îles (18.000 à marée basse), dont l’étendue Est-Ouest correspond à la distance de Paris à New York, et Nord-Sud d’Athènes à Moscou. Il y a plus de 300 ethnies et des centaines de dialectes. Il faut tenir tout cela ensemble, avec un projet de société national pour cent ans. Nous avons une langue commune qui est l’indonésien et un système administratif assez structuré, avec un cadre légal fondé sur le code Napoléon hérité de la colonisation néerlandaise. La plupart des Indonésiens ont confiance dans l’avenir de la nation, mais je ne suis pas entièrement rassuré.
L’un des problèmes majeurs à résoudre est celui de la corruption. C’est un problème qu’on trouve aussi ailleurs en Asie, comme en Chine, au Vietnam ou ailleurs. Mais en Indonésie, la corruption est tellement répandue que cela devient un obstacle structurel, qui provoque beaucoup de dégâts. C’est pour moi un des enjeux essentiels des années à venir. Il est évoqué dans la campagne présidentielle, mais à fleurets mouchetés car tout le monde est concerné dans le monde politique. Plus généralement, cette campagne aborde peu les sujets de fond. Elle porte essentiellement sur les mérites ou les démérites des trois candidats [Prabowo Subianto, Anies Baswedan et Ganjar Pranowo, NDLR]. Il n’y a pas vraiment de plateformes politiques, c’est un débat sur les personnalités. Les électeurs qui n’ont pas encore fait leur choix de candidat se demandent comment choisir le moins pire…


Justement, qu’est ce qui distingue les trois candidats ?
Prabowo et Ganjar ont une vision laïque de l’État, alors qu’Anies est plus sectaire. Il est proche des fondamentalistes musulmans, et c’est avec les votes de ces mouvements radicaux qu’il avait été élu gouverneur de Jakarta. Les sondages donnent Anies en 2e position derrière Prabowo, ou en 3e position, mais je ne fais pas entièrement confiance à ces sondages qui sont parfois manipulés. Anies est un beau parleur et sa campagne électorale est efficace. La question centrale est par ailleurs de savoir si Prabowo passera dès le 1er tour, ce qui suppose qu’il ait plus de 50 % des voix, alors que les sondages lui attribuent de 40 à 45 % des intentions de vote. Si un second tour a lieu, une surprise est possible car les deux autres candidats pourraient s’unir contre Prabowo.


Il existe, semble-t-il, un débat sur la nécessité ou non de poursuivre le projet de nouvelle capitale, Nusantara…
Oui, Anies est le moins favorable au projet. Cette nouvelle capitale se situe dans l’île de Kalimantan, qu’on appelle aussi Borneo. On peut faire une comparaison avec Brasilia, car dans les deux cas, on se situe à proximité d’une grande forêt tropicale. Nusantara est par ailleurs à 1.500 km à l’est de Jakarta. On risque d’avoir le même résultat qu’avec Brasilia: quel est son poids économique en comparaison de Sao Paulo et combien de temps a-t-il fallu pour réussir ce projet ?
Il est vrai cependant que le nord de Jakarta est en voie de submersion. Certains quartiers se situent maintenant deux mètres en dessous du niveau de la mer, et il faut organiser le développement urbain ailleurs. La question est de savoir si un tel déplacement aussi loin à l’est du pays est envisageable. L’Indonésie est organisée en provinces au sens romain du terme, provinciae – c’est-à-dire des territoires gouvernés par des représentants de Rome. C’est Java à l’Ouest qui exploite les richesses de l’ensemble du pays et qui abrite les élites dirigeantes.


