Ni rouge, ni noir, ni vert. L'autonomie rejette partis,
syndicats et toute forme de gestion et de pouvoir.
Rassembler des foules sous un même drapeau
trouve toujours son origine dans une imposture.
Seule une révolution mettra fin à un système
dont l'obsession de l'argent entraine l'humanité
vers la catastrophe.
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Dernière mise à jour :
02.03.2026
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[Suite de la discussion "Octobre cramoisi… mai déconfit"]
La discussion n'a pas abordé les révoltes ouvrières qui éclatent en 1920 contre la militarisation du travail. Elles étaient une réaction face à la chute de la production, la perte du grenier à blé ukrainien et du bassin sidérurgique du Donbass, les réquisitions dans les campagnes, les difficultés de ravitaillement, l'inflation, l'entretien d'une armée de 1,5 million d'hommes... Le pouvoir bolchévik y répondra par une répression brutale.
D'après le CC des statistiques du Secrétariat au Travail, les grèves ont touché 77 % des grandes et moyennes entreprises, 90 % des grèves concerneront les entreprises fraîchement nationalisées. Les meneurs dénoncés par les mouchards infiltrés seront arrêtés, emprisonnés, déportés. Trotsky déclarera au IXe congrès du parti que "ceux qui désertent le travail doivent être formés dans des bataillons punitifs ou envoyés dans des camps de concentration".
La fin de la révolte coïncidera avec l'écrasement de la commune de Kronstadt en mars 1921. L'erreur du mouvement était qu'il proposait un retour aux anciens mots d'ordre d'Octobre 17 ("tous les pouvoir aux soviets") et un repli "augestionnaire" sur des bases locales. Le rôle central du parti sera rarement dénoncé. C'est d'ailleurs la principale faiblesse des oppositions de gauche qui apparaissent à cette époque.
Une fois revenu l'ordre social après mars 1921, le régime instaurera la NEP (Nouvelle politique économique) qui libéralisera dans une certaine mesure l'économie.
INDEX
Avant qu'on dise quelques mots sur Mai 68, je présente l'index que j'ai composé des principaux acteurs de cette prise de pouvoir. Hormis les 6 majeurs (Lénine, Trotsky, Staline, Zinoviev, Kamenev, Boukarine), ils sont classés par date de naissance. Parmi eux, ceux qu'on appelle affectueusement à LO "la vieille garde bolchévique".
On remarquera que la mortalité s'élève brusquement en 1937-1938. Sur les 18 commissaires du peuple qui forment le premier gouvernement bolchévik le soir du 27 octobre (ou 8 novembre) 1917 (en comptant ceux qui s'yajouteront dans les jours suivants), seuls 6: Lénine, Staline, Vorochilov, Lounatcharski, Noguine et Kollontai ne sont pas morts de mort violente, fusillés, assassinés, ou en détention.
C'est en 1934, après le XVIIe congrès du PC, que Staline a compris qu'il y avait un ménage urgent à faire. Sur la liste des candidats au Comité central, son nom avait été rayé plus d'une centaine de fois, dit-on, mais personne ne s'est risqué à vérifier. Officiellement, Staline n'aurait recueilli que 3 votes négatifs. Le vainqueur du congrès, Sergei Kirov, chef du parti à Léningrad, était très populaire. Il aurait pu l'évincer. C'est pourquoi Staline l'a fait assassiner quelques mois plus tard.
A partir d'août 1936, commencent les premiers procès de Moscou. Sur les 139 membres élus à ce congrès, 98 ont fini devant un peloton d'exécution. Mais ceux-là, ils ont un nom, on les connait. Combien d'autres, d'anonymes, ont été victimes des Grandes Purges staliniennes et ont disparu dans le néant. Beaucoup de chiffres ont été avancés, des milliers, des milliers, des milliers... mais 80 ans après, on est encore incapable de donner une estimation précise.
« La mort d'un homme, c'est une tragédie; la disparition de millions de gens, c'est une statistique », c'est une citation de Staline. De temps en temps, j'aime bien la sortir. [Après vérification, la citation complète serait: "un homme meurt, c'est un drame. 100 meurent c'est une tragédie. Mais 1 million cela devient une statistique". Elle est enregistrée sous le matricule 60.008]
- C'était un philosophe...
Les principaux acteurs opposés à la Révolution:
- Prince Georgui Lvov (1861-1925), issu du parti KD (Constitutionnel Démocratique), dirige le conseil des ministres à partir du 15 mars, puis le gouvernement provisoire qui succède à la Douma à partir du 23 mars. Il démissionne le 7 juillet en faveur de son ancien ministre Alexandre Kerenski. Arrêté et emprisonné par les bolcheviks, il s'évade, mort en exil à Paris en 1925.
