Ni rouge, ni noir, ni vert. L'autonomie rejette partis,
syndicats et toute forme de gestion et de pouvoir.
Rassembler des foules sous un même drapeau
trouve toujours son origine dans une imposture.
Seule une révolution mettra fin à un système
dont l'obsession de l'argent entraine l'humanité
vers la catastrophe.
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Date de création : 10.03.2011
Dernière mise à jour :
10.01.2026
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Décidément les chroniqueurs qui interviennent dans les médias ne comprennent rien au mode de pensée des dirigeants chinois ! Ils seraient bien inspirés d'apprendre à jouer au go. Car la photo de la poignée de mains des ministres des Affaires étrangères saoudien et iranien, encadrant leur homologue chinois Wang Yi, fera date.
La régularisation des relations diplomatiques entre les rivaux régionaux que sont l'Iran chiite et l'Arabie saoudite sunnite a surpris les rédactions occidentales vendredi 10 mars. Elle est pourtant très cohérente avec la politique d'expansion commerciale des Routes de la soie voulues par Pékin pour faciliter le transport commercial via l'Asie centrale et le Moyen-Orient, et l’investissement international de la Chine. C'est un coup de go.
En ce qui concerne le Moyen-Orient, l'objectif de Pékin est de prendre pied en Arabie saoudite, plaque tournante vers l'Afrique, être partie prenante du grand projet d'infrastructures du prince MBS, et arrimer la "Saudi Vision 2030" à son projet central des Routes de la soie. Depuis 2016, les visites de Xi Jinping en Arabie saoudite n'ont d'autre but que de renforcer la présence économique chinoise dans cette région afin d'assurer son approvisionnement en matières premières et l’écoulement de ses produits manufacturés.
Il s'agit aussi pour Pékin de faire la promotion de l'Organisation de Coopération de Shanghai - OCS (pas la chaîne TV de Orange !), organisation montée à l'origine par la Russie pour ses satellites d'Asie centrale, que la Chine veut à présent diriger, et qui réunit à la même table d'autres pays qui se vouent une haine tenace (l'Inde et le Pakistan par exemple).
L'Arabie saoudite a obtenu le statut de "partenaire de dialogue". La Chine souhaiterait l'intégrer davantage par le biais d'accords de coopération, et avec elle, les autres membres du Conseil de coopération du Golfe (CCG) depuis que le Qatar (proche de l'Iran) y a repris sa place. Dans le langage du jeu de go, on appelle ça "connecter les groupes". C'est ainsi que de fil en aiguille, l'Arabie saoudite, alliée de longue date des USA, en est arrivée à développer des programmes d'armement (de drones) avec la Chine.
Dans la presse francophone des derniers jours, aucun article, aucune dépêche de l'AFP ou de Reuters ne fait le rapport avec les mégaprojets "Routes de la soie+Vision 2030". Ceux qui ne jurent que par les rapprochements idéologiques entre pays autoritaires sont à côté de la plaque. La géopolitique et les options militaires qui tournent autour de l'Ukraine les obsèdent et les aveuglent (l'article de Orient XXI plus bas en est une illustration).
Cette réconciliation entre des ennemis mortels, ce n'est pas de la politique, c'est du business. Et le business permet à la Chine d'acheter des parcelles du monde, de tisser sa toile, de "connecter les groupes", et de renforcer ses positions face aux Etats-Unis.
L'Iran et l'Arabie saoudite conviennent de reprendre leurs relations diplomatiques
AFP, RFI - 10 mar 2023
https://www.rfi.fr/fr/moyen-orient/20230310-l-iran-et-l-arabie-saoudite-conviennent-de-reprendre-leurs-relations-diplomatiques
L'Iran et l'Arabie saoudite ont convenu de rétablir leurs relations diplomatiques, a rapporté vendredi 10 mars un média iranien affilié à l'État, disant citer un communiqué conjoint de ces deux poids lourds du Moyen-Orient dont les relations étaient rompues depuis 2016. « À la suite de pourparlers, la République islamique d'Iran et le Royaume d'Arabie saoudite ont convenu de reprendre leurs relations diplomatiques et de rouvrir les ambassades et représentations (diplomatiques) dans un délai maximum de deux mois », a indiqué l'agence Irna, citant le communiqué, également reproduit par l'agence de presse officielle saoudienne SPA. Les deux pays ont convenu de respecter mutuellement leur souveraineté et de ne pas interférer dans leurs affaires intérieures respectives.
L'Arabie saoudite sunnite et l'Iran chiite ont rompu leurs liens il y a 7 ans, après l'attaque de missions diplomatiques saoudiennes par des manifestants dans la République islamique, à la suite de l'exécution par Riyad d'un célèbre religieux chiite, Nimr al-Nimr. Selon Irna, Ali Shamkhani, le secrétaire du Conseil suprême de la sécurité nationale [iranien], s'était rendu lundi à Pékin « pour des négociations intensives avec son homologue saoudien en Chine visant à résoudre enfin les différends entre Téhéran et Riyad ». (...)
Dans leur communiqué conjoint, l'Iran et l'Arabie saoudite « remercient la République d'Irak et le Sultanat d'Oman d'avoir accueilli des pourparlers entre les deux parties en 2021 et 2022, ainsi que les dirigeants et le gouvernement de la République populaire de Chine pour avoir accueilli et soutenu les pourparlers menés dans ce pays ». Téhéran et Riyad soutiennent des parties rivales dans plusieurs conflits dans la région, notamment au Yémen. L'Iran a une influence prépondérante en Irak et au Liban et soutient militairement et politiquement le régime en Syrie.
