Le Monde d'Antigone

Ni rouge, ni noir, ni vert. L'autonomie rejette partis,
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Rassembler des foules sous un même drapeau
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dont l'obsession de l'argent entraine l'humanité
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Date de création : 10.03.2011
Dernière mise à jour : 23.01.2026
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Bolsonaro veut en finir avec l'Amazonie

Publié le 29/10/2018 à 00:14 par monde-antigone

 
Bolsonaro a annoncé la couleur: "Si je suis élu, l'Indien n'aura pas un pouce de terre supplémentaire". Il répète que les peuples autochtones ont des "privilèges" qu'ils vivent du racket et de la marijuana. "Pourquoi auraient-ils des terres sans rien payer ?" Pas question alors de financer les ONG qui les défendent. Pour Bolsonaro, un Amérindien ne vaut pas mieux qu'un homosexuel. "ils ne veulent pas s'intégrer à la vie nationale, il est temps de dire assez à ça !" Alors qu'ils disparaissent !

Bolsonaro va finir de détruire la forêt amazonienne, avec méthode. Il conditionne son maintien dans l'Accord de Paris à une "pleine souveraineté" sur l'Amazonie, autrement dit au droit d'en faire ce qu'il veut: construire des barrages, des autoroutes, des complexes hôteliers, favoriser l'exploitation minière et l'agrobusiness. C'est à ce titre que l'Agence brésilienne de promotion des exportations et des investissements qui l'appuie s'est donnée pour objectif de doubler les superficies cultivables. Et c'est en toute logique que Bolsonaro a promis de dissoudre le ministère de l'Ecologie dans celui de l'Agriculture dévolu tout entier aux industriels de l'agro-alimentaire et aux grands propriétaires terriens.

Il convient cependant de rappeler que la déforestation de l'Amazonie a commencé il y a des dizaines d'années. Souvenez-vous des dernières images de "L'Homme de Rio" réalisé en 1964 (année du coup d'Etat militaire). Elle s'est considérablement accélérée depuis les années 2000, pendant les présidences Lula et Rousseff avec l'expansion des bio-carburants, années pendant lesquelles la priorité a été donnée au développement, ce qui a contribué à faire du Brésil la 8e puissance économique mondiale. La carte physique du Brésil d'aujourd'hui ne ressemble plus du tout à celle sur mon atlas, quand j'allais à l'école.

Dans peu de temps, tout ce l'Amazonie évoquera pour la jeune génération, ce ne sera plus une forêt, parce qu'elle aura cessé d'exister, ce sera... une société de commerce numérique !


L'avenir de l'Amazonie en jeu si Bolsonaro est élu
AFP, Sciences & Avenir - 23 oct 2018
https://www.sciencesetavenir.fr/nature-environnement/bresil-l-avenir-de-l-amazonie-en-jeu-si-bolsonaro-est-elu_128837


Les déclarations sur l'environnement de Jair Bolsonaro et de son entourage inspirent de vives craintes aux défenseurs de l'environnement qui redoutent que l'Amazonie, le "poumon de la planète", soit sacrifié aux intérêts des lobbys de l'agro-business.

L'une des promesses de campagne les plus controversées du grand favori du second tour de la présidentielle est la fusion des ministères de l'Agriculture et de l'Environnement. Et entre la défense de la nature et les intérêts des grands propriétaires terriens, le candidat d'extrême droite a choisi son camp sans équivoque. "Que ce soit bien clair: le futur ministre sera issu du secteur productif. Nous n'aurons plus de bagarres à ce niveau-là", a-t-il affirmé lors d'une conférence de presse le 11 octobre, 4 jours après avoir obtenu 46 % des voix au 1er tour. (...) "Comme il est soutenu par le lobby parlementaire de l'agro-business, qui est très fort, Bolsonaro veut pratiquement mettre l'environnement au service de l'agro-business", estime Geraldo Monteiro, politologue à l'Université de l'Etat de Rio de Janeiro.

