Le Monde d'Antigone

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Dernière mise à jour : 14.02.2026
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Colombie: Une mine de nickel sacrifie biodiversité et santé

Publié le 28/04/2023 à 00:12 par monde-antigone

 
Je n'approuve pas particulièrement le "combat" que mènent des ONG pour que les populations bénéficient des retombées de l'exploitation des mines.
De l'argent, de l'argent, de l'argent pour faire oublier la dégradation de l'environnement, la réduction de l'espérance de vie des populations riveraines. Indemniser des gens malades (le plus tard possible) est un expédient de comptable. Les sociétés minières s'en sortent à peu de frais. C'est ce qu'on voit pourtant au Niger, en Australie, en Amazonie, etc. Un meilleur combat serait plutôt d'obliger ces mines à fermer et ces géants miniers à quitter la région.


Projet Rafael: En Colombie, une gigantesque mine de nickel sacrifie biodiversité et santé
par Juan Orozco, Pascale Mariani, Juan Cortés, Julia Courtois
France24 - 19 avr 2023
https://www.france24.com/fr/%C3%A9missions/focus/20230419-projet-rafael-cerro-matoso-la-gigantesque-mine-de-nickel-qui-sacrifie-biodiversit%C3%A9-et-sant%C3%A9 


Une trentaine de médias réunis dans le consortium Forbidden Stories, dont France 24, poursuivent les enquêtes du journaliste colombien Rafael Moreno, assassiné en octobre 2022. Il enquêtait notamment sur Cerro Matoso S.A., une mine de nickel à ciel ouvert dans la région de Cordoba. Depuis 40 ans, son exploitation par une entreprise australienne grignote le territoire ancestral des Indiens Zenu, qui accusent cette mine de semer maladies et désolation sur leurs terres.

Le 16 octobre 2022, Rafael Moreno a été abattu dans une épicerie, dans le nord de la Colombie. Quelques jours avant sa mort, le journaliste colombien était entré en contact avec Forbidden Stories, un consortium international de journalistes d'investigation qui propose aux confrères menacés de protéger leurs documents. Il avait fait part des menaces qu'il recevait quotidiennement et avait décidé de partager l'ensemble des enquêtes sur lesquelles il travaillait.

Pendant six mois, un groupe d'une trentaine de journalistes a ainsi pris la relève. Une équipe de France 24 s'est rendue en Colombie pour poursuivre l’un des principaux sujets d’enquête du journaliste colombien: l’extraction minière dans le sud de Córdoba.

Dans cette région, la gigantesque mine de nickel Cerro Matoso détruit la faune et la flore, mais aussi la santé des populations alentours. Prolifération de cancers, problèmes respiratoires, rhumatologiques et dermatologiques... Dans certaines communautés, les maladies se propagent depuis plusieurs années. Mais l’exploitation, appartenant à la société australienne South 32, est défendue par de puissants avocats. Dans le bras de fer juridique avec la population, elle finit le plus souvent par avoir le dernier mot.
[En Colombie, l'exploitation de l'or dans les zones minières clandestines ou désaffectées constitue une cause de propagation du paludisme. Cette maladie touche de plus en plus de monde dans le pays; ndc]


Colombie: Un géant minier au-dessus des lois ?
par Angelica Pérez et Aabla Jounaïdi
RFI - 18 avr 2023
RFI s'associe au Projet Rafael du consortium international de journalisme d'investigation Forbidden Stories
https://www.rfi.fr/fr/am%C3%A9riques/20230418-colombie-un-g%C3%A9ant-minier-au-dessus-des-lois 


« En 2013, nous avons mis la mine à l’arrêt. Nous avons tenu 38 jours », raconte fièrement Yoli de la Ossa, gouverneure du conseil zenu Bello Horizonte, une communauté indigène. Elle incarne la bataille de ces communautés ethniques du sud de Cordoba, contre le géant minier. Plantée sur une colline de ce département du nord de la Colombie, la mine de Cerro Matoso S.A. est la plus grande mine de nickel du continent américain. Voilà 40 ans qu’on en extrait ce métal stratégique pour l’industrie.

À l’époque, en réaction au blocage, la direction avait fini par signer un « accord d'entente » avec les populations et le gouvernement. Insuffisant pour les communautés indigènes, décidées à saisir la justice pour faire reconnaître la responsabilité du groupe dans la pollution de l'environnement et la violation de leurs droits fondamentaux.

