Ni rouge, ni noir, ni vert. L'autonomie rejette partis,
syndicats et toute forme de gestion et de pouvoir.
Rassembler des foules sous un même drapeau
trouve toujours son origine dans une imposture.
Seule une révolution mettra fin à un système
dont l'obsession de l'argent entraine l'humanité
vers la catastrophe.
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Date de création : 10.03.2011
Dernière mise à jour :
14.02.2026
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Des milliers de manifestants ont bloqué, samedi, de grands axes de circulation en Serbie, pour protester contre le projet soutenu par le gouvernement d'autoriser le géant minier Rio Tinto à extraire du lithium dans la vallée du Jadar. Ils ont envahi une autoroute et un pont reliant Belgrade à sa périphérie, scandant des slogans antigouvernementaux. Des heurts ont été signalés, selon la presse locale, entre opposants et partisans du projet dans d'autres villes, notamment à Novi Sad.
Même le n°1 mondial de tennis, Novak Djokovic, leur a apporté son soutien. Il a partagé sur Instagram une photo de la manifestation accompagnée du commentaire: « l'air pur, l'eau et la nourriture sont les clés de la santé. Sans cela, chaque mot sur la "santé" est obsolète ».
Serbie: Révolte contre le gouvernement et ses projets miniers
par Jean-Arnault Dérens et Laurent Geslin
Ouest France - 04 dec 2021
https://www.ouest-france.fr/europe/serbie/serbie-revolte-contre-le-gouvernement-et-ses-projets-miniers-32795f84-538e-11ec-b89e-9c575f79fd28
BELGRADE - Des manifestations contre l’autorisation de nouvelles concessions minières secouent le pays depuis une semaine [La première brève que j'ai postée sur ce sujet date du 12 septembre (voir tout en bas); ndc]. Les organisateurs appellent à radicaliser ce "soulèvement écologique" ce week-end.
C’est une "révolte verte" qui secoue la Serbie. Des milliers de personnes ont bloqué des routes et des ponts du pays, le week-end dernier. Dans la ville de Sabac au nord-ouest, des hooligans proches du régime, armés de bâtons et de marteaux, ont attaqué les manifestants, l’un d’eux fonçant même dans la foule au volant d’une pelleteuse. Le 28 novembre 2021, les protestataires étaient encore plus nombreux pour dénoncer ces violences dans le centre de Belgrade, et le lendemain, de nouveaux cortèges défilaient dans les rues de Sabac et de Loznica, dans l’ouest du pays. Loin de se calmer, le "Soulèvement écologique" appelle à une radicalisation du mouvement ce week-end.
Un soulèvement contre quoi ? En cause, une nouvelle loi d’expropriation qui doit permettre la généralisation des concessions minières. Ce sont les projets d’exploitation du lithium par le géant minier anglo-australien Rio Tinto en Serbie occidentale qui ont mis le feu aux poudres.
Dans la vallée du Jadar, où ces expropriations ont commencé, prévaut déjà, du fait des travaux préparatoires, un paysage de désolation : villages en ruine, terres inondées et polluées. Une roche baptisée jadarite y a été découverte en 2004. Elle présente une concentration exceptionnelle en lithium, indispensable au fonctionnement des batteries des voitures électriques. Selon certaines estimations, la Serbie détiendrait 10 % des réserves mondiales.
Le gouvernement serbe est convaincu d’avoir trouvé son eldorado, sauf que la population ne l’entend pas de cette oreille. Les villageois de la région du Jadar sont entrés en résistance, et le vote de la loi d’expropriation a donné une ampleur nationale à leur lutte. Au nom de la transition verte, on exproprie les communautés locales et on détruit l’environnement, s’indigne Natalija Simovic, du mouvement écologiste Ne Davimo Beograd.