Pékin avait signé en 2021 un vaste accord stratégique sur 25 ans avec Téhéran dans des domaines aussi variés que l'énergie, la sécurité, les infrastructures et les communications. « Les trois pays (Iran, Arabie saoudite, Chine) déclarent leur ferme volonté de déployer tous les efforts pour renforcer la paix et la sécurité régionales et internationales », a indiqué le communiqué conjoint publié vendredi. À la mi-février, le président iranien, Ebrahim Raïssi, a effectué une visite d'Etat de 3 jours en Chine, la première d'un président iranien dans ce pays depuis plus de 20 ans. Ces derniers mois, les Emirats et le Koweït avaient repris leurs relations diplomatiques avec l'Iran.
La Chine s’autocongratule pour le succès de sa médiation entre l’Iran et l’Arabie saoudite
[China touts its role in mediating Iran and Saudi Arabia restoration of ties]
NHK - 11 mar 2023
https://www3.nhk.or.jp/nhkworld/fr/news/415482/
Le chef de la diplomatie chinoise, Wang Yi, a salué le rôle de son pays dans la conclusion d’un accord visant à rétablir les relations diplomatiques entre l’Iran et l’Arabie saoudite. M. Wang s’exprimait vendredi après la fin de pourparlers entre hauts responsables de Téhéran et de Riyad. Les discussions étaient organisées à Pékin. Elles avaient commencé lundi. Il a qualifié le résultat de « victoire pour le dialogue et la paix » et de « bonne nouvelle importante dans une période de fortes turbulences au niveau mondial ». M. Wang a également déclaré: « la Chine a fidèlement rempli ses devoirs d’hôte des négociations ». Il a ajouté que Pékin continuerait à jouer un rôle constructif dans « la gestion des questions urgentes dans le monde et à démontrer sa responsabilité en tant que grande nation ». (...)
Le président chinois, Xi Jinping, s’est rendu en Arabie saoudite en décembre pour s’entretenir avec le roi Salman et le prince héritier Mohamed bin Salman. M. Xi a également rencontré le président iranien, Ebrahim Raïssi, en février à Pékin.
Chine/Arabie saoudite: La diversification en route … de la soie
par Jean-Paul Ghoneim
IRIS - 13 dec 2022
https://www.iris-france.org/172274-chine-arabie-saoudite-la-diversification-en-route-de-la-soie/
La visite de Xi Jinping en Arabie saoudite est un marqueur important dans l’évolution des alliances dans la région. Depuis quelques années les monarchies du Golfe lorgnent vers Pékin essentiellement dans l’espoir de faire réagir les États-Unis et plus largement l’Occident dont l’intérêt pour la région faiblit. À cela s’ajoute le sentiment de mépris affiché à leur égard et le "bashing" perpétuel des médias occidentaux vis-à-vis de ces monarchies. De plus, ces pays ont la conviction que les accords de sécurité conclus avec Washington à la fin de la Seconde Guerre mondiale ne seraient pas respectés, ou mollement, en cas de mise en péril.
L’autre source d’agacement profond provient de l’insistance et des exigences des pays occidentaux en matière de Droits de l’Homme. Le tweet de Sayed Badr Al-Busaïdi, ministre des Affaires étrangères du Sultanat d’Oman, résume parfaitement l’état d’esprit des dirigeants de la région: « Nous saluons la visite historique du président chinois Xi Jinping dans la région qui reflète une volonté sincère d’ouverture et de coopération réciproque qui incarne les valeurs de tolérance et de paix et réalise les objectifs souhaités dans le cadre de relations internationales et de prospérité dont les bénéfices profiteront à tous ».
Un autre aspect dans la relation contrariée entre la région et l’Occident aura été la baisse du prix du pétrole qui a mis à mal les économies de ces pays dont la principale ressource est la vente des hydrocarbures. Les trois années de prix bas, très difficiles pour les économies des pays exportateurs de pétrole, leur ont fait prendre conscience que la maîtrise de la production et donc des prix du pétrole ne se devait être prise qu’en fonction des intérêts des pays producteurs quitte à s’allier avec la Russie. L’aubaine de la guerre en Ukraine et des sanctions à l’égard de Moscou a fait le reste.
Le changement de politique s’explique par plusieurs facteurs: l’arrivée au pouvoir d’une génération de monarques animée d’une vision ambitieuse pour leur pays et très au fait des équilibres sur la scène internationale. Ces leaders sont animés d’une volonté de peser sur la scène internationale en s’affranchissant des injonctions occidentales. Désormais, la politique de l’Arabie saoudite et de son voisin des Émirats se décidera à Riyad ou Abou Dabi et en fonction de leurs propres intérêts. Au regard de son envergure financière qui lui confère un poids politique certain, l’Arabie saoudite n’entend pas céder sa primauté de la sphère arabo-musulmane. C’est dans cette optique qu’elle a organisé les 8 et 9 décembre un sommet Chine/Conseil de coopération du Golfe (CCG) et un sommet /Pays arabes.