- Pavel Milioukov (1859-1943), dirigeant du parti KD, ministre des Affaires étrangères du gouvernement Lvov, partisan de la poursuite de la guerre, conseiller politique du général Dénikine, mort en exil à Aix-les-bains.
- Général Lavr Kornilov (1870-1918), général, soutenu par le KD, tente un coup d'Etat contre le gouvernement Kerenski le 9 septembre. Commandant de l'Armée des volontaires en 1918, tué devant Ekaterinodar.
- Général Anton Denikine (1872-1947), chef d'état-major dans les armées de la Russie impériale pendant la Première Guerre mondiale, commandant en chef de l'armée des volontaires 1918, vaincu par l'Armée rouge, s'exile en France, puis aux Etats-Unis en 1945.
- Général Piotr Wrangel (1878-1928), commandant en chef des armées du Sud, s'exile à Bruxelles après la guerre civile où il meurt en 1928.
- Alexandre Kerenski (1881-1970), membre du parti socialiste révolutionnaire, ministre de la Justice puis de la Guerre du premier gouvernement provisoire, Premier ministre du 7 juillet au 8 novembre 1917, réussit à gagner la France après le renversement de son gouvernement, puis les Etats-Unis après 1940.
Le gouvernement, appelé Conseil des commissaires du peuple (ou Sovnarkom), constitué juste après la prise de pouvoir par les bolcheviks:
- Vladimir Ilitch Oulianov dit "Lénine" (1870-1924), avocat, rédacteur de l'Iskra 1900-1902, dirige en exil la faction bolchévique, participe à la conférence de Zimmerwald en 1915, membre du Comité central, échappe à un attentat le 30 août 1918 dont il gardera des séquelles peut-être à l'origine de ses problèmes vasculaires cérébraux, président du Conseil des Commissaires du peuple jusqu'à sa mort le 21 janvier 1924.
- Leon Bronstein dit "Trotsky" (1879-1940), d'abord menchevik, collabore à l'Iskra, président du soviet de Petrograd en 1905 puis en septembre 1917, participe à la conférence de Zimmerwald en 1915, chef du Comité militaire révolutionnaire en octobre 1917, membre du Comité central, commissaire du peuple aux Affaires étrangères, fondateur de l'Armée rouge en février 1918, négociateur du traité de paix de Brest-Litovsk (mars 1918), commissaire pour l'Armée et les Affaires navales 1918-1923, leader de l'Opposition de gauche en 1924, exilé en 1928, incarne dans les années 30 l'opposition au pouvoir stalinien, fonde la IVe Internationale en 1938, assassiné au Mexique le 21 août 1940 par un agent du NKVD, Ramon Mercader.
- Iossif Djougachvili dit "Koba" puis "Staline" (1878-1953), bolchevik depuis 1904, plusieurs fois déporté et évadé, membre du Comité central et fondateur du Politburo 1917, commissaire du peuple aux Nationalités, secrétaire général du CCl du PC 1922-1952, président du Conseil des Commissaires du peuple 1941-1946, devenant Conseil des ministres 1946-1953, maréchal en 1943, dictateur surnommé le "père des peuples", officiellement mort d'une hémorragie cérébrale le 5 mars 1953, mais on soupçonne Beria de l'avoir empoisonné.
- Viacheslav Menjinski (1874-1934) commissaire du peuple aux Finances jusqu'en mars 1918, succède à Ivan Stepanov (mort en 1928) commissaire pendant 2 jours, tchékiste, vice-président du Guépéou en 1923, directeur du NKVD 1926-1934, sans doute empoisonné en 1934.
- Ivan Teodorovitch (1875-1937), commissaire du peuple au Ravitaillement, préside la branche paysanne du Komintern 1928-1930, fusillé en 1937.
- Anatoli Lounatcharski (1875-1933), commissaire du peuple à l'Instruction publique 1917-1929, ambassadeur à Madrid en 1933 avant de mourir à Menton d'une maladie infectieuse.
- Victor Noguine (1878-1924), maire de Moscou 1917, commissaire du peuple au Commerce et à l'Industrie, négociateur d'accords commerciaux internationaux.
