Le Monde d'Antigone

Ni rouge, ni noir, ni vert. L'autonomie rejette partis,
syndicats et toute forme de gestion et de pouvoir.
Rassembler des foules sous un même drapeau
trouve toujours son origine dans une imposture.
Seule une révolution mettra fin à un système
dont l'obsession de l'argent entraine l'humanité
vers la catastrophe.

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Il y a 10 ans, la plus grosse faillite de l'histoire

Publié le 15/09/2018 à 00:22 par monde-antigone

 
Le 15 septembre 2008, ce blog n'existait pas. Je n'ai donc pas eu le bonheur de commenter ce moment d'histoire: le krach de Lehman Brothers et la crise financière qui s'en est suivie. 10 ans ont passé, mais rien a changé, si ce n'est dans la démesure.

En janvier 2008, on disait que les 4,9 milliards € de perte révélés par la SocGen était une somme tellement énorme qu'elle risquait de faire vaciller le système capitaliste. Les risques pris par Jérôme Kerviel compte tenu des montants engagés laissaient supposer des pratiques semblables dans quantité de banques qui se livraient une concurrence féroce pour proposer les produits les plus attractifs (les subprimes) en espérant en tirer un rendement maximum. Quelques mois plus tôt, on avait pris conscience des risques considérables de crédits supportés par le système après l'annonce du gel des actifs de trois fonds par BNP Paribas. Finalement, ces 4,9 milliards ne représentent plus grand chose aujourd'hui, à peine le PIB des îles Fidji, environ 1/1000e de la valorisation boursière des GAFA.

Le krach de Lehman Brothers est venu de la mise en relation de ces éléments financiers avec la hausse des taux décidés par la Fed. Les contradictions sont devenues insurmontables quand il a fallu rembourser les emprunts. Du fait des effets de levier, la dette a grossi jusqu'à atteindre une taille monstrueuse. Le plan Paulson de 700 milliards $ s'est vite révélé dérisoire. Les mises en faillite se sont multipliées. Pour éteindre l'incendie et enrayer les effets systémiques qui menaçaient de tout faire exploser (assèchement, insolvabilité), les banques centrales ont descendu les taux à zéro, déversé des milliers de milliards de liquidités dans les circuits, enchaînant les "QE" (quantitative easing) en échange du rachat des actifs toxiques.

Aujourd'hui les banques centrales sont devenues des "bad banks", des "banques poubelles". Elles détiennent des montagnes des créances irrecouvrables, et elles n'ont pas la moindre idée du moyen de s'en débarrasser. L'argent gratuit est allé à la spéculation boursière. La valeur des marchés a atteint des hauteurs stratosphériques, sans rapport avec la croissance économique réelle. Les rachats d'actions stimule les cours de bourse. L'indice S&P des 500 plus grosses valeurs de Wall Street a progressé de plus de 320 % depuis 2009. Les bénéfices se sont envolés, les actionnaires se régalent. Les bulles se sont multipliées. Les taux négatifs sont apparus sur les marchés obligataires; c'est le cas pour 1/4 des emprunts d'Etat, et en Europe pour la moitié des emprunts à 2 ans ! Mais malgré cela, malgré des taux proches de zéro, malgré des coupes drastiques dans les budgets et la baisse des coûts de production par le digital, la croissance économique en Europe, au Japon, en Amérique du nord ne parvient toujours pas à décoller.

La croissance est payée par la dépense publique... cependant, la règle des 3 % de déficit ne parvient même pas à générer 2 % de PIB. Pour financer leurs déficits, les Etats n'ont d'autre ressource que de s'endetter toujours davantage. A ce titre, les ratios par rapport aux PIB sont délirants: 250 % pour le Japon, 150 % pour l'Italie, 100 % pour les Etats-Unis et la France. En Chine, en janvier 2016, le régime a étouffé un krach en suspendant les cotations pendant plusieurs jours. Les pays émergents sont à la dérive, confrontés à la remontée des taux de la Fed et à la dévaluation de leurs monnaies.

Le monde est mené par la cupidité et les rêves de puissance. Ça ne peut que très mal se terminer. Les remèdes employés pour contenir l'effondrement des systèmes bancaire et monétaire ont créé des éléments qui seront à l'origine de la prochaine crise financière, une méga déflagration compte tenu de l'incroyable quantité d'explosifs accumulée.


Les 18 mois qui ont mené à la chute de Lehman Brothers
AFP, France24 - 02 sep 2018
https://www.france24.com/fr/20180902-18-mois-ont-mene-a-chute-lehman-brothers


De début 2007 et la multiplication des défauts de paiement sur des crédits immobiliers, jusqu'à septembre 2008, retour sur les événements qui ont conduit à la faillite de la banque Lehman Brothers, symbole de la crise financière mondiale.