Comme toujours, les médias liés au régime ont ignoré les manifestations du week-end mais, face à l’ampleur de la fronde, c’est le président Aleksandar Vucic lui-même qui a engagé la contre-attaque. Il a assuré que le pont Gazela, le plus large de la capitale, n’avait été bloqué que par 50 personnes d’un côté, 70 de l’autre, tandis que des millions de personnes vivent en Serbie. Le lendemain, il a posté sur Instagram, dont il est grand utilisateur, une photo où il prend la pause en jogging, en compagnie du ministre des Finances et ancien maire de Belgrade, Sinisa Mali, devant le très controversé complexe Belgrade Waterfront, qui a défiguré le centre la capitale serbe, en commentant: "Ils ont beau bloquer les routes, ils ne nous priveront pas de cette promenade. Vive la Serbie libre !"
À quelques mois des élections générales – présidentielle, parlementaires et municipales – du 3 avril 2022, cette révolte pourrait rebattre certaines cartes et a de quoi inquiéter le pouvoir. Même l’influente Église orthodoxe a condamné les projets d’exploitation du lithium, tout comme les violences du week-end dernier.
Serbie: Affrontements (et astuce) lors d’une lutte contre un projet minier
Secours rouge - 02 dec 2021
https://secoursrouge.org/serbie-affrontements-et-astuce-lors-dune-lutte-contre-un-projet-minier/
Des milliers de Serbes sont descendus dans la rue. Ils rejettent la nouvelle loi sur les expropriations et la nouvelle loi sur le référendum, qui selon eux sont des instruments pour faire passer en force des projets industriels nocifs pour l’environnement. A Belgrade et en province, ils ont bloqué des centre-villes et des axes principaux. Le passage en force de deux lois favorisent un projet de mine de lithium mené par Rio Tinto qui cristallise les oppositions depuis plusieurs mois.
Alors que des élections générales sont prévues en 2022, la manifestation est aussi l’occasion de s’opposer au pouvoir. À Belgrade, le blocage a cessé dans le calme, mais dans d’autres villes, il y a eu des bagarres lors de l’intervention de la police et des arrestations. À Sabac, la foule a fait le siège du commissariat et obtenu la libération des siens. Pour contrer les interventions policières contre le blocage (illégale) des rues, en plusieurs endroits, les manifestants ont organisés des flux denses traversants et retraversant inlassablement la rue, obtenant la paralysie du trafic sans tomber sous le coup de la loi.
Serbie: Manifestations contre des lois d'expropriation liées à des projets miniers
RFI - 28 nov 2021
https://www.rfi.fr/fr/europe/20211128-serbie-manifestations-contre-des-lois-d-expropriation-li%C3%A9es-%C3%A0-des-projets-miniers
BELGRADE - À l'appel de plusieurs collectifs citoyens écologiques notamment sur les réseaux sociaux, des milliers de Serbes sont descendus dans la rue. Ils rejettent la nouvelle loi sur les expropriations et la nouvelle loi sur le référendum, qui selon eux sont des instruments pour faire passer en force des projets industriels nocifs pour l'environnement.
Pas très nombreux, mais décidés. Plusieurs milliers de protestataires, à Belgrade et en province, ont bloqué des centre-villes et des axes principaux. Une mobilisation inédite que la police, vite débordée, n'a pu empêcher. À quelques mètres d'un important dispositif policier, Bogdan 50 ans, explique comment la foule a pris le contrôle: « On a réussi à bloquer l'autoroute en plusieurs points. Et ceux qui ont voulu nous rejoindre et compris qu'ils ne passeraient pas la police ont décidé seuls d'aller bloquer d'autres carrefours. C'est super ! »
Beaucoup de manifestants sont remontés contre le passage en force de deux lois qui favorisent un projet de mine de lithium mené par Rio Tinto et qui cristallise les oppositions depuis plusieurs mois. Alors que des élections générales sont prévues en 2022, la manifestation est aussi l'occasion de s'opposer au pouvoir. Une manifestante au chômage s'insurge: « Maintenant ils veulent nous imposer la loi sur les expropriations par laquelle n'importe qui peut vous prendre vos terres au nom des investisseurs étrangers. Je suis désolée qu'il n'y ait pas plus de monde dans les rues pour bloquer le pays jusqu'à ce qu'on soit libérés de ce régime ».