Jair Bolsonaro a également évoqué la reprise des études pour la construction de centrales hydroélectriques en Amazonie, qui impliquent la construction de barrages, avec un fort impact sur les cours d'eau, entraînant souvent le déplacement de populations. Un dossier sensible après le long bras de fer des autorités brésiliennes avec des tribus indiennes au sujet du projet de Belo Monte, centrale en cours de construction, avec un barrage qui sera le 3ème plus grand au monde. En février, le candidat d'extrême droite avait affirmé que s'il était élu il ne cèderait "pas un centimètre de plus" pour la démarcation de territoires autochtones, les indiens revendiquant que leurs terres ancestrales soient clairement délimitées. Le crédo de Jair Bolsonaro: en finir avec l'"activisme écologiste chiite". Dans son vocabulaire, "chiite", vidé de son sens religieux, est synonyme de radicalisme. En août, en visite dans l'Etat amazonien de Roraima (nord), l'ex-capitaine de l'armée s'insurgeait ainsi contre les "contrôles chiites" des agences publiques environnementales ICMbio et Ibama, qui "nuisent à ceux qui veulent produire".

Le général Oswaldo Ferreira, pressenti pour être le ministre des Transports d'un éventuel gouvernement Bolsonaro, a déclaré dans un entretien récent au quotidien Estado de S. Paulo que ces agences ne servaient "qu'à embêter le monde". La présidente de l'Ibama, Suely Araujo, a réagi dans un communiqué, affirmant que "l'implantation de projets à fort impact environnemental sans l'analyse nécessaire représenterait un retour en arrière de quatre décénies". Emilio La Rovere, directeur du laboratoire d'études sur l'environnement de l'Université fédérale de Rio de Janeiro (UFRJ), le discours de Jair Bolsonaro "rappelle la doctrine qui régnait à l'époque de la dictature militaire (1964-1985). Cette doctrine, c'était "le développement à tout prix", au détriment de l'environnement, vu comme un "obstacle" à la construction de route ou à l'exploration minière.

Pour le chercheur, les promesses de campagne du candidat d'extrême droite peuvent avoir "de graves conséquences au niveau mondial", tout en mettant à mal les efforts consentis par le Brésil depuis une quinzaine d'années pour préserver son exceptionnelle biodiversité. L'émission de gaz à effets de serre a été pratiquement réduite de moitié, notamment grâce à une législation plus stricte pour lutter contre la déforestation. L'assouplissement de ces règles pourrait entraver "la transition vers une économie à basse émission de carbone", déplore M. La Rovere. Jair Bolsonaro a même menacé début septembre de sortir de l'accord de Paris sur le climat s'il était élu, si la "souveraineté nationale" était engagée, comme Donald Trump aux Etats-Unis. "Ce serait un sérieux revers de voir une autre économie majeure présidée par une personne qui nie l'importance de la lutte contre le réchauffement de la planète", affirme Lisa Viscidi, analyste du Think tank The Dialogue. Emilio La Rovere estime que le Brésil pourrait alors faire face à "des sanctions commerciales de la part de certains pays sur ses exportations de viande ou de soja".


Bolsonaro est une menace pour la planète
[Bolsonaro é uma ameaça ao planeta]
par Eliane Brum 
traduit par Fausto Giudice
El Pais (18/08/2018), rapporté par Tlaxcala - 23 oct 2018
Article original: https://brasil.elpais.com/brasil/2018/10/17/opinion/1539799897_917536.html
http://www.tlaxcala-int.org/article.asp?reference=24410


Jair Bolsonaro, qu’on appelle "o coiso" ("le chose") sur les réseaux sociaux, n'est pas seulement une menace pour le Brésil, mais pour la planète. Le candidat d'extrême-droite, qui a pris la tête au 1er tour des élections brésiliennes avec près de 50 millions de voix, pourrait remporter le second tour le 28 octobre. S'il devient président du Brésil, il a déjà averti qu'il a l'intention de suivre Donald Trump et de retirer le Brésil de l'Accord de Paris, qui vise à contrôler le réchauffement climatique. Lui et ses partisans ont déjà annoncé plusieurs mesures qui permettront la déforestation de l'Amazonie. La jungle, dont 20 % ont déjà été détruits, est dangereusement proche du point de basculement. La plus grande forêt tropicale du monde deviendrait une région avec une végétation clairsemée et une faible biodiversité. Et la lutte mondiale contre les effets du changement climatique deviendra un défi presque impossible à relever.

