Le Monde d'Antigone

Ni rouge, ni noir, ni vert. L'autonomie rejette partis,
syndicats et toute forme de gestion et de pouvoir.
Rassembler des foules sous un même drapeau
trouve toujours son origine dans une imposture.
Seule une révolution mettra fin à un système
dont l'obsession de l'argent entraine l'humanité
vers la catastrophe.

Rubriques

>> Toutes les rubriques <<
· 37 - Lointains échos dictatures africain (402)
· 00 - Archivage des brèves (794)
· .[Ec1] Le capitalisme en soins intensifs (552)
· 40 - Planète / Sciences (390)
· 10 - M-O. Monde arabe (386)
· . Histoires et théories du passé (224)
· 20 - Japon, Fukushima (237)
· .[Ec2] Métaux, énergies, commerce (253)
· 24 - USA (314)
· 19 - Chine [+ Hong Kong, Taïwan] (324)

Statistiques

Date de création : 10.03.2011
Dernière mise à jour : 07.03.2026
8770 articles


Rechercher

Kazuo Ueda s'est assis à la BoJ sur un volcan de dettes

Publié le 09/04/2023 à 00:31 par monde-antigone

 
On a vidé les verres; on a rangé le saké. Haruhiko Kuroda, président de la Banque centrale du Japon (BoJ), a terminé samedi son 2e mandat de 5 ans après une décennie de politique monétaire "non conventionnelle", et de relances au "bazooka".
Une thérapie de choc commencée par un vaste programme d’achat d’actifs et le doublement de la masse monétaire en 2013-2014 (les Abenomics") qui tentait de créer de l'inflation, de la faire s'envoler "comme Peter Pan" selon le langage imagé de Kuroda, après des décennies de déflation.

En 2016, Kuroda a introduit le contrôle de la courbe des taux (YCC) qui visait à plafonner les taux à long terme autour de zéro, instituant même des taux négatifs afin de stimuler l’économie. Mais l'inflation ne s'est pas accélérée pour autant. La monnaie a même perdu beaucoup de sa valeur. Echec, échec, échec...

Les causes de cette tendance à la déflation sont structurelles: une économie qui repose sur les exportations, un patronat archaïque qui rogne sur les salaires par souci de compétitivité, une demande et une consommation intérieure faibles, une épargne colossale et ancrée dans les traditions.
Qu'à cela ne tienne, tous les ans, invariablement, le gouvernement japonais dégaine des plans de relance massifs, des centaines de milliards de dollars qui, loin de créer l'inflation désirée, alimentent une dette devenue monstrueuse, de plus de 260 % du PIB. Et à présent le Japon tire ses revenus davantage des investissements et de la production à l’étranger que des ventes de biens et de services.
Le successeur de Kuroda n'entend rien changer à cette politique. Il continuera d'appliquer l'aphorisme shadock: "Plus ça rate, plus on a de chance que ça marche". Au Japon, on appelle ça "la noblesse de l'échec"...


Kazuo Ueda désigné à la tête de la Banque du Japon
AFP, Le Temps - 14 fev 2023
https://www.letemps.ch/economie/kazuo-ueda-designe-tete-banque-japon#:~:text=Le%20professeur%20d'%C3%A9conomie%20Kazuo,%C3%A0%20des%20journalistes%20au%20Parlement 


Le professeur d'économie Kazuo Ueda, 71 ans, a été désigné mardi 14 février par le gouvernement nippon pour devenir le prochain gouverneur de la Banque du Japon (BoJ). Sa désignation a été annoncée dans un document du gouvernement transmis à des journalistes au Parlement. La validation ultérieure de ce choix par les parlementaires ne fait aucun doute étant donné la large majorité dont dispose la coalition au pouvoir dans les deux chambres. Kazuo Ueda, dont le mandat doit commencer le 9 avril, est un éminent universitaire qui a déjà siégé au conseil de politique monétaire de la BoJ de 1998 à 2005. Il sera épaulé par deux nouveaux gouverneurs adjoints: Shinichi Uchida, 60 ans, actuel directeur exécutif de la BoJ, et Ryozo Himino, 62 ans, ancien chef de l'Agence japonaise des services financiers (FSA).

Décrit comme prudent et réfléchi, mais aussi comme un bon communicant, il arrive à un moment charnière pour la BoJ: sa politique monétaire ultra-accommodante dans le contexte mondial d'inflation élevée et de hausses de taux semble condamnée, mais la détricoter sans causer trop de dommages s'annonce extrêmement périlleux. Selon le journal Nikkei, le gouvernement souhaitait initialement désigner l'actuel gouverneur adjoint de la BoJ, Masayoshi Amamiya. Mais celui-ci aurait refusé le poste suprême, s'estimant mal placé pour réexaminer une politique monétaire dont il a été l'un des principaux architectes.

En poste en 2013, le gouverneur sortant de la BoJ Haruhiko Kuroda a mené une politique monétaire ultra-accommodante avec des outils non conventionnels et des programmes d'achats d'actifs vertigineux, essentiellement des titres de la dette publique japonaise. La BoJ a ainsi mis en musique la première flèche des "Abenomics", le remède de cheval préconisé par le Premier ministre d'alors, Shinzo Abe, pour stimuler la croissance et vaincre la déflation qui minait l'économie japonaise depuis les années 1990.

Mais l'institution n'a jamais atteint son objectif de générer une hausse des prix de 2 % de manière stable, du fait notamment de problèmes structurels au Japon comme la faiblesse chronique des hausses de salaires et le déclin démographique accéléré du pays, qui handicape sa croissance. La hausse des prix à la consommation dépasse largement 2 % depuis l'an dernier dans l'archipel. Mais il s'agit d'une inflation essentiellement liée à la flambée des prix mondiaux de l'énergie et de biens alimentaires sur fond de guerre en Ukraine, et donc transitoire, estime la BoJ jusqu'à présent.

L'institution a ainsi campé sur ses positions, malgré une intense pression spéculative pour la forcer à changer de cap et le plongeon du yen l'an dernier à cause du décalage grandissant entre sa politique et les resserrements monétaires menés aux Etats-Unis et en Europe. La BoJ a toutefois lâché du lest fin 2022, en relevant le plafond des rendements des obligations japonaises à 10 ans qu'elle tolère. Mais cela n'a fait que renforcer les spéculations quant à une prochaine normalisation de sa politique, même si l'institution s'en défend.