Quels sont les enjeux internationaux de la campagne électorale ?
Les Indonésiens s’intéressent à la guerre Israël-Hamas car nous sommes le plus grand pays à majorité musulmane au monde, et beaucoup d’Indonésiens sont par ailleurs plutôt pro-russes depuis le début de la guerre en Ukraine. S’agissant de la Palestine, c’était au départ la solidarité religieuse qui primait. Mais aujourd’hui, c’est plutôt la solidarité anticoloniale. L’Autorité palestinienne elle-même réclame une solidarité nationale plutôt que religieuse, et pousse l’Indonésie à s’impliquer davantage dans la résolution politique du conflit.
Au plan militaire, Prabowo, qui est l’actuel ministre de la Défense, a organisé un rapprochement avec les Occidentaux. Au départ, en 2021, l’armée de l’air indonésienne voulait s’équiper de Soukhoïs russes. Les Américains ont fait pression sur l’Indonésie et menacé le pays de sanctions économiques. Prabowo a opté en définitive pour l’achat de Rafales français et de F-15 américains. Pour autant, la doctrine militaire du pays n’a pas fait l’objet d’une réelle mise à jour et la campagne électorale ne l’évoque pas.
Dans la relation avec la Chine, Prabowo a une approche pragmatique. Il prend en compte son poids économique en Asie et le rôle qu’elle peut jouer pour le développement de l’Indonésie. L’hostilité à l’égard des Chinois touche plutôt la diaspora chinoise en Indonésie. Par exemple, les investissements dans la filière de transformation du nickel associent des entreprises publiques chinoises et indonésiennes, mais ignorent les sociétés privées de la diaspora chinoise.
Pour ce qui concerne la relation avec la France, il ne faut pas oublier que la famille de Prabowo a des liens avec votre pays. Prabowo parle français. Son père Sumitro, ancien ministre et économiste distingué, était une proche connaissance de Pierre Messmer, ancien ministre de la Défense sous De Gaulle.


Le fils aîné de l’actuel président Jokowi, qui s’appelle Gibran, est candidat à la vice-présidence en partenariat avec Prabowo. Quel sera son rôle si Prabowo gagne les élections ?
La participation de Gibran Rakabuming Raka aux élections a soulevé un débat constitutionnel, car il n’a que 37 ans et l’âge requis pour une candidature à ce niveau est de 40 ans. Il a fallu une décision ad hoc de la Cour constitutionnelle en octobre dernier pour lui accorder une dérogation. Or cette cour était présidée par son oncle Anwar Usman [le beau-frère de Jokowi, NDLR], ce qui pose un sérieux problème de conflit d’intérêt. Le Conseil d’Honneur de la Cour constitutionnelle [qui traite les problèmes d’éthique, NDLR] a par la suite été saisi pour statuer sur ce problème de conflit d’intérêt. Il a démis Anwar Usman de sa fonction de président de la Cour constitutionnelle, mais il en reste membre et la dérogation accordée à Gibran n’a pas été annulée.
La candidature de Gibran est donc entachée d’un parfum d’illégalité. Il a par ailleurs une image d’immaturité et d’arrogance, d’autant plus préoccupante que des rumeurs circulent sur la santé de Prabowo. Si ce dernier n’était plus en mesure de diriger le pays un jour, la perspective de Gibran comme président inquiète, et ceci peut faire perdre quelques points à Prabowo lors du premier tour des élections.


Prabowo s’inscrit-il entièrement dans la continuité de Jokowi ? Présente-t-il une menace pour la démocratie en Indonésie ?
Son passé de général orchestrant en 1998 la répression contre l’opposition démocratique, et menant des actions de commandos sanglantes au Timor et en Papouasie de l’Ouest n’est plus un enjeu majeur aujourd’hui. Une partie des militants des droits de l’homme de l’époque l’ont rejoint, et l’interdiction de séjour dont il a longtemps fait l’objet aux États-Unis n’est plus de mise.
Au plan politique, il devrait effectivement s’inscrire dans la continuité de Jokowi, mais probablement dans un style plus autoritaire et clivant. Jokowi a fait pratiquement un parcours sans faute pour assurer la cohésion du pays, avec des niveaux d’approbation très élevés dans l’opinion. C’est seulement ces derniers mois qu’il a soulevé pas mal d’hostilité avec son approche « dynastique » de la succession. Prabowo pourrait pratiquer l’intimidation et se montrer beaucoup moins tolérant à l’égard de l’opposition. Il ne sera sans doute pas en mesure de museler la presse indonésienne, qui est très diverse, avec beaucoup de chaînes de télévision, de journaux et de médias sociaux, avec quand même un contrôle capitalistique assuré par l’oligarchie du pays.

28/12/2024 >> Le président sortant Jokowi décerne à Prabowo, son successeur élu et ancien commandant des forces spéciales, le grade honorifique de général 4 étoiles. Prabowo est le 7e militaire à recevoir ce titre depuis la fin du règne de Suharto en 1998.