Conscients du fait de la nécessité de nouer ou de resserrer de nouvelles alliances pour assurer leur sécurité, promouvoir leur présence sur la scène internationale ou réaliser les programmes de développement pharaoniques qui visent à assurer la transition vers l’après-pétrole, les pays de la région se tournent vers des superpuissances émergentes comme la Chine. Entre un Occident en déclin et empêtré dans ses problèmes économiques, sociétaux et politiques et l’Asie, le Golfe est en passe de choisir progressivement les seconds. La Chine au régime autoritaire et stable ne peut que fasciner face à un Occident désorienté qui semble avoir perdu sa boussole et englué dans ses difficultés. Cette transition se fera graduellement. Les pays du Golfe ont appris à monnayer cher leurs soutiens et investissements, en jouant sur la loi du plus offrant. Rien n’est acquis désormais.
C’est cet ensemble de facteurs qui explique le faste avec lequel Xi Jinping a été accueilli à Riyad. Il suffit de voir le regard de déférence et de quasi-dévotion du Prince Bandar lors de l’accueil du président chinois pour s’en convaincre. La Chine est le principal partenaire commercial du Royaume (achats d’hydrocarbures). Riyad vient de signer un accord de partenariat stratégique global avec Pékin. Accord qui vient après ceux signés par la Chine avec les Émirats arabes unis, Oman et l’Iran. Ces accords-cadres visent à asseoir la politique d’expansion commerciale de Pékin en mettant en place les Nouvelles routes de la soie. Le partenariat signé à Riyad par le roi Salman et XI Jinping vise à coordonner les objectifs de "la vision saoudienne 2030" (Grand œuvre du Prince Mohamed Ben Salman) et les "Nouvelles routes de la soie". Une série d’accords pour un montant de 30 milliards de dollars a été signée entre les deux pays dans de multiples domaines comme l’hydrogène vert, le développement de la 5G. Sur le plan politique, le communiqué final publié à l’issue des entretiens bilatéraux fait état du soutien chinois à l’égard de l’Arabie saoudite pour la préservation de sa sécurité et de sa stabilité en réaffirmant la ferme opposition chinoise à toute action visant à s’immiscer dans les affaires intérieures du Royaume.
Quels avantages pour la Chine ? Cette visite revêt également une importance non négligeable pour la Chine. Elle enfonce un coin dans la relation historique entre l’Occident et la région et érige Pékin en rival de substitution. La puissance économique chinoise pourra compter sur des investissements financiers de plus en plus importants de la part des pays du Golfe. La Chine assure également ses approvisionnements en hydrocarbures et conforte ses débouchés pour exporter ses technologies en concurrence directe avec les pays occidentaux.
Sur le plan politique, "le communiqué de Riyad" publié à l’issue du sommet entre la Chine et les pays arabes met l’accent sur « l’unicité de la Chine et soutient les efforts de la Chine pour assurer sa souveraineté et l’unité de son territoire ». Il réaffirme le fait que Taïwan fait partie intégrante du territoire chinois et rejette l’indépendance de Taïwan, ainsi qu’il appuie les efforts de la Chine pour préserver sa sécurité nationale et le développement de la démocratie à Hong Kong dans le cadre d’un pays unique et deux systèmes. Le sort des Ouïghours n’est pas mentionné.
Ce soutien des pays arabes pèse lourd dans les instances diplomatiques et conforte la position de la Chine. On pourrait également lire cette visite comme un avertissement des pays du Golfe emmenés par l’Arabie saoudite vis-à-vis des pays occidentaux. Les équilibres sont rompus et des alliances de substitution peuvent être trouvées. Une ère nouvelle s’ouvre. Le centre du monde se déplace vers l’Orient.
Xi Jinping en Arabie saoudite: Pétrole, "nouvelles routes de la soie" et coopération stratégique au menu de la visite
par Stéphane Lagarde
RFI - 07 dec 2022
https://www.rfi.fr/fr/moyen-orient/20221207-xi-jinping-en-arabie-saoudite-p%C3%A9trole-nouvelles-routes-de-la-soie-et-coop%C3%A9ration-strat%C3%A9gique-au-menu-de-la-visite
PEKIN - Le président chinois est attendu à Riyad ce mercredi 7 décembre. Xi Jinping entame un voyage de trois jours dans le royaume saoudien où, en plus du sommet bilatéral, il devrait rencontrer les dirigeants de 14 pays arabes et du Golfe. Une visite qui risque d’irriter les États-Unis.
Cela aurait pu être la première sortie de Chine post-pandémie pour Xi Jinping, selon des fuites de presse au printemps dernier. L’invitation avait été lancée par le prince héritier saoudien Mohammed ben Salman à un moment de fortes tensions entre Washington et Riyad. Finalement, le voyage ne s’est pas fait, mais les tensions entre la monarchie pétrolière et les États-Unis n’ont pas disparu, bien au contraire. Washington accusant Riyad de financer indirectement la Russie dans sa guerre contre l’Ukraine, en maintenant le prix du pétrole à un niveau élevé, relève l’AFP. Dans ce contexte, Xi arrive en Arabie en tant que premier client du royaume: un quart des exportations de brut saoudien sont à destination de la Chine.
Énergie et diplomatie: le président chinois vient renforcer ses liens avec les principaux pays fournisseurs de pétrole, sur un marché devenu imprévisible depuis la guerre en Ukraine. Il vient aussi solidifier le partenariat stratégique global établi lors de sa précédente visite il y a 6 ans. Ce déplacement pourrait aussi servir de tremplin à une expansion de l’Organisation de coopération de Shanghai dans la région, souligne le South China Morning Post, en profitant justement du vide créé par les turbulences entre les pays du Golfe et la Maison Blanche.