- Début 2007: le revers du "subprime" -
En février, plusieurs établissements bancaires américains spécialisés dans les crédits hypothécaires à risque, les "subprime", font faillite. Ces prêts à taux variables, accordés quasi aveuglément à des ménages fragiles financièrement, se sont retournés contre les emprunteurs lorsqu'ils ont commencé à grimper en flèche. Des millions de ménages se sont retrouvés incapables de payer des mensualités en hausse, faisant plonger leurs créanciers, tandis que la valeur de leurs logements dégringolait. Certains analystes évoquent alors un "risque" pour les marchés financiers, mais la plupart se veulent optimistes, considérant que ce secteur "a un impact minimal" sur l'économie américaine.

- Été 2007: grandes banques et marchés affectés -
En juin, la banque d'investissement Bear Stearns annonce la faillite de deux fonds spéculatifs qui avaient largement investi dans les titres financiers créés à partir des prêts "subprime", qui se sont effondrés. C'est le premier grand établissement bancaire à subir les dommages de la crise.
En août, alors que d'autres banques comme la française BNP Paribas révèlent leurs investissements dans ces crédits à risque, les Bourses mondiales déraillent. Le marché interbancaire étant touché (les banques hésitent à se prêter mutuellement de l'argent), plusieurs banques centrales interviennent en injectant des milliards de liquidités.

- Fin 2007: marasme ambiant, Lehman Brothers confiant -
Alors que les grandes banques mondiales (UBS, Citigroup) continuent de subir la crise, en dépréciant des milliards de dollars d'actifs réduits à néant, Lehman Brothers publie en décembre 2007 des résultats annuels records, avec un bénéfice net de 4,2 Mds $. La banque d'investissement new-yorkaise ne fait état d'aucune nouvelle dépréciation ni provision pour éponger les conséquences des "subprime", se félicitant de sa capacité "à fonctionner au-delà des cycles du marché" grâce à sa diversification. Lehman Brothers licencie pourtant plus de 3.000 employés dans sa branche activités hypothécaires entre août 2007 et janvier 2008.

- Début 2008: panique à bord -
Le 22 janvier 2008, face à la chute des Bourses mondiales, la banque centrale américaine baisse son taux directeur de 3/4 de points à 3,50 %, une mesure exceptionnelle, suivie d'une nouvelle baisse d'1/2 point une semaine plus tard.
En février, la banque Northern Rock, cinquième banque de Grande-Bretagne, en situation critique, est nationalisée par le gouvernement britannique.
Le 16 mars, JP Morgan Chase rachète Bear Stearns pour une bouchée de pain (15 fois moins que sa capitalisation boursière), afin d'éviter des faillites en cascade. Le marché estime que Lehman, qui a supprimé 1.400 nouveaux emplois au début du mois, pourrait être la prochaine banque à "tomber".

- Été 2008: Lehman Brothers coule -
Le 2 juin, l'agence de notation Standard and Poor's abaisse la note du groupe d'un cran à "A".
Une semaine plus tard, Lehman Brothers publie par anticipation une perte trimestrielle de 2,8 Mds $, la première depuis que la banque a fait son entrée en bourse en 1994. L'action s'effondre, les numéros 2 et 3 sont débarqués. Le groupe cherche à tout prix à lever des liquidités, notamment en trouvant un partenaire pour racheter une partie de ses activités.
Le 10 septembre, la banque sud-coréenne KDB, susceptible d'entrer au capital, annonce la fin des discussions. Lehman publie le même jour des résultats catastrophiques.
Malgré une tentative par le Trésor américain d'organiser une reprise, Lehman Brothers dépose son bilan le 15 septembre, faute de repreneur. Les autorités américaines s'abstiennent de la sauver.


Le "Week-end Lehman" ou la plus grosse faillite bancaire de l'histoire américaine
AFP, France24 - 02 sep 2018
https://www.france24.com/fr/20180902-le-week-end-lehman-plus-grosse-faillite-bancaire-lhistoire-americaine


WASHINGTON - De triste mémoire, on l'appelle le "Week-end Lehman": ce deuxième week-end de septembre 2008 où la banque new-yorkaise Lehman Brothers s'est écroulée, précipitant la planète dans la pire crise économique depuis les années 30. Faute d'avoir trouvé des repreneurs pour le géant bancaire aux abois, plombé par les crédits immobiliers à risque (subprimes), les autorités américaines lâchent l'institution plus que centenaire.

Le lundi 15 septembre 2008, à 01H45, Lehman Brothers dépose le bilan, prenant le monde par surprise après un week-end d'ultimes tractations au sommet. La banque laisse une ardoise de 691 Mds $ et 25.000 employés sur le carreau. C'est la plus grosse de l'histoire américaine. A Wall Street, le Dow Jones plonge de 500 points, sa plus forte chute depuis les attaques des tours jumelles en 2001. Cartons sous les bras, les traders sidérés quittent le jour même le siège de la banque, sous les objectifs des paparazzis.