Cinq ans de défaites devant les tribunaux
« Dès le début des activités extractives en 1982, nous avons ressenti leur impact négatif sur le territoire, l’environnement, sur les sources d'eau et sur la santé », se souvient Emanuel Solis, à l'époque représentant du Conseil communautaire des communautés noires de San José de Uré, à 10 km de la mine. Dans ce « palenqué » (village fortifié fondé par les esclaves affranchis - NDLR), « les gens ont commencé à avoir des problèmes de peau, les poissons ont commencé à disparaître et les cas de cancer et de fausses couches ont augmenté », détaille Emanuel Solis.

À la tête de la contestation, à l’époque, figurent le président du Conseil communautaire noir Luis Hernán Jacobo et le chef de la réserve indigène zenu Israel Manuel Aguilar. Au nom de leurs peuples, les deux dirigeants ont intenté ce qu’on appelle une « action de tutelle »: une procédure par laquelle tout justiciable peut dénoncer une violation de ses droits constitutionnels fondamentaux, une innovation issue de la Constitution de 1991.

En juillet 2014, les cibles des communautés s’appellent le ministère des Mines et de l'Énergie, l'Agence nationale des mines et le géant minier Cerro Matoso S.A. Dans leur action de tutelle, elles dénoncent la détérioration de la santé des populations, via les rejets toxiques de la mine qui produit du ferronickel - un alliage de fer et de nickel - accusés de détériorer la santé des populations, via les rejets toxiques de la multinationale.
Les groupes ethniques exigent aussi de profiter des retombées économiques de la mine, ainsi que la garantie d'une « consultation préalable » avant tout projet sur le territoire, un droit censé être garanti par la Constitution.
Le début d'une interminable bataille juridique pour les populations indigènes et afro-colombiennes des municipalités de Montelíbano, Puerto Libertador et San José de Uré, territoires où opère la mine.

Les anciens mineurs en quête de reconnaissance
À l’avant-garde de cette bataille juridique contre Cerro Matoso S.A. se trouvent les anciens mineurs.
« Nous étions exposés à des températures extrêmes et à des substances cancérogènes », clame Victor Pineda, ouvrier pendant 20 ans à la mine de nickel. Mais sur son dossier médical de santé au travail, « il n’est marqué nulle part que j’ai été exposé, ne serait-ce qu’au monoxyde de carbone », s’énerve l’ancien mineur, sur le paisible balcon de sa maison de Montería.
La combustion du charbon est pourtant au cœur du processus industriel de Cerro Matoso: le minerai extrait doit être chauffé jusqu’à 900°C au moins, avant d’être à nouveau fondu pour obtenir le ferronickel. C’est là que particules, gaz, poussières et très hautes températures se conjuguent et transforment l’espace de travail en enfer sur terre. Après des années à ce régime, Victor Pineda développe d’étranges vertiges, quasiment quotidiens. Des examens révèlent ce qu’on appelle une « dysautonomie du système nerveux sympathique » : autrement dit, une maladie cardiovasculaire qui l’oblige à avaler environ sept médicaments par jour pour réguler son rythme cardiaque et ses troubles anxieux.
Depuis des années, ils sont 70 anciens collègues à saisir la justice pour voir leurs maux reconnus comme maladie professionnelle. Mais faute de dossier médical professionnel mentionnant les risques, c’est un échec. Leurs demandes sont rejetées les unes après les autres. De son côté, l’entreprise assure n’exploiter « aucune substance cancérogène » pour l’homme dans la mine.

Les demandes des communautés n’ont pas trouvé d’issue à travers le Comité de suivi de l’accord d’entente avec l’entreprise, ni devant la justice. Deux tribunaux et le Conseil d’État ont rejeté la demande d’action en tutelle. Il a fallu attendre près de cinq ans pour que la Cour constitutionnelle leur donne raison. Cinq ans durant lesquels le débat a fait rage dans tout le pays.

Le pavé dans la mare ? La décision du gouvernement, le 27 décembre 2012, de prolonger le titre minier de Cerro Matoso S.A. jusqu'en 2044, en échange de la promesse d’augmenter sa capacité de production et d’investir 2,5 millions de dollars dans des projets d'investissement social.
Des conditions jugées trop favorables à l’entreprise, y compris par la Procuraduría, l’organe national de surveillance des fonctionnaires, qui ouvre alors une enquête. Ses conclusions: des études techniques devant servir de base à la négociation entre l’État et Cerro Matoso S.A. n’ont pas été réalisées à temps. D’autres, pas du tout.