L’Arabie saoudite et la Chine pourraient signer plus d’une vingtaine d’accords pour une valeur de 110 milliards de riyals (près de 28 milliards d’euros), selon les observateurs. À la clé, notamment la coordination des projets Saudi Vision 2030 et Belt and Road – les "nouvelles routes de la soie" chinoises. « Les entreprises chinoises pourraient se voir attribuer des contrats à Neom, ville futuriste en pleine construction, notamment dans le domaine des technologies de surveillance », relève Le Temps. Une extension des relations sino-saoudiennes toutefois limitée sur le plan de la sécurité. Pékin ne peut pas offrir à Riyad les mêmes garanties que Washington sur le plan militaire. L’Iran restant le principal allié de la Chine dans la région.
Accord Iran-Arabie saoudite: « On assiste aux prémices d'une nouvelle configuration régionale »
Entretien avec Hasni Abidi, directeur du Centre d'études et de recherche sur le monde arabe et méditerranéen.
Propos recueillis par Clea Broadhurst
RFI - 11 mar 2023
https://www.rfi.fr/fr/moyen-orient/20230311-accord-iran-arabie-saoudite-on-assiste-aux-pr%C3%A9mices-d-une-nouvelle-configuration-r%C3%A9gionale
L'Iran et l'Arabie saoudite, poids lourds du Moyen-Orient ayant rompu leurs liens en 2016, ont annoncé vendredi 10 mars le rétablissement de leurs relations diplomatiques d'ici deux mois à l'issue de pourparlers en Chine. Quelles conséquences cet accord pourrait-il avoir au Moyen-Orient et dans la lutte d'influence que se livrent Pékin et Washington ?
En quoi le rapprochement entre Riyad et Téhéran pourrait changer la donne dans la région ?
L’accord conclu entre Riyad et Téhéran est une mauvaise nouvelle pour Israël puisque le gouvernement israélien tablait sur une certaine normalisation avec l'Arabie saoudite, et surtout pour un isolement de l'Iran et une alliance régionale en mesure de former une coalition en cas d'action militaire contre l'Iran. Aujourd'hui, l'Arabie saoudite permet à l'Iran de sortir de son isolement et c'est plutôt Israël qui paraît aujourd'hui isolé sur la scène moyen-orientale.
Mais il y a d'autres conséquences, qui dépendent de la portée de cet accord. Il faut rappeler que l'accord a pour objectif la sécurisation de l'Arabie saoudite. L’Arabie saoudite est appelée à des réformes très importantes et le prince héritier Mohammed ben Salman est pressé de prendre le pouvoir. Il a besoin, pour cela, d'un environnement régional beaucoup plus rassurant. Il a besoin de sécuriser l'Arabie saoudite, sécuriser les installations pétrolières, et cette sécurisation, tout comme la sécurité du trône, passe aussi par une relation différente, une relation apaisée, avec les Iraniens.
Pourrait-il y avoir des impacts sur certains pays, comme le Yémen et la Syrie ?
Les conséquences sur la Syrie, sur le Yémen, sur l'Irak, sur le Liban sont moins prioritaires pour l'Arabie saoudite. En revanche, à l'issue des deux prochains mois, temps imparti et condition sine qua non imposé par l'Arabie saoudite pour mesurer la collaboration des Iraniens, il se pourrait que ces autres dossiers suivent. Ce sera dans des négociations futures puisque les tractations entre Saoudiens et Iraniens sont amenées à se poursuivre. Mais il est évident que la sécurisation de l'Arabie saoudite passe par l'arrêt des attaques menées sur le sol saoudien, par les Houthis au Yémen, qui sont soutenues par les Iraniens.
L'Arabie saoudite ne veut pas avoir des relations conflictuelles avec ses voisins. Elle est pour une certaine dynamique de paix et elle est aussi un peu boudée par le président américain Joe Biden. La direction saoudienne veut s'affranchir de la tutelle américaine et diversifier ses relations sur le plan international. [Oui; ndc]
Que signifie le rôle de la Chine dans ces négociations ?
Pour l'Arabie saoudite, la présence d'un État garant est très importante, car la confiance est rompue entre Téhéran et Riyad depuis plusieurs années. C'est pourquoi la Chine a montré son intérêt, il y a déjà trois ans de cela, lors d'une rencontre entre les dirigeants saoudiens et chinois. Les Chinois ont fait part de leur intérêt de mener une médiation entre les deux États. Pourquoi ? Parce que la Chine a des priorités importantes avec l'Arabie saoudite comme fournisseur de pétrole, mais aussi avec les Iraniens. Il fallait donc absolument que la relation soit différente entre ces deux partenaires privilégiés de la Chine.
L'Arabie saoudite a besoin de la Chine, car les seuls États écoutés par les Iraniens sont aujourd'hui la Chine et la Russie. Par ailleurs, il fallait un partenaire de taille, un garant pour cet accord et en même temps, pour la Chine, cela signifiait un retour triomphal sur la scène du Moyen-Orient. Cela permet de la part de la Chine de dire aux Américains que, même s'il y a une pression contre elle, elle devient un interlocuteur privilégié de puissances régionales dans la région, à savoir l'Arabie saoudite et l'Iran. [Non, l'Arabie saoudite ne recherche pas de médiateur, mais veut diversifier ses alliances, avoir plus de cartes en mains, plus d'options dans un environnement qui devient de plus en plus complexe, où l'ami de mon ennemi n'est pas forcément mon ennemi; ndc]
Sommes-nous en train d’assister à l’instauration d’un nouvel ordre mondial, selon vous ?