"On n'a rien vu venir !", assurera un employé du groupe à Londres. Mais pour d'autres, comme Lawrence McDonald, un ancien trader, co-auteur d'un livre paru en 2009 sur la chute de la banque ("A colossal Failure of Common Sens" - "un monumental échec du bon sens"), les patrons de Lehman étaient depuis longtemps alertés des risques excessifs qu'ils prenaient pour accroître leurs profits à court terme. La direction "nous a fait foncer à 250 km/h droit vers le plus gros iceberg de subprimes", affirme-t-il à l'époque à l'AFP. Elle "avait misé la maison, les meubles et la vaisselle" sur ces crédits immobiliers toxiques alors que dès 2005 au 31e étage de la banque - celui de la direction -, on était averti d'un risque d'effondrement du marché immobilier, assurait cet ancien courtier.

De 2005 à 2007, au coeur de la bulle immobilière où l'on place et titrise à tour de bras des crédits immobiliers faits à des acheteurs insolvables, Lehman Brothers, qui a racheté plusieurs prêteurs immobiliers, affiche des profits records. Mais dès le milieu de 2007, la banque commence à cumuler les pertes, le coup de grâce étant porté 9 mois plus tard, le 16 mars 2008, par la quasi-faillite d'une autre banque d'investissements, Bear Stearns. Au bord de la banqueroute pour des paris désastreux sur les subprimes, Bear Stearns est rachetée pour une bouchée de pain par JPMorgan Chase sous l'égide de la Banque centrale (Fed), ce qui mine la confiance des marchés, qui parient désormais sur la chute de Lehman.

Les autorités tentent de trouver un repreneur, négociant en vain avec une banque sud-coréenne, puis avec Bank of America et Barclays. Et alors que l'Etat américain vient de nationaliser une semaine plus tôt les géants du refinancement hypothécaire Fannie Mae et Freddie Mac, qui garantissent plus de 5.000 Mds $ de prêts, il choisit de laisser tomber Lehman. Quelques jours plus tard pourtant, l'Oncle Sam sauvera aussi l'assureur AIG (pour 180 Mds $) avant de mettre à disposition des banques 700 autres milliards de dollars dans un plan de recapitalisation controversé (TARP).

Prises entre le marteau et l'enclume, les autorités ont été très critiquées à la fois pour avoir sacrifié Lehman Brothers et pour avoir sauvé d'autres banques, comme Goldman Sachs. "On nous a beaucoup critiqués pour avoir laissé Lehman déposer le bilan", a reconnu récemment Henry Paulson, le secrétaire au Trésor de George W. Bush qui était à la barre au début de la crise. "Ils ont été capables de sauver Bear Stearns, ils ont sauvé AIG, pourquoi n'ont-ils pas sauvé Lehman? On l'explique et personne ne nous croit", se plaint-il. "Lehman était très faible, même par rapport à d'autres institutions. Il était très difficile de trouver quelqu'un d'assez solide, en cette période de tous les dangers, pour assumer ce risque", a pour sa part expliqué Timothy Geithner, alors patron de la Fed de New York, lors d'une récente émission sur la radio publique NPR.

Mais pour certains, comme Laurence Ball, qui vient de publier un livre sur la chute de Lehman ("The Fed and Lehman Brothers, Setting the record straight on a Financial Disaster"), la banque d'investissements a fait les frais "d'une pression politique énorme", alors que l'opinion publique dénonçait les sauvetages des géants de Wall Street aux frais des contribuables.


Steve Eisman, le financier qui s'est enrichi avec les subprimes
AFP, France24 - 02 sep 2018
https://www.france24.com/fr/20180902-steve-eisman-le-financier-sest-enrichi-subprimes


NEW YORK - La crise financière a dévasté des villes entières, ruiné des millions d'épargnants et mis en péril l'économie mondiale, mais elle a également enrichi une poignée de financiers, qui ont parié sur l'effondrement du château de sable immobilier américain.

Steve Eisman fait partie de ce noyau de Cassandre dont le compte bancaire et le portefeuille ont grossi au fur et à mesure que s'accumulaient les défaillances des ménages américains ayant souscrit aux désormais fameux "subprimes", ces prêts immobiliers à risque aux taux variables et rapidement prohibitifs. Son pari, audacieux, est narré dans le film "The Big Short", sorti en 2015, dans lequel l'acteur américain Steve Carell joue le personnage de Mark Baum, Steve Eisman dans la vie réelle. Cheveux grisonnants, carrure d'un joueur de rugby, ce quinquagénaire se distingue par son franc-parler, qui tranche dans l'univers codifié des traders de Wall Street.

A partir de 2004 et jusqu'au début de l'année 2007, M. Eisman, marié à une ancienne banquière, est gérant de portefeuille chez le hedge-fund FrontPoint Partners. Il est chargé d'investir l'argent de clients fortunés dans les titres financiers, dopés en Bourse par le succès euphorisant des "subprimes". Pour satisfaire des investisseurs à la recherche de placements qui rapportent, les banques inventent des instruments exotiques, dont le grand public apprendra à connaître le nom avec la crise: CDO pour Collateralized Debt Obligation ou RMBS, des titres financiers adossés à des prêts hypothécaires. Elle les disséminent dans le monde entier en vantant la sophistication qui doit permettre de minimiser les risques.

