Ni rouge, ni noir, ni vert. L'autonomie rejette partis,
syndicats et toute forme de gestion et de pouvoir.
Rassembler des foules sous un même drapeau
trouve toujours son origine dans une imposture.
Seule une révolution mettra fin à un système
dont l'obsession de l'argent entraine l'humanité
vers la catastrophe.
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Date de création : 10.03.2011
Dernière mise à jour :
04.02.2026
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Je fais un point sur les 48 dernières heures ou premières heures de cette nouvelle guerre entre Israël et Gaza.
– La branche armée du Hamas a déclenché samedi son opération périodique contre Israël ("déluge d'Al-Aqsa") consistant en des tirs de roquettes depuis la bande de Gaza, la manière habituelle d'écouler ses stocks. Mais cette fois, c'est plus sérieux.
Des commandos infiltrés ont tué et kidnappé un grand nombre de civils et militaires dans les localités proches de la frontière avec Gaza. Le Hamas a dit avoir capturé "des dizaines de soldats et officiers israéliens". Ces otages ont été placés "dans des lieux sûrs et des tunnels", d'après son porte-parole, sans doute en vue d'un futur échange avec des prisonniers palestiniens.
Coïncidence ? Cette attaque s'est produite un jour après la commémoration du 50e anniversaire de la guerre du Kippour, en 1973.
– Le Hamas a sans doute voulu profiter de la désorganisation de l'armée israélienne suite aux manifestations contre la réforme de la Justice. Mais c'est peut-être aussi une réaction aux Accords d'Abraham entre Israël et des Etats arabes dits "modérés" (Bahreïn, Emirats, Maroc) et à l'imminence d'un accord de normalisation des relations entre Israël et l’Arabie saoudite.
Cette tendance au rapprochement avec Israël est rejetée par la jeune génération arabe qui y voit une compromission inacceptable. Lors de la Coupe du monde de football au Qatar, on a souvent vu le drapeau palestinien brandi alors que le comité d'organisation avait fait interdire tout autre drapeau que ceux des nations participantes. D'autre part, le fossé ne cesse de s'élargir entre la rue palestinienne qui se radicalise et une vieille garde divisée et sclérosée forcée de s'adapter pour se maintenir au pouvoir.
– « Cette attaque marque l'effondrement de la conception israélienne de la sécurité et de la défense. Des milliards ont été dépensés pour construire autour de Gaza une barrière soi-disant infranchissable et voilà des centaines de commandos du Hamas qui ont pénétré le territoire israélien », disait Charles Enderlin, samedi matin sur France info. En l'espace de quelques minutes, la doctrine du "tout sécuritaire" a volé en éclats.
Cette attaque surprise a provoqué la colère des habitants contre le gouvernement Netanyahou "incapable de les protéger", et qui se disent avoir été "abandonnés". Le bilan de l'attaque est lourd pour Israël: plus de 700 morts (dont 260 massacrés lors d'une fête dansante), 2.100 blessés, et une centaine d'otages. Côté palestinien, on parle de plus de 400 morts et 2.300 blessés à Gaza.
– L'armée israélienne a riposté dimanche matin à des tirs de mortiers provenant du Sud-Liban, revendiqués par le Hezbollah en "solidarité avec le peuple palestinien". L'offensive du Hamas serait soutenue par l'Iran. On ignore si le Hezbollah en restera à des représailles symboliques ou si le mouvement chiite est prêt à s'engager dans une nouvelle guerre comme en 2006. Pour l'heure, on ne constate pas d'extension régionale sur d'autres fronts.
– C'est la 5e guerre entre Israël et le Hamas depuis 2005 et la rétrocession de la bande de Gaza, mais c'est la première fois que le Hamas occupe une partie du territoire israélien, s'emparant même de deux bases militaires. En riposte, l'armée israélienne a lancé l'opération "Sabres d'acier" pour repousser l'infiltration du Hamas et, selon Netanyahou, le "détruire". Celui-ci promet "une vengeance terrible". Au vu des moyens déployés, cette guerre sera plus longue que les précédentes...
Dimanche matin, l'armée israélienne ratissait les villages frontaliers après avoir fait évacuer les habitants. La semaine prochaine, elle sera dans Gaza...
>> Le ministre israélien de la Défense, Yoav Gallant, déclare que la bande de Gaza sera soumise à un « blocus total ». Il affirme que les autorités couperont l’électricité et bloqueront l’entrée de nourriture et de carburant.
Gaza est déjà soumise à un blocus aérien, terrestre et maritime qui paralyse son économie depuis 2007. 2 millions d’habitants font face quotidiennement à des pénuries d’eau et d’électricité, ainsi qu’à un manque de médicaments et d'équipements médicaux. Les bombardements israéliens sur des bâtiments de la ville sont incessants depuis la nuit dernière.
Le bilan des 72 dernières heures s'établit à 900 morts et 2.400 blessés en Israël, 700 morts et 3.700 blessés à Gaza.
>> Le Hamas menace de tuer des otages en cas d'attaques contre des civils à Gaza. « Chaque fois que notre peuple sera pris pour cible sans avertissement, cela entraînera l'exécution d'un des otages civils », a affirmé sa branche armée, les brigades Ezzedine al-Qassem, dans un communiqué.