- Alexeï Rykov (1881-1938), commissaire du peuple aux Affaires intérieures, président du Conseil suprême de l'économie (ou Vesenkha) entre 1918 et 1924, Président du Conseil des Commissaires du peuple et membre de Comité central 1924-1930, commissaire aux P&T 1931-1936, fusillé en 1938 suite au procès des 21 dit du "bloc des droitiers et des trotskystes antisoviétiques".
- Vladimir Milioutine (1884-1937), commissaire du peuple à l'Agriculture, mort en prison en 1937.
- Alexandre Chliapnikov (1885-1937), président du syndicats des métallos en juillet 1917, commissaire du peuple au Travail jusqu'en décembre 1918; co-fondateur en 1920 de l'Opposition ouvrière, fusillé en 1937.
- Nikolai Glebov-Avilov (1887-1937), commissaire du peuple aux Postes & Télégraphe, représentant des Internationalistes unifiés, commissaire de la flotte de la mer Noire 1918, fusillé en 1937.
- Georgy Oppokov dit "Lomov" (1888-1938), commissaire du peuple à la Justice jusqu'en 1918, membre du Comité central en 1917, participe à l'Opposition de gauche, fusillé en 1938.
s'y ajoutent:
- Alexandra Kollontaï (1872-1952), commissaire du peuple à l'Assistance publique jusqu'en mars 1918, co-fondatrice en 1920 de l'Opposition ouvrière, ambassadrice à Mexico, Oslo, Stockholm, crise cardiaque en 1952.
- Kliment Vorochilov (1881-1969), commissaire du peuple pour les Affaires intérieures après novembre 1917, commissaire du peuple pour les Affaires militaires 1925-1949, membre du Comité central 1921-1955, maréchal en 1935, président du Présidium du Soviet suprême 1953-1960.
- Vladimir Antonov-Ovseïenko (1883-1938), commissaire du peuple aux Affaires militaires sur le front ukrainien, membre de l'Opposition de gauche, ambassadeur à Prague, Vilnius, Varsovie, consul général à Barcelone en 1936, fusillé en 1938.
- Nikolai Krylenko (1885-1938), commissaire du peuple aux Affaires militaires, procureur général à partir de 1918, fusillé en 1938.
- Vladimir Smirnov (1887-1937), commissaire du peuple au Commerce et à l'Industrie après novembre 1917, rédacteur de la revue Kommunist, membre du Conseil suprême de l'économie 1918, participe à l'Opposition de gauche dès 1923, déporté en 1928, fusillé en 1937.
- Pavel Dybenko (1889-1938), commissaire du peuple aux Affaires navales, compagnon d'Alexandra Kollontai, juge lors du procès des officiers généraux en 1937, fusillé en 1938.
NB - Rykov, Milioutine, Noguine et Teodorovitch, favorables à un gouvernement de coalition avec les scialistes révolutionnaires de gauche, ont démissionné le 4 novembre 1917. Chliapnikov qui défendait la même position ne démissionnera pas.
Les autres membres du Comité central du Parti bolchevik en 1917, en plus de Lénine, Trotsky et Staline:
- Grigori Zinoviev (1883-1936)), membre du Comité central du POSDR en 1907, collaborateur de Lénine à partir de 1908, opposé au coup de force d'octobre 1917, président du Soviet de Petrograd 1917-1921, président du Komintern 1919-1926, membre du Politburo 1921-1926, fusillé en 1936 suite au 1er procès des 16 dit du "centre terroriste trotskyste-zinoviéviste".
- Lev Kamenev (1883-1936), proche collaborateur de Lénine à partir de 1902, opposé au coup de force d'octobre 1917, président du Comité éxécutif central 9-21 novembre 1917, président du Soviet suprême de Moscou en 1918 et vice-président du gouvernement, président du Politburo jusqu'en 1924, fusillé en 1936 suite au 1er procès des 16 dit du "centre terroriste trotskyste-zinoviéviste".
- Nikolai Boukarine (1888-1938), journaliste, rédacteur en chef de la Pravda 1918-1929 puis des Izvestia 1934-1936, membre du Comité central 1917-1937, du Politburo 1919-1929, président du Komintern 1926-1929, fusillé en 1938 suite au 2e procès des 21 dit du "bloc des droitiers et des trotskystes antisoviétiques".
- Matvei Muranov (1873-1959), membre du Comité exécutif central en 1917, allié de Staline pendant les années 20, survit aux purges, mort en 1959
- Moisei Uritsky (1873-1918), chef de la Tcheka à Petrograd, assassiné en 1918.