Malgré un diplôme de droit de Harvard, Steve Eisman ne comprend pas grand chose à ces produits financiers aux acronymes barbares et il n'est pas le seul, comme il s'en rendra vite compte lors d'une conférence à Las Vegas en 2004. Il découvre ensuite, en se rendant en Floride, en Californie, dans le Nevada et en Arizona, épicentres des "subprimes", le laxisme des banques et des sociétés de prêt, qui ne connaissent même pas la situation financière de leurs clients."Comment se fait-il qu'on accordait un prêt immobilier à un client qui ne pouvait honorer que les trois premières années des mensualités ?", interroge M. Eisman, au cours d'un entretien à l'AFP dans les locaux du fonds Neuberger Berman, son nouvel employeur, au coeur de Manhattan.

Il contacte l'agence de notation S&P, dont le fameux "triple A", la meilleure note possible, est accolée aux produits financiers CDO et RMBS et elle lui répond que ses modèles n'intègrent pas d'hypothèse négative. Le financier identifie un nombre important de créances douteuses et décide de miser sur leur chute. Il convainc Goldman Sachs et Deutsche Bank de créer des Credit default swaps (CDS), qui sont des assurances destinées à se couvrir contre le non-remboursement d'un emprunteur. "Quand vous shortez (parier à contre-courant, ndlr), le monde entier est contre vous", confie-t-il.

Début 2007, les défauts de paiement des ménages américains se multiplient, parce que les sociétés et les ménages riches qui spéculaient à la hausse sur l'immobilier décident de se retirer brutalement du marché, précipitant la chute des prix. En 8 mois, 84 sociétés de crédit hypothécaire aux Etats-Unis se retrouvent sur la paille. La valeur du portefeuille de Steve Eisman augmente, passant de 700 millions de dollars à 1,5 Md $, et va continuer à s'apprécier. "Je me sentais comme Noé (sur son arche pour échapper au déluge)", raconte-il, reprenant l'image biblique tout en récusant l'idée qu'il ait pu profiter de la misère de millions d'Américains. "Pensez-vous que Noé était content ?" Pour lui, s'il y a un coupable, ce sont les banquiers et les traders, qui étaient convaincus d'être omniscients. "Il est difficile d'argumenter avec quelqu'un qui pense qu'il est Dieu parce qu'il gagne beaucoup d'argent", lâche-t-il.

Le financier, devenu une des voix les plus influentes de Wall Street, s'en prend également aux régulateurs, dont Alan Greenspan, l'ancien président de la banque centrale américaine, la Fed, fervent défenseur de la dérèglementation. "Les régulateurs des banques avaient deux missions avant la crise: s'assurer de la sécurité du système bancaire et protéger les consommateurs des mauvais acteurs. Ils ont été tout simplement mauvais", dénonce M Eisman.

Son prochain gros pari ? "Je n'en ai pas, car les crédits auto ou les prêts étudiants (américains) ne comportent pas de risques systémiques comme les subprimes. En plus, les banques américaines sont plus saines et robustes", dit le financier, qui a acheté récemment des actions bancaires. Mais "je ne dirais pas de même des banques européennes, notamment Deutsche Bank", ajoute Steve Eisman. Il a parié sur un effondrement boursier de l'établissement allemand et en a déjà récolté de premiers fruits, du fait de l'aggravation des difficultés de la banque.


La cocaïne, coupable caché de la crise financière
par Geraint Anderson
The Guardian, rapporté par Courrier international - 19 avr 2013
http://www.courrierinternational.com/article/2013/04/19/la-cocaine-coupable-cache-de-la-crise-financiere


"Wall Street a pris une cuite": voilà comment George W. Bush avait commenté, avec son style incisif, l'irruption de la crise financière en juillet 2008. Deux ans plus tard, le gouverneur de la Banque d'Angleterre, Mervyn King, déclarait que "le rôle d'une banque centrale en matière de politique monétaire [était] de cacher l’alcool lorsque la fête bat son plein". (Ce qui, a-t-il convenu, n’avait pas été fait.)

Mais peut-être ne faut-il pas incriminer l'alcool. Selon les déclarations du très controversé David Nutt, spécialiste en toxicomanie au Sunday Times, ce sont les banquiers cocaïnomanes avec leur "culture de l'excitation perpétuelle qui les conduit à en vouloir toujours plus (...) qui nous ont mis dans ce pétrin". Je suis assez d'accord. La cocaïne (j’en sais quelque chose) est une substance qui vous plonge dans un état d'exubérance excessif et vous conduit à parler avec beaucoup de conviction de choses dont vous ignorez tout.