Comment la plus puissante armée du Moyen-Orient a été prise par surprise par le Hamas
par Sami Boukhelifa
RFI - 08 oct 2023
https://www.rfi.fr/fr/moyen-orient/20231008-isra%C3%ABl-comment-la-plus-puissante-arm%C3%A9e-du-moyen-orient-a-%C3%A9t%C3%A9-prise-par-surprise-par-le-hamas
Après l’attaque surprise de la branche armée du Hamas et son infiltration sur le sol israélien, en Israël comme du côté palestinien, des centaines de morts et des milliers de blessés sont annoncés. Les combats ont continué toute la nuit entre les combattants du Hamas et l’armée israélienne. Dans cette offensive, Israël a été pris de court, et pourtant, tous les éléments étaient réunis pour qu’un événement aussi tragique ait lieu.
Israël est vulnérable depuis des mois. La raison ? La réforme de la justice souhaitée par le gouvernement de Benyamin Netanyahu, qui est massivement rejetée par la rue. Les Israéliens la qualifient de putsch. Alors pour protester contre cette réforme jugée antidémocratique, il y a eu des manifestations hebdomadaires à travers le pays ces dernières semaines. Mais il y a aussi été question d’autres moyens de protestations, comme le refus de mobilisation militaire. Les réservistes de l’armée et en particulier les pilotes de combat israéliens ont refusé de s'entraîner ces derniers mois. Sauf que la défense israélienne repose en grande partie sur ces réservistes.
Résultat: ce samedi 7 octobre, la plus puissante armée du Moyen-Orient a été prise de court et mise en échec. Ses avions de guerre ont été cloués au sol. Elle a mis des heures à réagir: une débâcle totale. Les commandos du Hamas se sont infiltrés en territoire israélien avec une facilité déconcertante, sans presque aucune résistance en face. Des bases de l’armée israélienne ont été conquises en rien de temps. Des soldats ont été capturés, abattus. Des civils et des militaires israéliens ont été enlevés et envoyés à Gaza. Il s'agit à la fois d'un échec militaire pour Israël et d'un échec cuisant pour ses services de renseignements.
Si l’armée israélienne a donc tardé à réagir, elle écrase pourtant désormais Gaza sous les bombes. Le message d’Israël est clair: « vous nous terrorisez, on vous terrorise ». L’armée israélienne a ciblé, comme en 2021 lors de la précédente grande guerre à Gaza, les tours d’habitation. Officiellement parce qu’elles abritent des positions du Hamas. Mais la réalité derrière cette stratégie est la volonté de frapper fort, de marquer les esprits, de traumatiser et de couper l’envie de recommencer aux Palestiniens.
Encore une fois, l’État hébreu se lance dans la politique du "tout sécuritaire". Une stratégie pourtant défaillante, aussi vieille que l’occupation et qui dure depuis 56 ans. Répression, colonisation, attaques de colons, des centaines de Palestiniens tués chaque année, des détentions arbitraires, la profanation de lieux saints musulmans et chrétiens… La violence appelle la violence. Malheureusement, les civils innocents israéliens et palestiniens en payent le prix.
Le groupe armé palestinien, au pouvoir à Gaza, s’est tenu à l’écart des tensions avec Israël durant cette dernière année. Il a économisé ses forces pour cette opération commando inédite. Ces derniers mois, il y a eu des échanges de tirs entre Israël et la bande de Gaza. Mais ils ont surtout opposé l’État hébreu et le Jihad islamique, un autre groupe armé palestinien présent dans l’enclave. On s’interrogeait alors du silence étrange du Hamas, qui fait désormais sens.
Début septembre, la situation a un peu changé. Le Hamas a organisé des manifestations le long de la barrière de sécurité qui sépare Gaza du territoire israélien. Des Palestiniens ont pu atteindre cette barrière de sécurité et la sectionner par endroit. Aujourd’hui, l’on comprend qu’ils étaient en réalité en train de tester les défenses israéliennes.
Attaque du Hamas sur Israël: "Une faillite historique" des services de renseignement israéliens
Entretien avec David Khalfa, codirecteur de l'Observatoire de l’Afrique du Nord et du Moyen-Orient de la Fondation Jean-Jaurès
Propos recueillis par Lara Bullens et Barbara Gabel
France24 - 08 oct 2023
https://www.france24.com/fr/moyen-orient/20231007-attaque-du-hamas-sur-isra%C3%ABl-une-faillite-historique-des-services-de-renseignement-isra%C3%A9liens
Le Hamas a lancé une attaque surprise contre Israël samedi, en tirant des milliers de roquettes et infiltrant des combattants en territoire israélien. Opération "déluge d'Al-Aqsa". C'est le nom de l'attaque massive lancée samedi 7 octobre par le Hamas contre Israël depuis la bande de Gaza, mettant fin à une trêve globalement respectée depuis la fin d'une guerre de cinq jours entre Israël et le territoire palestinien en mai. La branche armée du mouvement islamiste, qui contrôle la bande de Gaza depuis 2007, a annoncé avoir lancé plus de 5.000 roquettes et infiltré des combattants en territoire israélien. Le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu a promis des représailles. "Notre ennemi va payer un prix tel qu'il ne l'a jamais connu", a-t-il lancé, dans une allocution. Et d'ajouter: "nous sommes en guerre et nous allons gagner".
Dans quelle mesure cette attaque contre Israël est-elle sans précédent ?
C'est une attaque sans précédent à la fois par son envergure et par sa sophistication. Depuis la guerre du Kippour [conflit opposant Israël à une coalition militaire arabe menée par l'Égypte et la Syrie en 1973, NDLR], Israël n'a jamais été confronté à ce type d'attaque avec une véritable invasion terrestre. Des forces de commandos du Hamas opèrent en profondeur sur le territoire israélien, avec un modus operandi d'une armée. Ce sont des forces spéciales aguerries, entraînées et dotées de moyens tactiques modernes, et qui mènent des combats qui se déroulent dans plusieurs localités simultanément.