- Elena Stassova (1873-1966), tchékiste, secrétaire du Comité exécutif central en 1919, présidente du Secours rouge international 1922-1937
- Felix Dzerzhinsky (1877-1926), chef fondateur de la Tcheka 1917-1922 puis du Guépéou 1922-1924, artisan de la Terreur rouge, commissaire du peuple à l'Intérieur 1919-1923, président du conseil suprême de l'économie 1924-1926, mort d'une attaque cérébrale en 1926.
- Stepan Chahoumian (1878-1918), chef de la Commune de Bakou, surnommé le "Lénine du Caucase", fusillé par les Blancs en 1918.
- Prokofy Dzhaparidze (1880-1918), chef de la Commune de Bakou, fusillé par les Blancs en 1918.
- Adolf Joffe (1883-1927), ambassadeur à Berlin 1918, chargé de missions diplomatiques de 1920 à 1923, participe à l'Opposition de gauche, se suicide en 1927.
- Fyodor Sergeyev dit "Artem" (1883-1921), chef du Comité révolutionnaire militaire en Ukraine en 1918-1919, tué dans un accident ferroviaire en 1921.
- Nikolai Krestinsky (1883-1938), commissaire aux Finances 1918-1921, sécrétaire du Comité exécutif central 1919, secrétaire du PC russe 1920, ambassadeur à Berlin 1921-1930, fusillé en 1938 suite au 3e procès des 21 du "bloc des droitiers et des trotskystes antisoviétiques".
- Andrei Boubnov (1884-1938), membre du Comité révolutionnaire militaire révolutionnaire 1917, chef du Comité révolutionnaire militaire en Ukraine 1918, participe à l'Opposition de gauche, commissaire à l'Instruction 1929-1937, fusillé en 1938
- Iakov Sverdlov (1885-1919), président du Comité exécutif central 1917-1919, mort de la grippe espagnole en 1919.
- Gregori Sokolnikov (1888-1939), signataire du traité de Brest-Livovsk en mars 1918, commissaire du peuple aux Finances lors de l'introduction de la NEP, créateur du rouble, ambassadeur à Londres 1929-1932, condamné à 10 ans de prison suite au 2e procès des 17 dit du "centre antisoviétique trotskyste de réserve", tué en prison en 1939.
- Ian Berzin (1889-1938), tchékiste, commissaire politique de l’Armée Rouge en 1919, chef du renseignement (GRU) 1924-1935, fusillé en 1938.
- Ivar Smilga (1892-1938), secrétaire général du Comité des Soviets en Finlande en 1917, chef de la 7e Armée en Pologne en 1920, fusillé en 1938.
Quelques acteurs de gauche:
- Emma Goldman (1869-1940), militante anarchiste dès 1889, fondatrice et rédactrice en chef de Mother Earth 1906-1917, emprisonné aux USA pour avoir fait campagne contre la conscription et le militarisme, expulsé vers la Russie en 1919, s'oppose aux bolcheviks ce qui l'oblige à quitter le pays en 1921, participe à la campagne en faveur de Sacco et Vanzetti en 1927, écrivaine, amie de Alexander Berkman, auteure de "Ma désillusion en Russie" (1923).
- David Riazanov (1870-1938), diffuseur des textes de Marx, révolutionnaire en 1905, participe à la conférence de Zimmerwald en 1915, participe à Octobre 1917, fondateur de l'institut Marx-Engels en 1920, déporté en 1930, fusillé en 1938.
- Julius Martov (1873-1923) journaliste, co-fondateur de l'Iskra en 1898, s'oppose à Lenine en 1903 sur la question de l'organisation, lors du 2e congrès du POSDR. Chef menchevik, membre du soviet de Saint-Petersbourg en 1905. Opposé à l'Union sacrée, participe à la conférence de Zimmerwald. De retour d'exil après Février 17, il dénonce le coup de force des bolcheviks comme "comme un complot militaire exécuté par des prétoriens". Claque la porte de la première réunion du conseil des Soviets après le 25 octobre 1917. Contraint de s'exiler en 1920, il meurt en Allemagne.
- Christian Rakovski (1873-1941) médecin, membre de la IIe Internationale pour la Roumanie, participe à la conférence de Zimmerwald en 1915, rejoint la Russie bolchévique après Octobre, co-fondateur de l'Internationale communiste, chef du gouvernement de la RSS d'Ukraine, ambassadeur à Londres, Paris, rallie l’Opposition de gauche, condamné à 20 ans de prison au 2e procès des 21 dit du "bloc des droitiers et des trotskystes antisoviétiques", fusillé en 1941.