Aujourd'hui, tout le monde admet qu’une bulle du crédit s’est formée au milieu des années 2000, et qu’elle était la conséquence directe de ce qu’Alan Greenspan, ancien président de la Réserve fédérale (Fed), qualifiait d'"exubérance irrationnelle". On pourrait également avancer qu'il était sans doute plus facile pour les traders de vendre ces armes de destruction massive qu'étaient ces produits financiers absurdement complexes après avoir pris des excitants capables de décupler leur assurance. En outre, seuls des bouffons ravagés par la cocaïne pouvaient acheter des milliards de dollars de titres adossés à des crédits hypothécaires dont il était évident qu'ils allaient exploser en même temps que la bulle immobilière.

J'ai vu pas mal de nez renifleurs et de mâchoires contractées dans les bars de la City [à Londres], le jeudi. Et au cours de mes 12 années de carrière dans la banque, j'ai souvent entendu des jeunes gens débiter des sornettes avec un aplomb stupéfiant. On racontait aussi beaucoup d'histoires sur ces pointures de la finance, à New York, qui s’enfilaient un ou dix rails chaque soir. Le bureau de [l’escroc] "Bernie" Madoff avait apparemment été surnommé "le pôle Nord" en référence aux quantités gargantuesques de "neige" que l’on pouvait y trouver. Et il était de notoriété publique que l'ancien PDG de la banque Bear Stearns, Jimmy Cayne, avait un flacon de médicament destiné à calmer ses aigreurs d'estomac qui était en réalité rempli de cocaïne.

Selon le docteur Chris Luke, un spécialiste des urgences à l'hôpital universitaire de Cork, en Irlande, qui a étudié les effets de la cocaïne sur les banquiers, "certaines personnalités en vue dans les cercles politique et financier ont pris des décisions irrationnelles inspirées par la mégalomanie que provoque la cocaïne. (...) Les gens prenaient des décisions insensées en pensant avoir raison à 110 %, ce qui nous a conduits au chaos actuel."

La cupidité, l'égoïsme, l’ignorance et la détermination impitoyable ont également compté, mais je pense qu'il serait stupide de ne pas voir le rôle joué par la cocaïne dans la création de cette bulle spéculative. Cet instinct grégaire, qui redouble en période d’incertitude, s'explique mieux quand on prend en compte l'insécurité permanente et le manque de discernement qui accompagnent la consommation de cocaïne.

Mais cette histoire navrante se termine bien. D'après mes anciens collègues et clients qui travaillent toujours à la City, la plupart des traders ne se risquent plus à sniffer de la colombienne. Les banquiers s'amusent sans doute moins, mais cela ne peut conduire qu’à un système financier plus mesuré et plus raisonnable.


Dix ans après Lehman: La mutation irréversible des banques centrales
AWP/AFP, Romandie news - 04 sep 2018
https://www.romandie.com/news/Dix-ans-apr-s-Lehman-la-mutation-irr-versible-des-banques-centrales/950607.rom


FRANCFORT - Et si elles n'en sortaient jamais ? Le cataclysme déclenché en 2008 par la faillite de Lehman Brothers a contraint les banques centrales à repousser les limites de leur mandat, une mutation que beaucoup jugent irréversible.

La chute de la banque américaine marque, avec 10 ans de recul, la fin de l'âge classique des institutions gardiennes de la monnaie, jusqu'alors chargées de contrôler les taux d'intérêt à court terme et de juguler les poussées d'inflation. Car "on avait sous-estimé, dans les mandats des banques centrales, le rôle crucial qu'elles devaient jouer en cas de très forte instabilité financière", souligne Eric Dor, directeur des Etudes Economiques de l'IESEG à Lille.

A partir de l'automne 2008, la Banque centrale européenne (BCE), la Réserve fédérale américaine (Fed) comme la Banque du Japon (BoJ) se sont muées en pompiers tous terrains, luttant contre de multiples incendies avec des moyens inédits. L'urgence a d'abord été de ranimer le marché interbancaire, paralysé. Mais il a ensuite fallu soutenir la croissance et faire baisser le chômage tout en contenant le risque de défaut des Etats sur leur dette, qui a failli faire éclater la zone euro.

La BCE, la Fed et la BoJ ne se sont pas contentées de ramener leurs taux directeurs au plus bas: elles ont aussi inondé de liquidités le système financier, par le biais de prêts géants aux banques et de programmes de rachats de dette publique et privée, dont seule la Fed est sortie à ce jour. Ces remèdes anti-crise appartiennent désormais à la "boîte à outils conventionnelle" de la politique monétaire, constatait début mai Vitor Constancio, juste avant de quitter la vice-présidence de la BCE.

Et il semble illusoire d'espérer les remiser, puisque les banques centrales font face à un gonflement sans fin de la dette des Etats, des entreprises et des particuliers, souligne l'économiste Patrick Artus, chez Natixis. Dans ce contexte, elles ne "pourront plus normaliser leur politique monétaire de peur d'effets dévastateurs pour les entreprises zombies, maintenues artificiellement en vie par les taux bas, et les Etats très endettés", pronostique-t-il.

