Le Monde d'Antigone

Ni rouge, ni noir, ni vert. L'autonomie rejette partis,
syndicats et toute forme de gestion et de pouvoir.
Rassembler des foules sous un même drapeau
trouve toujours son origine dans une imposture.
Seule une révolution mettra fin à un système
dont l'obsession de l'argent entraine l'humanité
vers la catastrophe.

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La symbolique des couleurs: bleu, blanc

Publié le 02/08/2021 à 08:18 par monde-antigone

 
Le bleu, couleur indéniable du pouvoir
par Sara Saidi
RFI - 21 jul 2021
https://www.rfi.fr/fr/culture/20210721-le-bleu-couleur-ind%C3%A9niable-du-pouvoir


D’abord inexistante, la couleur bleue est devenue l’emblème de la monarchie, puis des républicains progressistes et enfin des partis de droite, en opposition au rouge communiste, sauf aux États-Unis, où elle représente les démocrates. Aujourd’hui, la plupart des organismes internationaux utilisent le bleu. Cette couleur, généralement associée au pouvoir, est également celle de la confiance.

Alors qu’aujourd’hui il inspire le voyage, le calme et l’évasion, le bleu était, au temps des Romains, « la couleur associée aux barbares, aux Celtes et Germains », écrit l'historien Michel Pastoureau. De l’Antiquité au XIIe siècle, il n’existait même pas de terme précis en latin ou en grec pour faire référence à la couleur bleue: « Dire "bleu" en latin est un exercice difficile, non pas qu’il n’y ait pas de mot, mais il y a trop de mots et ils sont tous imprécis, instables », explique l’auteur de Bleu, histoire d’une couleur. L’origine du mot bleu dans les langues romanes vient donc du germanique, Blau, et de l’arabe, Azraq, qui devient "azur" en Occident. Chez les Arabes justement, « le bleu, c’est le glacial et c’est le néant […] Un ennemi implacable […] est un ennemi bleu, une mort violente […] est une mort bleue », écrit en 1980 Abdelwahab Bouhdiba, auteur de l'article « Les Arabes et les couleurs », publié dans les Cahiers de la Méditerranée. Ainsi, le bleu, mal aimé, était une couleur quasiment inexistante dans les différentes représentations pendant de nombreuses années. Seuls les Égyptiens de l’époque des pharaons font exception: pour eux, le bleu-vert porte bonheur dans l’au-delà.

Ce n’est qu’au XIIe et XIIIe siècles que la couleur bleue est réhabilitée lorsqu’elle est choisie notamment pour revêtir la Vierge Marie: « Au XIIe siècle, la Vierge devient le principal agent de promotion du bleu », affirme ainsi Michel Pastoureau dans une interview à L’Express. À cette même époque, le ciel est également peint en bleu pour différencier la lumière divine de la lumière terrestre. « D’abord religieux et marial, il (le bleu, NDLR) éclate dans les vitraux gothiques. Puis, il entre en politique: les armoiries familiales des Capet (fleurs de lys sur fond d’azur) deviennent l’emblème du roi de France vers 1130. Le rouge reste impérial et papal, mais le bleu devient royal: c’est la couleur du légendaire roi Arthur », écrit Anne Geoffroy dans son compte rendu de l’ouvrage de Michel Pastoureau. Pour Isabelle Bernier, historienne, membre associée du Laboratoire FRAMESPA CNRS - Université Toulouse, c’est parce que « la monarchie française se dit absolue et de droit divin » que « le bleu religieux devient attaché à la personne du roi, puis devient finalement un bleu politique ».