À Belgrade, le blocage a cessé dans le calme, mais dans d'autres villes, il y a eu des bagarres et des arrestations. À Sabac, la foule a fait le siège du commissariat et obtenu la libération des siens. Les manifestants veulent renouveler leur opération la semaine prochaine.
Une mine de lithium va dévaster une région serbe
par Louis Seiller
Reporterre - 09 nov 2021
https://reporterre.net/Voitures-electriques-une-mine-de-lithium-va-devaster-une-region-serbe
En Serbie, la multinationale Rio Tinto compte exploiter un immense gisement de lithium, indispensable aux batteries électriques. Les habitants, eux, refusent de sacrifier leur région au nom de la transition énergétique de l’Europe.
De curieux objets métalliques parsèment les champs du village de Gornje Nedeljice, dans l’ouest de la Serbie. Ces puits d’exploration sont peints d’un bleu pétant et encadrés par des dalles de ciment tout frais. Pour les observer, Marijana et Nebosja Petkovic se frayent régulièrement un chemin à travers les épis de maïs de la vallée. « Ici, la terre change de couleur, assure Marijana près d’un puits foré dans un champ de soja, où rien ne pousse sur quelques mètres carrés. Elle est parfois rouge, jaune ou violette. Vous voyez, là, tout autour du ciment: ce sont des fuites d’arsenic. Ça fait quatre ans que cela fuite en permanence ! » Depuis 2004, la multinationale minière Rio Tinto explore le sous-sol de la région de Loznica. Elle y étudie les contours de l’un des plus importants gisements de lithium au monde.
Les Petkovic et leurs voisins perçoivent la couleur rouge qui teinte désormais le sol de certains champs de céréales comme le premier signe d’une catastrophe. C’est autour de leur village et de la rivière Jadar que Rio Tinto compte extraire des millions de tonnes de jadarite dès 2026. Ce minéral blanc (composé de lithium, bore, sodium, silicate, hydroxyde) pourrait faire la fortune de la multinationale et de ses actionnaires. Le groupe anglo-australien a annoncé vouloir investir 2 milliards d’euros en Serbie afin de s’imposer comme le principal producteur de lithium en Europe et répondre ainsi à la demande croissante en batteries électriques. Il compte aussi répondre à la demande de bore, un minerai utilisé dans les panneaux solaires et les éoliennes. Dans ses communiqués, Rio Tinto affirme que la mine de Loznica pourra produire suffisamment de lithium pour alimenter plus de 1 million de véhicules électriques par an. Une perspective soutenue à bout de bras par le gouvernement serbe, qui se fait l’écho des arguments de la multinationale et vante les opportunités économiques pour le pays.
Les collines verdoyantes et les champs fertiles de Loznica transformés en une mine géante : les besoins de la transition énergétique ont un goût amer pour certains habitants. « C’est la première fois que Rio Tinto va faire du lithium, nous n’avons aucune garantie sur leurs méthodes de production », redoute ainsi Nebosja Petkovic. Dans une lettre adressée à la ministre de l’Exploitation minière et de l’Énergie, des professeurs de l’Académie des sciences et des arts de Belgrade se sont opposés au projet, en mettant en garde contre des « dégâts irréversibles » pour le pays. Les inquiétudes concernent notamment le stockage à proximité du Jadar des quelque 57 millions de tonnes de déchets que devrait produire la mine au cours de ses quarante ans d’existence. Dans la vallée, le souvenir de la tempête Yvette est encore dans toutes les têtes. En 2014, des pluies torrentielles avaient provoqué des crues meurtrières et des glissements de terrain. Plusieurs parcs à résidus miniers du pays avaient été inondés, causant d’importantes pollutions.
Alors que le début du chantier est annoncé pour 2022, les habitants de Loznica s’inquiètent pour l’avenir de leur région aux multiples cours d’eau. « Le Jadar, la Drina, la Sava et le Danube: toutes les rivières de la région sont en danger, s’exclame Marijana, avant d’allumer une cigarette. Les gens de Rio Tinto reconnaissent qu’il y aura des pollutions, mais disent seulement qu’elles seront limitées. Mais quelles sont les limites pour Rio Tinto ? On a vu ce qu’ils ont fait en Papouasie-Nouvelle Guinée, à Madagascar: ils ont tout détruit et tout empoisonné ! On ne peut pas se laisser manipuler comme des marionnettes, ils mentent avec leurs analyses ».