On parle de sept à huit pick-up, composés d’environ sept à huit miliciens islamistes du Hamas chacun, qui patrouillent dans les rues des villes et des villages du sud d'Israël, qui ont tué des civils à bout portant, qui ont pris en otage des familles entières avec femmes et enfants. On est dans une configuration complètement inédite.
C'est une attaque surprise, massive et coordonnée. Elle implique un niveau de préparation de renseignements du côté du Hamas et probablement de soutien logistique aussi, avec en toile de fond le resserrement des liens entre le Hamas, le Jihad islamique d'un côté et le Hezbollah libanais et l'Iran de l'autre, qui expliquent assez largement ce qui est en train de se dérouler.
Comment les renseignements israéliens n’ont-ils rien vu venir ?
C'est une faillite majeure des services de renseignement israéliens. C'est une faillite qu'on pourrait même qualifier d'historique, et qui pourrait être, sans exagération, comparée à celle de 1973. Israël est un pays qui est en état d'alerte permanent, qui est sur le pied de guerre, qui est sur le qui-vive. Or, aujourd'hui, on constate un certain degré d'impréparation, probablement une erreur d'analyse d'estimation des services de renseignement israéliens. C’est probablement aussi une erreur de préparation des forces spéciales israéliennes.
On sent bien que l'armée israélienne, elle-même, est dans un état de sidération, parce qu'elle est dans le brouillard de la guerre. La réussite de l’opération du Hamas repose sur l'effet de surprise et aussi sur des manœuvres interarmées. L’opération est tridimensionnelle: air, mer, terre. C'est cela qui a sans doute surpris les Israéliens.
Israël est aussi un pays qui compte sur sa technologie pour anticiper les menaces et pour les neutraliser en amont. Sauf que les évènements d'aujourd'hui démontrent qu'il y a à la fois un problème d'anticipation, et possiblement un problème d'analyse du niveau de la menace. Le scénario qui avait été envisagé par les services israéliens était plutôt celui d'une invasion par le nord, c'est-à-dire via le Hezbollah au Sud-Liban. Or aujourd'hui, ils ont été pris à revers.
Pourquoi l'opération du Hamas survient-elle maintenant ?
Cette opération terroriste intervient à un moment précis de l'histoire d'Israël qui est confronté à une crise politico-institutionnelle mais aussi identitaire inédite, avec une polarisation et une fracturation de la société de très grande ampleur. Cette crise nationale secoue le pays depuis plusieurs mois désormais, avec des manifestations hebdomadaires. Le Hamas n'a pas caché sa volonté de profiter de la vulnérabilité apparente d'Israël pour mener ce type d'attaque.
Par ailleurs, il y a une date anniversaire, celle des 50 ans de la guerre du Kippour. C'est d'ailleurs aujourd'hui précisément l'anniversaire à la date hébraïque de la guerre du Kippour qui justement a été une guerre d'invasion avec un effet de surprise des armées arabes coalisées. Donc il y a une volonté très claire du Hamas de s'inscrire dans ce sillage sur le plan symbolique et communicationnel, avec une volonté de frapper fort et vite. Les Israéliens sont vraiment sous le choc et dans un état de sidération.
Offensive du Hamas en Israël: « Même dans l’espace arabo-musulman, c’est un tournant »
Entretien avec Hasni Abidi, directeur du CERMAM, le Centre d'études et de recherche sur le monde arabe et méditerranéen
Propos recueillis par Julien Coquelle-Roëhm
RFI - 08 oct 2023
https://www.rfi.fr/fr/moyen-orient/20231008-offensive-du-hamas-en-isra%C3%ABl-m%C3%AAme-dans-l-espace-arabo-musulman-c-est-un-tournant
Une offensive d'une telle ampleur de la part du Hamas, c'est un tournant, selon vous ?
Oui, c’est un tournant, dans la mesure où le Hamas, aujourd’hui, se positionne comme unique interlocuteur, évidemment, voulant une certaine légitimité populaire palestinienne. Et même dans l’espace arabo-musulman, c’est un tournant, parce que c’est la première fois que nous assistons à un mouvement palestinien qui occupe des terres dans le sud d’Israël, ce que même des États arabes n’ont pas réussi à faire. Et le troisième élément, c’est que cette attaque massive et surprise montre finalement la fragilité et la vulnérabilité du système de sécurité israélien.
On l'a dit, cette opération du Hamas est sans précédent, avec notamment des milliers de roquettes tirées samedi depuis Gaza, territoire enclavé pourtant minuscule et observé de très près par Israël. Est-il seulement possible que le Hamas y soit parvenu sans soutien extérieur ?
Le Hamas a acquis une certaine expertise, même expérience, en matière de fabrication, de confection d’arsenal militaire. La frontière avec l’Égypte n’est pas non plus infaillible, les souterrains ont par moment aidé les factions palestiniennes, plusieurs factions, pas seulement le Hamas, à se doter de cet arsenal. Et il n’est pas exclu, c’est une hypothèse bien sûr, que les Iraniens aient joué un rôle important, ainsi que le Hezbollah libanais, et contribuent aussi dans ce renforcement des capacités militaires du Hamas.
L'artillerie israélienne a frappé ce dimanche matin sur le sud du Liban en réponse à des tirs en provenance du sol libanais. Le Hezbollah revendique ces tirs « en solidarité avec la résistance et le peuple palestinien ». Le conflit peut-il s'étendre à d'autres fronts aujourd’hui ?