« Plus (la BoJ) maintiendra son contrôle de la courbe des rendements - dans un monde où les taux d'intérêt augmentent - plus les conséquences à long terme seront graves et plus il sera difficile d'organiser un pivot 'en douceur », a averti l'analyste de Markets.com Neil Wilson dans une note en janvier, considérant la situation comme une « bombe à retardement ». Une normalisation désordonnée de la politique de la BoJ provoquerait non seulement une crise au Japon, mais « pourrait également avoir des conséquences de grande ampleur » sur les marchés mondiaux, a souligné Neil Wilson. Kazuo Ueda devrait donc avancer prudemment sur une pente aussi glissante. D'autant que la BoJ est moins indépendante du politique que ne le sont la Fed ou la BCE.

Si l'économie nippone tombait dans une grave récession et que la Bourse de Tokyo chutait brutalement, « le risque augmenterait pour le Premier ministre Kishida d'être poussé à la démission. Par conséquent, le gouvernement ne voudra pas d'un resserrement monétaire précoce de la BoJ », ont estimé les économistes du Crédit agricole dans une récente note. Et l'Etat japonais désire probablement continuer à pouvoir emprunter « de manière stable » au vu de la considérable expansion de ses dépenses dans les prochaines années, notamment pour doubler son budget de la défense, a aussi relevé le cabinet d'études Oxford Economics.


Les investisseurs étrangers ont vendu un nombre record d’obligations d’État japonaises en janvier
NHK - 21 fev 2023
https://www3.nhk.or.jp/nhkworld/fr/news/412650/ 


Le mois de janvier a enregistré des ventes nettes record d’obligations d’État japonaises par les investisseurs étrangers, sur fond de spéculations selon lesquelles la Banque du Japon allait changer sa politique monétaire. Ils craignent que leurs parts perdent de la valeur si cette politique venait à être resserrée. Les prix des obligations ont tendance à chuter lorsque les taux d'intérêt augmentent.

Selon l’Association Japan Securities Dealers, la quantité d’obligations vendues le mois dernier par les investisseurs étrangers a excédé les achats de 4.100 milliards de yens, soit environ 31 milliards de dollars. Ce chiffre bat le record précédent de 29 milliards de dollars enregistré en septembre 2022. Ce montant ne comprend pas les obligations d’État à court terme.

La banque centrale a modifié ses mesures d’assouplissement en décembre pour permettre une plus grande fluctuation des intérêts à long terme. Depuis, les intérêts ont augmenté pour se rapprocher de la limite maximale définie par la Banque du Japon, car les investisseurs ont vendu d’importantes quantités d’obligations en prévision d’ajustements supplémentaires de la politique monétaire.


Kazuo Ueda: Le prochain chef de la BoJ hérite du poste de banque centrale le plus difficile au monde
Un pragmatique « non idéologique » chargé de dénouer l’héritage controversé de son prédécesseur Kuroda
par Mitsuru Obe, reportage supplémentaire de Kentaro Iwamoto.
Nikkei - 15 fev 2023
https://asia.nikkei.com/Spotlight/The-Big-Story/Kazuo-Ueda-Next-BOJ-chief-inherits-world-s-toughest-central-bank-job 


TOKYO – Depuis vendredi, lorsque son nom a été rapporté pour la première fois dans les médias, Kazuo Ueda est resté soigneusement silencieux. En tant que prochain gouverneur de la Banque du Japon, le silence sera un mode de vie nouveau et inhabituel pour l’universitaire volubile, qui enseigne à la faculté de commerce de l’Université des femmes Kyoritsu de Tokyo et est professeur honoraire à l’Université de Tokyo. Ueda écrit abondamment, souvent pour Nikkei, et est l’un des plus grands experts japonais en matière de politique monétaire.

Après la présentation de sa nomination au Parlement mardi matin, Ueda est sorti de son domicile de Tokyo devant un groupe de journalistes. « La banque m’a dit de ne rien commenter », a-t-il déclaré, s’excusant. « Il n’y a rien que je puisse vous dire. ... Je répondrai à diverses questions au parlement », a ajouté Ueda, avant de s’éloigner des caméras.

L’approbation formelle d’Ueda par la Diète, attendue d’ici la mi-mars, est pratiquement assurée sous le Parti libéral-démocrate au pouvoir du Premier ministre Fumio Kishida. Mais le choix de l’universitaire de 71 ans est remarquable: le poste est généralement réservé aux bureaucrates chevronnés. Ueda a été choisi non pas tant pour ses connaissances théoriques - qui semblent considérables - que pour son intérêt pour le tumulte des marchés et pour une focalisation pragmatique sur l’économie réelle, selon les observateurs.

L’intérêt démesuré pour sa nomination a lieu dans le contexte d’un changement tectonique dans la politique de la banque centrale. Il succédera à Haruhiko Kuroda, le principal exécuteur du programme de relance économique du Japon connu sous le nom d’Abenomics, commencé sous l’ancien Premier ministre Shinzo Abe, qui a vu la banque centrale injecter de l’argent dans l’économie dans un effort finalement infructueux pour relancer la croissance.

Le travail d’Ueda, cependant, n’est pas de renforcer les politiques monétaires peu orthodoxes poursuivies par son prédécesseur – qui comprenaient des taux d’intérêt négatifs, des achats d’actions et le contrôle de la courbe des taux – mais plutôt de les dénouer afin que le Japon puisse se concentrer sur les causes profondes de sa stagnation économique: une croissance de la productivité médiocre, une population vieillissante et en diminution, et une perte de dynamisme économique.

Contrairement à Abe, le Premier ministre Fumio Kishida ne considère pas la politique monétaire comme une solution rapide aux problèmes de l’économie réelle. « Contrairement à Abe, Kishida n’essaie pas de relancer la croissance par la politique monétaire », a déclaré Takahide Kiuchi, économiste exécutif à l’Institut de recherche Nomura et ancien membre du conseil d’administration de la BoJ, à Nikkei Asia. À Ueda, beaucoup voient une voix non idéologique qui peut aider Kishida à sortir du rôle actuellement dominant de la banque centrale dans l’économie japonaise.

