Ni rouge, ni noir, ni vert. L'autonomie rejette partis,
syndicats et toute forme de gestion et de pouvoir.
Rassembler des foules sous un même drapeau
trouve toujours son origine dans une imposture.
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dont l'obsession de l'argent entraine l'humanité
vers la catastrophe.
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Date de création : 10.03.2011
Dernière mise à jour :
12.01.2026
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Coronavirus: Les derniers partisans de l'immunité collective prêts à changer de stratégie
par Arnaud Focraud
JDD - 25 mar 2020
https://www.lejdd.fr/International/coronavirus-les-derniers-partisans-de-limmunite-collective-prets-a-changer-de-strategie-3957693
Un Etat européen viendra-t-il à bout du coronavirus grâce à "l'immunité collective" ? Alors que les mesures de confinement se succèdent sur le continent, deux d'entre eux, les Pays-Bas et la Suède, font encore ce pari. Mais cette stratégie, controversée, pourrait finalement évoluer, à l'instar du revirement spectaculaire opéré par le Royaume-Uni.
L'immunité collective - appelée aussi immunité de groupe ou immunité grégaire - consiste à laisser une épidémie s'enrayer naturellement avec l'immunisation et donc, avant cela, la contamination - s'il n'existe pas de vaccin - d'une partie de sa population. Les avantages de cette pratique sont à court et plus long terme: le pays n'est pas à l'arrêt économiquement et les personnes sont protégées en cas de deuxième pic épidémique, contrairement au choix du confinement à l'issue duquel le virus peut rapidement repartir.
Le Premier ministre néerlandais, Mark Rutte, se voulait très clair dans une allocution télévisée faite en début de semaine dernière: "Il n'y a pas de message facile pour vous ce soir [...] La réalité est qu'une grande partie de la population néerlandaise sera infectée par le coronavirus. C'est ce que les experts nous disent". Le dirigeant libéral affichait alors l'ambition de "construire l'immunité collective".
L'objectif était pour lui d'éviter un confinement strict de sa population, comme en Italie, en Espagne ou en France. Mais pas question pour autant ne rien faire, au risque sinon que les services hospitaliers de son pays soient vite débordés et que le nombre de victimes grimpe en flèche. C'est pourquoi, en fermant les lieux publics sans obliger les citoyens à rester chez eux, Mark Rutte envisageait cette solution médiane: essayer de protéger les populations vulnérables tout en laissant les autres avoir le virus pour stopper ensuite sa propagation.
Mais une semaine plus tard, le ton a changé aux Pays-Bas. Le gouvernement néerlandais a repoussé du 6 avril au 1er juin l'interdiction des rassemblements publics, et demandé à tous de respecter une distance de 1,50 m dans les transports et les magasins. Surtout, le Premier ministre a averti que si les mesures déjà mises en place ne suffisaient pas, un confinement total de la population serait la prochaine étape. "J'espère que ce ne sera pas nécessaire", a-t-il souhaité lundi. Les Pays-Bas avaient déjà rétropédalé en fermant les écoles le 16 mars - en même temps que les bars et restaurants - après avoir rejeté dans un premier temps cette décision.
La Suède, elle, n'en est même pas là: le pays scandinave est l'un des derniers à avoir laissé ouverts ses écoles primaires (mais pas les lycées et universités), bars et restaurants. Les rassemblements de moins de 500 personnes y sont encore autorisés. Mais la pression s'accentue sur le gouvernement social-démocrate de Stefan Löfven. Dans un discours dimanche, celui-ci a estimé que l'Etat pourrait prendre de nouvelles mesures face à l'urgence. Le Premier ministre prône le télétravail, la distanciation sociale et demande surtout à chacun de "prendre ses responsabilités". Le gouvernement suédois ne s'interdit pas de faire davantage: il prépare un texte permettant la fermeture des établissements scolaires le cas échéant et s'en remet aux recommandations de l'Agence de santé publique.
Le revirement de ces deux pays est-il inéluctable au vu de l'évolution du coronavirus ailleurs en Europe ? La Suède, qui ne comptait aucune victime il y a deux semaines, en recense désormais 44 pour 2.500 cas identifiés. Les Pays-Bas sont quant à eux le 11e pays à compter le plus de contaminations détectées au Covid-19 (plus de 6.400 mercredi) et le 8e en cas mortels (357). Un nombre de victimes plus élevé qu'en Allemagne et en Corée du Sud, deux Etats qui ne confinent pas non plus leur population mais essayent d'autres méthodes, en particulier la détection préventive des personnes infectées via une vaste campagne de tests.
Car compter sur le seul phénomène de "l'immunité collective" présente plusieurs limites. D'abord, parce les mesures barrières prises pour freiner la propagation ne suffisent pas, comme cela a été vu en France avant le confinement, et les personnes les plus fragiles restent donc exposées. Pour l'empêcher, il faudrait que l'ensemble de la population respecte d'elle-même les règles imposées, ce qui suppose en l'absence de moyens coercitifs le civisme de chacun.