De la poussière, voilà ce qu’il restera du village
En Serbie, aujourd’hui, le nom de Rio Tinto ne laisse plus personne indifférent. Grâce à des manifestations médiatisées et à une pétition signée par plus de 130.000 personnes, le mouvement "Ne damo Jadar" (Ne donnons pas le Jadar), dont font partie les Petkovic, a inscrit le projet minier au cœur des débats politiques. Une opposition particulièrement vive qui s’explique notamment par le CV très chargé du groupe extractiviste en matière de conséquences sociales et environnementales. Ses mines d’or en Papouasie-Nouvelle-Guinée ont contribué au déclenchement d’une guerre civile qui a fait plus de 15.000 morts. À Madagascar, Rio Tinto est accusé de contaminer les ressources en eau avec ses résidus miniers. En Australie, il a réduit en poussière un site sacré aborigène vieux de 46.000 ans pour extraire toujours plus de fer. Face au tollé, son PDG français a été poussé à la démission, pourvu toutefois d’un confortable parachute doré.
« Pas fière » de ce passé, la multinationale basée à Londres espère convaincre l’opinion serbe de ses nouvelles préoccupations pour l’environnement et les communautés locales. Mais les douze études environnementales qu’elle met en avant laissent les opposants sceptiques. « Ils feront la même chose ici en Serbie et avec notre vallée, dénonce Dragan Karjicic, le maire du village où devrait être construite l’usine de production de lithium. Que restera-t-il du village si les gens de Rio Tinto se mettent à extraire du minerai ici ? Juste de la poussière et des explosions sonores. Il n’y aura plus de vie à 100 kilomètres à la ronde. » Dans la région de Loznica, une banderole revient avec insistance sur le bord des routes, son slogan résonne comme un cri de résistance face aux menaces d’expropriation: « Non à la mine, oui à la vie ».
Centrales hydro-électriques construites au mépris des normes environnementales, mine de cuivre chinoise particulièrement polluante, projet d’exploitation pétrolière... Alors que les six pays des Balkans occidentaux sont tenus à la porte de l’Union européenne depuis vingt ans, beaucoup de citoyens craignent que la région ne devienne le revers de la croissance verte du continent. « Les entreprises comme Rio Tinto viennent en Serbie parce qu’ils n’ont pas à y respecter les mêmes normes environnementales et sociales qu’au sein de l’Union européenne, explique Miroslav Mijatovic, de la coalition locale anticorruption, Pakt. Ici, le processus de production leur est beaucoup moins coûteux et très profitable. Les citoyens, eux, n’ont rien à gagner avec des projets comme cette mine. Rien que pour son fonctionnement, elle aura un besoin d’électricité quotidien équivalant à celui de Loznica, une ville de 35 000 habitants. Et cette électricité, en Serbie, nous la produisons avec du charbon. Donc nous nous retrouverons avec encore plus de pollution et des millions de tonnes de déchets au bord de nos rivières ».
Les opposants à la mine ne font pas confiance au gouvernement du président Aleksandar Vucic pour encadrer et contrôler les activités du géant minier. Ce proche de Viktor Orbán et admirateur de Xi Jinping dirige la Serbie d’une main de fer, avec peu d’égards pour l’environnement et pour l’État de droit. Ses opposants l’accusent de corruption et de liens avec le crime organisé. « Si nos dirigeants tiennent absolument à cette transition, ils n’ont qu’à donner leurs propres terres ! s’emporte Marijana Petkovic, avant de montrer les reliefs bucoliques de la vallée, théâtre de nombreuses batailles au cours de l’histoire serbe. Ici, des milliers de personnes sont mortes pendant la Première Guerre mondiale. Nos ancêtres n’ont pas donné leur vie pour que leur région soit réduite en poussière ». Si le président serbe a annoncé la tenue d’un référendum à propos du projet, la mobilisation pour la vallée du Jadar a donné un nouvel élan au débat politique. À six mois des élections nationales, les enjeux environnementaux sont, ici aussi, au cœur des préoccupations citoyennes.