Le 8 février, avant que Nikkei n’annonce la nomination d’Ueda, Kishida a clairement indiqué qu’il cherchait à pourvoir le poste de Kuroda avec quelqu’un de confiance par les marchés: « Nous examinons de près l’impact de cette nomination sur le marché financier », a-t-il déclaré lors d’une réunion de commission parlementaire. « La crise de Lehman a illustré l’importance de pouvoir travailler avec les banquiers centraux d’autres pays. La capacité de communiquer efficacement avec les acteurs du marché au Japon et à l’étranger sera essentielle. Je prendrai ces éléments en considération lors de la sélection du prochain gouverneur de la BoJ », a déclaré Kishida.

La nomination d’Ueda a été une surprise pour de nombreux observateurs de la BOJ, qui pensaient depuis longtemps que Masayoshi Amamiya, vice-gouverneur de la banque et bras droit de Kuroda, serait le prochain sur la liste. On lui aurait offert le poste, mais il l’aurait refusé. Selon quelqu’un qui a rencontré Amamiya dans la soirée du 10 février, après l’annonce de la nomination d’Ueda, il a expliqué sa décision de refuser: « La prochaine direction de la BoJ doit revoir et modifier l’assouplissement monétaire qui dure depuis des années, une politique que j’ai guidée et que j’étais chargée de mettre en œuvre. Par conséquent, je ne pense pas que je serais en mesure de mener un examen objectif et équitable. Sur la nomination d’Ueda, Amamiya a déclaré : « La prochaine direction de la BoJ est idéale ».

Ueda lui-même résiste à la typographie facile. En tant qu’économiste, « il ne porte pas d’étiquette », a déclaré Wataru Takahashi, professeur à l’Université d’économie d’Osaka et ancien directeur général de l’Institut d’études monétaires et économiques de la BoJ, qui travaille avec l’Ueda depuis de nombreuses années. Plutôt que d’être un « faucon » ou une « colombe », comme les économistes sont souvent étiquetés, Ueda est un résolveur de problèmes pragmatique, a déclaré Takahashi.

La carrière économique d’Ueda a débuté en 1980 en tant que professeur adjoint à l’Université de la Colombie-Britannique, après avoir obtenu son doctorat du Massachusetts Institute of Technology sous la tutelle de Stanley Fischer, ancien vice-président de la Réserve fédérale américaine. Pendant ses vacances d’été, Ueda a tenu à retourner au Japon et à visiter l’Institut d’études monétaires et économiques de la Banque du Japon pour partager les théories économiques de pointe des États-Unis.

Ueda est un contributeur de longue date de Nikkei, et ses articles passés, ainsi que ses votes au comité de politique monétaire, révèlent un homme qui chevauche les divisions idéologiques en économie. Son approche modérée et pragmatique a été présentée dans un article de juillet 2022 pour la série "Economics Classroom" de Nikkei, publiée peu après que le Japon ait atteint son objectif d’inflation tant attendu de 2 %. « La décision du comité de politique monétaire en juin [de ne pas augmenter les taux d’intérêt] était incroyablement raisonnable », a-t-il écrit.

« Se précipiter pour augmenter les taux d’intérêt en raison d’une hausse temporaire de l’inflation aurait un impact négatif sur l’économie et le taux d’inflation du Japon », a poursuivi Ueda. Mais il a vu les deux côtés de l’argument, reconnaissant qu’un échec à s’attaquer à la faiblesse du yen « amplifierait les effets négatifs de la hausse des prix des denrées alimentaires et de l’énergie libellés en dollars ». Il a conclu: « Le sort des politiques inhabituelles d’assouplissement monétaire [du Japon], qui se sont poursuivies plus longtemps que beaucoup ne l’avaient prévu, nécessitera un examen sérieux à un moment donné ».

Près de 8 mois plus tard, alors qu’Ueda se retrouve aux commandes de la politique monétaire japonaise, ce point est arrivé. Ueda, comme Kishida, est considérée par les experts comme un résolveur de problèmes. « Ce que Kishida recherche chez Ueda, c’est de s’assurer que la politique monétaire ne deviendra pas un problème sur les marchés financiers », a déclaré Kiuchi de l’Institut de recherche Nomura. « Il ne veut pas que les problèmes sur les marchés financiers sapent son gouvernement. »

Le changement arrive, progressivement
En tant que membre du conseil de politique monétaire de neuf personnes de la BoJ de 1998 à 2005, Ueda était aux premières loges des premières expériences japonaises de politique monétaire radicale. Après des années de stagnation et une crise bancaire dans les années 1990, les décideurs politiques étaient désespérés de tenter quoi que ce soit. L’Ueda a contribué au lancement d’une politique de taux d’intérêt zéro en 1999 et à une expansion monétaire massive en 2001.

L’ampleur de l’assouplissement monétaire de la BoJ était sans précédent à l’époque: les banques centrales étaient censées « s’appuyer contre le vent », assouplissant et resserrant au besoin pour prévenir les crises financières, mais l’interventionnisme de la BoJ n’était pas orthodoxe. Cela laissait présager, cependant, une acceptation générale dans de nombreuses économies avancées de la gestion de la crise par une politique monétaire ultra-accommodante: au lendemain de la crise économique mondiale de 2008, et à nouveau après la pandémie, les banques centrales du monde entier ont inondé leurs économies d’argent. La politique monétaire accommodante de la Banque du Japon semblait s’intégrer parfaitement.

Cela a pris fin brusquement avec une hausse de l’inflation américaine l’année dernière, et les faucons monétaires, qui favorisent une politique monétaire plus stricte et des taux d’intérêt plus élevés, ont depuis gagné la journée dans les grandes économies du monde entier - à l’exception du Japon. La Réserve fédérale américaine a relevé son taux d’intérêt de référence de 4,25 % jusqu’en 2022, mais la BoJ, sous Kuroda, a jusqu’à présent refusé de faire de même. Cela a créé des ravages sur les marchés des devises. Kuroda a présidé à la chute historique du yen - de 23 %, à un moment donné - par rapport au dollar à la fin de l’année dernière.

La plupart des analystes estiment que peu importe qui succédera à Kuroda, des modifications du cadre actuel de politique monétaire sont inévitables. « Les effets négatifs [de la politique monétaire non conventionnelle] ont commencé à l’emporter sur les effets positifs », a déclaré Takahashi. « C’est clair quand on regarde la forte dépréciation du yen et la hausse de l’inflation des prix à la consommation qui en résulte », a-t-il ajouté. Mais la manière dont la BoJ mettra fin à sa politique monétaire non conventionnelle sera de la plus haute importance. Beaucoup veulent voir un terme aux aspects les plus extrêmes de cette politique, tels que les achats d’actions de la banque et les taux d’intérêt négatifs, tout en reconnaissant que les taux à court terme peuvent encore devoir être maintenus bas.