Au Royaume-Uni, l'évolution de l'épidémie et les projections alarmantes sur le nombre de morts - 510.000 morts si rien n'était fait - ont eu raison de "l'immunité collective" prônée au départ par Boris Johnson. Le pays a finalement décrété lundi trois semaines de confinement.
Au-delà, des inconnues demeurent sur le virus lui-même. Combien de temps l'immunisation des personnes guéries durera-t-elle ? Le phénomène est si récent qu'il est encore trop tôt pour le dire. Si ce délai s'avère court, alors la population "immunisée" ne sera pas plus protégée qu'une autre face à un nouveau pic épidémique. De même, les efforts seraient vains si le Covid-19 venait à muter rapidement.
"Nous n'en savons pas assez sur ce virus, il n'a pas atteint la population depuis assez longtemps pour savoir quels sont ses effets sur le plan immunologique", avertissait ce mois-ci Margareth Harris, porte-parole de l'OMS, en opposant cette "théorie" à l'urgence sanitaire du moment. Aussi, l'OMS, comme bien d'autres experts, juge cette voie immunité collective bien trop risquée pour s'y aventurer.
En France, le message gouvernemental repris par les autorités de santé se répand à toute heure dans les médias. Il a été rédigé ainsi:
« Les gestes barrières - Face au coronavirus, il existe des gestes simples pour préserver votre santé et celle de votre entourage: 1/ Se laver les mains très régulièrement; 2/ Tousser ou éternuer dans son coude ou dans un mouchoir; 3/ Utiliser des mouchoirs à usage unique; 4/ Saluer sans se serrer la main; 5/ éviter les embrassades. »
Mais dans d'autres pays, le message des autorités et les règles à appliquer sont différents ou transmis différemment:
Coronavirus: Cinq stratégies pour juguler la propagation du Covid-19
par Lioman Lima
BBC News - 26 mar 2020
https://www.bbc.com/afrique/monde-52035703
Certains pays semblent avoir contenu la propagation rapide du coronavirus, tandis que d'autres luttent avec plus de cas chaque jour. Quelles sont donc les stratégies qui fonctionnent ?
Le coronavirus s'est propagé dans le monde entier, provoquant la panique autour de la planète: des milliers de nouveaux cas et des centaines de décès sont annoncés chaque jour. De nombreuses villes - et des pays entiers - sont confinés, des annulations de vols, des événements internationaux et festivals annuels.
L'Europe est devenue le nouvel épicentre de la maladie, tandis qu'ailleurs - en Amérique latine, aux États-Unis et au Moyen-Orient - le taux d'infection augmente quotidiennement. Pourtant, certains pays semblent avoir réussi à contenir la propagation brutale du virus qui, au 23 mars, avait tué quelque 15.000 personnes et infecté plus de 340.000 autres dans le monde.
Plusieurs pays asiatiques, malgré leur proximité géographique avec la Chine (où la maladie a commencé), montrent la voie à suivre pour freiner le taux d'infection du Covid-19."Il y a des nations qui ont réussi à prendre des mesures pour contenir l'épidémie, et je pense que nous devrions en tirer des leçons", a déclaré à la BBC l'épidémiologiste Tolbert Nyenswah, professeur à l'Université Johns Hopkins aux États-Unis. "Je ne parle pas seulement de la Chine, où le nombre de cas a diminué après avoir appliqué des mesures extrêmement agressives que d'autres pays démocratiques pourraient ne pas trouver faciles à appliquer", a-t-il déclaré. "D'autres pays ont opté avec succès pour différentes formes d'actions mais toujours efficaces".
Le voisin chinois, Taiwan, par exemple, avec une population de 23,6 millions d'habitants, n'a signalé que 195 cas de coronavirus et deux décès au 23 mars.
Hong Kong (7,5 millions d'habitants) partage une frontière terrestre avec la Chine, mais n'a signalé que 155 infections confirmées et 4 décès en plus de deux mois (bien que d'autres cas ont été signalés au cours de la semaine dernière et qu'un ensemble de nouvelles mesures ait été introduit).
Près du Japon (120 millions d'habitants) 1.100 infections ont été enregistrées, tandis que la Corée du Sud a signalé environ 9.000 patients, mais le taux d'infection et de décès a baissé ces dernières semaines.
Selon Nyenswah, ces pays ont réussi à gérer la propagation du coronavirus car ils ont agi rapidement et ont appliqué des politiques innovantes. Voici les plus efficaces:
1. Testez, testez puis testez à nouveau
L'OMS et les experts consultés par la BBC conviennent que la détection précoce est un facteur fondamental pour contenir la propagation de la pandémie. "Vous ne pouvez pas connaître l'impact réel du virus ou prendre les mesures appropriées si vous ne savez pas combien de personnes sont touchées", explique Nyenswah.