On assiste plutôt à des prémices d'une nouvelle configuration régionale. Mais attention, il ne faut pas sous-estimer la relation stratégique entre Washington et Téhéran. Les Saoudiens ne peuvent pas faire l'économie d'une relation exclusivement chinoise ou russe et bien sûr, cette relation dépend aussi des titulaires de la Maison Blanche. Si demain, un nouveau président américain est beaucoup plus attentif avec la direction saoudienne, qu'il ne boude pas et ne critique pas le prince héritier Mohammed ben Salman, l'Arabie saoudite se tournera sûrement de nouveau vers les Américains. [Hahahaha ! Quelle naïveté !]
On assiste pour le moment plutôt à une volonté de diversifier les relations de l'Arabie saoudite et aussi utiliser cette relation avec Pékin comme moyen de pression sur l'administration américaine, pour dire à Washington que l'alternative existe et que l'Arabie saoudite peut aussi avoir de bonnes relations avec d'autres États, qui ne sont pas moins importants dans la région.
Sous égide chinoise, le surprenant accord entre l’Iran et l’Arabie saoudite
"Saudi crown prince balances on Saudi-US-Israeli-Iranian tightrope" (Modern Diplomacy, 10 mars 2023)
par James M. Dorsey, journaliste et universitaire, maître de recherche au Middle East Institute de l’Université nationale de Singapour
traduit par Pierre Prier
Orient XXI - 11 mar 2023
https://orientxxi.info/magazine/sous-egide-chinoise-le-surprenant-accord-entre-l-iran-et-l-arabie-saoudite,6295
Le prince héritier saoudien Mohamed Ben Salman (MBS) a développé, en politique étrangère, des qualités de funambule. Son dernier numéro d’équilibriste est sans doute le plus risqué. À la surprise générale, l’Arabie saoudite et l’Iran, ainsi que la Chine, ont annoncé que les deux pays rétablissaient leurs relations diplomatiques rompues en 2016.
L’accord entre l’Arabie saoudite et l’Iran a été conclu lors d’une réunion en Chine des conseillers à la sécurité nationale des deux pays. Ce rare succès d’une médiation chinoise dans les conflits du Proche-Orient est un cadeau fait à Pékin par les deux pays. L’Arabie saoudite a rompu ses relations avec l’Iran après la prise d’assaut de l’ambassade du royaume à Téhéran en 2016, pour protester contre l’exécution d’un éminent religieux chiite saoudien.
Renforcement militaire du Royaume
Le rétablissement des relations irano-saoudiennes est intervenu alors que l’Iran est préoccupé de la menace saoudienne. Téhéran s’inquiète des dépenses massives de l’Arabie saoudite pour créer une industrie de défense nationale, et de sa coopération avec les États-Unis pour transformer l’armée saoudienne en une force de combat efficace. Outre l’acquisition par Riyad de systèmes d’armes sophistiqués américains et européens auxquels l’Iran n’a pas accès, le royaume a pour objectif de créer des capacités qui ciblent l’épine dorsale de la stratégie de défense iranienne, à savoir les drones et les missiles balistiques.
Ces dernières années, l’Arabie saoudite a convenu avec la Chine de construire une usine de fabrication de drones dans le royaume. Il s’agira de la première usine de production chinoise à l’étranger. Et les États-Unis et l’Arabie saoudite ont l’intention d’organiser leur tout premier exercice expérimental de lutte contre les drones à la fin de ce mois. Les images satellite de ces dernières années suggèrent que le royaume a construit des bases de missiles avec l’aide de la technologie chinoise.
Côté iranien, les efforts déployés dans le Golfe pour éviter une escalade n’ont pas empêché la République islamique d’accroître ses capacités militaires, avec l’ajout récent d’un nouveau navire et de 95 vedettes rapides lance-missiles à sa marine de guerre. On parle aussi de l’acquisition d’avions de combat russes Sukhoi-Su-35. En outre, l’armée iranienne et le corps des Gardiens de la révolution islamique sont aguerris et ont fait preuve de créativité pour compenser les handicaps résultant des sanctions sévères imposées par les États-Unis.
Un billard à trois bandes ?
Sur le plan stratégique, toutefois, la réconciliation irano-saoudienne fait suite à des informations selon lesquelles l’Arabie saoudite aurait suggéré d’établir des relations diplomatiques officielles avec Israël en échange d’un engagement juridiquement contraignant des États-Unis en faveur de la sécurité du Golfe, d’un soutien américain à un programme nucléaire pacifique saoudien et d’une augmentation des ventes d’armes américaines au royaume1. Téhéran considérerait cet accord, s’il venait à se concrétiser, comme visant la République islamique.
Si l’accord irano-saoudien a un sens, c’est de positionner l’Arabie saoudite et l’Iran comme des acteurs constructifs dans la réduction des tensions régionales. À condition que leur réconciliation contribue à mettre fin à la guerre au Yémen et aux guerres par procuration dans d’autres régions. Il pourrait permettre de relancer les négociations sur le nucléaire iranien. Mais pour cela, il faudrait aussi que les Saoudiens modifient leur proposition faite aux États-Unis. Israël reste pour Riyad un joker, même si l’importance d’une contribution significative d’Israël à la sécurité dans le Golfe, dans le cadre de l’établissement de relations diplomatiques formelles entre l’Arabie saoudite et l’État juif reste incertaine.