« Un changement dans la politique monétaire du Japon pourrait avoir des ramifications majeures sur les prix des actifs », a déclaré Takahashi. Les fortes fluctuations des cours des actions de Tokyo ont récemment montré à quel point les prix des actifs sont sensibles à la politique monétaire. Par exemple, après que la Banque du Japon a laissé les taux d’intérêt à long terme passer de 0,5 % à 0,25 % le 20 décembre, les actions des grandes banques japonaises ont explosé. Puis, lorsque la Banque du Japon a atténué les attentes de nouvelles hausses de taux en maintenant sa politique stable le 18 janvier, le yen a chuté, poussant plutôt les émissions axées sur les exportations à la hausse.

« Les banques accueillent favorablement des taux d’intérêt plus élevés parce que cela augmentera les écarts » entre les intérêts qu’elles facturent aux emprunteurs et les intérêts qu’elles paient aux déposants, a déclaré Kiuchi. Mais si les taux d’intérêt à long terme augmentent trop fortement, trop vite, cela pourrait exercer une pression massive sur les banques détenant de la dette publique, a-t-il ajouté. « La BoJ veillera à ne pas provoquer une telle situation. »

Ueda semble convenir que se précipiter dans un ajustement de la politique monétaire pourrait provoquer le chaos. Dans un éditorial de 2015 pour Nikkei, il a écrit qu’une hausse future des taux d’intérêt, si elle était mal gérée, pourrait être préjudiciable à l’économie: « Cela inciterait les investisseurs qui s’attendent à une détérioration des finances publiques. Les acteurs du marché doivent prendre en compte le risque d’une spirale négative de hausse des taux et de détérioration des finances publiques », a-t-il écrit. Plus récemment, en juillet 2022, Ueda a écrit: « Allons-nous atteindre un taux d’inflation durable de 2 % qui permettrait la normalisation naturelle de la politique monétaire dans un avenir proche ? ... Le Japon a encore un long chemin à parcourir. »

Un pragmatisme affiné
Dès 2000, la ligne de pensée pragmatique d’Ueda sur la politique monétaire était déjà apparente. Cette année-là, deux dissensions au comité de politique monétaire de l’Ueda sont intéressantes à noter: il s’est opposé à la fin de la politique de taux d’intérêt zéro de la BoJ, mais il a également voté « non » sur une motion distincte visant à introduire un assouplissement quantitatif - lorsqu’une banque centrale achète plus d’obligations afin de créer de la monnaie et de stimuler l’économie. À l’époque, Ueda n’était favorable ni à un assouplissement ni à un assouplissement.

Il a finalement été justifié: la BOJ a décidé de lever le ZIRP en août 2000, et la décision est revenue la hanter. Peu de temps après, la bulle Internet a éclaté aux États-Unis, provoquant une forte décélération de l’économie mondiale. La BoJ a été contrainte de faire marche arrière et a adopté une politique d’assouplissement quantitatif six mois plus tard. Au cours de ses 7 années au conseil de politique monétaire, Ueda était un des rares universitaires dans les rangs du conseil pour son vif intérêt pour les marchés, tels que les swaps de taux d’intérêt et les opérations quotidiennes de marché menées par la banque centrale.

L’orientation d’Ueda dans le monde réel peut provenir de son passé d’étudiant en finance internationale. Les taux de change et la balance des paiements internationale ont été des sujets brûlants dans ses années d’étudiant dans les années 1970 et 1980, lorsque le Japon était enfermé dans des différends commerciaux avec les États-Unis.

Dans la finance internationale, la réalité prime sur la théorie économique. « Avant, on nous disait qu’une inflation élevée affaiblissait la monnaie. Aujourd’hui, c’est le contraire qui se produit », a noté Takahashi. « Il n’y a pas de place pour les idéologues dans la finance internationale », a-t-il déclaré.

L’ère Kuroda
Le Japon a appris cette leçon à ses dépens.
Lors des élections générales de 2012, le défunt Premier ministre Shinzo Abe a fait campagne sur une promesse de relance économique pour le Japon, après deux décennies de stagnation. L’une des promesses de campagne d’Abe était de promulguer un assouplissement monétaire « audacieux », et il était prêt à réduire l’indépendance de la banque centrale afin de l’obtenir.

Avec le retour au pouvoir d’Abe en décembre 2012 – il avait été Premier ministre pendant une brève période entre 2006 et 2007 – les "Abenomics" ont été mis en pratique, et la BoJ a été subordonnée aux priorités du gouvernement, à commencer par un accord engageant la banque centrale à atteindre une inflation de 2 % via un assouplissement monétaire.

La Banque du Japon s’est également engagée à coordonner étroitement sa politique avec le gouvernement, une décision controversée à l’époque pour une banque centrale qui n’avait obtenu son indépendance que par une loi de 1997. La banque a accepté l’accord sous la contrainte : le gouvernement Abe a menacé de réviser la loi s’il ne s’y conformait pas.

En février 2013, le gouvernement Abe a nommé Haruhiko Kuroda, fonctionnaire de carrière au ministère des Finances et défenseur de l’objectif d’inflation de 2 %, gouverneur de la BoJ. Il s’est rapidement lancé dans une campagne d’assouplissement massif, assouplissant simultanément les conditions de crédit et monétaires, annonçant le 4 avril un doublement des achats d’obligations d’État japonaises (JGB) et de la base monétaire, fixant l’objectif d’atteindre 2 % d’inflation d’ici deux ans.

L’assouplissement quantitatif était une politique mise au point par la BoJ en 2001, mais qui visait à l’origine à éviter les paniques bancaires pendant les crises financières. Mais sous Kuroda, c’est devenu une procédure opérationnelle standard.

La Banque du Japon a vu son bilan tripler, dépassant le PIB du Japon en 2018. À titre de comparaison, le bilan de la Réserve fédérale représentait environ 20 % du PIB américain la même année. La BoJ détient également plus de la moitié de toute la dette publique et est devenue le plus grand propriétaire d’actions japonaises, avec 7 % du total des actions en circulation.