- Vsevolod Eichenbaum dit "Voline" (1882-1945), fondateur de la Confédération Nabat (anarchiste synthésiste) 1918, responsable du Conseil militaire insurrectionnel de la Makhnovchtchina 1919, emprisonné puis expulsé en 1921, exilé à Paris en 1925, adhère à l'Union anarchiste en 1926 qui devient Fédération anarchite en 1936, écrivain, auteur de "La révolution inconnue" (1938), mort de la tuberculose en 1945.
- Piotr Archimov (1887-1937), secrétaire de la Fédération des groupes anarchistes de Moscou 1917, participe à la Makhnovchtchina 1918-1921, lassé des polémiques dans le mouvement anarchiste, se rapproche des bolchéviks, fait son autocritique à son retour à Moscou en 1935, fusillé en 1937.
- Timofeï Sapronov (1887-1937), membre du Comité exécutif central, communiste de gauche en 1918, figure parmi les porteurs du cercueil de Lénine, rejoint l'Opposition de gauche en 1923, signataire de la Déclaration des 46 au Politburo, puis du Groupe des 15 qui déclare que l'URSS n'est plus un Etat ouvrier, exclu du parti et déporté en 1927, assassiné en prison en 1937.
- Nikolaï Ossinsky (1887-1938), économiste, révolutionnaire en 1905, président du Conseil économique après octobre 1917, membre des Communistes de gauche, délégué au congrés de l'IC en 1919, participe au groupe Centralisme démocratique en 1920, rejoint l'Opposition de gauche en 1923, fusillé en 1938.
- Gabriel Miasnikov (1889-1945), membre des Communistes de gauche en 1918 puis de l'Opposition ouvrière en 1920, dirigeant du Groupe ouvrier en 1922, exilé en France 1930-1944, fusillé en 1945.
- Alexandre Antonov (1889-1922), dirigeant socialiste révolutionnaire de gauche, commandant de la milice du district de Kirsanov 1917-1918, organisateur de la révolte de Tamblov et fondateur de l'Union de la paysannerie laborieuse 1920, tué par les tchékistes en 1922.
- Nestor Makhno (1889-1934), chef de Armée révolutionnaire insurrectionnelle ukrainienne (la Makhnovchtchina), vaincu en 1921 par l'Armée rouge après en avoir été l'allié en 1918-1919 contre les Armées blanches, théoricien du plateformisme communiste libertaire, adhère à l'Union anarchiste en 1926, exilé à Paris à partir de 1925.
- Amadeo Bordiga (1889-1970), co-fondateur du PC d'Italie 1921, opposant à Staline et au Komintern à partir de 1924 (contrairement à Gramsci qui demeurera fidèle à l'IC), exclu du PC en 1930, fondateur en 1952 du PC International dont il sera le théoricien (bordiguisme), il caractérisera l’URSS comme une société en "transition vers le capitalisme". Le PCI est une secte qui se survit à elle-même avec le journal Le Prolétaire.
- Gueorgui Piatakov dit "Kievski" (1890-1937), anarchiste en 1907, rejoint le POSDR en 1910, commissaire du peuple pour l'Ukraine 1917, commissaire en chef de la Banque de Russie 1918, signataire de la Déclaration des 46, membre du Comité central 1923 puis 1930, vice-commissaire à l'industrie lourde 1932, fusillé en 1937 suite au 2e procès des 17 dit du "centre antisoviétique trotskyste de réserve".
- Victor Serge (1890-1947), journaliste, militant libertaire emprisonné de 1912 à 1916 pour avoir aidé des membres de la bande à Bonnot, adhère au PC russe en 1919, dénonce la "dégénérescence de l'Etat soviétique" au sein de l'Opposition de gauche, déporté en 1933, expulsé en 1936, mort à Mexico en 1947 dans des circontances non éclaircies, écrivain, auteur de "S'il est minuit dans le siècle" (1939), "Mémoires d'un révolutionnaire" (1941), "L'affaire Toulaev" (posthume 1948).
- Fiodor Ilyin dit "Raskolnikov" (1892-1939), marin, préparateur, organisateur de la prise de pouvoir d'Octobre 1917, député à l'assemblée constituante, commissaire de la flotte de la Volga 1918 puis de la Baltique 1920, relevé de son commandement après le révolte de Kronstadt, ambassadeur à Kaboul, Tallin, Copenhague, Sofia, exilé en France en 1938, auteur d'une lettre ouverte à Staline, défénestré en 1939 à l'hôpital de Nice.
