Ni rouge, ni noir, ni vert. L'autonomie rejette partis,
syndicats et toute forme de gestion et de pouvoir.
Rassembler des foules sous un même drapeau
trouve toujours son origine dans une imposture.
Seule une révolution mettra fin à un système
dont l'obsession de l'argent entraine l'humanité
vers la catastrophe.
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Date de création : 10.03.2011
Dernière mise à jour :
04.01.2026
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A cause de la crise du coronavirus, des millions de personnes ont perdu leur travail en Chine. Le taux de chômage reconnu officiellement ne reflète pas la situation réelle dans les villes et met de côté les centaines de millions de travailleurs migrants ruraux, les plus fragilisés par la crise. En tout cas, les répercussions ont été immédiates sur la consommation intérieure.
Déjà, les prochaines récoltes s'annoncent très mauvaises, suite aux pires inondations du bassin du Yangtze depuis 1939. En plus, des millions d’hectares de cultures de blé et de maïs ont été dévorés par des invasions de chenilles légionnaires et de criquets. Résultat: l'offre se tarit, les importations sont en baisse, la production nationale stagne, les filières d'approvisionnement se tendent, les réserves alimentaires stratégiques sont sur le point d'être entamées, les prix des produits agricoles grimpent (+ 13 % en juillet sur un an, mais aussi + 85 % sur le porc à cause de la fièvre porcine), et au final: la population s'appauvrit. Elle pourrait se révolter si cette dégradation s'éternisait ou allait en empirant.
La situation économique est tellement alarmante que des opérations commerciales à coup de bons d'achat ou de réductions ont été lancées dans plusieurs provinces du centre et du sud pour encourager la consommation et soutenir l'emploi. Les autorités régionales ont recours à de la main d'oeuvre tibétaine déplacée en masse et enrôlée de force dans les usines. Les autorités centrales ont déclenché une campagne "anti-gaspillage" ("mangez moins et finissez votre assiette") qui incitent à la "discipline gastronomique". Les messages assénés par le parti rappellent les expédients de la période Mao et les heures sombres de la Grande famine de 1959-1961 qui fit entre 15 et 50 millions de morts, selon les sources. Nous n'en sommes pas encore là, mais Xi Jinping se trouve face à une problématique qu'il n'imaginait pas il y a encore quelques mois: l'obligation de nourrir 1,4 milliard d'habitants avec moins.
Au printemps, les négociants en céréales avaient été incités à augmenter leurs stocks au dessus du niveau habituel, mais ces opérations avaient été compliquées par les conditions sanitaires au Brésil, et retardées par de fortes pluies. Les difficultés économiques tombent donc très mal pour Pékin car la Chine reste très dépendante des USA pour sa demande alimentaire, et craint qu'à l'avenir, Trump ou Biden se tourne vers le Royaume-Uni pour diversifier ses exportations agricoles. La Chine est également dépendante du Canada, de l'Australie, de la Nouvelle Zélande, de l'Indonésie, pays avec lesquels elle est en conflit commercial pour diverses raisons.
Bref, il y a là une combinaison d'éléments qui font penser qu'en plus de la question de l'autosuffisance alimentaire, la crise sociale n'est pas loin.
Dans ce contexte, une reprise de l'épidémie de coronavirus favorisée par la baisse des températures serait très mal vécue. A quelques jours du 1er octobre, fête anniversaire du régime, les nouveaux cas de contamnation confirmés, qui dépassent ceux enregistrés à Hong Kong pour la première fois depuis le mois de juin, inquiètent au sommet de l'Etat.
La campagne anti-gaspillage en Chine inquiète sur une possible crise alimentaire
Issues - 28 aot 2020
https://issues.fr/chine-crise-alimentaire/
Une campagne nationale pour réduire le gaspillage alimentaire croissant en Chine alimente la spéculation selon laquelle les perspectives d’approvisionnement sont pires que ce que le gouvernement admet. Le président Xi Jinping a lancé la campagne "Opération Assiette vide" à la mi-août pour s’attaquer à ce qu’il a appelé les déchets « choquants » rappelant l’époque de Mao.