La façon exacte dont ces achats massifs d’actifs créeraient de l’inflation n’était pas claire, mais l’accent était mis sur l’audace de la politique de Kuroda. L’idée était qu’en assouplissant intentionnellement la norme de prêt de la BoJ, la banque centrale alimenterait les attentes de dépréciation de la monnaie et donc d’inflation. La politique a été considérée comme une forme de « thérapie de choc » pour sortir la nation de la déflation.

Cette politique était également non conventionnelle en ce sens qu’elle faisait de la BoJ l’acteur dominant sur les marchés financiers japonais. Son impact a été le plus fortement ressenti sur le marché des actifs, plutôt que dans l’économie réelle: le Nikkei Stock Average a doublé, passant d’environ 10 000 à plus de 20 000 dans les deux ans suivant un assouplissement monétaire audacieux - de 2013 à 2015, tandis que le yen a plongé de 25%, passant d’environ 92 à 122 pour un dollar au cours de la même période. La faiblesse du yen a alimenté l’inflation tirée par les importations, mais sans augmentation des salaires, il n’y a pas eu d’inflation soutenue, entre-temps.

Jeter de l’huile sur le feu
En octobre 2014, la BoJ a réagi par une autre surprise, affirmant qu’elle triplerait ses achats d’actions japonaises et augmenterait également ses achats d’obligations d’État japonaises. Le pari n’a cependant pas porté ses fruits. Ces mesures ont stimulé le cours des actions, mais n’ont guère contribué à alimenter l’inflation, qui était toujours autour de zéro en 2015, deux ans après le licenciement du bazooka monétaire. Après cela, la BoJ a commencé à minimiser le délai de « deux ans », affirmant que le délai précédent fixé par Kuroda ne devait pas être interprété trop littéralement.

En 2015, les appels ont commencé à se multiplier, parmi les partisans de « l’assouplissement monétaire audacieux » d’Abe pour des mesures encore plus radicales de la part de la BoJ. Ils comprenaient des demandes de « monnaie-hélicoptère », dans lesquelles lorsqu’une banque centrale finance directement les dépenses gouvernementales, ou même transporte de l’argent directement aux consommateurs, un concept inventé pour la première fois par Milton Friedman, puis relancé par l’ancien président de la Fed, Ben Bernanke.

Kuroda n’a jamais eu l’intention d’aller aussi loin, mais son assouplissement monétaire non conventionnel a commencé à prendre sa propre vie. Kuroda avait besoin de reprendre son contrôle, ou le Premier ministre Abe pourrait vraiment poursuivre des politiques comme la « monnaie-hélicoptère », qui pourraient avoir des conséquences dévastatrices, telles que l’hyperinflation ou un effondrement du marché JGB.

En janvier 2016, une autre surprise a été dévoilée: les taux d’intérêt négatifs. La Banque du Japon a commencé à facturer des intérêts de 0,1 % pour les banques commerciales en espèces afin de maintenir des comptes à la banque centrale - les banques ont dû payer la banque centrale pour y déposer leur argent. Cela a réussi à faire baisser les taux d’intérêt, à tel point que même les rendements obligataires à 10 ans sont devenus négatifs, créant une crise pour les banques japonaises qui n’ont pas été en mesure de tirer profit des prêts.

Réponse de Kuroda: plus de surprises. En septembre 2016, la Banque du Japon a introduit un objectif de rendement à 10 ans et un nouveau cadre politique, appelé contrôle de la courbe des taux, dans lequel le rendement à 10 ans est fixé à zéro et les rendements à court terme à - 0,1 %, tandis que d’autres rendements, tels que le rendement à 20 ans, sont autorisés à augmenter librement afin que les investisseurs institutionnels tels que les fonds de pension et les assureurs puissent obtenir un rendement et verser des prestations aux retraités.

Mais aucune de ces mesures n’a radicalement modifié la trajectoire de l’économie japonaise, qui a continué à se débrouiller. L’année cible pour atteindre une inflation de 2 % a continué d’être repoussée. La croissance économique a oscillé autour de 1 %, au lieu des 2 % à 3 % que le gouvernement Abe avait visés. Mais Kuroda pouvait au moins affirmer qu’il n’y avait plus de déflation, que les emplois étaient abondants et que l’économie était en expansion, bien qu’à un rythme modeste.

Complications imprévues
Kuroda était censé terminer son mandat de 10 ans avec une tape dans le dos, en tant que gouverneur de la BOJ ayant servi le plus longtemps à ce jour. Mais il y a eu un rebondissement surprise dans la dernière année de son règne.

À la suite d’une politique monétaire expansionniste tout aussi historique aux États-Unis, amorcée pendant la pandémie, l’inflation a finalement éclaté en 2021. Pour le mois de novembre de cette année-là, l’inflation des prix à la consommation aux États-Unis a atteint 6,8 %, la plus élevée en près de 40 ans. Les inquiétudes se sont accrues à la Maison-Blanche, alors que l’inflation commençait à mordre le soutien public du président Joe Biden. La Fed a subi des pressions pour réagir.

Le problème a été exacerbé par l’invasion de l’Ukraine par la Russie en février 2022, qui a créé des pénuries d’énergie et de nourriture dans le monde entier. Les prix des produits de base ont grimpé en flèche et l’inflation des prix à la consommation a augmenté. En réponse, la Réserve fédérale a lancé la plus grande campagne de resserrement en 40 ans en mars 2022, augmentant les taux d’intérêt de 425 points de base jusqu’en 2022. Mais Kuroda a maintenu fermement un taux d’intérêt nul au Japon.

Sa décision a déclenché un énorme changement dans les flux financiers en provenance du Japon, les investisseurs recherchant de meilleurs rendements aux États-Unis, ce qui a soumis le yen à une pression à la baisse massive. Cela a à son tour élargi les rendements obligataires, car la faiblesse du yen a exacerbé l’inflation au Japon, rendant la politique de taux d’intérêt bas de la Banque du Japon de plus en plus intenable.

À la fin de l’année dernière, le Japon a finalement connu une poussée d’inflation, mais ce n’était pas le résultat du dynamisme économique. Elle était plutôt principalement due à la flambée des prix des importations: les prix intérieurs ont bondi de 4,0 % en décembre 2022, leur plus haut niveau en 41 ans, contre une hausse de seulement 0,5 % en janvier 2022.