Le front libanais, c’est l’un des fronts les plus mous et aussi les plus vulnérables. Le Hezbollah obéit aussi à un agenda intérieur libanais qui ne lui est pas favorable, en ce moment. On a aussi vu, ces derniers mois, des visites répétées entre responsables militaires et politiques du Hamas au sud du Liban, et je pense que justement, ces tractations ont certainement abouti à nouer des relations importantes entre les deux. Et pour Israël, bien sûr, c’est un défi supplémentaire, d’être présent sur deux fronts importants.
L’autre question qui se pose ce dimanche matin est celle des motivations, des objectifs du Hamas avec cette offensive, les prises d'otages de soldats et de civils israéliens ramenés à Gaza samedi, qui semblent un moyen pour le groupe d'attirer l'armée israélienne dans l'enclave, de la contraindre à une intervention au sol dans un théâtre urbain. Que cherche à obtenir le Hamas, politiquement et stratégiquement, aujourd’hui ?
Améliorer ses conditions de négociations, ramener les Israéliens à des négociations avec des partenaires connus, des partenaires traditionnels, les médiateurs, l’Égypte et le Qatar [La Turquie aussi; ndc], et cette fois-ci, le Hamas va encore négocier en position de force. Le Hamas avait deux objectifs qui sont très importants dans son discours: c’est la défense, bien sûr, de la mosquée Al-Aqsa, d’où le nom de l’opération, "déluge d’Al-Aqsa", c’est très important pour justement dire à son audience qu’il est le seul défenseur de ce lieu saint. Le deuxième élément, à mon avis, c’est la libération de plusieurs prisonniers des brigades d’Al-Qassam, mais aussi du Jihad islamique, qui sont dans les prisons israéliennes. On le sait, il est capable d’échanger 1 Israélien contre probablement 100 Palestiniens, et ça, c’est un élément important, parce que le Hamas est aussi sous pression intérieure, sur le plan économique et social. Le Hamas, c’est un échec total dans la gestion économique et sociale pour plusieurs raisons. Et il y a aussi la peur d’être dépassé par des arrangements, par des négociations, qui vont l’exclure de tout deal politique dans la région.
On évoque une possible volonté de la part du Hamas d'enrayer la normalisation des relations entre Israël et l'Arabie saoudite, c'est une analyse que vous partagez ? Cette opération peut-elle avoir un impact sur ce processus ?
À court terme, oui, on peut dire que ce processus est complètement torpillé par l’attaque du Hamas et par ses parrains. Il faut toujours donner une dimension locale à ce qui se passe en Cisjordanie et à Gaza. Même s’il y a des acteurs étrangers, la donne intérieure propre aux Israéliens et aux Palestiniens, c’est la motivation principale de cet embrasement, et évidemment, il est très difficile pour le prince héritier Mohammed Ben Salmane d’accélérer le pas vers une normalisation dans les conditions que l’on connait aujourd’hui.
Dans les pays du monde arabe qui ont déjà normalisé les relations avec Israël, il y en a un petit nombre, l'offensive du Hamas et la riposte d'Israël peut-elle, notamment par les images, remobiliser les opinions ? Est-ce qu'on pourrait voir les autorités de ces pays en porte-à-faux, la relation se tendre avec leur population sur cette question ?
Évidemment, il y a une prudence, et même une absence de réaction officielle de certains États, et notamment de ceux qui ont conclu les accords d’Abraham, et ceux qui sont candidats, bien sûr – le Soudan, le Maroc, les Émirats arabes unis. Attention, la population n’est pas acquise à ce processus de normalisation, je pense qu’il est important dans l’intérêt d’Israël, et même des États-Unis, qui ont passé leur temps, finalement, à obtenir ce grand deal, de savoir que cette paix restera toujours une paix de fiction, une paix artificielle: il s’agit d’une transaction entre certains États arabes et Israël, mais pas véritablement une paix qui est partagée par les populations du monde arabe.
Cette offensive du Hamas se fait aussi dans un contexte de divisions, de dissensions avec l'Autorité palestinienne. Quel impact cela peut-il avoir ? Y compris dans l'opinion palestinienne ? Est-ce qu’on pourrait voir, par exemple, le Hamas reprendre la main ? On a vu, par exemple, des manifestants avec des drapeaux du Hamas samedi, à Ramallah, c’est une image plutôt inhabituelle ?
Oui, inhabituelle. Jusqu’à maintenant, il est très difficile de parler d’une certaine popularité du Hamas en Cisjordanie, mais face à l’effacement complet de l’Autorité palestinienne et la fragilité, à la fois physique, mais aussi politique, de Mahmoud Abbas, il est très difficile de voir un rôle central de l’Autorité palestinienne. L’Autorité palestinienne joue le rôle qu’on veut lui donner, que les Américains veulent lui donner, qu’Israël veut lui donner. Mais après avoir marginalisé l’Autorité palestinienne, d’abord par Tel-Aviv, mais aussi par les États-Unis, en disant que ce n’est pas un interlocuteur valable, en refusant de donner les moyens financiers et politiques à l’Autorité palestinienne, aujourd’hui, nous sommes face à une autorité qui a un pouvoir qui ne dépasse pas le pouvoir d’une municipalité. Donc oui, le Hamas a de fortes chances d’obtenir, finalement, une certaine majorité. Et probablement, des éléments proches du Hamas sont en Cisjordanie, ce qui va compliquer la tâche sécuritaire pour Israël, mais aussi accélérer la mutation au sein du mouvement Fatah et aussi au sein de l’OLP.