L’Arabie saoudite, comme les Émirats arabes unis, voit d’un œil favorable la guerre secrète d’Israël contre l’Iran, qui implique des attaques contre des cibles dans la République islamique et en Syrie. Dans le même temps, les États du Golfe craignent d’être la cible de représailles iraniennes. Un engagement des États-Unis en matière de défense pourrait atténuer cette crainte. Il pourrait également enhardir Israël à un moment où le rétablissement des relations entre l’Arabie saoudite et l’Iran pourrait modifier la dynamique de la rivalité entre les deux pays.
« Nous riposterons doublement »
Au début du mois, l’amiral Alireza Tangsiri, commandant de la marine des Gardiens de la révolution, a mis en garde les pays du Golfe contre tout soutien à la guerre secrète d’Israël. « S’ils souhaitent nous attaquer depuis le territoire de n’importe quel pays ou profiter de l’espace aérien de n’importe quel pays… nous riposterons doublement. Nous riposterons doublement et nous écraserons toute zone d’où proviendraient les complots contre les intérêts de l’Iran » a déclaré Tangsiri.
Les craintes de représailles iraniennes pourraient toutefois passer au second plan dans le cadre de la négociation d’un accord américano-saoudo-israélien. Les avantages d’un accord tripartite sont évidents. Il permettrait à Mohamed Ben Salman (MBS) de répondre à ses besoins les plus immédiats en matière de défense, de redessiner de manière significative la carte géopolitique du Proche-Orient et d’établir un cadre pour les relations du royaume avec les États-Unis et la Chine.
S’il était conclu, l’accord créerait un pilier du nouvel ordre mondial du XXIe siècle, initialement bipolaire et, à terme, tripolaire, avec les États-Unis et la Chine comme superpuissances initiales, rejointes par l’Inde à un stade ultérieur, et de multiples puissances moyennes, comme l’Arabie saoudite, dotées d’un pouvoir et d’un effet de levier accrus. Il ouvrirait également la voie à la reconnaissance d’Israël par de nombreux États à majorité musulmane, en particulier en Asie. Tout aussi important, l’accord rétablirait la confiance du Golfe dans la fiabilité des États-Unis en tant que garant de la sécurité régionale.
Cette confiance a été entamée par plusieurs facteurs : l’accent mis par les États-Unis sur la Chine en tant qu’adversaire stratégique ; la priorité accordée plus récemment à la guerre en Ukraine ; la réticence passée des États-Unis à répondre aux attaques iraniennes contre des cibles saoudiennes et émiraties ; les désaccords sur les niveaux de production pétrolière et les droits humains.
Les réticences des États-Unis
Surmonter les multiples obstacles à l’accord proposé par l’Arabie saoudite impliquerait probablement un changement de politique, voire un changement politique, aux États-Unis, en Arabie saoudite, dans l’ensemble du monde musulman et en Israël. Il semble presque impossible d’obtenir un soutien bipartisan aux États-Unis pour un accord formel avec l’Arabie saoudite, de nombreux membres du Congrès, de part et d’autre de l’allée, se montrant réticents à l’égard du royaume. Pour qu’un engagement soit possible, MBS devra démontrer qu’il est un partenaire fiable.
Les doutes des États-Unis sur l’Arabie saoudite ont été alimentés par la répression brutale de MBS contre la dissidence et la liberté d’expression, sa conduite de la guerre au Yémen et, parfois, des mesures de politique étrangère perturbatrices, notamment le boycott économique et diplomatique du Qatar mené par l’Arabie saoudite pendant trois ans et demi. « Les Saoudiens doivent montrer qu’ils sont un partenaire responsable », a déclaré l’ancien diplomate américain et éminent analyste Martin Indyk. Le royaume « ne peut pas jouer sur les deux tableaux. S’il désire ce genre d’engagement de la part des États-Unis, il doit s’aligner sur les États-Unis… Si notre relation de sécurité avec l’Arabie saoudite doit être approfondie parce que les Saoudiens le veulent, alors il y a certaines obligations qui en découlent ».
MBS pourrait notamment faire preuve de responsabilité en négociant les conditions du soutien américain au programme nucléaire du royaume. L’Arabie saoudite souhaite construire seize centrales nucléaires. En février 2023, le royaume a reçu des offres pour la première installation. L’Arabie saoudite a toujours affirmé que son programme était destiné à des fins pacifiques et que le royaume s’engageait à placer ses futures installations sous la supervision de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA). Cependant, alors que l’Iran se rapproche de plus en plus d’une capacité de production d’armes nucléaires, l’Arabie saoudite vise également à acquérir les connaissances et les éléments technologiques nécessaires pour être au même niveau que l’Iran si celui-ci franchit le seuil de la production d’armes nucléaires. Les dirigeants saoudiens ont prévenu que l’Arabie saoudite développerait ses capacités si l’Iran devenait une puissance nucléaire.
Ambitions nucléaires
L’Arabie saoudite a démenti les informations selon lesquelles elle construirait une installation d’extraction de yellow cake d’uranium avec l’aide de la Chine. Elle possède elle-même d’importants gisements d’uranium. Les États-Unis veulent stopper cette évolution en convainquant le royaume d’accepter les garanties exigées par la législation américaine, que les Saoudiens ont jusqu’à présent rejetées. Ces garanties obligeraient l’Arabie saoudite à renoncer à produire du combustible nucléaire, même si elle pourrait l’acheter moins cher à l’étranger. La loi américaine sur l’énergie atomique stipule que les pays qui coopèrent avec les États-Unis dans le domaine de l’énergie nucléaire doivent renoncer à l’enrichissement de l’uranium et au retraitement du combustible usé.