Kuroda a insisté sur le fait que la BoJ n’avait pas besoin de suivre les autres banques centrales dans la politique de resserrement, affirmant que l’inflation au Japon serait transitoire et qu’un yen plus faible serait bien meilleur pour les exportations et l’économie japonaise. Cela a provoqué une épreuve de force avec le marché, qui a vendu à découvert des obligations d’État dans l’espoir que la politique de Kuroda serait insoutenable et que la BoJ céderait. Kuroda n’a pas cédé, même si le yen a plongé à 151 contre le dollar en octobre, son plus bas niveau en 32 ans, obligeant le ministère des Finances à lancer la plus grande intervention d’achat de yens jamais enregistrée.

Depuis, le yen a regagné du terrain, les investisseurs ayant revu à la baisse leurs attentes d’un nouveau resserrement monétaire aux États-Unis. Mais la pression à la hausse sur les rendements des obligations d’État japonaises s’est poursuivie, les traders pensant que les rendements étaient encore trop bas, obligeant la BoJ à intensifier ses achats d’obligations pour maintenir les rendements bas.

En décembre, la Banque du Japon a finalement semblé céder, permettant aux rendements à 10 ans de fluctuer entre plus ou moins 0,5 % autour de zéro, au lieu de 0,25 %. Kuroda a déclaré que cette décision visait à permettre des transactions plus fluides sur les marchés financiers. Lors d’une réunion de politique monétaire les 17 et 18 janvier, la BoJ s’est abstenue de toute autre action, malgré le dysfonctionnement persistant du marché obligataire, laissant les traders confus quant aux intentions de Kuroda.

Dans sa déclaration de politique générale, d’une part, la Banque du Japon a maintenu son biais d’assouplissement, en s’engageant à maintenir les taux d’intérêt à des niveaux actuels ou inférieurs. D’autre part, la banque a exprimé ses préoccupations quant aux « dysfonctionnements » persistants sur le marché obligataire, ce qui signifie que personne n’achèterait d’obligations, à l’exception de la banque centrale.

Tourner une nouvelle page
La plupart s’accordent à dire que la politique monétaire ultra-accommodante du Japon du passé est insoutenable, bien que les analystes pensent également que tout changement de politique sous le prochain gouverneur sera progressif. « Avec autant de dette publique dans son bilan, la BoJ devra procéder prudemment à la normalisation de sa politique afin d’éviter de provoquer un choc à l’économie », a déclaré Takahashi, de l’Université d’économie d’Osaka.

« Si les taux d’intérêt montent fortement, cela aurait un impact sérieux sur l’économie », prévient Ryutaro Kono, économiste en chef de BNP Paribas à Tokyo. « Ueda prendra probablement son temps et procédera à un changement de politique à un rythme progressif ».

Shinichi Ichikawa, Senior Fellow chez Pictet Asset Management au Japon, prédit qu’Ueda finira par être considéré comme une figure de proue, plutôt que comme quelqu’un qui exerce une réelle autorité sur la politique monétaire. Il soutient que Kishida se concentre en ce moment sur sa propre survie politique dans un contexte de faible soutien populaire à son gouvernement, et qu’on s’attend généralement à ce qu’il convoque des élections générales après le sommet du G7 en mai. Ichikawa a déclaré qu’il pensait que Kishida voulait simplement que l’Ueda maintienne les marchés financiers en ordre jusqu’à la fin des élections.

Ueda sera chargé de résoudre la crise économique à combustion lente à laquelle le pays est confronté. L’économie japonaise est en croissance, mais à un rythme plus lent que la plupart des autres pays développés. Sa population vieillit et diminue rapidement, tandis que la croissance des salaires stagne depuis des décennies.

La position du Japon en tant que 3e économie mondiale est maintenant menacée, alors que l’Allemagne rattrape son retard. Son PIB par habitant risque également de prendre du retard par rapport à Taïwan et à la Corée du Sud. La productivité du travail, mesurée en termes de production horaire réelle, place le Japon au 2e rang des pays du G7.

Le Premier ministre Kishida met l’accent sur la politique économique sur des questions structurelles de longue date telles que la démographie et la productivité, en mettant moins l’accent sur la politique monétaire. Il a fait de la détérioration de la démographie du Japon la priorité absolue de son administration cette année, et a également promis de réaliser des augmentations de salaire supérieures à l’inflation.

Un article écrit par Ueda pour l’hebdomadaire financier Veritas de Nikkei le 12 février, deux jours après l’annonce de sa nomination au poste de chef de la BoJ, révèle son point de vue sur les problèmes démographiques du Japon. « Malgré le vieillissement de la population... Les taux d’épargne ont montré des tendances à la hausse, bien que légères, même chez les personnes âgées », a-t-il écrit. « L’excédent de la balance courante [du Japon] a ainsi été soutenu. « Tous les « baby-boomers » auront 75 ans ou plus en 2024. On s’attend à ce qu’ils quittent leur emploi et commencent à grignoter sérieusement leurs économies », a poursuivi Ueda. « L’épargne des ménages, qui a augmenté pendant la pandémie de COVID-19, pourrait être fortement puisée dans la consommation, en fonction de la manière dont la crise sanitaire est contenue ».

Les antécédents et le caractère d’Ueda indiquent qu’il est un partenaire naturel pour Kishida alors que le Premier ministre s’efforce de relever ces défis économiques imminents avec des changements structurels tels que la requalification, plutôt que la politique monétaire. « La BoJ ne devrait pas être le principal acteur de l’économie », a déclaré Takahashi de l’Université d’économie d’Osaka à Nikkei. « Son rôle devrait être de rester en arrière-plan pour soutenir l’économie. C’est ce que la normalisation des politiques devrait signifier ».


EDIT (20 mars 2024)


"Nouvelle ère" pour la Banque du Japon, qui abandonne ses taux négatifs
AFP, Tahiti infos - 19 mar 2024
https://www.tahiti-infos.com/Nouvelle-ere-pour-la-Banque-du-Japon-qui-abandonne-ses-taux-negatifs_a222869.html 


TOKYO - La Banque du Japon (BoJ) a relevé mardi son taux directeur et mis fin à la politique de taux négatifs qu'elle était la dernière au monde à pratiquer, à la faveur d'une remontée des salaires se matérialisant enfin dans l'archipel. L'institution, dont la décision avait été largement anticipée par les marchés, pratiquait depuis 2016 des taux négatifs afin de soutenir l'activité économique du pays et favoriser l'inflation, longtemps atone au Japon. Elle n'avait pas remonté ses taux depuis 2007.

