Le Monde d'Antigone

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Dernière mise à jour : 01.02.2026
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Une sécheresse extrême s'installe au Moyen-Orient

Publié le 26/08/2022 à 00:12 par monde-antigone

 
Le Moyen-Orient se réchauffe 2 fois plus vite que la moyenne.

En Irak, des robinets à sec et des villageois assoiffés
par Hayder Indhar
AFP, Le Point - 24 aot 2022
https://www.lepoint.fr/monde/en-irak-des-robinets-a-sec-et-des-villageois-assoiffes-24-08-2022-2487186_24.php 


Quand Younes Ajil ouvre son robinet, rien n'en sort. Dans le sud de l'Irak frappé par la sécheresse, plus de 70 villages traversent un été caniculaire sans eau courante et les distributions sporadiques des autorités sont loin de suffire.

Ces derniers mois, le débit de l'Euphrate a chuté à vue d'œil, allant jusqu'à assécher ses bras les moins vaillants. Résultat: en cet été où les températures frôlent parfois les 50°C, un tiers de la province de Diwaniya est privé d'accès direct à l'eau. "Si l'eau est coupée, il n'y a plus de vie", se désole Younes Ajil. Dans son village d'Al-Aghawat, il attend un des camions citernes envoyés par le gouvernorat qui font la tournée des hameaux affectés une à deux fois par semaine. "Même avec une distribution quotidienne, les quantités ne suffiraient pas", déplore-t-il. "Cela fait quatre jours que je ne me suis pas lavé", avance le quadragénaire, père de 8 enfants.

Entre des températures caniculaires et des pénuries d'eau qui ne font qu'empirer, l'Irak est un des cinq pays au monde les plus exposés à certains effets du changement climatique, selon l'ONU. "Le pays des deux fleuves", comme le surnomment ses habitants, voit d'année en année diminuer le niveau du Tigre et de l'Euphrate. Les autorités irakiennes pointent du doigt la sécheresse, mais aussi les barrages construits en amont, en Turquie et en Iran voisins.

M. Ajil a creusé un puits, mais l'eau qu'il en tire est salée. "On mélange ça avec l'eau du camion-citerne et on se débrouille". Quand le camion fait son apparition, ses enfants se précipitent dans un joyeux vacarme. Pour recueillir l'or bleu, certains foyers ont sorti des marmites ou même... un réfrigérateur renversé au sol. M. Ajil partage sa maison avec son frère Mohamed. Comme la plupart de ses voisins, ils vivaient autrefois de l'agriculture. Mais à cause de la sécheresse, cela fait deux ans que l'activité agricole bat de l'aile. Pour subvenir aux besoins de leurs familles, les deux frères vendent les moutons de leur cheptel. "Il y a une cinquantaine de maisons dans ce village. Il ne reste plus que dix familles, les autres sont parties", souffle M. Ajil, 42 ans.

"La migration climatique est déjà une réalité en Irak", assène un rapport publié en août par l'Organisation internationale pour les migrations (OIM). Jusqu'en mars 2022, plus de 3.300 familles avaient été déplacées par "des facteurs climatiques", dans 10 provinces du centre et du sud. En cause: "la rareté de l'eau, sa salinité élevée et sa mauvaise qualité".

Si l'Euphrate traverse toujours Diwaniya, certains "affluents souffrent de la sécheresse", indique Hassan Naïm, responsable des ressources hydriques de la province. Par conséquent, une vingtaine de stations d'épuration sont à l'arrêt, dit-il. La crise dure depuis plus de deux mois. Autrefois, "certaines rivières s'asséchaient, mais ça ne durait que quelques jours". M. Naïm admet que les quantités d'eau distribuées sont "très faibles" comparées aux besoins et il déconseille le recours aux puits dans lesquels "le taux de salinité est très élevé". A deux reprises, des centaines d'habitants ont manifesté pour exprimer leur colère.

"Environ un tiers de la province de Diwaniya souffre d'un problème d'accès à l'eau", reconnaît son gouverneur Zouheir al-Chaalane, soulignant l'impact sur l'agriculture, le bétail, et la consommation d'eau potable. Plus de 75 villages sont concernés, dit-il. Irriguée par l'Euphrate, sa province reçoit un débit d'eau oscillant entre 85 et 90 m3 par seconde, explique-t-il. Il faudrait doubler ce débit pour enrayer les pénuries. Dans une province où la terre nourrit les hommes, il appelle à exclure Diwaniya du plan de rationnement et de partage des eaux entre les différentes régions préparé par Bagdad. "Nous vivons de l'agriculture. Diwaniya n'a ni poste-frontière, ni champ pétrolier, ni sanctuaire religieux (attirant les pèlerins, ndlr) ni tourisme", plaide-t-il.