Les autorités américaines craignent que l’insistance des Saoudiens ne revienne à revenir sur un protocole d’accord conclu en 2009 avec les États-Unis, dans lequel le royaume s’engageait à acquérir du combustible nucléaire sur les marchés internationaux.
Pourtant, même si MBS parvenait à convaincre les États-Unis de son sens des responsabilités et à satisfaire aux conditions américaines en matière de coopération nucléaire, Israël reste son joker. Le prince héritier et d’autres hauts responsables saoudiens ont clairement indiqué qu’ils souhaitaient établir une relation officielle avec Israël, mais cela ne sera possible que si le conflit israélo-palestinien est résolu d’une manière qui tienne compte des intérêts des deux parties, or le premier ministre Benyamin Nétanyahou est à la tête d’un gouvernement qui veut tout sauf cela.
Nétanyahou semble croire que le soutien aux Palestiniens en Arabie saoudite, et ailleurs dans le monde arabe et musulman a diminué au point que, s’il a le choix entre le soutien aux Palestiniens et la coopération sécuritaire et technologique avec Israël, en particulier contre l’Iran, le royaume optera pour Israël.
Ce calcul ne peut fonctionner que dans le cas improbable où les États-Unis s’engagent juridiquement à assurer la sécurité de l’Arabie saoudite et du Golfe et où le royaume remplit les conditions nucléaires imposées par les États-Unis. Pour sa part, MBS peut supposer que si l’Arabie saoudite et les États-Unis s’entendent, Netanyahu fera de même, mais il s’agit là d’un pari risqué. Même si Netanyahou souhaite entretenir des relations officielles avec l’Arabie saoudite, il est peu probable qu’il mette son avenir politique en péril en risquant une crise avec ses partenaires de la coalition, majoritairement d’extrême droite et ultrareligieux, qui veulent se débarrasser des Palestiniens, le plus tôt étant le mieux.
Le rétablissement des relations diplomatiques entre Arabie Saoudite et Iran, un gage pour le Liban
par Paul Khalifeh
RFI - 12 mar 2023
https://www.rfi.fr/fr/moyen-orient/20230312-le-r%C3%A9tablissement-des-relations-diplomatiques-entre-arabie-saoudite-et-iran-un-gage-pour-le-liban
BEYROUTH - À Beyrouth, l’annonce du rétablissement des relations diplomatiques d'ici à deux mois entre l’Arabie saoudite et l’Iran, après 6 ans de rupture, a été saluée par les alliés de Téhéran et ignoré par les amis de Riyad. Mais tous sont conscients que l’amélioration des rapports entre les deux pays aura forcément un impact au Liban.
Le chef du Hezbollah a été l’un des premiers à réagir à l’annonce du prochain échange d’ambassadeurs entre Téhéran et Riyad. Hassan Nasrallah a déclaré que « le retour des relations entre l’Iran et l’Arabie saoudite est une démarche très bienvenue, et jouera en faveur des peuples de la région ». Selon lui, « ce développement important pourrait ouvrir des horizons dans toute la région, ainsi qu’au Liban ». Le chef du Hezbollah a cependant assuré que « l’Iran n’interfère pas dans les affaires de ses alliés et ne leur dicte pas leurs décisions ». Le président du Parlement, Nabih Berry, qui est la plus importante figure politique chiite du pays, a parlé d’un « accord historique » et a plaidé pour « le renforcement des intérêts communs des peuples de la région ».
Le chef du Courant patriotique libre, fondé par Michel Aoun, le député Gébran Bassil, a quant à lui estimé dans un tweet que l’accord irano- saoudien entraînera « une vague de stabilité qui englobera le Liban ». Il a toutefois assuré que les solutions aux problèmes du pays ne viendront pas de l’étranger. Les Libanais espèrent que la normalisation entre Riyad et Téhéran permettra en premier lieu l’élection d’un nouveau président de la République. [Ils espèrent aussi que cet accord apportera des fonds, assez pour se passer du FMI... Ils risquent d'être déçus; ndc]
Accord entre l'Iran et l'Arabie saoudite: un coup dur pour la stratégie régionale d'Israël
par Catherine Dupeyron
Les Echos - 13 mar 2023
https://www.lesechos.fr/monde/afrique-moyen-orient/accord-entre-liran-et-larabie-saoudite-un-coup-dur-pour-la-strategie-regionale-disrael-1914377
JERUSALEM - L'Arabie saoudite a choisi l'Iran aux dépens d'Israël. Un coup dur pour L'Etat hébreu qui rêvait de voir le royaume saoudien rejoindre les Accords d'Abraham signés en septembre 2020 avec les Emirats Arabes Unis et le Bahrein, deux Etats très proches de Riyad. Mais, les Saoudiens qui, de toute façon, y avaient posé une condition à savoir un règlement du conflit israélo-palestinien, en ont décidé autrement.
Les responsables Palestiniens de l'Autorité palestinienne du Hamas et du Parti islamique se sont tous félicités de cet accord. En revanche, côté israélien, la nouvelle, tombée vendredi, n'a pour le moment suscité aucune réaction officielle du gouvernement de Benjamin Netanyahou. Ce dimanche, le ministère des Affaires étrangères refusait de « commenter ce développement ». Il est vrai que celui-ci remet en cause la stratégie du Premier ministre israélien qui, dès sa prise de fonction fin décembre, avait énoncé deux priorités de sa politique étrangère: « bloquer l'Iran » et « élargir considérablement le cercle de la paix », ce qui se voulait une main tendue à l'Arabie saoudite.