C'est une "nouvelle ère" pour la Banque du Japon, dont la politique monétaire était ultra-accommodante depuis 2013, a réagi l'économiste Tom Kenny dans une note de la banque ANZ. La BoJ a pris acte du début d'un "cercle vertueux entre les salaires et l'inflation" au Japon pour décider d'appliquer un taux d'intérêt de court terme entre 0 % et 0,1 %, contre une fourchette de -0,1 % à 0 % précédemment. Ce taux directeur pour les prêts interbancaires au jour le jour sera désormais son "principal outil", a-t-elle ajouté. "Ce sera une politique monétaire normale", a déclaré mardi son gouverneur Kazuo Ueda lors d'une conférence de presse à Tokyo.

Mais en l'état actuel des prévisions de l'activité économique et des prix au Japon, "un rythme rapide" de hausses de taux "sera évité", a précisé M. Ueda, insistant sur la nécessité de maintenir des conditions financières "accommodantes" pour le moment. Et ce "moment" devrait durer: car la BoJ pense que son objectif d'une inflation de 2 % sera atteint "d'une manière stable et durable" vers la fin de la période de ses dernières projections macroéconomiques livrées en janvier, c'est-à-dire pas avant l'horizon 2025-2026. La BoJ a aussi mis fin mardi à son outil de contrôle de la courbe des rendements obligataires japonais, qui visait à maintenir leurs rendements à 10 ans autour de 0 %. Dans les faits, cet outil controversé car source de distorsions du marché obligataire était déjà pratiquement abandonné depuis l'an dernier, la BoJ l'ayant rendu de plus en plus flexible.

La BoJ compte toutefois poursuivre ses achats d'obligations publiques japonaises (JGB) "à peu près dans les mêmes proportions qu'auparavant" de manière à continuer de pouvoir réagir efficacement en cas de "hausse rapide" des rendements de long terme, a-t-elle précisé. Ses achats de JGB représentent environ 6.000 milliards de yens par mois actuellement (près de 37 milliards d'euros). D'un autre côté, l'institution va arrêter ses programmes d'achats d'autres actifs financiers: fonds négociés en Bourse (ETF), fonds communs immobiliers japonais (J-REIT), et "réduire graduellement" ses achats de titres de créances d'entreprises pour y mettre fin "d'ici un an environ".

Le virage monétaire de la BoJ, négocié en douceur donc, n'a pas surpris les marchés financiers, surtout depuis les résultats préliminaires vendredi dernier des négociations salariales annuelles au Japon, qui ont abouti à une hausse record des salaires dans le pays depuis 1991. Ces résultats "ont été un facteur important" pour entamer la normalisation de la politique monétaire, a reconnu mardi M. Ueda. C'était la pièce centrale du puzzle que la BoJ attendait pour commencer à agir sérieusement, près de 2 ans après le début d'un cycle de resserrement drastique des conditions du crédit aux Etats-Unis et en Europe sous l'effet d'une forte poussée inflationniste.

L'inflation s'est aussi réveillée au Japon depuis 2022 avec la flambée des prix de l'énergie dans le sillage du début de l'invasion russe de l'Ukraine, et la cible de 2 % de la BoJ a été dépassée. Mais la demande intérieure et la croissance économique sont encore faibles au Japon, ce qui rend difficile le maintien de l'inflation à ce niveau dans la durée. (...)


Le yen chute face à l'euro, au plus bas depuis 2008, malgré les annonces de la Banque du Japon
AFP, La Trubune - 20 mar 2024
https://www.latribune.fr/entreprises-finance/banques-finance/industrie-financiere/le-yen-chute-face-a-l-euro-au-plus-bas-depuis-2008-malgre-les-annonces-de-la-banque-du-japon-993357.html 


C'est un record depuis plus de 10 ans. Le yen est tombé mercredi à son plus bas niveau face à l'euro depuis 2008, au lendemain de l'annonce par la Banque du Japon du maintien d'une politique monétaire « accommodante » même si elle abandonne sa politique de taux négatifs.

Dans le détail, la devise japonaise a chuté à 164,48 yen pour un euro en fin de matinée. En cause: le passage à un taux d'intérêt de court terme entre 0 % et 0,1 % restant jugé insuffisant pour attiser la demande face au taux de dépôt de 4 % pratiqué par la BCE. Le yen a également reculé face au dollar, à plus de 151 yens pour un dollar mercredi, contre quelque 149,3 avant la décision.

Une politique monétaire à contre-courant
La Banque du Japon a mis fin mardi à sa politique de taux négatifs, mise en place en 2016 et qu'elle était la dernière au monde à pratiquer, avec un relèvement de 0,1 point de sa fourchette. La Banque a parallèlement souligné mardi que « les conditions financières accommodantes seront maintenues » jusqu'à nouvel ordre.

En effet, la Banque du Japon (BoJ) n'a pas suivi le chemin classique de l'Europe ou encore des Etats-Unis concernant sa politique monétaire. La BoJ conservait ainsi pour le moment une politique monétaire avec un taux négatif, à contre-courant des hausses successives de taux de la BCE et de la Fed. L'institution voulait soutenir l'économie nippone qui reste fragile. Sauf que comme les marchés avaient largement anticipé une hausse des taux, la première pratiquée par l'institution depuis 2007, la modestie du relèvement a déçu les investisseurs, qui sanctionnent le yen pour ce qu'ils interprètent comme une « hausse molle », estime Alex Loo, analyste chez TD Securities.

Surtout que, comme de nombreux pays, l'inflation s'est brutalement réveillée au Japon depuis 2022, avec la flambée des prix du pétrole et d'autres matières premières après la pandémie de Covid-19 ainsi que le début de l'invasion russe de l'Ukraine. La hausse des prix à la consommation dans le pays (hors produits frais) a même atteint 3,1 % en moyenne en 2023, un record depuis 1982. Cette dernière reste même relativement tenace (2 % en janvier, selon les derniers chiffres officiels disponibles). Les premiers résultats des négociations salariales annuelles au Japon, qui montrent une hausse record depuis 1991, ont également laissé présager une hausse des taux de la BoJ.