La campagne agressive a effrayé de nombreux internautes, qui se demandent si elle indique des problèmes plus importants. La Chine fait partie des plus grands producteurs et consommateurs de denrées alimentaires au monde avec près de 1,4 milliard de bouches à nourrir.
De fortes inondations cette année dans le bassin du fleuve Yangtze – la source de la majeure partie du riz chinois [70 %] – ont détruit d’énormes étendues de terres agricoles, tandis que les confinements successifs à cause du coronavirus ont bouleversé les chaînes d’approvisionnement. Pendant ce temps, l’industrie porcine nationale se remet difficilement d’une épidémie dévastatrice de peste porcine africaine qui a tué ou forcé l’abattage de 100 millions de porcs. Ces défis s’ajoutent aux problèmes à long terme tels que la diminution des terres arables et l’exode des populations des régions agricoles rurales vers les villes.
Pékin doit nourrir 20 % de la population mondiale avec seulement 7 % des terres agraires. Un défi difficile à relever sur le court terme qui pousse les autorités à mieux gérer la consommation. La Chine doit combler le déficit alimentaire avec des importations, mais les différends commerciaux et politiques ont considérablement altéré les relations avec trois de ses principaux fournisseurs de produits alimentaires – les États-Unis, le Canada et l’Australie.
Les déclarations officielles répétées pour rassurer la population et les promesses d’une récolte céréalière exceptionnelle pour 2020 n’ont fait qu’alimenter les soupçons. « Certaines personnes commencent à spéculer sur la pénurie de denrées alimentaires nationales cette année … en fait, il n’y a pas lieu de s’inquiéter », a déclaré un rapport publié le 17 août par l’Académie chinoise des sciences sociales, l’un des principaux think-tank de l’Etat.
Mais le rapport a ajouté que le « déficit alimentaire » de la Chine augmentera dans les années à venir à moins que des réformes agricoles majeures ne soient entreprises. Les médias d’État ont rapporté que les producteurs de céréales – misant sur la hausse des prix futurs – accumulent des stocks, ce qui compromet les approvisionnements du marché.
Les ressources de la Chine « ne sont pas suffisantes pour soutenir la mise à niveau de l’ensemble de notre structure de consommation alimentaire », a déclaré à l’AFP Li Guoxiang, chercheur à l’Institut de développement rural de l’académie. « L’amélioration du niveau de vie a en effet augmenté les exigences et les défis auxquels est confrontée l’ensemble de notre production alimentaire et agricole. »
Les repas copieux sont ancrés dans la culture chinoise – impliquant généralement plusieurs plats pour impressionner les clients ou séduire les partenaires commerciaux. Mais la consommation monte en flèche avec le niveau de vie et les prix augmentent rapidement. L’inflation alimentaire a bondi de plus de 13 % en glissement annuel en juillet, après avoir bondi de plus de 11 % en juin et de 15,5 % en mai. La prévalence de l’obésité – autrefois presque inconnue en Chine – a plus que triplé sur la période 2004-2014, selon les chiffres du gouvernement.
On estime que la Chine gaspille chaque année suffisamment de nourriture pour nourrir un pays de la taille de la Corée du Sud ou 1/5 de la population africaine qui souffre de la faim. Au total c’est 35 millions de tonnes de denrées alimentaires qui finissent à la poubelle soit 6 % de la production nationale chinoise. Selon les médias locaux, la restauration est le principal secteur touché par le gaspillage alimentaire. Environ 12 % de chaque repas est gaspillé par les clients, un pourcentage pouvant atteindre 38 % pour les banquets.
« En dépit des bonnes récoltes engrangées par notre pays chaque année, il est nécessaire de maintenir le sentiment de crise en matière de sécurité alimentaire », a déclaré Xi Jinping. La campagne contre le gaspillage alimentaire a souligné la capacité frappante de Xi Jinping – au centre d’un culte de la personnalité en pleine croissance – à motiver des millions de personnes avec un discours.
Les options politiques de la Chine sont limitées, disent les experts, car subventionner les agriculteurs nationaux pourrait enfreindre les règles de l’Organisation mondiale du commerce et mettre en colère des partenaires commerciaux tels que les États-Unis. La Chine est le plus grand importateur de produits alimentaires au monde, ce qui la rend vulnérable à la pression commerciale. Elle a augmenté ses importations de céréales et d’autres produits cette année, en partie pour se conformer à un accord commercial provisoire avec les États-Unis.