Succession d'affrontements entre Israël et la bande de Gaza depuis 15 ans
RTS - 07 oct 2023
https://www.rts.ch/info/monde/14372823-succession-daffrontements-entre-israel-et-la-bande-de-gaza-depuis-15-ans.html
Israël d'un côté, les mouvements palestiniens Hamas et Djihad islamique de l'autre, se sont livré une succession de guerres dans la bande de Gaza depuis 2008. (...)
* Décembre 2008
Le 27 décembre 2008, Israël lance une vaste offensive aérienne contre la bande de Gaza pour mettre fin aux tirs de roquettes à partir de ce territoire palestinien que contrôle depuis 2007 le mouvement islamiste Hamas (opération "Plomb durci").
Le 3 janvier 2009, les troupes israéliennes pénètrent dans le territoire palestinien.
Le 18 janvier, un cessez-le-feu met fin à l'opération. Quelque 1.400 Palestiniens et 13 Israéliens ont été tués.
En juillet, Amnesty International publie un rapport accablant sur l'offensive, accusant à la fois Israël et le Hamas de "crimes de guerre".
* 2012 - "Pilier de défense"
Le 14 novembre 2012, l'armée israélienne lance l'opération "Pilier de défense" contre les groupes armés à Gaza, qui débute par l'assassinat ciblé du chef des opérations militaires du Hamas, Ahmad Jaabari. En huit jours de frappes aériennes intensives, plus de 170 Palestiniens meurent, dont une centaine de civils. 6 Israéliens, dont 4 civils, sont tués.
L'armée israélienne dit avoir frappé 1.500 cibles, dont 19 centres de commandement. Plus de 900 roquettes lancées de Gaza ont atteint Israël, plus de 400 autres ont été interceptées. Les Brigades Ezzedine al-Qassam, la branche armée du Hamas, affirment avoir tiré à elles seules plus de 1.500 roquettes.
* 2014 - "Bordure protectrice"
Le 8 juillet 2014, Israël lance l'opération "Bordure protectrice" pour faire cesser les tirs de roquettes et détruire les tunnels creusés depuis Gaza.
Le 26 août, après 50 jours de guerre, le Hamas et Israël concluent un accord de cessez-le-feu, négocié par l'intermédiaire de l'Egypte. La guerre, qui a ravagé l'enclave, a fait au moins 2.251 morts du côté palestinien, pour la plupart des civils, et 74 du côté israélien, quasiment tous des soldats. Près de 55.000 maisons ont été touchées par les frappes israéliennes, dont au moins 17.200 totalement ou quasi totalement détruites, selon le Bureau de coordination des Affaires humanitaires de l'ONU (OCHA).
* 2021 - "Gardien des murs"
En 2021, le Hamas lance les hostilités le 10 mai en tirant des salves de roquettes en "solidarité" avec les centaines de Palestiniens blessés lors d'affrontements avec la police israélienne sur l'esplanade des Mosquées de Jérusalem, 3e lieu saint de l'islam.
Dans la foulée, Israël lance l'opération "Gardien des murs" visant à "réduire" les capacités militaires du Hamas en multipliant les frappes aériennes. Après d'intenses tractations diplomatiques, un cessez-le-feu entre en vigueur le 21 mai.
En 11 jours, le Hamas et le Djihad islamique, mouvements palestiniens qualifiés de "terroriste" par Israël, l'UE et les Etats-Unis, ont lancé plus de 4.300 roquettes, des tirs d'une intensité inégalée contre Israël. 90 % des projectiles ont été interceptés par son bouclier antimissile. Les affrontements ont fait au moins 232 morts côté palestinien, dont 65 enfants, et 12 morts en Israël, dont un enfant de 6 ans et une adolescente de 16 ans.
[Après la guerre de 2021, Israël a opté pour une politique d’incitations économiques et d'intégration par le travail, espérant garantir une trêve durable. Il a ainsi augmenté le nombre de permis de travail et de concessions délivrés aux habitants de Gaza, permettant à 18.500 travailleurs d’entrer en Israël ndc]
* 2023 - "Bouclier et flèche"
Quelques jours après des échanges de tirs avec le Djihad islamique, Israël lance le 9 mai 2023 des raids aériens sur la bande de Gaza (opération "Bouclier et flèche") qui tuent 15 Palestiniens dont trois commandants militaires du mouvement.
Le Djihad islamique réplique avec plusieurs centaines de roquettes, qui ne font aucun blessé en Israël.
Le 11 et le 12 mai, Israël élimine coup sur coup deux chefs militaires du mouvement palestinien.
Une trêve négociée par l'Egypte entre en vigueur le 13 mai après 5 jours d'une guerre qui a fait 35 morts.
10/10/2023 >> Israël dit avoir repris le contrôle de la frontière avec Gaza, mais les combats continuent.
>> La phrase du jour: « L'imposition de sièges qui mettent en danger la vie des civils en les privant de biens essentiels à leur survie est interdite par le droit international humanitaire » (Volker Türk, Haut-Commissaire de l'ONU aux droits de l'Homme - HCDH, dans un communiqué. Un rappel utile que les politiciens occupés à soutenir les opérations de l'armée israélienne passent sous silence)
11/10/2023 >> Netanyahou et Gantz, le chef de l'opposition, se mettent d'accord pour former un "gouvernement d'urgence" pendant toute la durée de la guerre. Le mouvement de contestation est suspendu.