Croissance en berne
Le fossé qui s'est creusé entre la politique et les resserrements monétaires drastiques menés aux Etats-Unis et en Europe depuis 2022 avait donc déjà fait chuter le yen par rapport au dollar et à l'euro. Si la faiblesse du yen a des aspects positifs, notamment pour les grandes entreprises japonaises exportatrices et la Bourse de Tokyo, elle fragilise encore davantage le pouvoir d'achat des ménages nippons, et donc la consommation intérieure, ce qui est contre-productif pour l'objectif d'inflation de la BoJ.

Et le début de cette année s'annonce difficile, la consommation des ménages ayant connu en janvier sa pire chute depuis trois ans (- 6,3 % sur un an). Il s'agit du 11e mois consécutif de baisse de cet indicateur. La consommation en berne au Japon, du fait de l'inflation et du yen faible, a également des conséquences négatives sur la croissance. Fin 2023, le pays du Soleil Levant évite de justesse la récession, son PIB au 4e trimestre ayant été révisé ce lundi en hausse, à 0,1 % en termes réels sur un trimestre.

En termes nominaux, c'est-à-dire sans corriger l'effet de l'inflation, le PIB nippon a même été rétrogradé en 2023 au 4e rang mondial, ayant été dépassé par l'Allemagne. Au Japon, les médias locaux ont abondamment commenté la perte par le pays de son 3e rang économique mondial. Car au-delà de l'impact exceptionnel de la chute du yen, de puissants facteurs fondamentaux négatifs sont aussi à l'œuvre tels que le déclin démographique accéléré de l'archipel ou encore la faiblesse chronique de sa productivité.


29/04/2024 >> Le yen s'enfonce à 160 ¥ pour 1 $, son niveau le plus bas depuis 1990. La monnaie japonaise a perdu 12 % de sa valeur depuis le début de l'année. Cette dégringolade favorise les grosses entreprises exportatrices, mais pèse lourdement sur le pouvoir d'achat de la population, la demande, les recettes de l'Etat et la dette. Vendredi, la BoJ (banque centrale) avait décidé de ne pas intervenir.

22/11/2024 >> Le gouvernement approuve un énième plan de relance de 136 milliards d'euros

27/12/2024 >> Le gouvernement approuve un budget de 730 Mds $ pour l'année 2025 à cause du vieillissement de la population et de l'augmentation des dépenses de santé. La proportion de personnes âgées de plus de 65 ans approche 30 % de la population. Le Japon prévoit également de faire passer ses dépenses militaires de 1 à 2 % de son PIB d'ici 2027 à cause des menaces pressantes dans la région (Chine, Corée du Nord).

 

09/02/2026 >> Pour lutter contre l'inflation, Takaichi fait adopter des mesures de soutien à la consommation, comme la baisse des prix de l’essence et des factures de gaz et d’électricité. Elle promet des coupons pour acheter du riz dont le prix a doublé en un an. Elle propose surtout de suspendre la TVA sur les produits agroalimentaires pendant 2 ans, une mesure qui représentera un manque à gagner de 27 milliards d'euros par an pour les finances de l'Etat et aggravera la dette déjà colossale. L'annonce de l'allègement fiscal a fait s'envoler les rendements obligataires à des niveaux records.

 

EDIT (18 février 2026)

 

Au Japon, une dette publique "astronomique" au cœur des inquiétudes après les élections

correspondance de Bruno Duval à Tokyo

RFI - 18 fev 2026

https://www.rfi.fr/fr/asie-pacifique/20260218-au-japon-une-dette-publique-astronomique-au-c%C5%93ur-des-inqui%C3%A9tudes-apr%C3%A8s-les-%C3%A9lections

 

Au Japon, le Parlement fait sa rentrée ce mercredi 18 février, une dizaine de jours après des élections législatives largement remportées par la majorité de la Première ministre Sanae Takaichi. Attribuée à la popularité de la cheffe du gouvernement, cette victoire l'est aussi aux promesses économiques adressées à une population fragilisée par une inflation à son plus haut niveau depuis 30 ans.

Suppressions de taxes, abattements fiscaux, baisses de cotisations et subventions sont ainsi annoncés pour soutenir le pouvoir d’achat des Japonais. Mais alors que ces mesures ne reposent pas, pour la plupart, sur de nouvelles recettes, celles-ci devraient déboucher sur une nouvelle hausse de la dette publique qui atteint déjà 234,9 % du PIB, un record mondial. La dette japonaise s’élève désormais à plus d’un million de milliards de yens - soit environ 7.000 milliards d’euros -, un montant qui suscite l'inquiétude d'une partie de la population de plus en plus sceptique sur la capacité du pays à continuer à dépenser sans compter.

Dans les rues de Tokyo, les avis sont partagés. « C’est irresponsable de transmettre aux prochaines générations le fardeau d'une dette aussi immense. Notre devoir, c’est de réduire les déficits quoi qu’il en coûte, même si les temps sont durs », estime un habitant. Une autre Tokyoïte reconnaît de son côté l’utilité des mesures annoncées face à la flambée des prix, tout en exprimant un malaise: « Compte tenu du coût de la vie, ces largesses tomberont à point nommé. Mais en même temps, je culpabilise à l’égard de mes enfants: ce sont eux qui devront payer tout cela le moment venu ». Un autre passant confie lui aussi son inquiétude pour l’avenir: « Je l’envisage avec encore plus d’appréhension qu’avant du fait de cette dette astronomique qui ne cesse d’augmenter. Le jour où il faudra la rembourser, ce sera vraiment terrible ».

Selon les sondages, 70 % des Japonais se disent préoccupés par l’état actuel des finances publiques, mais aussi par leur évolution. Les économistes mettent également en garde contre les effets d’une politique jugée excessivement dépensière. Une hausse supplémentaire de la dette pourrait, selon eux, accentuer l’inflation que le gouvernement cherche précisément à contenir. Ils avancent notamment un mécanisme classique de l’offre et de la demande: la suppression de la taxe de 8 % sur les produits alimentaires pourrait entraîner un afflux de consommateurs dans les supermarchés, provoquant une hausse des prix. Autre facteur de risque: la poursuite de la dépréciation du yen sur le marché des changes, ce qui conduirait alors à un renchérissement du coût de l’ensemble des produits importés par l’archipel.