Krys Johnson, professeur d'épidémiologie à l'Université Temple (USA), partage le même avis. Selon lui, c'est ce qui a fait une réelle différence pour contenir le virus: les pays qui se sont appuyés sur les tests ont vu le nombre de nouveaux cas chuter, tandis que les pays où les tests n'ont pas été mis en œuvre ont vu le nombre de cas augmenter fortement. "La Corée du Sud a testé environ 10 000 personnes par jour, ce qui signifie qu'elles ont testé plus de personnes en deux jours que l'ensemble des États-Unis en plus d'un mois", a-t-il déclaré à la BBC.
Le directeur général de l'OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, déclare que le dépistage de toute personne présentant des symptômes est la "clé pour arrêter la propagation" de la pandémie. "Nous avons un message simple à adresser à tous les pays - test, test, test", a-t-il déclaré lors d'une récente conférence de presse. "Tous les pays devraient pouvoir tester tous les cas suspects - ils ne peuvent pas lutter contre cette pandémie les yeux bandés". Il a également mis en garde contre le fait de ne tester que ceux présentant les symptômes les plus graves: les données obtenues ne seraient pas fiables pour les statistiques et la pratique encourage ceux qui présentent des symptômes plus légers à continuer de propager le virus.
2. Isolez les personnes infectées
"La Corée du Sud et la Chine ont fait un excellent travail de suivi, de test et de confinement de leurs citoyens", explique le professeur Krys Johnson. Les tests isolent non seulement les malades et empêchent le virus de se propager, mais aident à repérer de nouveaux cas potentiels qui pourraient être aux premiers stades (et donc asymptomatiques), dit-elle.
Selon Johnson, les autorités chinoises ont été "hypervigilantes" dans la détection de nouveaux cas potentiels, ce qui pourrait être l'une des causes de la baisse significative des infections signalées. "Les personnes ayant une température élevée sont envoyées dans des « cliniques de fièvre » et testées pour la grippe ou Covid-19. S'ils sont positifs pour Covid-19, ils sont isolés dans ce qui a été surnommé "hôtels de quarantaine" pour éviter d'infecter leurs familles", elle dit.
Taïwan, Singapour et Hong Kong ont adopté une approche différente: isoler les cas suspects chez eux et infliger des amendes de plus de 3.000 $ à ceux qui enfreignent les règles. Mais dans les deux cas, selon Nyenswah, la clé de cette stratégie était de repérer et de suivre les infections potentielles.
Il dit qu'à Taiwan et à Singapour, il y avait des stratégies en place pour repérer les personnes qui avaient été en contact avec les malades - des interviews des personnes infectées à la vérification des caméras de sécurité ou des registres de transport. "Le 12 mars, Hong Kong avait 445 cas suspects - mais elle a effectué 14.900 tests parmi toutes les personnes qui avaient été en contact avec ces personnes pour détecter d'éventuelles infections - 19 d'entre eux étaient positifs", dit-il.
3. Préparation et réaction rapide
Nyenswah, qui avait auparavant œuvré à la prévention de la propagation d'Ebola en Afrique de l'Ouest, affirme que l'un des éléments de base pour la maîtrise d'un virus est d'agir rapidement, avant que la contagion ne touche la population. "Des pays comme Taïwan et Singapour ont montré qu'une action rapide de détection et d'isolement de nouveaux cas peut être un facteur décisif pour contenir la propagation", dit-il.
Un récent article publié par le Journal de l'American Medical Association dit que le succès de Taïwan est également en partie dû au fait que l'île a été préparée par une telle éventualité et a créé un centre de commandement pour contrôler les épidémies dès 2003 [Voir l'article ci-dessous]. L'organisation - qui comprend plusieurs agences de recherche et gouvernementales - a été créée après la crise du SRAS et a depuis mené plusieurs exercices et études. "Être prêt à agir et à le faire rapidement sont des éléments essentiels dans les premiers stades d'une épidémie. En Europe et aux États-Unis, nous avons vu que non seulement ces pays n'étaient pas prêts, mais ils tardaient également à réagir", a déclaré Nyenswah.
Avant même que la transmission virale de personne à personne ne soit confirmée à la mi-janvier, Taiwan avait déjà commencé à filtrer tous les passagers en provenance de Wuhan, la ville chinoise où l'épidémie a commencé. Hong Kong a commencé à mettre en place des stations de détection de la température à ses points d'entrée à partir du 3 janvier, suivies de quarantaines de 14 jours pour les touristes entrant sur son territoire, tandis que les médecins ont été invités à signaler tout patient présentant de la fièvre ou des symptômes respiratoires aigus et des antécédents de voyage récent vers la région de Wuhan. "Encore une fois, le facteur temps a été déterminant", explique Nyenswah.
4. Distanciation sociale
"Une fois que la maladie est déjà dans votre pays, les mesures de confinement ne sont plus valables", explique Nyenswah.