Les instituts monétaires devront aussi faire en sorte que les banques et épargnants privés conservent des obligations d'État, afin de maintenir le coût d'emprunt du souverain le plus faible possible. Cet état de "répression financière est inscrit dans l'action à venir des banques centrales", assure Frederik Ducrozet, économiste chez Pictet Wealth Management.

En dépit des énormes moyens déployés, les banques centrales peinent par ailleurs à remplir leur objectif d'inflation proche de 2 %, censée refléter la bonne santé de l'économie. "On nous fait croire que cela vient d'une faiblesse de la demande, mais comme Don Quichotte à l'assaut des moulins, les banques centrales se battent contre un ennemi imaginaire", juge Eric Dor.

Hors du champ de contrôle des banques centrales, la concurrence mondiale exacerbée dans les biens et services et l'"ubérisation" de l'économie freinent les prix dans les pays développés. "Les taux d'inflation continueront probablement de monter beaucoup plus lentement dans les cycles de reprise post-Lehman que précédemment", atteste Holger Schmieding, économiste chez Berenberg.

La BCE affiche cependant sa confiance de voir l'inflation revenir dans les clous de son mandat, jugeant que les hausses de salaires en zone euro vont finir par soutenir les prix. Mais ce résultat sera obtenu grâce à une stimulation monétaire "beaucoup plus importante qu'auparavant pour soutenir la demande globale", fait remarquer M.Schmieding.

La plupart des économistes est au moins d'avis que la prochaine crise ne viendra plus du monde bancaire, qui apparaît "bien mieux armé qu'autrefois, en capital notamment, pour affronter un crash", note M.Artus.  Incapables d'anticiper la grande crise de 2008, les banques centrales ont renforcé depuis leur rôle de vigie, à l'image de la BCE qui s'est doublée d'un superviseur des grandes banques et exerce une surveillance "macro-prudentielle" pour détecter les bulles financières.


La crise de 2008 hante toujours les jeunes Américains
AFP, France24 - 06 sep 2018
https://www.france24.com/fr/20180906-crise-2008-hante-toujours-jeunes-americains


NEW YORK - Ils avaient pour certains la vingtaine et s'apprêtaient à entrer sur le marché du travail en 2008, mais la crise financière et ses faillites d'entreprises ont contrecarré ces ambitions, ébranlant leur foi en l'avenir et au système. Cette crise, la plus grave depuis la Grande dépression, a démotivé une grande partie de cette génération, mais elle a aussi éveillé leur conscience politique, les incitant à rejoindre en grand nombre "Occupy Wall Street". Ce mouvement de protestation populaire contre la corruption, les lobbies et l'impunité de la finance est né en septembre 2011 dans le quartier des affaires de Manhattan, base de grosses institutions financières américaines et mondiales.

Laura Banks, 31 ans, se souvient avoir écumé à l'époque des foires de l'emploi, sans succès. Des amis se retrouvaient du jour au lendemain au chômage. Son père, avocat, avait du mal à trouver des clients. "Nous nous sentions acculés. On avait l'impression d'être des laissés-pour-compte", narre Laura, aujourd'hui superviseuse de projets pour la société Express Scripts à Saint-Louis, dans le Missouri. Elle s'est mariée l'an dernier, mais hésite à avoir des enfants: "J'ai peur que le marché s'effondre encore dans les prochaines années". Ses craintes ont été amplifiées lorsque la banque leur a proposé, à elle et à son mari, un crédit immobilier représentant quatre fois la somme demandée. C'est alors que lui sont revenues les images de familles expulsées de leurs maisons parce qu'elles ne pouvaient pas rembourser leur emprunt.

Laura fait partie de cette génération née entre 1980 et 1996, baptisée "Millenials", qui fait saliver les annonceurs, en dépit du fait qu'elle est écrasée par les prêts étudiant, dont le poids s'est alourdi avec la crise financière, faute d'emplois bien rémunérés. Du coup, la dette que l'on remboursait avant la crise en dix ans s'étale désormais sur 20 ou 30 ans pour certains. Selon les organismes chargés de surveiller la dette étudiante, celle-ci s'élèverait aujourd'hui à plus de 1.000 milliards de dollars.  Beaucoup de ces jeunes adultes vivent encore chez leurs parents et leurs doutes sur l'avenir se sont intensifiés.

La banque centrale américaine (Fed), via son antenne régionale de Saint-Louis, a évoqué récemment la crainte d'une "génération perdue" car, explique-t-elle, elle a été davantage touchée par la crise que les autres générations. "Malheureusement, cette génération était encore trop jeune en 2008 pour avoir contracté un prêt immobilier ou détenir un portefeuille d'actions cotées en Bourse, des actifs dont la valeur s'est beaucoup appréciée ces dernières années", regrette la Fed.