L'extrémiste de droite qui flirte avec le fascisme a déjà annoncé son intention de fusionner le ministère de l'Environnement avec le ministère de l'Agriculture, et que le ministre de cette aberration sera "défini par le secteur productif". Ce que Bolsonaro appelle le "secteur productif", c'est à la fois l'agro-industrie et les grileiros*, des criminels qui s'emparent des terres publiques en utilisant des tueurs à gages. Au Brésil, une partie de l'agro-industrie se confond avec les grileiros et ils sont représentés au parlement par ce que l'on appelle " le banc des bœufs ".

Le front le plus puissant du Congrès rassemble des parlementaires de différents partis conservateurs et a joué un rôle très actif dans l’empiètement sur  des aires protégées en Amazonie ces dernières années. Il veut transformer les terres indigènes et les zones de conservation, aujourd'hui les principales barrières contre la dévastation de la jungle, en pâturages pour les bœufs, en plantations de soja et en zones d’extraction minière. Lors de ces élections, ils ont annoncé qu'ils soutenaient Bolsonaro. Le Parti social libéral (PSL) de Bolsonaro, qui va engraisser le "banc des bœufs", est passé d'un député à 52, devenant le 2e parti en importance à la Chambre à partir de 2019.

Bolsonaro a déjà garanti aux grands propriétaires terriens et aux grileiros qu'il "limitera les amendes environnementales". "Aucun procureur canaille ne vous mettra plus à l’amende", a-t-il dit en juillet. "Droits de l'homme, pipeau, oui !" Il a également déclaré qu'il n'y aura pas "un centimètre de plus pour les terres indigènes" et a défendu que celles qui sont déjà délimitées peuvent être vendues. Amoureux de la dictature qui a contrôlé le Brésil entre 1964 et 1985, il a également déclaré qu'il mettrait « fin à l'activisme des ayatollahs écolos ». Le candidat, qui exalte la torture, affirme que "les minorités doivent se plier à la majorité" ou "simplement disparaître". (...)

Rien que la possibilité de son élection a fonctionné comme une sorte d'autorisation pour déboiser la jungle et tuer ceux qui la protègent. Plusieurs cas de violence à l'encontre de dirigeants et de communautés paysans et ont eu lieu en Amazonie durant  ces élections. Le Brésil est déjà le pays le plus meurtrier pour les défenseurs de l'environnement. Avec Bolsonaro, cette violence devrait exploser. Quiconque croit que la possibilité que le Brésil soit gouverné par un homme déclaré raciste, misogyne et homophobe n'est qu'une bizarrerie latino-américaine de plus n'a pas compris qu’en ces temps de changement climatique, la menace frappe à sa porte.


NdT - * Grileiros: littéralement grilleurs, accapareurs de terres utilisant des documents de propriété falisifiés. Leur nom vient de la pratique d’enfermer les faux documents dans des récipients avec des gillons, pour que ceux-ci, par leurs excréments, donnent une apparence ancienne aux documents.


EDIT (25 novembre 2018)


Brésil: La déforestation atteint son pire niveau en dix ans
Europe1 - 24 nov 2018
http://www.europe1.fr/politique/bresil-la-deforestation-atteint-son-pire-niveau-en-dix-ans-3807227


L'équivalent de près d'un million de terrains de foot. Le Brésil a perdu 7.900 km² de forêt entre août 2017 et juillet 2018, selon des chiffres du ministère de l'Environnement obtenus sur la base d'observations satellites. Un niveau de déforestation 13,7 % supérieur à celui de l'année dernière, et le plus élevé depuis 2008, rapporte le Guardian. Les défenseurs de l'environnement dénoncent cette situation, mais redoutent de la voir s'aggraver davantage à la suite de l'élection à la tête du pays de Jair Bolsonaro, qui revendique des positions climato-sceptiques. 