D'ici là, le moyen le plus efficace de protéger la population est de mettre rapidement en œuvre la distanciation sociale - comme cela a été démontré à Hong Kong et à Taiwan. Hong Kong a dit aux gens de travailler à domicile, fermé les écoles et annulé tous les événements sociaux fin janvier. Singapour a décidé de garder les écoles ouvertes, mais elle a effectué des tests et surveillé quotidiennement les étudiants et le personnel universitaire, selon le journal The Straits Times.
5. Promouvoir des mesures d'hygiène
L'OMS affirme qu'un lavage régulier des mains et une bonne hygiène sont essentiels pour éviter la contagion. "De nombreux pays asiatiques ont tiré des leçons de l'expérience du SRAS en 2003. Ces nations savent que l'hygiène empêchera les gens de tomber malades et les empêchera d'infecter les autres", explique Nyenswah.
Dans des pays comme Singapour, Hong Kong et Taïwan, il existe des stations avec un gel antibactérien dans les rues et l'utilisation régulière de masques faciaux est répandue.
Bien que les masques faciaux ne soient pas toujours efficaces pour empêcher le porteur d'attraper la maladie, ils réduisent le risque qu'ils la transmettent par la toux et les éternuements. [Au Japon ou en Chine, les peluches servent de vecteurs rassurants pour faire passer les messages de prévention; ndc]
Les "quatre dragons" (Corée du Sud, Taïwan, Hong Kong et Singapour) n'ont pas trainé face à la pandémie: gestion centralisée, contrôles aux frontières, port du masque généralisé, dépistage massif, quarantaines strictes, suivi numérique au cas par cas. Dès que l'hypothèse d'une transmission entre humains du virus a été avérée (20/01/2020), ils ont réagi sans attendre la déclaration d'urgence de santé publique internationale du 30 janvier ou la déclaration de pandémie du 11 mars, gagnant ainsi un temps précieux. La méthode qui est montrée en exemple par de nombreux "experts" est celle utilisée très tôt à Taïwan, que l'on peut résumer par ces deux mots: contrôle et surveillance.
Taiwan en pointe dans le bras de fer contre le Covid-19
par Arnaud Vaulerin
Libération — 09 mas 2020
https://www.liberation.fr/planete/2020/03/09/taiwan-en-pointe-dans-le-bras-de-fer-contre-le-covid-19_1781060
Le scénario d’une catastrophe sanitaire semblait inéluctable. A seulement 130 km de la Chine continentale, où résident, étudient et travaillent plus de 1,2 million de ses ressortissants, Taiwan était presque voué à être lourdement touchée par l’épidémie de nouveau coronavirus, qui s’est diffusée à partir de Wuhan. A ce jour, il n’en est rien. L’île de 23 millions d’habitants ne compte que 45 cas confirmés et un seul décès. Quand la Chine, le Japon ou la Corée du Sud cumulent des dizaines de milliers de personnes infectées et plus de 3.100 morts.
Mieux, la gestion de cette crise par les autorités de Taipei est de plus en plus citée en exemple, notamment par des instances internationales dont Taiwan a été pourtant exclue à la demande de la Chine communiste. Et, paradoxalement, dans cette exclusion réside probablement une partie de la réponse actuelle de Taipei au Covid-19.
Pour expliquer cette performance taiwanaise, il faut remonter à 2002-2003 et l’épidémie de SRAS qui avait fait une quarantaine de morts et infecté près de 350 personnes, l’île devenant l’une des zones les plus contaminées après Hongkong et la Chine. « C’est à ce moment-là que Taiwan s’est doté de protocoles techniques, médicaux et sécuritaires qui lui faisaient défaut », explique le sinologue Stéphane Corcuff, de retour de Taiwan.
Exclue de l’OMS, Taiwan se retrouve dans le brouillard. « Au moment de l’épidémie de SRAS, Taiwan était une orpheline de la prévention des épidémies internationales. Nous avons été tenus dans l’ignorance totale des causes, des méthodes de diagnostic, des taux de mortalité et des méthodes de traitement, racontait fin janvier, au quotidien japonais Sankei, le vice-président de Taiwan, Chen Chien-Jen, épidémiologiste de profession qui était, en 2003, à la tête du ministère de la Santé. Nous avons cependant pu échanger des informations avec des experts japonais […]. Nous avons également beaucoup appris des conditions de vie à Hongkong et à Singapour. Si, à l’époque, nous avions pu obtenir des échantillons directement auprès de l’OMS, nous aurions pu éviter les malheureuses infections nosocomiales qui se sont produites dans les hôpitaux ».
Taipei entend tirer des leçons du Sras. Dès 2004, les autorités taiwanaises créent le Centre de commandement national de la santé, l’un des piliers du centre de gestion des catastrophes qui organise la communication et le contrôle des opérations à tous les échelons de l’administration du pays. Jusqu’au 20 janvier dernier, ce dispositif était en veille. Mais Taipei était déjà en alerte, peut-être même avant les autorités chinoises du continent.