- Stepan Petritchenko (1892-1947), proclame une République soviétique provisoire sur l'île de Naissaar 1917, partisan d'une 3ème révolution démocratique, président du Comité révolutionnaire provisoire pendant la révolte de Kronstadt en mars 1921, arrêté en Finlande en 1945, livré à l'URSS, mort en prison en 1947.
- Boris Souvarine (1895-1984), participe à la fondation du PCF 1920, membre du secrétariat de l'Internationale communiste 1921, devenu opposant exclu du PCF et de l'IC en 1924, auteur de "Staline. Aperçu historique du bolchevisme" (1935) et "À travers le Pays des Soviets" (1936), publie plusieurs revues parmi lesquelles La Critique sociale (1931), Le Contrat social (1957).
- Anton Ciliga (1898-1992), fondateur du PC yougoslave 1920, opposant au régime stalinien à partir de 1926, arrêté et emprisonné 1930-1933, expulsé en 1935, qualifie la Russie de "capitaliste d'Etat", auteur de "Dix ans au pays du mensonge déconcertant" (1950)
Quelques crapules, assassins et agents de la dictature:
- Mikhail Kalinine (1875-1946), maire de Petrograd en 1917, président du Comité exécutif central 1919-1938, président du praesidium du Soviet suprême de 1919 jusqu'à sa mort en 1946.
- Gregori Petrovski (1878-1958), rédacteur pour la Pravda en 1912, membre du Comité central bolchevik en 1913, déporté en 1915, commissaire du peuple aux Affaires intérieures 1917-1919 et organisateur de la Tchéka, président du Comité exécutif central de la RSS d'Ukraine 1919-1938, vice-président du praesidium du Soviet suprême 1938 avant d'être exclu du parti.
- Kliment Vorochilov (1881-1969), à Petrograd au moment de la révolution de Février, carrière militaire pendant la guerre civile, entre au politburo en 1926, commissaire du peuple pour les Affaires militaires 1925-1934, maréchal en 1935, s'oppose à la modernisation de l'Armée rouge, cosignataire du décret ordonnant le massacre de Katyn (1940), président du Présidium du soviet suprême 1953-1960.
- Terence Deribas (1883-1938), révolutionnaire dès 1905, tchékiste 1918 puis responsable du Guepeou, chef du NVKD en Extrême-Orient 1934-1937, fusillé en 1938.
- Karl Radek (1885-1939), participe à la conférence de Zimmerwald (1915) comme délégué polonais, membre du Comité central et diplomate pour le compte de la Russie bolchévique, participe en 1918 à la création du KPD allemand dont il devient le "conseiller", initiateur de la politique de "front uni" au Komintern, échoue dans la réalisation d'une alliance URSS-Pologne, Condamné à 10 ans de prison dans le 2e procès dit du "centre antisoviétique trotskyste de réserve", tué en prison en 1939.
- Sergei Kirov (1886-1934), chef du Comité militaire révolutionnaire d'Astrakhan en 1919 où il dirige une répression anti-ouvrière, chef du PC d'Azerbaïdjan 1921, membre du Comité central en 1923, chef du PC à Léningrad en 1925, entre au politburo en 1930, assassiné le 1er décembre 1934, 10 mois après avoir été élu secrétaire du Comité central.
- Viatcheslav Molotov (1890-1986), "exécutant utile" allié de Staline à partir de 1922, président du Conseil des commissaires du peuple 1930-1941, ministre des Affaires étrangères 1939-1949 puis 1953-1956.
- Guenrikh Iagoda (1891-1938), tchékiste, directeur du NKVD 1934-1936, fusillé en 1938 suite au 3e procès dit du "bloc des droitiers et des trotskystes antisoviétiques".
- Alexandre Beloborodov (1891-1938), président du soviet de l'Oural 1918-1919, commissaire du peuple aux Affaires intérieures de la RSS de Russie 1923-1927, fusillé en 1938.
- Vsevolod Balitski (1892-1937), organisateur de la tchéka ukrainienne 1919, chef du Guepeou ukrainien 1923, membre du CC du PC ukrainien 1930, fusillé en 1937.
- Mikhaïl Toukhatchevski (1893-1937), officier de l'Armée rouge, commandant de la 1ère Armée en Pologne 1918-1920, écrase la Commune de Kronstadt en 1921, chef d'état-major 1924-1928, maréchal en 1935, fusillé en 1937 suite au procès dit de "l'organisation militaire trotskyste antisoviétique" qui se déroule à huis clos.