"Renforcer la mobilisation à tous les niveaux". Le ministère de l'environnement a indiqué que cette accélération de la déforestation était survenue alors que les budgets pour lutter contre le phénomène avaient augmenté, et que les actions pour l'environnement s'étaient intensifiées. "Nous devons renforcer la mobilisation à tous les niveaux du gouvernement, de la société civile et du secteur privé pour combattre les activités violant les lois environnementales", a exhorté le ministre Edson Duarte. Mais le nouveau gouvernement semble prendre la direction opposée. 

Après avoir constamment diminué jusqu'en 2013, la déforestation est repartie à la hausse cette année-là, à la suite d'une mesure d’amnistie prise par le gouvernement de Dilma Rousseff concernant les petites propriétés. Son successeur, Michel Temer, a lui aussi pris des mesures favorables à l'industrie agro-alimentaire, au détriment de la protection de l'environnement. Face à des dispositions autorisant les industriels à raser les forêts d'Amazonie, la hausse des moyens alloués au budget de l'écologie n'a pas pesé lourd. 

29/11/2018 >> Le Brésil n'accueillera pas la COP25 en 2019


EDIT (19 décembre 2018)


Bolsonaro veut exploiter les ressources d'une réserve indigène
AFP, Sciences & Avenir - 18 dec 2018
https://www.sciencesetavenir.fr/nature-environnement/bresil-bolsonaro-veut-exploiter-les-ressources-d-une-reserve-indigene_130309


Le président élu du Brésil, Jair Bolsonaro, cherchera à exploiter les ressources naturelles d'une gigantesque réserve indigène dans l'Amazone, à la frontière du Venezuela et de la Guyane, a-t-il promis lundi. Lors d'une cérémonie d'inauguration à Rio, il a évoqué le potentiel de la réserve Raposa Serra do Sol, dans l'État de Roraima (nord). "C'est la région la plus riche du monde. Il y a moyen d'exploiter de manière rationnelle. Et du côté des indigènes, de leur verser des redevances et de les intégrer à la société" a déclaré M. Bolsonaro lors d'une cérémonie à Rio de Janeiro. 

La Raposa Serra do Sol, délimitée en 2005, s'étend sur 17.000 km², sur lesquels vivent quelque 17.000 autochtones. Elle renferme d'importants gisements de minerais comme le niobium, un métal léger utilisé dans la sidérurgie et l'aéronautique, et la deuxième plus grande réserve d'uranium au monde. Cette zone abrite également d'abondantes réserves d'or, d'étain, de cuivre et de diamants. 

Pendant sa campagne et peu après avoir gagné l'élection présidentielle en octobre dernier, l'ancien militaire avait déclaré qu'il reverrait la carte des réserves indigènes, les jugeant "surdimensionnées". "L'indigène ne peut pas rester confiné dans une zone délimitée comme s'il s'agissait d'un animal dans un zoo", estimait M. Bolsonaro dans un entretien il y a quelques mois. Ces personnes sont des "êtres humains comme nous, qui veulent évoluer, avoir l'électricité, un médecin, un dentiste, internet, jouer au football" [Et connaître Justin Bieber ? :); ndc]

Le président élu, qui a remis en question la participation de son pays à l'accord de Paris sur le changement climatique, a également évoqué la possibilité de reprendre les études pour la construction de centrales hydroélectriques en Amazonie. Selon les experts, une telle initiative bouleverserait l'écosystème du fleuve Amazone et de ses affluents, et forcerait le déplacement des populations.  La Constitution brésilienne protège les droits des peuples autochtones sur leurs terres.