 — De la monarchie aux républicains progressistes
Le bleu politique est donc d’abord français. « Entre 1789 et 1794, il passe des armoiries à la cocarde, de la cocarde au drapeau et aux uniformes », affirme Anne Geoffroy. En effet, le bleu, le rouge et le blanc seront réunis d’abord avec la cocarde tricolore puis sur le drapeau officiel. À la Révolution française, le bleu et le blanc vont cependant s’opposer un temps « Les Vendéens, lorsqu’ils se sont insurgés contre la nouvelle République française, avaient gardé le blanc du roi. Et en face, le bleu des soldats incarne la République française », explique Isabelle Bernier à RFI. « Le bleu est la couleur de la nation sous l’Ancien Régime et il le reste sous la Révolution française », confirme également Michel Pastoureau sur France Culture. Aujourd’hui encore, le bleu est la couleur de la France, comme en atteste la couleur des maillots et le surnom de l’équipe de France de football ou encore de rugby ["Bleus" est une appellation relativement récente. Elle est apparue après l'"épopée des Verts" de Saint-Etienne de 1976. Aujourd'hui, la plupart des sélections nationales ont un surnom correspondant à la couleur de leur maillot ("diables rouges", "celeste", "roja", "oranje" "squadra azzura"...). Pour le rugby, c'est encore plus récent. L'équipe de France a longtemps été appelée le "XV de France". La couleur est un mode de communication dont l'objectif est la cohésion nationale; ndc]

« Quand je n'ai pas de bleu, je mets du rouge », disait Pablo Picasso. L’artiste espagnol ne croyait pas si bien dire, car si au XIXe siècle le bleu était la couleur des républicains progressistes, au XXe siècle, elle va progressivement glisser vers la droite conservatrice alors que le rouge devient la représentation de la gauche et du communisme, avec notamment la création du Parti communiste chinois et la proclamation de l’URSS en 1922. Excepté aux États-Unis, le bleu va ainsi, petit à petit, représenter les partis à droite de l’échiquier politique. Comme un retour aux sources, le bleu, qui était un temps religieux, redevient donc la couleur des conservateurs.

 — Couleur préférée des Occidentaux
Couleur préférée des Occidentaux, selon Michel Pastoureau, le bleu serait aujourd’hui une couleur "neutre": « Omniprésent, consensuel, le bleu est devenu une couleur raisonnable », affirme l’historien à L’Express. Dans les différentes représentations au cinéma ou dans l’art, le bleu se substitue également au noir de la nuit. Mais la couleur azurée doit surtout son succès à l’apparition du blue-jean dans les années 1850, d’abord comme bleu de travail puis comme vêtement de loisir et, finalement, dans les années 1950 comme le symbole de la jeunesse. « On peut parler de la mondialisation du bleu grâce au jean », affirme Isabelle Bernier.

Aujourd’hui, le bleu symbolise également l’entente, l’honnêteté, voire la paix. Ainsi, les organisations internationales utilisent pour la plupart le bleu pour leur logo. C’est le cas notamment de l’ONU, de l’UNICEF, de l'UNESCO ou encore des casques bleus et c’est aussi la couleur du drapeau européen. Mais, selon Isabelle Bernier, même là, le bleu reste indéniablement « un symbole du pouvoir ». Le bleu est également la couleur de la confiance. Ce n’est donc pas un hasard si les géants des réseaux sociaux, comme Facebook, LinkedIn ou encore Twitter, l’ont choisi pour les représenter. Plus récemment, le bleu a également été employé sur les réseaux sociaux en soutien au peuple soudanais en juin 2019 et pour dénoncer la traite des Ouïghours en Chine en octobre 2020.

 — "Blue is the New Green"
Selon Camille Biros, auteure de l’article intitulé « Les couleurs du discours environnemental », le bleu tend également à prendre la place du vert dans le discours en faveur de la protection de l’environnement. « La pertinence du vert pour représenter la cause environnementale est parfois remise en question », constate-t-elle. « Les doutes peuvent s’exprimer des deux côtés du spectre politique par ceux qui considèrent qu’à force d’avoir été trop utilisé par des organisations qui n’ont rien d’écologiste, il a perdu son sens, et par ceux qui veulent se démarquer d’un parti vert dont ils n’apprécient pas la politique sociale », ajoute la maîtresse de conférences à l’université Grenoble Alpes. Par ailleurs, le bleu est de plus en plus pertinent pour représenter la lutte pour l’environnement compte tenu d’une part de l’importance du bleu dans la nature (mer, océan, ciel…) mais également des problématiques environnementales auxquelles nos sociétés font face comme la pénurie d’eau, la pollution de l’air…

Face au blanc, au rouge et aujourd’hui au vert, le bleu s’est progressivement fait une place de choix dans nos sociétés. Et si son véritable pouvoir venait de son apparente neutralité ?