Serbie: Des organisations écologistes manifestent contre un projet minier
par Laurent Rouy
RFI - 12 sep 2021
https://www.rfi.fr/fr/europe/20210912-serbie-des-organisations-%C3%A9cologistes-manifestent-contre-un-projet-minier
BELGRADE - Une mine de lithium qui raserait des villages et menacerait forêts et rivières. Le nouveau projet du gouvernement est la goutte d'eau qui fait déborder le vase après de récents problèmes de pollution de l'air et de l'eau. Plusieurs milliers de personnes ont manifesté à l'appel d'une trentaine d'organisations écologiste. Une mobilisation relativement nouvelle pour la Serbie.
Près de 5.000 manifestants dénoncent la liste de plus en plus longue d'installations industrielles polluantes, qui touchent même Belgrade. L'an dernier, la ville a été durant quelques jours la plus polluée du monde. L'air y était nauséabond, irrespirable. En province, ce sont surtout la disparition de rivières pour construire des centrales électriques, et plus récemment, un projet de mine de lithium, qui mobilisent. Dragan, un Belgradois de 51 ans, aurait souhaité plus de protestataires: « Pour que les gens sortent dans la rue, il faut qu'il leur arrive quelque chose personnellement. Nous avons une très faible conscience collective ». La liste des problèmes écologiques ne cesse de s’allonger selon Gordana, une Belgradoise de 48 ans: « Depuis 5 ans, c’est la catastrophe. Le gouvernement nous construit des usines qui polluent l'air. Nous avions beaucoup de sources d'eau pure, de forêts, mais maintenant il y en a de moins en moins ».
La manifestation n’a pas plu au président Aleksandar Vucic. Il a dénoncé une manipulation politique et a tenté d'affaiblir le mouvement. « La police nous a bloqué pour nous empêcher d'aller à Belgrade, raconte Ivana, 27 ans, venue de Cacak. Puis, ils ont fini par nous laisser passer, nous étions trois autobus, ce n'est pas rien. On a ensuite appris que la police avait causé les mêmes problèmes dans d'autres villes ». Les manifestants ont ensuite bloqué un pont du centre-ville, causant un embouteillage. Ils promettent de bloquer tout le pays si le projet de mine de lithium n'est pas abandonné.
21/01/2022 >> Après des semaines de protestations des écologistes, la Première ministre Ana Brnabic annonce que son gouvernement renonçait au projet d'exploitation de la mine de lithium de Jadar qui devait être réalisé par la compagnie Rio Tinto. Cette décision intervient à quelques mois d'élections cruciales pour le président Vucic.
04/04/2022 >> Vucic, au pouvoir depuis 2014 comme Premier ministre puis président, s'impose largement dès le 1er tour avec 60 % des voix environ. Son parti, qui recueille 44 %, est assuré de former une majorité.
L'invasion de l'Ukraine par la Russie a changé la physionomie de la campagne qui aurait dû se concentrer sur l'environnement et la corruption, des thèmes favorables à l'opposition. Vucic a utilisé la guerre à son avantage, condamnant la Russie à l'ONU, mais en s'abstenant de toute sanction contre Moscou, alors que dans l'opposition, des partis nationalistes partagent des opinions prorusses. Son slogan de campagne "Paix. Stabilité. Vucic" a marché (je crois qu'en serbe, ça rime).
EDIT (29 juin 2024)
En Serbie, les opposants au lithium relancent les manifestations
par Mina Pejakovic
AFP, France 24 - 29 jun 2024
LOZNICA (Serbie) – Plus d'un millier d'opposants à l'ouverture d'une mine de lithium dans l'Ouest de la Serbie ont manifesté vendredi, lançant un ultimatum au gouvernement et espérant une nouvelle vague de contestation deux ans après la première qui avait mis fin au projet. Sur une scène face aux manifestants, les organisations à l'appel du rassemblement ont lu leur demande: l'interdiction - inscrite dans la loi - de l'exploration et l'exploitation du lithium en Serbie. "Nous vous donnons 40 jours. Et si au 41e jour la loi n'est pas adoptée, nous bloquerons le pays, nous harcèlerons le gouvernement", a lancé Marijana Petkovic, militante du mouvement "Ne damo Jadar".