- Yakov Agranov (1893-1938), secrétaire du Conseil des commissaires du peuple en 1918, haut responsable à partir de 1919 de la Tcheka, puis du Guépéou, puis du NKVD, commissaire à la Sécurité 1936-1937, fusillé en 1938.
- Lazare Kaganovitch (1893-1991), proche de Staline, Premier secrétaire du PC ukrainien 1925-1928, organisateur des purges et de la politique de l'extermination par la faim en Ukraine 1932-1933, membre du politburo 1930-1957.
- Nikita Khrouchtchev (1894-1971), commissaire politique dans l'Armée rouge 1919-1921, exécuteur de la terreur stalinienne en Ukraine dans les années 1925-1935, membre du Comité central en 1934, du politburo en 1939, premier secrétaire du PCUS 1953-1964, président du conseil des ministres 1958-1964.
- Nikolaï Iejov (1895-1940), apparatchik policier surnommé "le nabot sanguinaire", chef du NKVD 1936-1938, principal artisan des Grandes Purges, fusillé en 1940.
- Nikolaï Boulganine (1895-1975), tchékiste 1918-1922, président du soviet de Moscou 1931-1937, président du Conseil des commissaires du peuple de la RSS de Russie 1937-1938, ministre des Forces armées et maréchal en 1947, président du conseil des ministres 1955-1958.
- Anastase Mikoyan (1895-1978) participe à la Révolution d'Octobre dans le Caucase, entre au CC en 1923, commissaire du peuple au Commerce, membre du Politburo à partir de 1935, termine sa carrière comme président du Praesidium du soviet suprême 1964-1965.
- Lavrenti Beria (1899-1953), chef du Guepeou en Transcaucasie 1924, secrétaire du PC de Géorgie 1931-1938, chef du NKVD 1938-1945, planificateur des massacres de masse dont celui de Katyn en 1940, surnommé le "Himmler russe", maréchal en 1945, ministre de l'Intérieur assassiné ou exécuté, officiellement le 23 décembre 1953, plus vraisemblablement en juin 1953 à l'instigation de Khrouchtchev et du maréchal Joukov.
- Georgui Malenkov (1902-1988), commissaire politique de l'Armée rouge en 1919, carrière politique au NKVD dans l'ombre de Staline, premier secrétaire du PCUS de mars à septembre 1953, président du conseil des ministres 1953-1955.
- Je pensais que tu aurais terminé sur Brejnev.
- Non, il était trop jeune pour participer à la révolution russe. Il est né en 1906. Il avait 11 ans. Trop jeune aussi pour s'impliquer dans les luttes de factions. C'est un ingénieur de formation qui a fait carrière dans le parti. Quand il y est entré en 1931, Staline était déjà tout puissant. Avec les purges, il a trouvé des opportunités de promotion. Et par la suite, il a fait la guerre comme commissaire en Ukraine. Son supérieur s'appelait Khrouchtchev. Ça l'a aidé pour monter. Finalement, tu m'auras poussé à en parler ! Ben, il a eu une carrière type d'apparatchik qui sera celle de beaucoup dans la génération des années 50 jusqu'aux années 80.
De 1917 à 1968
Quels sont les liens qui permettent de relier ces deux événements majeurs de l'histoire sociale du XXe siècle qu'ont été la révolution d'Octobre, pardon la prise de pouvoir d'Octobre 17, et Mai 68 ?
- Ben, le stalinisme, déjà, bien sûr. Octobre, c'est la naissance du stalinisme, même si officiellement, Staline n'est arrivé au pouvoir qu'en 1924. Et Mai 68, c'est le point culminant de la critique du stalinisme que les gauchistes pensaient encore réformable et radicalisable.
Il y a une image assez parlante, c'est quand Georges Séguy, secrétaire de la CGT, est venu présenter aux ouvriers de Renault Bilancourt le résultat des accords de Grenelle, et qu'il se fait huer. On le voit complètement médusé pendant quelques instants. Et il n'a pas d'autre alternative que de répondre "vous avez raison", ou un truc comme ça pour ne pas se retrouver en porte-à-faux. En un instant, il a compris qu'il jouait le devenir de la CGT. Ce jour-là, on comprend que quelque chose n'est plus et ne sera plus comme avant.