Autant d’irrégularités qui ont nourri le débat jusqu’au Congrès, où l'entreprise est mise au pilori par des sénateurs et des membres de la société civile, pour sa responsabilité présumée dans la contamination des eaux de Montelíbano, voire de possibles manquements aux paiements des redevances dues à l'État. Mais le soufflé finit par retomber: le groupe minier peut poursuivre ses activités sans être inquiété… jusqu’à ce que la justice entre en jeu.

Une victoire éphémère
En 2017, la Cour constitutionnelle rend un arrêt historique qui, sur la base d’un rapport de l'Institut de médecine légale, confirme le lien de causalité « hautement probable » entre les activités d'extraction de l'entreprise Cerro Matoso S.A. et la détérioration de la santé des communautés situées dans la zone affectée par le projet ainsi que l’impact sur l’environnement. À cette occasion, la justice qui a envoyé des équipes sur le terrain conteste les distances fournies par l’entreprise.

La Cour confirme aussi que la licence environnementale de Cerro Matoso S.A. ne répond pas aux normes fixées par la Constitution de 1991. Une victoire pour les communautés. Mais l’appel interjeté par le groupe minier vide cet arrêt de sa substance.

T-733 : un arrêt historique contre la mine
En 2017, la Cour constitutionnelle colombienne rend un arrêt dont les termes, selon les communautés, n’ont pas été respectés par le géant minier Cerro Matoso S.A.
- Cerro Matoso S.A est sommée de payer des compensations aux populations voisines de la mine.
- L'entreprise doit mener une consultation préalable des communautés sur les mesures de prévention, d'atténuation de son impact et financer un fonds spécial pour l'ethno-développement.
- L’entreprise doit fournir des soins de santé aux populations voisines de la mine.
- Le ministère de la Santé doit réaliser une évaluation médicale et établir un profil épidémiologique des communautés.
- En appel, Cerro Matoso S.A. parvient à faire annuler l’obligation de verser des dommages-intérêts aux communautés et celle de financer un fonds de développement spécial.

Même pour les obligations qui restent en vigueur, le compte n’y est pas. « Cerro Matoso n'a pas respecté l'ordonnance du tribunal », estime Luis Hernan Jacobo, l'homme qui a lancé, il y a 10 ans, la bataille juridique au nom des communautés ethniques.
Les écosystèmes sont toujours contaminés par les scories émanant de la mine, et les maladies attribuées aux activités de Cerro Matoso S.A. se multiplient. Quant aux mesures qu’est censé prendre le groupe pour évaluer l’impact de ses activités sur l’environnement, leur mise en œuvre est jugée incomplète, voire opaques par les communautés.

Les responsables du groupe minier refusent d’endosser l’entière responsabilité des problèmes sanitaires de la région. « Il n’y a pas d’effets sur la santé, du fait de la présence de la mine », affirme ainsi, contre l’avis de la justice en 2017, le directeur de la clinique de la mine Jorge Ospina.
Il est vrai que, par ailleurs, la région souffre d’un manque d'infrastructures, hospitalières notamment, et de services aussi essentiels que l’eau potable. C’est le prix de l'absence de l’État. Ce dernier s’est effacé au profit de la « locomotive minière », a laissé le territoire et les populations à la merci des groupes armés. Il a aussi longtemps déserté le champ de la législation environnementale, qui devrait idéalement encadrer les émissions toxiques de fer et de nickel. Le fait que les instances de régulation forment un labyrinthe d’institutions sans coordination ne facilite pas les choses. « Les institutions de l'État ont toujours considéré l'environnement comme un problème », lâche Alvaro Pardo, le président de l’Agence nationale chargée d’accorder les titres miniers.

L’homme qui a reçu RFI dans ses bureaux du centre de Bogota n’est pas étranger au dossier Cerro Matoso. Il avait activement participé aux débats contre le géant minier, ses convictions écologistes en bandoulière. Récemment nommé à son poste par le président de gauche Gustavo Petro, sa tâche est ardue: contrôler davantage l’industrie minière. Les communautés voisines de Cerro Matoso, nombreuses à avoir voté pour le premier président de gauche de Colombie, l’observent.