Car le 31 décembre, comme l’a rappelé dans une note le pédiatre Jason Wang et directeur du centre pour la politique, les résultats et la prévention de l’université de Stanford, des responsables de l’émigration repèrent des passagers avec des symptômes de fièvres et de pneumonie sur des vols directs en provenance de Wuhan. Très vite, les équipes sanitaires s’intéressent à tous les individus s’étant rendus à Wuhan dans les 14 derniers jours.
Tout s’accélère le 20 janvier. Le centre de commandement des épidémies est activé pour coordonner les efforts de 7 ministères et circonscrire les risques sanitaires. Les résidents de Wuhan sont interdits de territoire, les touristes chinois contraints à des tests. La sécurité sociale taiwanaise et l’agence nationale de l’immigration croisent leurs fichiers pour lister les malades et ceux qui ont voyagé dans les deux dernières semaines. Les aéroports, les ports sont surveillés.
Tout va très vite. La mise en quarantaine est instituée, suivie par téléphone avec obligation d’enregistrement, dès les premiers symptômes suspects. Taiwan entend tracer les malades du coronavirus pour prévenir toute contagion incontrôlable. C’est ainsi que toute personne ayant été en contact avec les croisiéristes du Diamond Princess est recherchée après que de nombreux cas ont été répertoriés sur le paquebot au Japon. Le 6 février, le gouvernement taiwanais publie une liste de 50 endroits par lesquels les passagers du paquebot, qui avaient fait escale à Keelung, sont passés. A leur retour de croisière, les 19 Taiwanais présents sur le bateau sont immédiatement placés en quarantaine.
Dans le même temps, Taiwan a également rationné la vente de masques. « Le gouvernement a également interdit leur exportation, notamment vers la Chine, au risque de se faire critiquer, poursuit le sinologue Stéphane Corcuff. Il a également accéléré les cadences pour en fabriquer de nouveaux. Chez les Taiwanais – comme chez les Japonais – il y a ce réflexe culturel qui fait que l’on utilise un masque quand on est malade. En cas d’épidémie, on évite ainsi une trop grande contamination ».
Le gouvernement a également débloqué des fonds, mobilisé l’armée pour cette production de masques de masse, fixé un prix unique. Dans les administrations et les bâtiments publics, les désinfectants pour les mains et les contrôles de la fièvre sont devenus habituels. Et il organise tous les jours un point presse pour communiquer sur l’évolution de l’épidémie et rappeler les mesures de sécurité à respecter.
Dans cette crise, qui est aussi un exercice de communication, Taipei s’est également mobilisé sur les fausses nouvelles. Soumise, depuis au moins trois ans à des campagnes de fake news lors des élections locales et législatives, l’île lutte aussi contre les rumeurs sur le front du coronavirus. Elle a annoncé qu’elle poursuivrait ceux qui répandent des infos bidons en leur infligeant des amendes allant jusqu’à 3 millions de dollars taiwanais (plus de 87.000 €). Répondre vite, agir seul… c’est presque à croire que l’exclusion de Taiwan de l’OMS a eu des effets bénéfiques contre le Covid-19.
Les anarchistes ont une méthode pour "survivre" au virus: le groupe affinitaire, le réseau, échapper au confinement par le repli communautaire. Sur le principe, Facebook ne propose-t-il pas la même chose, avec ses "groupes d'amis" ? Non ?
Dans ce système, celui qui ne veut pas appartenir à un "réseau", qui ne ressent pas d'affinité particulière avec tel ou tel groupe, qui s'obstine à ne pas rentrer dans une case, que devient-il ? On le laisse avec son virus ?
Les démocraties bourgeoises, elles, qui cultivent le sentiment d'appartenance à une même communauté nationale, en appellent au "civisme" de chaque citoyen, au devoir de tous et toutes envers la "nation". Mais l'adhésion à ce discours est tellement peu spontanée que les dirigeants l'imposent par la contrainte, la force de la loi et le recours à la répression.
Je crois au contraire à d'autres valeurs: la solidarité, l'entraide, l'ouverture aux autres. Mais cette démarche ne peut fonctionner que dans le cadre d'une situation révolutionnaire, c'est-à-dire qui met l'ensemble de la société en mouvement de sorte que chacun(e) se sentira pleinement concerné, engagé, investi, maître de sa vie et responsable envers la collectivité, sans être dominé par aucune forme d'autorité.