EDIT (25 avril 2019)


Les Arara, des Indiens attachés à leur culture, loin du "zoo" évoqué par Bolsonaro
AFP, Capital - 25 avr 2019
https://www.capital.fr/economie-politique/les-arara-des-indiens-attaches-a-leur-culture-loin-du-zoo-evoque-par-bolsonaro-1336212


En bermuda et t-shirt, les Arara sont loin du cliché de l'Indien à moitié nu et coiffé de plumes, mais restent farouchement attachés à leur culture et à leur territoire, au coeur de l'Amazonie brésilienne, dans l'Etat du Para (nord). Quelque 200 Arara vivent dans le village Laranjal, au bord de la rivière Iriri et à 4 heures de bateau d'Altamira, la plus grande ville de la région. Une équipe de l'AFP a passé plusieurs jours parmi eux.


Ils se plaignent du fait que les terres qui leur sont réservées sont régulièrement spoliées par les trafiquants de bois et d'une multiplication d'incursions depuis l'arrivée au pouvoir en janvier de Jair Bolsonaro. Le chef de l'Etat, un ancien militaire d'extrême droite, a donné le ton de sa vision des questions indigènes en se demandant peu après son élection "pourquoi maintenir les Indiens reclus dans des réserves, comme des animaux dans un zoo ?". Les Indiens sont "comme nous, ils veulent évoluer, prendre l'avion, avoir accès à des médecins, des dentistes, la télévision, internet", poursuivait-il.

Plusieurs milliers de représentants de tribus indigènes du Brésil, certains en tenues traditionnelles, campaient jeudi dans le centre de Brasilia pour un rassemblement de trois jours destiné à faire valoir leurs droits sur leurs terres ancestrales. Si certains Arara s'habillent comme à la ville, d'autres ont le visage ou les membres peints de motifs inspirés de plantes ou d'animaux, à l'aide de pigments extraits de baies de jenipapo, un arbre fruitier de l'Amérique tropicale.

Leurs maisons en bois aux parois peintes en bleu ont été bâties dans un style similaire à celui de leurs demeures traditionnelles par Norte Energia, la société qui gère le barrage de Belo Monte en construction, à titre de compensation pour les dommages environnementaux. Le dispensaire et le logement de fonction de l'infirmière, eux aussi construits par l'entreprise, sont en béton.

Selon les chiffres officiels, quelque 800.000 indigènes de 305 ethnies vivent au Brésil, un pays de 209 millions d'habitants. Certains sont plus attachés aux traditions que les Arara, vivant isolés et s'habillant uniquement de simples pagnes au milieu de l'épaisse forêt. D'autres ont au contraire totalement abandonné leur style de vie ancestral et préfèrent vivre en ville. Contrairement à d'autres indigènes, les Arara parlent tous la langue ancestrale, les plus anciens refusant même pour la plupart de s'exprimer en portugais.

Un groupe électrogène est allumé de 19h à 22h, le temps pour certains jeunes de charger leur téléphones portables. Ils ne captent pas de réseau, mais regardent des clips de vedettes comme la chanteuse pop brésilienne Anitta, qu'ils téléchargent quand ils sont en ville.
Voici le déroulé d'une journée passée chez les Arara:

- 4h: Pas besoin de réveil, le chant tonitruant des coqs met les oreilles non averties au supplice bien avant le lever du soleil. Le village tout entier est une véritable basse-cour géante, des dizaines de gallinacées se promenant en toute liberté... avant de passer à la casserole. Certains habitants maintiennent des singes en semi-captivité, parfois tenus en laisse: un temps animaux de compagnie, ils finissent en ragout.

- 7h30: L'infirmière Karina Silva Marçal, qui vient de l'extérieur, n'a pas le temps de finir son petit-déjeuner. Un petit garçon tape déjà à sa porte pour demander du sirop pour la toux. La jeune femme noire de 32 ans est une itinérante: elle passe deux mois dans un village, puis se repose en ville pendant un mois. Chez les Arara, Karina doit prendre soin tout particulièrement de deux personnes handicapées. "Mais le pire fléau, c'est la grippe. Quand les Arara vont en ville, ils reviennent souvent malades et si on ne fait pas attention, tout le village est contaminé", explique-t-elle.