Rio Tinto, le géant minier australien qui espère pouvoir exploiter les milliers de tonnes de lithium dont regorge cette région de Serbie, a beau expliquer depuis des mois que l'impact écologique sera minime, les manifestants n'en croient rien. "Je crois que les nappes phréatiques seront contaminées. Je n'ai pas besoin d'écouter qui que ce soit, je n'ai pas besoin de scientifique : aucune mine ici n'est écologique, alors celle-là non plus", explique dans le cortège Petar Cergic, un mécanicien de 44 ans.
Drapeaux en main et chants patriotiques sur les lèvres, toutes celles et ceux venus à Loznica espèrent faire plier une fois encore le gouvernement. Parmi les manifestants, une trentaine de militants arrivés à pied depuis Belgrade, à plus d'une centaine de kilomètres, afin de prouver leur résolution à lutter contre le projet. "Nous voulions montrer notre détermination en venant à pied depuis Belgrade, pour que Rio Tinto (qui possède le terrain, ndlr) et le gouvernement réfléchissent à deux fois à ce qu'ils font", explique à l'AFP Ivan Bjelic, militant du mouvement écologiste "Mars sa Drine".
Le rassemblement a été organisé à l'appel de l'Alliance des organisations écologiques de Serbie, et est soutenu par une grande majorité de l'opposition. Plusieurs activistes ont pris la parole avant la fin du rassemblement, vers 22h pour expliquer leur opposition le projet de Rio Tinto baptisé "Jadar" du nom de la rivière qui coule non loin. Manifester contre le projet "c'est la plus grande preuve possible de patriotisme", pour Katarina Popovic, professeure à la Faculté de philosophie de Belgrade. "N'importe qui s’intéresse ne serait-ce qu'un peu à ce pays, en laissant toutes les idéologies de côté, tous ceux qui se préoccupent de cette terre, du futur de nos enfants, sont là aujourd'hui".
En 2021, de grandes manifestations à Belgrade avaient mis un coup d'arrêt à ce projet d'extraire plusieurs dizaines de milliers de tonnes de lithium par an dans cette région. Un "or blanc" essentiel à la fabrication de batteries, crucial pour la transition écologique, et dont regorge cette partie de la Serbie. Mais les opposants craignent que cette mine souterraine ne pollue le sol, les eaux etc. "Le projet signifierait des ravages irréversibles", affirme Zlatko Kokanovic, vice-président de l'association "Ne Damo Jadar". "Cela nous laisserait sans eau pure, polluerait l'air et le sol".
Pour le géant minier australien, ces craintes sont infondées. Il a publié mi-juin une première étude dans laquelle il explique que toutes les mesures possibles seront prises pour limiter les impacts environnementaux. Et dénoncé "une vaste campagne de désinformation à partir d'éléments diffamatoires, avançant sans preuve que Rio Tinto et le projet Jadar auraient des répercussions nocives et destructrices sur l'environnement et la santé publique".
Découvertes en 2004, les réserves de Jadar pourraient, selon Rio Tinto, produire annuellement 58.000 tonnes de carbonate de lithium, 160.000 tonnes d'acide borique, et 255.000 tonnes de sulfate de sodium. Ce qui en ferait un des gisements les plus importants d'Europe pour le lithium. Après avoir arrêté les travaux en 2022, le président serbe a annoncé au Financial Times que si Rio Tinto présentait de bonnes garanties, "la mine pourrait ouvrir en 2028". Son Premier ministre, Milos Vucecis, a expliqué mardi à l'AFP qu'il ne laisserait jamais "personne détruire les rivières, les champs, les forêts, les montagnes". Mais "si la Serbie possède un tel potentiel économique, intéressant pour tout le continent européen, alors cela peut être un tournant non seulement économique, mais aussi politique", a-t-il ajouté.