Au village d'Al-Aghawat, Razzak Issa réclame "une solution" avec la Turquie pour augmenter le débit des fleuves. "Oui, on rationne les usages, mais il fait chaud. Je rationne comment ? Je ne me lave pas ? Je ne lave pas ma djellaba ? Je ne lave pas mes enfants ? Impossible", s'insurge-t-il. Lui aussi mélange l'eau salée de son puits à celle distribuée par les autorités. "Où pouvons-nous aller ? Où que tu ailles, l'Irak c'est de la torture. A Nassiriya, à Samawa, ils meurent de soif".


Le Liban, "château d’eau du Moyen-Orient", menacé par la sécheresse
par Muriel Rozelize
Le Figaro, rapporté par Middle East Transparent - 19 aot 2022
https://middleeasttransparent.com/fr/le-liban-chateau-deau-du-moyen-orient-menace-par-la-secheresse/ 


À Saadnayel, dans la Bekaa centrale, cela fait 7 mois que les habitants n’ont plus d’eau alors que les températures frôlent les 36-38 degrés. Dans les champs, qui parsèment encore cette ville de 50.000 habitants (dont la moitié de réfugiés syriens), les cultures ont jauni prématurément. « Une vraie désolation », témoigne Moussa Choubassi, 72 ans, revenu dans la ville de son enfance après 30 ans aux Pays-Bas. Un paradoxe pour un pays considéré comme le "château d’eau du Moyen-Orient" du fait de ses réserves: 2.000 sources, 40 cours d’eau et 4,5 milliards m3 d’eau renouvelables par an. La Syrie et Israël, avec lesquels le Liban partage certains fleuves et qui vivent déjà en situation de « stress hydrique extrêmement élevé » selon un rapport du World Resources Institute de 2019, en convoitent la relative abondance.

Mais au Liban aussi, certaines régions comme la Bekaa, où la vie locale se concentre sur l’agriculture et l’élevage, sont déjà confrontées à des épisodes de sécheresse et menacées de désertification. « L’eau reste abondante, mais elle est gaspillée. Dans la Bekaa, la consommation dépasse aujourd’hui les ressources disponibles », relève Serge Harfouche, membre de Buzuruna Juzuruna ("nos graines, nos racines"), une ferme-école installée à Saadnayel qui tente d’introduire l’agro­écologie dans le pays. Les nappes phréatiques ne s’y renouvellent plus tandis qu’un quart des sources et des cours d’eau sont pollués par la présence de nitrates d’origine agricole et de bactéries fécales liées aux rejets des eaux usées sans traitement. « Ici, on cuisine à l’eau en bouteille », prévient Bassima, l’épouse de Moussa Choubassi.

S’ils sont en partie responsables, l’absence de partenariats transfrontaliers et le changement climatique en cours ne sont pourtant pas la cause directe de l’actuelle pénurie: c’est la crise que traverse le pays depuis 2019 qui a entraîné le quasi-effondrement des services d’approvisionnement, de distribution et de retraitement des eaux du pays, auparavant déjà en piteux état.

En pleine déroute financière, la compagnie nationale Électricité du Liban (EDL) rationne le courant des stations de pompage: moins de 30 % de ce qu’elle leur attribuait avant 2019, selon le ministère de l’Énergie et de l’Eau. « Sans mazout, pas d’électricité. Sans électricité, pas d’eau », résume Bassima Choubassi. Le recours aux générateurs privés, qui suppléent en partie EDL en matière de courant, est une alternative trop onéreuse ici. « Il faudrait 1,5 million de dollars par an pour une station comme celle dont dépend Saadnayel, justifie l’ingénieur de l’un des principaux opérateurs sous couvert d’anonymat. Or on a zéro budget ». Résultat: la population se retrouve à la merci des propriétaires de camion-citerne, qui opèrent comme la « mafia des générateurs ». La plupart d’entre eux puisent abondamment dans les nappes phréatiques en creusant des puits illégaux, sans avoir à contrôler la qualité de l’eau distribuée, souvent impropre à la consommation, ni les quantités prélevées.