Survivre au virus - une méthode anarchiste
Marseille infos autonomes - 20 mar 2020
https://mars-infos.org/survivre-au-virus-une-methode-4912
La pandémie ne va pas passer dans les prochaines semaines. Même si des mesures de confinement strictes parviennent à ramener le nombre d’infections à ce qu’il était il y a un mois, le virus pourrait recommencer à se propager de manière exponentielle dès que les mesures seront suspendues. La situation actuelle devrait se poursuivre pendant des mois - couvre-feux soudains, quarantaines incohérentes, conditions de plus en plus désespérées - même si elle changera presque certainement de forme à un moment donné, lorsque les tensions en son sein se résorberont. Pour nous préparer à ce moment, protégeons-nous et protégeons-nous les un.es les autres contre la menace que représente le virus, réfléchissons aux questions de risque et de sécurité que pose la pandémie et affrontons les conséquences désastreuses d’un ordre social qui n’a jamais été conçu pour préserver notre bien-être en premier lieu.
Survivre au virus. Les formes d’organisation et de sécurité anarchistes de longue date ont beaucoup à offrir lorsqu’il s’agit de survivre à la pandémie et à la panique qu’elle provoque.
Former un groupe affinitaire
La perspective de la quarantaine nous en dit long sur la façon dont nous vivions déjà. Ceux qui vivent dans des familles très unies ou dans des maisons collectives joyeuses sont dans une bien meilleure situation que ceux qui vivent dans des mariages brisés et ceux qui ont de grandes maisons vides pour eux seuls. C’est un bon rappel de ce qui compte vraiment dans la vie. Malgré les modèles de sécurité représentés par le rêve bourgeois de la famille nucléaire et la politique étrangère des États-Unis qui en est le reflet, la solidarité et l’attention sont beaucoup plus importantes que le type de sécurité qui dépend de la clôture du monde entier.
La "distanciation sociale" ne doit pas être synonyme d’isolement total. Nous ne serons pas plus en sécurité si notre société est réduite à un groupe d’individus atomisés. Cela ne nous protégerait ni du virus, ni du stress de cette situation, ni des prises de pouvoir que les capitalistes et les autorités étatiques s’apprêtent à réaliser. Autant les personnes âgées sont menacées par le virus, par exemple, autant les personnes âgées sont déjà dangereusement isolées dans cette société; les couper de tout contact avec les autres ne préservera pas leur santé physique ou mentale. Nous devons tous être intégrés dans des groupes soudés de manière à maximiser à la fois notre sécurité et notre capacité collective à profiter de la vie et à agir.
Choisissez un groupe de personnes en qui vous avez confiance - idéalement des personnes avec lesquelles vous partagez votre vie quotidienne, qui ont toutes des facteurs de risque et des niveaux de tolérance au risque similaires. Pour survivre au virus, il s’agit de votre groupe d’affinité, la base de l’organisation anarchiste décentralisée. Vous n’avez pas nécessairement besoin de vivre avec eux dans le même bâtiment; l’important est que vous puissiez réduire vos facteurs de risque à ceux que vous partagez tou.tes et avec lesquels vous vous sentez à l’aise. Si votre groupe est trop petit, vous serez isolé - et cela sera particulièrement problématique si vous tombez malade. Si votre groupe est trop grand, vous serez confronté.es à des risques inutiles d’infection.
Parlez entre vous jusqu’à ce que vous arriviez à un ensemble d’attentes communes quant à la manière dont vous allez vous engager face au risque de contagion. Cela peut aller de l’isolement physique total au fait de se souvenir d’utiliser un désinfectant pour les mains après avoir touché des surfaces. Au sein de votre groupe, tant que personne n’a le virus, vous pouvez toujours vous serrer dans vos bras, vous embrasser, préparer de la nourriture ensemble, toucher les mêmes surfaces - à condition de vous entendre sur le niveau de risque que vous êtes collectivement prêt.es à tolérer et de communiquer à ce sujet lorsqu’un nouveau facteur de risque apparaît.
C’est ce que les anarchistes appellent la culture de la sécurité - la pratique consistant à établir un ensemble d’attentes communes pour minimiser le risque. Lorsque nous sommes confronté.es à la répression policière et à la surveillance de l’État, nous nous protégeons en partageant les informations selon le principe du besoin de savoir. Lorsque nous avons affaire à un virus, nous nous protégeons en contrôlant les vecteurs par lesquels les contagions peuvent se propager.
Il n’est jamais possible d’éviter complètement le risque. Il s’agit de déterminer le degré de risque avec lequel vous êtes à l’aise et de vous comporter de telle sorte que si quelque chose tourne mal, vous n’aurez aucun regret, sachant que vous avez pris toutes les précautions que vous avez jugées nécessaires. En partageant votre vie avec un groupe d’affinité, vous bénéficiez des meilleurs éléments de prudence et de convivialité.