Des années de subterfuge, une barrière high-tech paralysée: Comment le Hamas a brisé les défenses d’Israël [Extrait]
par Toi Staff avec AFP, The Times of Israel - 11 oct 2023
https://www.timesofisrael.com/years-of-subterfuge-high-tech-barrier-paralyzed-how-hamas-busted-israels-defenses/
(...) Selon des détails rapportés mardi par le New York Times, citant les évaluations initiales de quatre hauts responsables de la sécurité israélienne, l’échec opérationnel a commencé lorsqu’une alerte urgente tôt samedi matin par des responsables du renseignement au sujet d’une augmentation soudaine des réseaux de communication du Hamas n’a pas été suivie d’effet par les gardes-frontières, qui ne l’ont probablement pas reçue ou ne l’ont pas lue.
Mais le principal échec serait dû à une dépendance excessive à l’égard de la clôture frontalière télécommandée et à ses défenses inappropriées, ce qui a permis aux drones contrôlés à distance par le Hamas de bombarder et de désactiver les tours de communication, les centres de surveillance et les mitrailleuses télécommandées près de la frontière, ainsi que de désactiver les caméras de sécurité avec des tirs de snipers, rendant instantanément la frontière sans défense.
Peu de soldats étaient stationnés près de la frontière, à la fois parce que les forces étaient détournées vers la Cisjordanie et parce que la dépendance à l’égard de la barrière de haute technologie a conduit les militaires à croire que les troupes n’avaient pas à garder physiquement la frontière en grand nombre. (...)
EDIT (12 octobre 2023)
Des enfants retrouvés « massacrés » dans un kibboutz israélien, dit Tsahal, alors que l’horreur des attaques du Hamas près de la frontière commence à être connu
[Children found ‘butchered’ in Israeli kibbutz, IDF says, as horror of Hamas’ attacks near border begins to emerge]
par Muhammad Darwish et Nic Robertson à Kfar Aza, en Israël; avec Amir Tal à Jérusalem; Artemis Moshtaghian à New York; et Ivana Kottasova à Tel Aviv, Sana Noor Haq et Christian Edwards à Londres
CNN - 12 oct 2023
https://edition.cnn.com/2023/10/10/middleeast/israel-kibbutzim-kfar-aza-beeri-urim-hamas-attack-intl/index.html
Kfar Aza (Israël) — Les corps de résidents israéliens et d’assaillants du Hamas gisaient mardi devant des maisons incendiées dans le kibboutz israélien Kfar Aza, quelques jours après que le groupe militant palestinien a lancé un assaut surprise à grande échelle contre Israël. Le Hamas a envoyé des vagues de combattants lourdement armés traversant la frontière depuis Gaza et se déchaînant dans les communautés rurales – Israël a déclaré avoir trouvé 1.500 corps de militants à la suite de l’attaque.
Des maisons à Kfar Aza ont été saccagées et incendiées. Des matelas renversés, des meubles détruits, des bibelots cassés et des grenades non explosées jonchaient le sol, ainsi que des corps – une fenêtre sur l’ampleur de la dévastation causée par le Hamas dans cette région. « Je n’ai jamais rien vu de tel dans ma carrière, jamais en 40 ans de service quelque chose que je n’aurais jamais imaginé », a déclaré mardi le major-général Itai Veruv à CNN, quelques heures seulement après que les troupes israéliennes ont sécurisé le kibboutz des assaillants du Hamas.
À Kfar Aza, les Forces de défense israéliennes (FDI) allaient de maison en maison, ramassant les morts dans des sacs mortuaires et les chargeant dans un camion. L’armée israélienne a déclaré à CNN que les femmes, les enfants, les tout-petits et les personnes âgées ont été « brutalement massacrés selon une manière d’action de l’EI ». Le Hamas a nié que ses militants aient décapité des enfants ou attaqué des femmes. Le porte-parole et haut responsable du groupe militant, Izzat al-Risheq, a qualifié mercredi l’accusation d'"allégations fabriquées et sans fondement ».
Kfar Aza est l’un des nombreux kibboutzim, petites enclaves agricoles, qui ont subi le poids de l’assaut terrestre du Hamas samedi. Un certain nombre de kibboutzim et de villes ont été ciblés, notamment Kfar Aza, Be’eri, Ofakim, Sderot, Yad Mordechai, Yated, Kissufim et Urim. Les fêtards d’un festival de musique organisé dans le désert à l’extérieur de Be’eri ont également été abattus et pris en otage.
Au moins 1 200 personnes sont mortes en Israël depuis le début du conflit, a déclaré mercredi le porte-parole de Tsahal, le lieutenant-colonel Jonathan Conricus. Israël a riposté en pilonnant Gaza avec une campagne aérienne implacable qui a rasé des maisons, des écoles, des institutions médicales et des bâtiments gouvernementaux dans la bande assiégée. (...)
« Massacre » à Kfar Aza
Les kibboutzim remontent à l’époque de la fondation d’Israël, lorsque de petits groupes de personnes ont mis en place des communautés basées sur l’idée de la vie en communauté. Environ 125.000 personnes vivent dans environ 250 kibboutzim en Israël, selon l’Agence juive pour Israël. Pour beaucoup, ils étaient des symboles de bonne vie et de sécurité. Ce qui s’est passé ce week-end a détruit cette idylle.