La vie, la paix, l'innocence: le blanc, une couleur universelle
par Romain Philips
RFI - 25 jul 2021
https://www.rfi.fr/fr/culture/20210725-la-vie-la-paix-l-innocence-le-blanc-une-couleur-universelle


Oui, le blanc est bien une couleur ! Et pas des moindres. Il représente des valeurs plus universelles, au risque d'être justement abandonné faute de représentativité.

Lorsque l’on traverse les âges, les cultures et les contrées, le blanc est accroché à des symboles extrêmement forts et surtout, universels. La vie, la mort, la paix, l’innocence ou encore la pureté… Il suffit d’un rapide coup d’œil en arrière sur notre histoire et les exemples sont légion. La colombe blanche est signe de paix, on dit d’un homme innocenté qu’il est "blanchi", d’une personne qui n’a rien à se reprocher qu’elle est "blanche comme neige", les Égyptiens enveloppaient leurs morts dans un linceul blanc, le port de vêtements blancs lors d’obsèques est traditionnelle dans plusieurs pays d’Asie…

« En puisant dans notre mémoire collective et notre imaginaire, on s’aperçoit que le blanc est associé avec fidélité depuis toujours à des symboles universels très forts dans les sociétés européennes, en Afrique et en Asie: la pureté, la paix et l’innocence », explique Michel Pastoureau, historien spécialiste de la symbolique des couleurs, lors d'une conférence à Lausanne. [En politique, le blanc des bannières des croisades est souvent la couleur des partis catholiques. En Italie, lorsque la vie politique s'est recomposée après la chute de Mussolini, la Démocratie Chrétienne a adopté le blanc, en opposition au noir fasciste. En France, le blanc est la couleur des monarchistes légitimistes. C'est par attachement à ce drapeau que le comte de Chambord avait renoncé au trône de France en 1873. L'article y fait allusion plus bas; ndc]

Partout dans le monde, le blanc a cette exception par rapport aux autres couleurs de représenter les valeurs les plus fortes. En témoigne ce symbole reconnu mondialement: le drapeau blanc. Un signe d’une puissance telle qu’en agitant simplement cette couleur, des vies sont épargnées, des négociations de paix démarrent, des tueries cessent… Et ce, dans le monde entier.
Preuve de son universalité, l’usage du drapeau blanc est fixé par la Convention de La Haye concernant les lois et coutumes de la guerre sur terre en 1899. « Est considéré comme parlementaire l'individu autorisé par l'un des belligérants à entrer en pourparlers avec l'autre et se présentant avec le drapeau blanc. Il a droit à l'inviolabilité », stipule le texte. Peut-on faire plus politique qu’un texte qui régit la manière de faire la guerre ?

 — Un symbole des rois
Mais dans certains pays, la symbolique diverge. En France notamment, la couleur blanche prend une tournure bien plus politique lorsqu’elle est utilisée par le Royaume de France pour représenter la monarchie. « Le blanc politique est apparu pendant les guerres de religion. C’était le signe de ralliement des protestants face aux catholiques. À l'époque où les troupes n’avaient pas d’uniformes, les protestants se reconnaissaient grâce aux écharpes blanches. C’est aussi le signe distinctif des chefs protestants. L'écharpe puis le drapeau blanc devinrent les symboles du Royaume de France », raconte Paul Chopelin, maître de conférences en histoire moderne à l'université Lyon 3.