Selon la spécialiste, Rosa Wang, analyste basée à Shanghai auprès de la société de conseil agricole JCI Chine, la solution est déjà trouvée par le Parti Communiste Chinois. La pandémie a déjà considérablement réduit la consommation, les ménages ayant opté pour une cuisine domestique plus économique en raison des confinements ou pour des raisons de sécurité.
Chine La menace d'une crise alimentaire, symptôme du "virage à gauche" de Xi Jinping
par Alex Payette
Asialyst - 18 sep 2020
https://asialyst.com/fr/2020/09/18/chine-menace-crise-alimentaire-symptome-virage-gauche-xi-jinping/
Depuis le lancement de la campagne "anti-gaspillage" par Xi Jinping en août dernier, plusieurs s’interrogent sur les visées réelles de cette nouvelle politique. La Chine connaît-elle une crise alimentaire ? S’y prépare-t-elle ? Ou bien est-ce un moyen pour les autorités centrales de redresser les mauvaises habitudes de consommation – culturelles parfois – des citoyens ? Par les temps qui courent et l’opacité grandissante de Pékin sur tout sujet, il n’est pas aisé de répondre à ces questions. Il n’empêche, cette campagne crée depuis son lancement un grand malaise au sein de la population chinoise, qui dénonce parfois des comportements « extrêmes », par exemple cette maîtresse adjointe d’école de Wuyuan dans le Shanxi, qui termina le repas des élèves devant ces derniers.
C’est l’un des enseignements de la dernière rencontre estivale de l’élite du Parti à Beidaihe: le problème est conjoncturel. La pandémie de Covid-19 démobilise la main-d’œuvre en Chine du Centre et du Sud, ce qui rend par la suite le retour au travail problématique. Par ailleurs, les pluies torrentielles de juin-juillet ont mis à mal le système de citernes et de barrages partout dans ces deux régions, qui n’ont été que très peu prises en charge par les autorités. Résultat, les inondations ont laissé un grand nombre de récoltes détruites ou à l’abandon. Sans oublier l’arrivée des locustes dans le sud de la Chine, qui a ainsi achevé une partie des récoltes restantes. Il faut mentionner aussi la sécheresse dans le bastion du soja au Nord-Est. Les visites de Xi Jinping se voulaient rassurantes, en « montrant » les grains – le maïs en l’occurrence. Mais elles n’ont aidé en rien à changer la réalité du terrain. Si bien que même les téléphones portables ont été interdits près des greniers suite à la publication de photos montrant du maïs en train de pourrir.
Cependant, les médias chinois, qui emboîtent le pas à Xi et à sa campagne anti-gaspillage, ont continué de nous parler de récoltes luxuriantes même jusqu’à la fin août et ce, malgré les indices pointant dans la direction opposée. De manière superficielle, les autorités, pour qui les questions liées aux grains sont hautement politiques, ont préféré mettre l’accent sur la question du gaspillage en plus d’encourager des mesures telles que la délation des gaspilleurs, ou le « modèle de commande des plats » ou N-1: nombre d’invités – 1 = nombre de plats. Sans parler de certaines mesures « farfelues » appliquées dans certains établissements: par exemple, celle qui consiste à peser les clients avant leur entrée afin de déterminer la quantité de nourriture qu’ils peuvent consommer. Malgré tout, il semble que les Chinois verront l’entrée en vigueur d’une législation sur la « conservation de la nourriture », entérinée par l’Assemblée nationale populaire au mois d’octobre.
Une stratégie décentralisée. Selon le rapport sur la sécurité alimentaire en Chine publié en 2019, le pays produisait en moyenne 650 millions de tonnes de grain. D’après un rapport statistique antérieur de 2015, la consommation de nourriture cette année-là s’élevait à plus de 482 kg par habitant [Selon le rapport de 2019, le chiffre s’élèverait plutôt à 470 kg, NDLR]. Cependant, le niveau d’autosuffisance de la Chine en matière alimentaire a chuté de 96 % en 2013 à environ 86 % aujourd’hui. Ce manque s’est traduit par une augmentation importante des importations.