- 10h: La rentrée scolaire a eu lieu depuis plus d'un mois en ville, mais l'école du village n'ouvrira ses portes que la semaine prochaine. L'enseignante Janete Carvalho, 35 ans est déjà à pied d'oeuvre. C'est l'heure du grand nettoyage, pour que les quatre salles de classe, regroupées dans deux grandes maisons de bois, soient parfaitement opérationnelles. Sur les murs, on peut voir des papiers colorés avec les noms des enfants, la plupart en langue ancestrale, comme Mupera, Tjianden ou Mogoia, et leur date d'anniversaire. "Les jeunes Indiens ne sont pas très différents des autres enfants. En général, ils sont très bons en maths et adorent les cours d'arts plastiques", explique l'enseignante.

- 11h30: Pendant que sa femme épluche le maïs et fait cuire du manioc et du poisson pour le repas, Munenden, 23 ans, jeune homme souriant au corps athlétique, contemple de sa fenêtre son fils d'un an et demi qui crapahute dans l'herbe, une peinture de jenipapo tatouée sur les bras et le visage. "Je n'aime pas passer trop de temps en ville, il y a trop de maladies. J'y vais seulement quand c'est nécessaire", affirme le jeune homme.

"On va parfois à Altamira faire des courses, mais on ne passe pas plus de deux jours là-bas", renchérit son voisin Mouko, un homme 43 ans à l'expression sévère. "Bolsonaro veut que les Indiens vivent comme les Blancs, mais nous n'abandonnerons jamais nos coutumes. On vit de la pêche et de la chasse, il faut préserver la nature, arrêter d'arracher les arbres."

Les Arara chassent notamment des cochons sauvages - noirs comme des sangliers, mais plus petits et dépourvus de défenses - et pêchent des poissons comme le tucunaré (appelé aussi Peacock Bass), un gros poisson de 50 cm emblématique des affluents de l'Amazone. Ils dépendent aussi des allocations de la "Bolsa Familia", programme social créé par la gauche en 2003 pour inciter les familles brésiliennes à scolariser leurs enfants.

- 15h30:Une dizaine d'hommes courent vers la forêt, des fusils à la main. Non, le village n'est pas attaqué, mais un troupeau de cochons sauvages a été aperçu, l'occasion d'organiser une battue. Les jeunes s'engagent dans un sentier, un ancien décide d'en emprunter un autre, suivi à distance par une quinzaine de femmes et d'enfants portant une brouette et des machettes. Les jeunes reviennent bredouille, mais l'ancien, fort de son expérience, tue quatre cochons.

La brouette est trop petite pour les transporter ? Pas de problème, les machettes sont aiguisées et le gibier est dépecé sur place, les tripes dégoulinantes laissées à même le sol. Les cuissots et les côtes sont découpés soigneusement et portés sans difficulté par les enfants. Le cochon à la broche s'annonce savoureux!

- 19h30: Le groupe électrogène est déjà en marche, mais une poignée d'enfants maigrichons de 3 à 8 ans en short préfèrent s'amuser près du feu. Ils empoignent des bâtons, se visent les uns les autres comme s'ils tiraient et les "morts" s'écroulent de façon très théâtrale. À quoi jouent-ils ? "Aux Indiens"!


EDIT (14 décembre 2019)


Brésil: La BR163, cette autoroute qui détruit l'Amazonie, jour après jour
par L.V. avec E. Labye
RTBF - 14 dec 2019
https://www.rtbf.be/info/monde/detail_bresil-la-br163-cette-autoroute-qui-detruit-l-amazonie-jour-apres-jour?id=10388774


Après les incendies dévastateurs de l’été dernier, la forêt amazonienne semble retrouver son calme. Mais, Jair Bolsonaro, le président populiste brésilien, n’a pas changé de cap. Développer économiquement le poumon vert de la planète reste une priorité.C’est pourquoi il s'attaque à renforcer le rôle joué par la BR163, cette autoroute reliant le nord du Brésil au sud, et qui traverse l’Amazonie.