Abandonnée en même temps que le temps des rois, elle fait notamment son retour en France à la Restauration (1814-1830) puis a été totalement écartée de la scène politique après "l’affaire du drapeau blanc" en 1873, « lorsque le comte de Chambord s’apprêtait à revenir en France pour rétablir la monarchie ».

On retrouve également la couleur en Russie au XXe siècle avec "l’armée blanche", une coalition, formée après la révolution de 1917, qui lutte contre le nouveau pouvoir soviétique. Les talibans en Afghanistan choisissent également le blanc pour leur drapeau dans les années 1996-1997, en héritage de la dynastie des Omeyyades.

 — Victime de son universalité
Le blanc est-il victime de son succès ? Dans un monde où l’offre politique n’a jamais été aussi variée, la couleur blanche est-elle trop universelle pour représenter une famille politique ? En tout cas, personne ne l’arbore. Gandhi fut l'exception en portant un dhoti blanc. Une couleur symbolisant les valeurs de cet apôtre de la paix et du pacifisme, dont le jour de la mort est considéré comme la "Journée internationale de la non-violence".

Est-ce pour autant qu’elle n’a pas sa place dans le monde politique ? Loin de là. Forte de ses symboles liés à la vie et la paix, on ne peut la dissocier des autres couleurs politiques qui font nos sociétés. C’est ainsi que malgré son délaissement, on la retrouve à de nombreuses occasions. Le 20 octobre 1996, plus de 350.000 personnes vêtues tout de blanc se réunissent à Bruxelles, en Belgique, pour une « marche blanche » afin de rendre hommage aux victimes de pédophilie et protester contre les lacunes des services de l’État chargés de l’enquête dans l’affaire Dutroux. Une manifestation qui se voulait sans récupération politique. Finalement, les "marches blanches" sont aujourd’hui un fait de société qui s’est répandu dans le monde avec une lourde charge politique. [En Extrême-Orient, le blanc est la couleur du deuil; ndc]

« Cet apolitisme n’est que de surface. Car derrière la démonstration de soutien, ou à côté d’elle, les marches blanches véhiculent, au moins implicitement, cette forme de colère rentrée ou de ressentiment », écrit Christian Godin dans "La marche blanche, un nouveau fait de société". « Les marches blanches représentent par ailleurs, et de façon tout à fait consciente cette fois, l’indignation de la société civile face à des drames révélateurs de l’impuissance supposée des pouvoirs publics », ajoute-t-il à propos de ces marches « qui traduisent une volonté de neutralité politique ». Il apporte une voix à ceux qui n'en ont pas.

 — Aucun parti, mais une couleur dans les urnes
Lors d’élections, la couleur blanche est là encore, à travers le vote blanc. « Le vote blanc est l’expression souvent d’un mécontentement à l’égard de l’offre politique. C’est le fruit d’une expression souvent négative, l'expression politique de quelque chose », explique Adélaïde Zulfikarpasic, directrice du département Opinion à l’Institut BVA et auteure de "Le vote blanc: abstention civique ou expression politique ?"

Dans certains pays, la puissance politique accordée au vote blanc est telle qu’il est capable de faire annuler un scrutin, comme en Colombie ou au Pérou. Dans d’autres pays, comme l’Espagne, la Tunisie, la Mauritanie ou la Suisse, il est comptabilisé et peut donc contribuer à augmenter le seuil à atteindre pour qu’un candidat l’emporte.

En France, le vote blanc est reconnu, mais pas comptabilisé alors même que son importance croît à chaque scrutin. « Cette montée en puissance du vote blanc, dès lors qu’on considère que c’est un vote qui traduit de l’insatisfaction, est le reflet d’une insatisfaction à l’égard du politique en France », rajoute Adélaïde Zulfikarpasic. Il apporte un choix politique à ceux qui n'en trouvent pas.

Partout, tout le temps, le blanc est omniprésent. La nature fait d'ailleurs bien son travail, ce n'est pas pour rien que le blanc est un rassemblement de toutes les couleurs.