Former un réseau
Bien entendu, votre groupe d’affinité ne suffira pas à lui seul à répondre à tous vos besoins. Que faire si vous avez besoin de ressources auxquelles aucu.en d’entre vous ne peut accéder en toute sécurité ? Et si vous tombez tou.tes malades ? Vous devez être reli.eés à d’autres groupes d’affinité dans un réseau d’entraide, de sorte que si un groupe du réseau est débordé, les autres puissent lui venir en aide. En participant à un tel réseau, vous pouvez faire circuler les ressources et le soutien sans que tou.tes aient besoin de s’exposer au même niveau de risque. L’idée est que lorsque des personnes de différents groupes au sein du réseau interagissent, elles appliquent des mesures de sécurité beaucoup plus strictes, de manière à minimiser les risques supplémentaires.
L’expression "aide mutuelle" a été beaucoup utilisée ces derniers temps, même par les politiciens. Dans son sens propre, l’aide mutuelle ne décrit pas un programme qui fournit une assistance unidirectionnelle aux autres comme le fait une organisation caritative. Il s’agit plutôt de la pratique décentralisée de l’aide réciproque par laquelle les participant.es à un réseau s’assurent que chacun.e obtient ce dont il ou elle a besoin, de sorte que chacun.e ait des raisons de s’investir dans le bien-être des autres. Il ne s’agit pas d’un échange d’informations, mais plutôt d’un échange de soins et de ressources qui crée le type de redondance et de résilience qui peut soutenir une communauté dans les moments difficiles. Les réseaux d’entraide se développent mieux lorsqu’il est possible d’établir une confiance réciproque avec d’autres personnes sur une longue période. Il n’est pas nécessaire de connaître ou même d’aimer tou.tes les autres membres du réseau, mais chacun.e doit donner suffisamment au réseau pour qu’ensemble, vos efforts créent un sentiment d’abondance.
Le cadre de la réciprocité peut sembler se prêter à une stratification sociale, dans laquelle des personnes de classes sociales similaires ayant un accès similaire aux ressources gravitent les unes vers les autres afin d’obtenir le meilleur retour sur l’investissement de leurs propres ressources. Mais des groupes d’origines différentes peuvent avoir accès à un large éventail de ressources différentes. Dans ces conditions, la richesse financière peut s’avérer beaucoup moins précieuse que l’expérience en matière de plomberie, la capacité à parler un dialecte particulier ou les liens sociaux dans une communauté dont vous n’auriez jamais pensé dépendre. Chacun.e a de bonnes raisons d’étendre ses réseaux d’entraide aussi loin et aussi largement que possible.
L’idée fondamentale ici est que ce sont nos liens avec les autres qui nous protègent, et non pas notre protection contre eux ou notre pouvoir sur eux. Les survivalistes qui se sont concentré.es sur la constitution d’un stock privé de nourriture, de matériel et d’armes mettent en place les pièces d’une apocalypse de type "chacun pour soi". Si vous mettez toute votre énergie dans des solutions individuelles, laissant chacun.e autour de vous se battre pour sa survie, votre seul espoir est de dépasser la concurrence. Et même si vous y parvenez - lorsqu’il n’y aura plus personne pour utiliser ces armes, vous serez le dernier, et cette arme sera le dernier outil à votre disposition.
Notre rapport au risque
L’apparition d’une nouvelle contagion potentiellement mortelle nous oblige tou.tes à réfléchir à notre rapport au risque. Qu’est-ce qui vaut la peine de risquer notre vie ?
À la réflexion, la plupart d’entre nous concluront que, toutes choses égales par ailleurs, risquer sa vie juste pour continuer à jouer son rôle dans le capitalisme ne vaut pas la peine. En revanche, cela vaut peut-être la peine de risquer nos vies pour nous protéger les un.es les autres, pour prendre soin les un.es des autres, pour défendre notre liberté et la possibilité de vivre dans une société égalitaire.
Tout comme l’isolement total n’est pas plus sûr pour les personnes âgées, essayer d’éviter totalement le risque ne nous protègera pas. Si nous restons strictement entre nous lorsque nos proches tombent malades, que nos voisins meurent et que l’État policier nous enlève tout vestige de notre autonomie, nous ne serons pas plus en sécurité. Il existe de nombreux types de risques différents. Le temps viendra probablement où nous devrons repenser les risques que nous sommes prêt.es à prendre pour vivre dans la dignité.
Cela nous amène à la question de savoir comment survivre à toutes les tragédies inutiles que les gouvernements et l’économie mondiale nous imposent dans le contexte de la pandémie, sans parler de toutes les tragédies inutiles qu’ils créaient déjà. Heureusement, les mêmes structures qui peuvent nous permettre de survivre ensemble au virus peuvent aussi nous donner les moyens de leur résister.
Survivre à la crise
Soyons clairs: le totalitarisme n’est plus une menace située dans le futur. Les mesures mises en œuvre dans le monde entier sont totalitaires dans tous les sens du terme. Nous voyons des décrets gouvernementaux unilatéraux imposant des interdictions totales de voyager, des couvre-feux 24 heures sur 24, une véritable loi martiale et d’autres mesures dictatoriales.