Longue de 4.476 km, cette route est empruntée par des milliers de poids lourds tous les jours. Elle a été construite dans les années 70, pendant la dictature militaire, afin de développer économiquement l’Amazonie et ses zones reculées. Mais, c’est aussi une voie qui détruit la forêt tropicale. "La logique est de déboiser, de mettre le feu, puis de planter du soja, du maïs ou d’autres choses du genre dans la région. Donc, l’impact pour les agriculteurs et pour les gens qui vivent de ressources de la terre comme les indigènes est grave. Cette population vit de l’agriculture et des ressources de la terre, mais elles disparaissent", souligne le leader du syndicat des travailleurs ruraux et des petits agriculteurs de Santa, Manoel Edivaldo Santos Matos.

Aujourd’hui, le président brésilien veut accentuer cet axe, et en faire une force économique de premier plan. Pour ce faire, il encourage le goudronnage des voies, afin de réduire les coûts du transport pour les cultivateurs qui exporteront davantage, et la construction de terminaux fluviaux, ainsi que d’un chemin de fer, pour 3 milliards de dollars. Selon Paulo Bezerra, membre de la tribu des Munduruku, le gouvernement brésilien est en train de détruire la nature. "Les animaux n’ont rien à manger. Les jaguars sont toujours près de notre ferme. Les animaux de la forêt recherchent des fruits, tout ce qu’il y a dans notre ferme parce que la forêt est détruite", affirme-t-il.

Dans le camp des partisans du président, Jaïr Bolsonaro, ce projet ne comporte aucun inconvénient. Ils vont même un cran plus loin, et avancent que le développement de cette autoroute traversant la forêt amazonienne créerait des emplois. "Il n’y a pas de déforestation pour planter du soja. Nous profitons des pâturages dégradés pour planter du soja, de façon à ce que ça fonctionne bien d’un point de vue logistique", affirme le directeur exécutif du groupe de transport du soja et du maïs, "Pro-logistica". "Pour déboiser des milliers d’hectares, il y a deux ou trois personnes. Pour planter, il y a aussi deux ou trois personnes. C’est la machine qui fait le travail ! Donc, l’agroalimentaire ne crée pas d’emplois. Si au moins, c’était pour nourrir notre pays, mais cela part dans d’autres grands pays et la pauvreté reste ici", déclare cet habitant de Belterra, une localité située en bordure de l’Amazonie.
L’Amazonie aspire le carbone de l’air et permet d’arrêter le changement climatique. Mais, elle a déjà perdu 20 % de sa forêt d’origine.

23/01/2021 >> Le chef Raoni Matuktire demande à la Cour pénale internationale d'enquêter pour "crimes contre l'humanité" contre Bolsonaro, accusé de "persécuter" les peuples autochtones en détruisant leur habitat et bafouant leurs droits fondamentaux.
Cette communication à la CPI rédigée par l'avocat William Bourdon rassemble les accusations portées par des dizaines d'ONG, des institutions internationales et des climatologues: suspension du démarquage des territoires autochtones, projet de loi pour ouvrir les zones protégées à l'exploitation minière et agricole, budget restreint des agences environnementales reprises en main par les militaires, meurtres impunis de sept chefs autochtones en 2019... En juin 2020, Raoni avait accusé Bolsonaro de vouloir "profiter" de la pandémie pour éliminer son peuple. Les plaignants estiment que la politique du gouvernement brésilien mène à des "meurtres", des "transferts forcés de population" et des "persécutions", rentrant dans la qualification de "crimes contre l'humanité" tels que définis par le Statut de Rome de la CPI.