Des bébés et des bambins ont été retrouvés « décapités » à Kfar Aza, a déclaré mercredi Tal Heinrich, porte-parole du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu. CNN n’a pas pu vérifier ce rapport de manière indépendante, et le Hamas a déclaré que les reportages des médias sur l’attaque d’enfants étaient faux. Cela vient après que Tsahal a déclaré à CNN mardi que les meurtres de Kfar Aza équivalaient à un « massacre ».
Le major-général Veruv a déclaré que ses soldats avaient passé « environ 48 heures » à combattre « des vagues et des vagues de terroristes » sur les routes et dans les communautés voisines. Il a dit qu’il avait commencé à combattre les militants dans le moshav (communauté) de Yakhini samedi, se déplaçant ensuite « de bataille en bataille », sur la route de Sderot, avant de rejoindre le kibboutz Be’eri lundi soir. « J’ai vu des centaines de terroristes en armure complète, en équipement complet, avec tout l’équipement et toute la capacité de faire un massacre, aller d’appartement en appartement, de pièce en pièce et tuer des bébés, des mères, des pères dans leurs chambres », a déclaré Veruv.
Veruv a déclaré qu’il avait été retiré de Tsahal pendant 8 ans avant de se précipiter pour rejoindre les efforts de contre-offensive samedi matin, mais rien n’aurait pu le préparer à ce qu’il a vu. « J’ai entendu parler pendant mon enfance des pogroms en Europe, de l’Holocauste, bien sûr. Toute ma famille est venue d’Europe, ce sont des survivants. Mais je n’aurais jamais pensé que je verrais... des choses comme ça », a-t-il déclaré à propos de la scène à Kfar Aza.
Be’eri
Plus de 100 corps ont été retrouvés à Be’eri lundi. Des civils ont été tués et pris en otage dans le kibboutz, qui abrite environ 1.000 habitants, selon les autorités israéliennes et des vidéos obtenues et authentifiées par CNN. Des militants lourdement armés sont arrivés à Be’eri à moto vers 7h du matin, une demi-heure seulement après avoir franchi la barrière frontalière typiquement high-tech et étroitement gardée entre Gaza et Israël, montrent des vidéos. Un bain de sang s’ensuivit.
Des images montrent des militants tirant trois corps d’une voiture, avant de voler le véhicule et de se diriger vers le nord. La vidéo, qui a d’abord fait surface sur Telegram, a été prise par une caméra de surveillance à Be’eri. CNN a géolocalisé la vidéo à une intersection dans la partie nord-est du kibboutz. Une autre vidéo montre des militants armés emmenant cinq civils israéliens en captivité, avec les corps de quatre personnes vues plus tard gisant sur le sol à proximité dans une autre vidéo vérifiée par CNN.
Des habitants terrifiés ont déclaré à la chaîne de télévision israélienne Channel 12 que les assaillants faisaient du porte-à-porte, essayant de pénétrer par effraction dans leurs maisons. Sur au moins 107 corps découverts à la suite des événements, la plupart étaient des résidents locaux du kibboutz, bien que certains appartenaient aux forces de sécurité israéliennes, a déclaré un porte-parole de recherche et de sauvetage à CNN. L’armée israélienne a reconnu lundi que Be’eri avait été « très durement touché ». « Nous pensions que nous aurions besoin de plus de chambres (pour loger les évacués). Nous n’avions pas besoin de toutes les chambres », a déclaré le porte-parole de Tsahal, le lieutenant-colonel Richard Hecht.
L’attaque contre Be’eri a eu lieu à peu près au même moment où les militants du Hamas sont descendus dans un festival de musique, connu sous le nom de Nova, à seulement 3 miles au sud, tirant sur les fêtards à bout portant et pillant leurs biens. Plus de 260 corps ont ensuite été retrouvés sur le site du festival, et de nombreux participants auraient été capturés et amenés à Gaza, déclenchant une recherche désespérée par des membres de la famille et des gouvernements étrangers.
Urim
À Urim, un kibboutz situé à 10 miles au sud de Be’eri, les habitants se sont réveillés à 6h30 samedi au son des sirènes et se sont précipités vers des abris anti-bombes en surface. La réaction de routine aux tirs de roquettes entrants est rapidement devenue plus préoccupante, car les sirènes ont continué à retentir toute la matinée et elles sont entrées et sorties de leur cachette. Les membres de la communauté, qui n’est pas loin de l’endroit où les militants ont saccagé le festival de musique Nova, ont commencé à voir des rapports d’attaques du Hamas contre les kibboutzim et les villes proches de la frontière.
Wayne Lucas, un natif de Virginie qui sert comme "soldat solitaire" dans l’armée israélienne et vit à Urim, a déclaré qu’il avait parlé à plusieurs amis « qui se cachaient dans leurs maisons des terroristes » et, au fur et à mesure que la journée avançait, il avait entendu parler d’attaques plus près de chez lui. « Nous avons appris qu’un habitant de notre kibboutz que je connais très bien, dont la famille accueille également des soldats isolés, a été abattu au carrefour à l’extérieur de notre kibboutz, près de la station-service. Heureusement, il n’a reçu qu’une balle dans la main », a-t-il déclaré à CNN.
Il y a plus de 7 000 soldats isolés qui servent actuellement dans Tsahal, selon le Lone Soldier Center, de nombreux nouveaux immigrants ou volontaires des communautés juives à l’étranger. Dimanche, après une nuit agitée, les habitants d’Urim ont entendu des coups de feu à proximité. « Peu après 1h30 de l’après-midi, nous avons entendu des coups de feu venant de l’intérieur du kibboutz. Nous avons tous tout laissé tomber. Nous avons couru aussi vite que nous avons pu jusqu’aux abris. Nous avons verrouillé les portes et nous nous barricadions à l’intérieur. Les gens avaient des couteaux et des choses aléatoires à utiliser comme armes », a déclaré Lucas.