Le poids démesuré des emprunts étudiant était l'une des revendications d'Occupy Wall Street, dont le gros des rangs était constitué d'étudiants en colère contre un système "corrompu" ne profitant qu'à 1 % de la population, les plus riches. Même si Occupy Wall Street a disparu des écrans de télévision, le mouvement a toujours une présence sur les réseaux sociaux, notamment sur Twitter, où il promeut les causes progressistes - politiques environnementales -, critique la gentrification et la politique anti-immigration de Donald Trump. Son gros héritage est l'impact laissé dans la mémoire des Millenials: une étude d'avril 2016 de l'université d'Harvard montre que seulement 41 % des 18-29 ans soutiennent le capitalisme, un chiffre médiocre au pays héraut du libéralisme, d'autant que dans la même enquête, un tiers des jeunes adultes se disaient favorables au socialisme.

Pour John Della Volpe, qui a dirigé cette enquête, les Millenials gardent de mauvais souvenirs de la crise et en ont tiré "une définition différente du rêve américain". Ils prônent un "capitalisme compassionnel", sont sensibles aux inégalités sociales, embrassent l'économie du partage et se méfient des banques, auxquelles ils préfèrent les applications financières souvent créées par d'autres Millenials. Ils gardent leurs distances avec les grands partis politiques américains, à l'exception des campagnes électorales des démocrates Barack Obama en 2008 et de Bernie Sanders en 2016.
"Nous, les Millenials, étions au collège lors du 11-Septembre. La crise financière est arrivée quand nous étions à l'université. Nous n'avons vraiment jamais grandi dans une période de prospérité économique", a déclaré récemment à la télévision Alexandria Ocasio-Cortez, 28 ans, étoile montante du parti démocrate, dont elle est devenue une égérie de l'aile gauche progressiste.


Wall Street: Des bonus à la pelle pour les traders
par Sébastian Seibt
France24 - 30 mar 2018
http://www.france24.com/fr/20180330-wall-street-bonus-traders-record-crise-bourse-banques


Plus de 31 milliards de dollars de bonus ont été distribués à Wall Street en 2017, un niveau inédit depuis 2006 et les excès des marchés financiers. Une générosité qui fait craindre à certains un retour des pratiques douteuses.

La crise de 2008, les tentatives de régulation du monde financier ? Wall Street a décidé d’en faire table rase. Les bonus versés sur la principale place financière mondiale en 2017 ont atteint 31,4 milliards de dollars, leur plus haut niveau depuis 2006 (34,3 milliards de dollars), a indiqué Thomas DiNapoli, le contrôleur de l’État de New York, mardi 27 mars. Les 177 000 traders de Wall Street ont touché, en moyenne, 184.220 $ chacun en plus de leur salaires et hors stock-options. C’est 17 % de plus qu’en 2016 et cela équivaut à 3 fois la moyenne nationale du revenu annuel par ménage.

Cette générosité fait craindre à certains à un retour des pratiques douteuses qui ont contribué à la crise des subprimes. “Des incitations disproportionnés peuvent non seulement entraîner des prises de risques inconsidérées et des excès sur les marchés financiers, mais renforce aussi la méfiance exprimée [par le public] à l’égard du système financier”, a averti le président de la Réserve fédérale de New York, Bill Dudley.

Mais cette inflation n’est pas seulement le reflet de la confiance retrouvée des banquiers qui risquerait de dégénérer en nouvelle crise boursière. C’est aussi par opportunisme, a souligné Thomas DiNapoli. En effet, certains banques ont décidé d’avancer à décembre 2017 le versement de bonus qui interviennent début 2018 car, à partir du 1er janvier elles ne peuvent plus déduire les rémunérations variables de leurs impôts.

Un autre phénomène, largement ignoré du grand public, pousse aussi le secteur financier à recourir plus souvent aux bonus: la “juniorisation” des salles de marché, souligne le Financial Times britannique. Peu après la crise de 2008, les banques ont commencé à sacrifier de plus en plus leurs traders les plus expérimentés au profit de jeunes loups de Wall Street afin de faire des économies. Ces “bébés-traders” sont davantage payés en bonus qu’en salaire, ce qui permet de réduire les coûts fixes de l’entreprise.

Certains poids lourds du secteur, comme Goldman Sachs ou Deutsche Bank, comptent dorénavant plus d’un tiers d’employés qui ont moins de 3 ans d’expérience professionnelle. Ces institutions expliquent que la “juniorisation” de leur main d’œuvre n’est pas qu’une question de coût, mais aussi une obligation pour faire face à un secteur où la technologie joue un rôle toujours plus important, souligne le Wall Street Journal. Les piliers des salles de marché seraient moins enclins à prendre le train de l’automatisation des tâches.