Cela ne veut pas dire que nous ne devrions pas mettre en œuvre des mesures pour nous protéger mutuellement contre la propagation du virus. Il s’agit simplement de reconnaître que les mesures mises en œuvre par les différents gouvernements sont basées sur des moyens et une logique autoritaires. Pensez à la quantité de ressources qui sont versées à l’armée, à la police, aux banques et à la bourse plutôt qu’aux soins de santé publics et aux ressources destinées à aider les gens à survivre à cette crise. Il est toujours plus facile de se faire arrêter pour vagabondage que de se faire tester pour le virus.
Tout comme le virus nous montre la vérité sur la façon dont nous vivions déjà - sur nos relations et nos foyers - il nous montre aussi que nous vivions déjà dans une société autoritaire. L’arrivée de la pandémie ne fait que la rendre formelle. La France met 100.000 policiers dans les rues, soit 20.000 de plus que ce qui avait été déployé au plus fort des manifestations de gilets jaunes. Les réfugié.es ayant besoin d’asile sont refoulé.es le long des frontières entre les États-Unis et le Mexique et entre la Grèce et la Turquie. En Italie et en Espagne, des bandes de policiers attaquent les joggeur.ses dans les rues désertes.
En Allemagne, la police de Hambourg a profité de la situation pour expulser une tente de réfugiés auto-organisée qui était debout depuis plusieurs années. Malgré la quarantaine, la police de Berlin menace toujours d’expulser un bar collectif anarchiste. Ailleurs, la police, vêtue de l’uniforme des stormtroopers pandémiques, a fait une descente dans un centre de réfugié.es.
Le pire, c’est que tout cela se produit avec le consentement tacite de la population. Les autorités peuvent faire pratiquement n’importe quoi au nom de la protection de notre santé - jusqu’à nous tuer.
Au fur et à mesure que la situation s’intensifie, nous verrons probablement la police et l’armée employer une force de plus en plus meurtrière. Dans de nombreuses régions du monde, ils sont les seuls à pouvoir se rassembler librement en grand nombre. Lorsque la police constitue le seul corps social capable de se rassembler en masse, il n’y a pas d’autre mot que "État policier" pour décrire la forme de société dans laquelle nous vivons.
Depuis des décennies, certains signes indiquent que les choses vont dans cette direction. Le capitalisme dépendait autrefois du maintien d’un nombre massif de travailleur.ses disponibles pour effectuer le travail industriel - par conséquent, il n’était pas possible de traiter la vie aussi bon marché qu’elle ne l’est aujourd’hui. À mesure que la mondialisation et l’automatisation capitalistes ont réduit la dépendance vis-à-vis des travailleur.ses, la main-d’œuvre mondiale s’est progressivement déplacée vers le secteur des services, effectuant un travail qui n’est pas essentiel au fonctionnement de l’économie et donc moins sûr, et moins bien rémunéré, tandis que les gouvernements sont devenus de plus en plus dépendants de la violence policière militarisée pour contrôler les troubles et la colère.
Si la pandémie se poursuit suffisamment longtemps, nous ne verrons probablement plus d’automobilistes - les voitures à conduite autonome représentent moins de menace d’infection pour la bourgeoisie que les conducteurs Uber - et les travailleur.ses déplacé.es seront réparti.es entre les industries de répression (police, armée, sécurité privée, entrepreneurs militaires privés) et les travailleur.ses précaires qui sont obligé.es de prendre de grands risques pour gagner quelques sous. Nous accélérons vers un avenir où une classe privilégiée connectée numériquement effectue un travail virtuel en isolement tandis qu’un État policier massif les protège d’une sous-classe sacrifiable qui prend la plupart des risques.
Le milliardaire Jeff Bezos a déjà créé 100 000 emplois sur Amazon, prévoyant que son entreprise entraînera la fermeture de tous les magasins locaux. De même, Bezos ne donnera pas de congés payés à ses employé.es de Whole Foods malgré le risque constant auquel ils et elles sont confronté.es dans le secteur des services - bien qu’il leur donne une augmentation de 2 $ jusqu’en avril. En bref, il considère toujours que leur vie ne vaut rien, mais il admet que leur mort devrait être mieux payée.
Dans ce contexte, la révolte est inévitable. Il est probable que nous assisterons à des réformes sociales visant à calmer la population - au moins temporaires pour atténuer l’impact de la pandémie - mais qu’elles arriveront en même temps que la violence toujours croissante d’un État dont personne ne peut s’imaginer se passer, dans la mesure où il est compris comme le protecteur de notre santé.
En fait, l’État lui-même est la chose la plus dangereuse pour nous, car il applique la distribution radicalement inégale des ressources qui nous oblige à faire face à une répartition déséquilibrée des risques. Si nous voulons survivre, nous ne pouvons pas nous contenter d’exiger des politiques plus équitables - nous devons également délégitimer et saper le pouvoir de l’État. (...)