Ces « marchands de la soif » imposent leur monopole lucratif – leurs tarifs ont sextuplé depuis 2019 – avec l’assentiment des autorités, qui entérinent une privatisation de facto du secteur. « On paie 150.000 livres libanaises (5 $, NDLR) les 1 000 litres d’eau non ­potable », dénonce Moussa. Dans d’autres régions, les prix grimpent jusqu’à 700.000 livres libanaises (23 $). Un tel coût est prohibitif pour la majorité obligée de se rationner. L’Unicef estimait en 2021 qu’1/4 de la population libanaise vivait déjà avec moins de 35 litres d’eau par jour (la quantité minimale acceptable pour survivre selon l’organisation), menacée de devenir de nouveaux déplacés climatiques. « Certaines terres ne sont plus cultivées: l’eau est devenue trop chère », ajoute Serge ­Harfouche. Si rien n’est fait, c’est l’avenir agricole de la Bekaa qui est en jeu.

À Saadnayel, dans le quartier où vit le couple, celui qui s’occupe du générateur a promis d’acheter une pompe solaire afin de remettre en service l’un des puits. Dans la plupart des régions, les appels à la générosité de la diaspora ou à de riches hommes d’affaires se multiplient pour remplacer l’État défaillant.

Cela ne règle pas le problème de la raréfaction de la ressource sur le long terme. La réouverture de puits pourrait même accélérer son épuisement: comme de nombreux autres (80.000 puits dénombrés au Liban, les 3/4 illégaux), il plonge jusqu’à 400 m dans les entrailles de la terre afin de prélever toujours plus de ressource souterraine. « L’imperméabilisation des sols due à l’urbanisation sauvage empêche l’eau de surface de s’infiltrer dans le sol. On doit donc creuser 200, parfois 400 mètres en profondeur, pour atteindre les nappes », note Serge Harfouche.

Seule une gestion nationale voire régionale des ressources hydrauliques pourrait éloigner le risque. « Or celle-ci est inexistante », dit-il. Au Liban, 10 % seulement de la ressource sont exploités, le pays affichant un taux de déperdition d’au moins 50 % des précipitations annuelles et de 40 % dans les réseaux d’adduction vétustes. Plusieurs plans ont été envisagés et des milliards de dollars, financés largement par l’aide internationale, dépensés dans la construction et la réhabilitation d’infrastructures. Sans aucun effet. Sur ce dossier comme sur tant d’autres, l’incurie du pouvoir et la prévalence des intérêts privés paralysent toute action.

Une grande partie des fonds a servi à des infrastructures "dormantes": des usines retraitant les eaux usées jamais raccordées aux égouts, des barrages dont les fuites permanentes empêchent le remplissage… Une gabegie d’autant plus lamentable que la passation de ces contrats publics est fortement entachée de soupçons de corruption.

À défaut d’une gestion intégrée au niveau national et d’une gouvernance à l’échelle régionale, ces pénuries alimentent déjà les conflits locaux entre communautés et contribuent à un nouvel exode rural, qui renforce la paupérisation des périphéries urbaines. Dans l’ouest de la Bekaa, des hommes sont ainsi morts l’hiver dernier pour avoir tenté de puiser l’eau d’un village voisin. « Certaines régions ont dilapidé leurs ressources et viennent maintenant toquer à notre porte, exigeant qu’on partage. Il n’en est pas question », avance Michel Skaff, grand propriétaire terrien à Ammiq, dans l’ouest de la Bekaa, à quelques kilomètres de Saadnayel. « Que cela soit très clair: nous sommes prêts à nous battre pour notre eau ».


Changement climatique: La pénurie d'eau rapproche Israël et la Jordanie
AFP, 20minutes - 31 aot 2021
https://www.20minutes.fr/monde/3112679-20210831-changement-climatique-penurie-eau-rapproche-israel-jordanie 


Sous la pression de l’urgence climatique, la coopération entre Israël et la Jordanie en matière de gestion des ressources en eau pourrait connaître une embellie sans précédent grâce aux progrès technologiques et au réchauffement des relations entre les deux voisins, selon des experts climat des Nations unies (GIEC). Le climat change plus rapidement qu’on ne le craignait auparavant, ce qui exerce une pression sur les réserves en eau, à un moment où la demande n’a jamais été aussi forte, ont estimé des experts dans un rapport publié en août.