Tous les bâtiments israéliens érigés après 1993 doivent avoir des abris anti-bombes – des chambres renforcées avec des murs en béton et de lourdes portes en acier. Mais ces salles sûres sont conçues pour résister à une attaque à la roquette, pas à une incursion armée. Les portes sont lourdes, mais elles n’ont pas de serrures – elles ne sont pas censées être verrouillables, pour des raisons de sécurité.
Un autre soldat qui vit à Urim a déclaré qu’il avait entendu des coups de feu mais qu’il n’avait pas pu se rendre à l’abri à temps. « J’ai entendu une salve de six balles tirées juste devant ma chambre. Je ne peux pas vous dire à quel point j’avais peur. Je ne savais pas ce que je devais faire en premier : me cacher, verrouiller ma porte, trouver une arme, courir vers l’abri le plus proche ? », a déclaré le soldat, qui a demandé à ne pas être nommé, à CNN. « Il n’y avait nulle part où se cacher, et j’ai fini par me cacher dans mon placard ». Le soldat et Lucas ont déclaré que lorsqu’on leur a donné le feu vert, une unité de l’armée israélienne était à l’extérieur et avait appréhendé plusieurs militants qui avaient tenté de prendre d’assaut le kibboutz.
Nirim
À Nirim, qui se trouve à moins d’un kilomètre de la frontière avec Gaza, les habitants avaient passé vendredi – la veille de l’attaque du Hamas – à célébrer l’anniversaire de la fondation du kibboutz. Guy, un peintre de 33 ans, a déclaré qu’il ne pouvait pas croire les horreurs qui ont commencé le lendemain matin.
Quand il a entendu l’alarme à 6h30, il n’y a pas beaucoup pensé. « Habituellement, cela s’arrête et commence après quelques minutes, puis nous continuons à vivre », a-t-il déclaré à une équipe de CNN sur le terrain. Mais cette fois, c’était différent: l’alarme ne s’est pas arrêtée et les rumeurs ont commencé à tourbillonner. « Des rumeurs ont commencé dans le kibboutz selon lesquelles quelqu’un aurait vu un terroriste dans une voiture et entendu l’arabe », a-t-il déclaré. « Cela ne semblait pas possible. Nous ne pensions pas que cela se produisait. Il attendait dans le refuge avec sa femme, Tamar, et sa mère. Les sœurs de Tamar étaient venues au kibboutz pour la célébration de vendredi, avec leurs maris et leurs trois jeunes enfants, qui avaient passé la nuit dans une autre maison du kibboutz.
Bien que la plupart des maisons du kibboutz aient des abris, ils sont conçus pour protéger les civils des roquettes – pas des intrus armés. « Il est impossible de verrouiller de l’intérieur. Personne n’imaginait qu’il y aurait des terroristes à l’intérieur du kibboutz », a déclaré Guy. Il a passé les heures suivantes à tenir la porte « avec ma main, avec un couteau dans ma poche ». « Je lisais en ligne: Comment puis-je me battre avec un couteau ? », a-t-il dit. Il avait saisi la seule arme qu’il pouvait trouver dans sa cuisine: « Je pourrais faire une salade, mais je ne pense pas pouvoir gagner contre une arme à feu ». Alors qu’il gardait la porte, ils ont entendu des coups de feu et ont commencé à sentir la fumée. « Leur stratégie était de brûler des maisons, d’allumer des incendies alors... les gens sortent », a-t-il dit. « Ensuite, ils ont voulu les tuer ou les kidnapper.
« Finalement, les militaires sont arrivés à 7h, quelque chose comme ça », a-t-il déclaré. Au début, ils ont refusé d’ouvrir la porte: ils avaient envoyé des messages aux autres sur WhatsApp toute la journée et avaient entendu des rumeurs « selon lesquelles les terroristes frappaient également à la porte et disaient qu’ils étaient militaires ». Il a dit que sa femme connaissait beaucoup de gens qui étaient morts. « Ils ont juste massacré tout le monde. Ils ont tué des enfants, des bébés, des grands-mères ». Guy a dit que tout le monde dans le kibboutz demandait: « Où était notre armée ? »
13/10/2023 >> Israël, qui prépare son offensive terrestre, ordonne l'évacuation sous 24 heures de 1,1 million de Gazaouis, soit la totalité de la population au nord de Wadi Gaza, vers le sud de l'enclave. Les Nations-Unies estiment qu'il est impossible qu'un tel déplacement de population ait lieu "sans provoquer des conséquences humanitaires dévastatrices". Les sites de l'UNRWA pour les réfugiés palestiniens - y compris les écoles, les centres de santé et les cliniques - abritent plus de 60 % des 423.000 personnes déplacées ces derniers jours.
Le bilan des attaques en Israël s'est alourdi à 1.300 morts, dont 258 soldats. Côté palestinien, le dernier bilan fait état de 2.200 personnes tuées dans les frappes de représailles, qui ont détruit des quartiers entiers de Gaza. Gaza reçoit une bombe toutes les 30 secondes.
En prévision de cette offensive terrestre, Israël a mobilisé 360.000 réservistes en plus de ses 180.000 militaires professionnels.
14/10/2023 >> Depuis le début de la guerre, des combats d'artillerie sont quasi-quotidiens à la frontière libano-israélienne.