Dans l'entourage de Netanyahou, la réaction officieuse consiste à dire que cet accord n'aura guère d'importance si l'Occident est plus fort et plus déterminé dans sa lutte contre l'Iran. Mais, l'ancien Premier ministre, Naftali Bennett, qui n'est même plus député, a déclaré que ce rapprochement est « dangereux pour Israël », constitue une « victoire politique pour l'Iran (et) porte un coup fatal aux efforts visant à construire une coalition régionale contre l'Iran ».
La veille de l'annonce de cet accord, le Secrétaire américain à la Défense, Lloyd Austin, terminait en Israël une tournée de 5 jours au Proche-Orient, qui l'avait mené en Jordanie, Irak et Egypte. Point commun de ces différentes rencontres: la sécurité régionale et donc la menace iranienne. Lors d'une conférence de presse tenue avec son homologue israélien, Yoav Gallant, Lloyd Austin a rappelé plusieurs fois « l'engagement à toute épreuve » de son pays à l'égard d'Israël qui « est un partenaire stratégique majeur des Etats-Unis ». Il a aussi indiqué que les Accords d'Abraham facilitaient la coopération militaire entre Israël et ses voisins. De même, pour l'intégration d'Israël en 2021 au CENTCOM; le Central Command américain qui opère au Moyen-Orient et en Asie centrale est né il y a 40 ans dans le cadre d'une guerre maritime de faible intensité avec l'Iran.
Yoav Gallant, quant à lui, a déclaré: « Nous sommes dans une période critique; nous devrons bientôt prendre des décisions importantes, significatives et fatidiques pour l'Etat d'Israël. La menace iranienne nous oblige à nous préparer et à être prêts à toute action ». De son côté, Benjamin Netanyahou , dans une interview parue le jour même dans le quotidien italien, La Repubblica, confiait: « L'Histoire est impartiale et impitoyable. Elle ne favorise pas les vertueux, ni ceux qui sont moralement supérieurs. Elle favorise les forts ». Benjamin Netanyahou, fils d'historien, a sans doute choisi sa voie.
EDIT (24 mars 2023)
Après l'Iran, l'Arabie saoudite rétablit ses liens avec la Syrie
par Laila Bassam et Aziz El Yaakoubi
Reuters, L'Orient-Le Jour - 24 mar 2023
https://www.lorientlejour.com/article/1332489/apres-liran-larabe-saoudite-retablit-ses-liens-avec-la-syrie-rapportent-des-sources.html
BEYROUTH/ RIYAD - La Syrie et l'Arabie saoudite se sont accordées sur la réouverture de leurs ambassades respectives après avoir rompu leurs liens diplomatiques il y a plus de dix ans, ont fait savoir trois sources proches du dossier. Les contacts entre Riyad et Damas se sont intensifiés à la suite de l'accord historique conclu au début du mois visant à rétablir les liens entre l'Arabie saoudite et l'Iran, un allié proche du président syrien Bachar al Assad, a déclaré une source proche du régime syrien. Le rétablissement des liens entre Riyad et Damas constituerait le développement le plus marquant à ce jour des efforts déployés par les États arabes pour normaliser leurs relations avec Bachar al Assad, dont le régime a été ostracisé par de nombreux États occidentaux et arabes après le début de la guerre civile en Syrie en 2011.
Les gouvernements saoudiens et syriens sont "en train de préparer la réouverture des ambassades après l'Aïd el-Fidr", la fête musulmane marquant la rupture du jeûne du mois de ramadan, a indiqué une deuxième source proche de Damas à Reuters. Cette décision est le résultat des discussions menées en Arabie saoudite par de hauts responsables des services de renseignement syriens, d'après une des sources et un diplomate du Golfe. Le bureau de presse du gouvernement saoudien, le ministère saoudien des Affaires étrangères et le gouvernement syrien n'ont pas répondu à une demande de commentaires. Les sources se sont exprimées sous couvert d'anonymat en raison de la sensibilité du sujet.
Les Etats-Unis, alliés de l'Arabie saoudite, se sont opposés aux initiatives des pays de la région visant à normaliser les relations avec Bachar al Assad, évoquant la brutalité de son gouvernement pendant le conflit. Les Emirats arabes unis (UAE), un autre allié stratégique de Washington, ont été les premiers à normaliser leurs relations avec Bachar al Assad, qui s'est récemment rendu à Abou Dhabi avec sa femme. Mais l'Arabie saoudite avance de son côté de façon plus prudente.
Le diplomate du Golfe a indiqué que les hauts responsables des services de renseignement étaient restés plusieurs jours à Riyad et qu'un accord avait été conclu pour rouvrir les ambassades "très prochainement". Il a ajouté que les discussions entre Damas et Riyad pourraient ouvrir la voie à un vote pour lever l'exclusion de la Syrie de la Ligue arabe - décidée en 2011 à la suite de la répression brutale par le régime syrien des mouvements de protestation - lors de son prochain sommet qui se tiendra en Arabie saoudite en avril. Les UAE ont rouvert leur ambassade à Damas en 2018, arguant que les pays arabes doivent être davantage mobilisés dans la résolution du conflit syrien.