Les avertissements concernant l’imminence de "guerres de l’eau", notamment au Moyen-Orient, ont souvent été exagérés, estime Erika Weinthal, professeure de politique environnementale à l’université Duke aux Etats-Unis. « L’eau est une ressource qui permet à des adversaires de trouver les moyens de coopérer », explique-t-elle, même si les tensions politiques peuvent peser comme celles autour du conflit israélo-palestinien. La Jordanie est l’un des pays les plus déficitaires en eau au monde, souffrant de sécheresses extrêmes, et la coopération en matière d’eau avec Israël est bien antérieure à l’accord de paix conclu en 1994 entre les deux pays.

La question de l’eau a pris de l’importance en 1921, quand Pinhas Rutenberg, un ingénieur juif russe qui s’était installé en Palestine, a convaincu les autorités britanniques et les rois hachémites d’approuver la construction d’une centrale hydroélectrique à l’endroit où la rivière Yarmouk se jette dans le Jourdain. Elle s’est poursuivie après la création d’Israël en 1948, pendant des décennies où Israël et la Jordanie étaient officiellement en guerre.

Mais leur coopération en matière d’eau, tout comme les relations bilatérales en général, ont souffert ces dernières années sous le règne de l’ancien Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou, accusé par ses détracteurs d’avoir négligé la Jordanie alors qu’il œuvrait à une normalisation des relations avec les ennemis de l’Iran dans le Golfe. Des signes d’un réchauffement sont cependant apparus avec l’arrivée en juin [2021] du gouvernement du Premier ministre Naftali Bennett. Un accord a été conclu début juillet sur la vente de 50 millions de m3 d’eau par an par Israël au royaume hachémite en plus des 55 millions de m3 déjà fournis chaque année gratuitement à la Jordanie.

De nouvelles technologies ont permis de réduire le coût du traitement de l’eau salée permettant à Israël – leader mondial en dessalement – de vendre davantage de cette ressource à son voisin, notamment de l’eau douce du lac de Tibériade, sans compromettre la demande intérieure, souligne Gidéon Bromberg, directeur israélien de l’ONG EcoPeace Middle East. Le dessalement étant devenu une activité rentable, de nombreux investisseurs se montrent intéressés dit-il, en Israël, en Jordanie mais aussi aux UAE, pays qui a récemment normalisé ses relations avec Israël.

Israël, en manque de place pour la construction d’unités de production et de stockage d’énergie solaire, pourra en échange s’approvisionner en électricité verte auprès de la Jordanie, espérant ainsi honorer ses engagements en matière de transition vers des énergies propres. Signataire des accords de Paris sur le climat, Israël a adopté en juillet un plan ambitieux de réduction de ses émissions carbone de 85 % d’ici à 2050. En vertu de l’accord de juillet, Amman va également pouvoir augmenter ses exportations à destination du territoire palestinien de Cisjordanie voisin, occupé par Israël depuis 1967.

Pour lutter contre la pénurie, la Jordanie a également récemment annoncé la construction d’une usine de dessalement qui entrera en activité d’ici 5 ans, dans le golfe d’Aqaba sur la mer Rouge. « La Jordanie est aujourd’hui le 2e pays au monde où la ressource en eau est la plus précaire, selon certaines estimations », a écrit le groupe de réflexion américain The Century Foundation dans un rapport en décembre estimant que « les besoins seront supérieurs aux ressources de plus de 26 % d’ici 2025. »

05/02/2023 >> Jassim al-Assadi, 65 ans, militant écologiste très impliqué dans la préservation des marais, est enlevé par des hommes armés près de Bagdad. Il dirigeait l'association de défense de l'environnement Nature Iraq et intervenait dans les médias pour son travail de sensibilisation au sujet des marais du sud, inscrits au patrimoine mondial de l'UNESCO et menacés par la sécheresse et les pénuries d'eau.

 

EDIT (21 juin 2025)

 

En Irak frappé par la sécheresse, un barrage vide aux trois quarts

AFP, Sciences & Avenir - 21 jun 2025

https://www.sciencesetavenir.fr/nature-environnement/en-irak-frappe-par-la-secheresse-un-barrage-vide-aux-trois-quarts_186574

 

Lac Dukan (Irak) – Entre mauvaises pluies et barrages érigés en amont chez le voisin iranien, le barrage de Dukan dans le nord de l'Irak est vide aux 3/4, synonyme de rationnement d'eau pour des millions d'habitants touchés par la sécheresse. Près de l'immense lac artificiel aménagé dans les années 1950 pour servir de réservoir, la sécheresse se voit à l'œil nu. Une terre craquelée apparaît là où, il y a un an encore, l'eau recouvrait tout. En comparant des images satellitaires de Sentinel-2 analysées par l'AFP, on constate que la surface du lac Dukan a diminué de 56 % entre fin mai 2019, dernière année où il était entièrement plein, et début juin 2025.