Aussi, depuis 2005, la Chine, via ses compagnies étatiques liées à l’agroalimentaire, a fait des acquisitions de production agricole ou de terres dans certaines régions d’Afrique, d’Australie ainsi que dans certains pays d’Asie centrale (comme le font par exemple les grandes compagnies telles que Dole), afin de bénéficier d’une production décentralisée servant de grenier secondaire et permettant de « nourrir la Chine ». Cela dit, avec les nouvelles restrictions et l’absence de main-d’œuvre en raison de la pandémie, on peut se demander si ce système de précautions sera suffisant pour la Chine. Pékin risque d’être obligé – il l’est déjà en quelque sorte – d’acheter plus à l’extérieur, d’acheter à des pays comme le Canada, les États-Unis et même l’Australie. Cependant, la Chine est coincée avec le Canada sur les cas de Meng Wanzhou, de Michael Kovrig et Michael Spavor et de la 5G. Elle se livre encore à une guerre des mots avec les Américains, qui ne cessent de redoubler d’efforts pour punir le gouvernement chinois, et l’entente s’est fortement éloignée avec l’Australie depuis le début de la pandémie. Pour l’instant, le Canada continue de vendre des céréales à la Chine, et la Chine d’en acheter aux Américains – remplissant ainsi une partie des quotas prévus par la première phase du traité signé en janvier 2020. Il est alors peut-être encore un peu tôt pour parler d’une véritable crise alimentaire.
Doit-on parler de crise ? Le problème alimentaire que connaît la Chine va plus loin que la mauvaise gestion – intentionnelle [1] ou non – de la production et des stocks de grains. Dans les circonstances actuelles, la réputation de la Chine, ou plutôt du régime chinois, est en chute libre depuis quelques mois déjà, si bien que des pays songent au « découplement » – chose plus facile à dire qu’à faire, bien entendu. Néanmoins, cela remet partiellement en cause le modèle d’achat de biens chinois en échange de la vente de produits agricoles que la Chine pouvait avoir avec certains pays. C’est patent dans le cadre des pourparlers avec l’Europe, qui n’aboutissent pas. Tous ces pays, en raison de la pandémie et de la réputation de Pékin, pourraient ne pas vouloir ou ne pas pouvoir vendre ces produits.
Dans l’état actuel des choses, les 100 millions de tonnes de grains dont Pékin a besoin ne sont pas son seul souci. Les chaînes d’approvisionnement qui devaient servir à acheminer les autres ressources naturelles vers la Chine se trouvent déstabilisées par la crise, mais aussi par l’attitude cavalière de Pékin sur la scène internationale. Sans parler des contrats perdus pour Huawei ni des demandes d’audit pour les compagnies chinoises cotées en bourse aux États-Unis. Le tout a également poussé la Chine à signer un contrat de 25 ans avec l’Iran pour l’approvisionnement en pétrole en juillet. Une chose est certaine: si la tendance à faire pression sur la Chine en venait à triompher, s’ajoutant à l’attitude chinoise vers l’isolement depuis un bon moment déjà, alors la problématique alimentaire [2] risquerait de devenir plus sérieuse. Et ce n’est pas l’économie « à cycle interne » qui pourra résoudre ce problème. En somme, la question du grain n’est qu’un autre symptôme du virage à gauche entamé par Xi Jinping et les conservateurs, qui remettent en cause « l’émergence pacifique » de la Chine et les bénéfices qu’elle a pu en tirer.
[1] On se souviendra de l’affaire relativement récente de Ni Fake, le gendre de la sœur de Jiang Zemin, dans l’Anhui, qui fut pris la main dans le sac par Zhu Rongji lors d’une inspection surprise.
[2] Considérant que le régime alimentaire chinois est basé sur une consommation de grains importante.