Les bonus record doivent donc davantage à cette conjonction de facteurs - opportunisme et “jeunisme” - qu’à un retour de l’appétit pour les produits financiers risqués. Ce n’est pas plus rassurant pour autant. “Qu’adviendra-t-il en cas de début de crise ?”, s’interroge ainsi le site américain Business Insider. Traditionnellement à Wall Street, l’été est considéré comme une période à risque car les “adultes” ont laissé les clefs de la maison aux jeunes pour partir en vacances, rappelle le site. Dorénavant, l’incertitude règnera tout au long de l’année. “S’il y a une crise boursière, le marché risque de manquer d’expérience pour y faire face”, prévient un analyste, interrogé par Business Insider. Même l’International Capital Market Association, organisme international représentatif des banques d’investissement, met en garde contre “une érosion des talents expérimentés”.


Dix ans après la crise des subprimes, "le risque est en train de passer vers les pays émergents"
Entretien avec Daniel Cohen, directeur du département d'économie de l’École normale supérieure
Franceinfo - 15 sep 2018
https://www.francetvinfo.fr/monde/usa/dix-ans-apres-la-crise-des-subprimes-le-risque-est-en-train-de-passer-vers-les-pays-emergents_2941637.html


Il y a 10 ans, le 15 septembre 2008, avait lieu la faillite de la banque américaine Lehman Brothers. L'économie mondiale basculait dans la pire crise financière qu'elle ait connue depuis 1929.
Dix ans après cette crise, l'économie se porte-t-elle mieux ?
Elle se porte indiscutablement mieux. On voit en France, même si le début d'année n'a pas été bon, que la croissance est repartie depuis 2016, 2017. [C'est faux. C'est une croissance molle dont le pic dépasse à peine 2 %. Elle est dopée par énormément de dépenses publiques, "un pognon dingue" comme dirait Macron. Le faible niveau d'inflation indique que cette croissance n'est pas saine; ndc ] Ce n'est qu'en 2016 que le revenu des Français a retrouvé le niveau de l'avant crise. L'onde de choc a fini par s'atténuer. Cela ne veut pas dire que d'autres crises ne nous attendent pas, mais celle qui est spécifiquement liée à Lehman Brothers est en train de passer, au moins pour la France. On a soldé les effets catastrophiques de cette crise et on entre dans un nouveau cycle. Est-ce qu'il sera aussi fragile que le précédent ? C'est la question que tout le monde se pose.

Les banques sont-elles plus solides qu'en 2008 et les établissements européens sont-ils mieux surveillés ?
Du point de vue des banques, c'est exact. Elles sont plus solides et mieux capitalisées [Ce sont les banques en ligne qui assurent leur rentabilité; ndc]. Mais, ce qui avait beaucoup inquiété les autorités dans les années 2008, c'est qu'elles étaient très grosses. Elles étaient si grosses qu'on se demandait ce qui aurait pu se passer si un grand établissement comme la BNP venait à avoir des difficultés. Or, elles sont toujours aussi grosses. Les 100 premières banques sont toutes plus grosses qu'elles ne l'étaient à l'époque. Donc les banques sont mieux contrôlées [Non, les règles prudentielles sont contournées pour laisser dormir le moins de passifs possible; ndc], mais tout le reste de la finance n'a cessé de croître et cette finance-là n'est pas soumise à régulation. Le risque systémique qu'elle pourrait faire planer est donc tout aussi fort.

Le sur-endettement des États émergents est-il une menace ?
Le risque est en train de passer vers les pays émergents. On le voit avec la crise en Turquie, en Argentine, c'est l'un des paradoxes de la situation actuelle. La situation américaine redevenant meilleure [C'est une illusion dans une économie où 50 millions de personnes survivent avec des bons d'alimentation; ndc], les taux américains vont redevenir normaux après 10 ans où ils ont été très bas. Cela va faire découvrir qu'un très grand nombre d'États et d'acteurs privés, qui se sont beaucoup endettés, vont s'exposer au risque jusqu'à ce que la charge des intérêts devienne insupportable pour eux. C'est le cas de l'Argentine et de la Turquie. Il y a d'autres pays émergents qui pourraient être entraînés dans cette spirale.

Au printemps, les traders des grandes banques new-yorkaises se sont partagés 27 milliards d'euros, soit un bonus moyen de 184.000 $ au titre de l'année 2017. C'est le pic le plus élevé depuis 2006. Est-ce illusoire de penser que les excès de Wall Street sont derrière nous ?
C'est le cœur du problème. On voit que la financiarisation du monde, cette capacité d'indexer la rémunération des dirigeants sur la bourse et de laisser le salariat en déshérence, n'a pas été fondamentalement remise en question. C'est le monde nouveau dans lequel nous sommes entrés depuis les années 80. On a quitté le monde rassurant d'une société salariale inclusive pour un monde dans lequel les personnes en haut de la distribution des revenus se rémunèrent comme si elles étaient actionnaires, presque propriétaires du monde, tandis que les autres sont soumis constamment à des purges salariales. Cette dichotomie-là à l'origine de la crise de 2008 n'est absolument pas remise en question.