Plus grand barrage de la région autonome du Kurdistan, Dukan peut retenir 7 milliards de m3 d'eau. Ses réserves actuelles sont de 1,6 milliard, indique à l'AFP son directeur Kochar Jamal Taoufiq. Soit "environ 24 %" de sa capacité. "Sur ces 20 ou 25 dernières années, nous n'avons jamais eu un niveau aussi bas", reconnaît le responsable, même si dans l'histoire du barrage des pénuries similaires ont été recensées. La faute au "changement climatique" poursuit-il, citant "le manque de précipitations" et leur irrégularité: cet hiver sa région a reçu 220 mm de pluies - contre au moins 600 mm en temps normal. "Deuxième cause": les barrages "dans le pays voisin" en amont sur la rivière du Petit Zab, qui alimente Dukan. Ce cours d'eau prend sa source en Iran également touché par la sécheresse, où des dizaines d'ouvrages ont été érigés pour retenir plus d'eau.

"Manque de pluies"

Bagdad dénonce régulièrement ces barrages construits par ses voisins turc et iranien, deux poids lourds régionaux, les accusant d'avoir considérablement réduit le débit des mythiques fleuves Tigre et Euphrate à leur arrivée en territoire irakien. Mais Dukan illustre aussi certains effets du changement climatique qui terrasse l'Irak et ses 46 millions d'habitants: hausse des températures, sécheresses successives depuis au moins cinq ans, désertification galopante.  Fin mai, les réserves d'eau du pays étaient au plus bas depuis 80 ans. Niché entre les collines surplombant Dukan, le bucolique village de Sarsian se trouve près du lac et de l'embouchure du Petit Zab.

Hussein Khodr travaille le sol d'un champ qu'il va planter. Son terrain faisait partie des terres immergées par les eaux de Dukan depuis 2012, dit-il. Ici, sur ces terres fertiles disponibles par intermittence, les paysans privilégient les cultures de courtes durées pour des récoltes à l'automne: concombres, melons, poids chiches, graines de tournesol ou haricots. Ces cultures estivales, écoulées sur les marchés environnants, ne suffiront pas à compenser ses pertes hivernales, regrette M. Khodr. Cet hiver, dans un autre secteur près du village, il a planté 13 hectares, principalement du blé. "La récolte a échoué à cause du manque de pluie", reconnaît-il, indiquant avoir perdu près de 5.000 €. "Nous n'avons pas de puits pour irriguer de vastes surfaces", déplore-t-il. "Je ne peux pas amortir les pertes de 13 hectares avec un seul hectare près de la rivière".

"Rationnement plus strict"

En aval, le manque d'eau à Dukan touche les 4 millions d'habitants des régions de Souleimaniyeh (dans le Kurdistan) et de Kirkouk, même pour leur eau potable. Depuis plus d'un mois, les stations d'épuration de Kirkouk, province voisine du Kurdistan, composent avec une "chute soudaine" des quantités d'eau qui leur parviennent - environ 40 % en moins - reconnaît le responsable local des ressources hydriques Zaki Karim. Dans un pays ravagé par des décennies de conflits, aux infrastructures en déliquescence et aux politiques publiques défaillantes, les habitants reçoivent déjà l'eau par intermittence. Les dernières pénuries imposent "un rationnement plus strict" et des distributions d'eau plus espacées, reconnaît M. Karim. Outre le porte-à-porte pour sensibiliser contre le gaspillage, les pouvoirs publics font la chasse aux branchements illégaux sur le réseau d'eau. Dans la province d'environ 2 millions d'habitants, on veut minimiser l'impact sur le chef-lieu de Kirkouk - peut-être au détriment des villages et localités les plus reculés. "Si certaines stations d'épuration connaîtront des difficultés d'approvisionnement, nous veillerons à éviter toute interruption totale, afin que chacun puisse recevoir sa part", tempère M. Karim.