La Chine met les Tibétains ruraux au travail forcé
par Dorian Malovic
La Croix - 23 sep 2020
https://www.la-croix.com/Monde/Chine-met-Tibetains-ruraux-travail-force-2020-09-23-1201115619
Selon un rapport du célèbre chercheur allemand Adrian Zenz publié cette semaine, Pékin mène au Tibet une politique de lutte contre la pauvreté en déracinant des dizaines de milliers de Tibétains ruraux pour les envoyer dans les usines. Ce qui s’apparente à une nouvelle étape de "sinisation" du Tibet. À l’image de ce qui se fait au Xinjiang. « Il s’agit de la plus violente attaque ciblée contre le mode de vie des Tibétains depuis la révolution culturelle dans les années 1970 », n’hésite pas à dire Adrian Zenz, chercheur allemand spécialiste du Xinjiang et du Tibet, auteur d’une étude très approfondie sur la situation au Tibet, publiée cette semaine par la Jamestown Foundation à Washington.
Basé sur des centaines de documents de l’administration chinoise au Tibet, ce rapport accuse la Chine de mener au Tibet une politique de lutte contre la pauvreté en obligeant des dizaines de milliers de Tibétains ruraux à suivre des formations professionnelles semblables à celles en vigueur au Xinjiang voisin. « Il s’agit d’un changement de vie forcé, souligne ce rapport, du nomadisme au statut d’ouvrier ».
Concrètement, dans ces vastes espaces du Tibet où vivent 70 % des 3 millions de Tibétains, des fonctionnaires sont envoyés dans les villages afin de les convaincre d’aller suivre des formations professionnelles afin de pouvoir être envoyés dans des usines au Tibet ou dans d’autres provinces de Chine. Un site officiel du gouvernement chinois, cité par Adrian Zenz précise qu’il y a eu « un demi-million de personnes formées durant les 7 premiers mois de l’année 2020 », chaque canton recevant un quota de formations à effectuer. « Près de 50.000 personnes ont été envoyées dans des usines au Tibet et plus de 3.000 transférées dans des zones industrielles dans d’autres provinces. »
Le caractère obligatoire de ces formations n’est certes pas avéré, souligne la Jamestown Foundation, mais la forte pression mise sur les autorités locales par le gouvernement central implique forcément une certaine coercition. « Les Tibétains n’ont pas le choix. Il s’agit clairement d’une nouvelle étape dans la politique d’assimilation chinoise du Tibet », explique Pierre-Antoine Donnet, spécialiste de la Chine et du Tibet. « Le rouleau compresseur de la majorité han chinoise est en marche au Tibet depuis le début des années 1950. Pékin ne respecte pas les identités ethniques différentes. Elles doivent s’assimiler totalement ».
Une autre enquête menée par l’agence de presse Reuters, publiée mardi 22 septembre, confirme cette campagne d’éducation et d’assimilation des ruraux tibétains. Selon les propres termes de l’administration chinoise, les ruraux tibétains à « la mentalité rétrograde » doivent sentir « que le parti communiste chinois prend soin d’eux ». Aux yeux de Pékin, il s’agit bien de « civiliser » ces tribus nomades arriérées.
En août dernier le leader Xi Jinping avait averti que la Chine allait accentuer ses efforts pour lutter contre « le séparatisme au Tibet ». Mais pour Sophie Richardson, directrice Chine de Human Rights Watch, « la lutte contre la pauvreté n’est qu’un prétexte pour éradiquer la culture tibétaine » et contrôler la population. Tout comme au Xinjiang ou la « lutte contre le terrorisme » motive depuis 2016 la campagne de répression contre les Ouïghours placés en détention dans des camps.
En réaction à ces enquêtes, les autorités chinoises ont nié en bloc: « Ce que ces gens appellent "travail forcé", cela n’existe pas en Chine. Nous espérons que la communauté internationale saura distinguer le vrai du faux et ne sera pas piégée par ces mensonges ». Mais déplacer des populations rurales vers l’industrie est un élément clé de la stratégie du gouvernement pour lutter contre la pauvreté, que la Chine s’était engagée à éradiquer à la fin de l’année… 2020. Même si les réformes économiques lancées il y a 40 ans ont sorti le pays de l’extrême pauvreté, il n’en reste pas moins, selon les termes du Premier ministre Li Keqiang lui-même, « que 60 % des Chinois vivent aujourd’hui avec 100 € par mois ».