Je me rappelle aussi d'une émission débat à la télé en 1973, en pleine grève contre la loi Debré (qui suprimait le sursis militaire pour les plus de 18 ans), qui avait mis en présence le ministre Fontanet et quatre leaders étudiants (les deux UNEF, l'une proche du PC, l'autre proche du PS) et lycéens (Martine Bodin, présidente de l'UNCAL, et Michel Field pour la Coordination dirigée par les trotskystes). Chacun des intervenants tentait de s'approprier le mouvement, d'apparaître comme le seul interlocuteur repésentatif et responsable devant le ministre. C'était une bataille oratoire où j'avais l'impression que le PC (UNEF Renouveau et UNCAL) tentait de préserver son leadership face à deux challengers, comme s'il jouait sa crédibilité et son avenir pour les 15 ou 20 ans à venir. C'était incroyablement tendu, je m'en souviens encore. Mais dès ces années-là, le "socialisme réel" qui avait dominé le mouvement ouvrier international pendant 50 ans ne pouvait plus apparaître comme un modèle pour la jeunesse.
Finalement les PC amorceront leur déclin peu de temps après. Les vendeurs de L'Huma dimanche ont fini un jour par disparaître des marchés sans qu'on se souvienne exactement quand. Aujourd'hui les mêmes qui prétendaient incarner "l'avant-garde" sont les premiers à fustiger les élites. On parle de populisme de gauche. Ce populisme, c'est l'autorité sans le dogme. C'est le "y a qu'à" de comptoir. C'est tout ce qui reste du stalinisme originel... Voilà...
- Autre chose ?
- Heu... La critique du travail. Je pense souvent à cette ouvrière de l'usine Wonder qui refuse de reprendre le travail, et qui crie son ras-le-bol devant un responsable syndical. Cette critique n'a fait depuis que s'amplifier à mesure que le chômage s'est développé, et puis la précarité, l'ubérisation. On fait des études souvent non choisies, par défaut, de plus en plus longues, pour faire un travail de merde. La glorification stalinienne du travail a débouché sur un système de survie. La fierté épidermique de la condition ouvrière des années 30, qu'on se rappelle les scènes d'occupation d'usine du Front populaire ou encore le climat dans les bassins houilliers après la répression de 1948, cette fierté est devenue une pièce rapportée en interne par la com' et la culture d'entreprise. Cette com' sonne aussi faux que les mots d'ordre de propagande stalinienne qui envahissaient les ateliers autrefois. On nous pousse à "aimer" notre entreprise, à "aimer" notre travail en appliquant le système SBAM (Sourire, Bonjour, Au revoir, Merci). S'il n'y avait cette généralisation du temps partiel, je suis sûr qu'on essaierait de nous faire chanter La Marseillaise tous les matins à la prise de service.
- (rire) Affreux...
- Il y a des pays où tout spectacle, toute manifestation publique commence par un garde-à-vous et l'hymne national.
- Je sais...
- J'espère qu'on ne connaîtra jamais ça.
- Autre chose ?
- Culturellement, il y a un monde, un vrai gouffre qui sépare 1917 de 1968. Je pense que la Seconde guerre mondiale n'y est pas étrangère. Par contre, tout ce qui était en germe en mai 68 fait partie de notre quotidien aujourd'hui (féminisme, homosexualité, écologie, respect des différences, l'irrévérence, l'esprit Hara-Kiri, Fluide glacial, Pilote, etc.). L'esprit de 68 est partout consommable. En 1968, on parlait encore de "Français moyens" de "monsieur tout le monde". C'est fini, à moins d'être totalement ringard. C'est devenu des notions complètement obsolètes en dépit des sondages et de multiples enquêtes d'opinion qui tentent de nous mettre dans des cases, de reconstituer des catégories identitaires et un mode de pensée dominant. Depuis les punks, il n'y plus de mode identifiable. On est dans le mélange des genres. La réalité, c'est que les gens se sont individualisés, se sont personnalisés. Les programmes télé se sont thématisés, les familles se sont atomisées et ont éclaté. Chacun prend conscience de n’être qu’une partie d’un tout... Les autorités tentent de répondre à cette tendance par un plus grand formatage des esprits, pour nous pousser à consommer, surtout ce dont on n'a pas besoin.
- C'est tout ? Autre chose ?
- Les femmes. Absentes en 1917 si l'on fait exception de Kollontai, Luxembourg, Zetkin, et quelques autres mais, qui, sur le total représentent à peine 1 % des dirigeants du mouvement ouvrier de l'époque. Présentes en 1968, mais souvent à un niveau secondaire, souvent effacées, trop souvent la petite amie du chef qui se donne l'air émancipée. S'il y avait un mouvement d'envergure comparable aujourd'hui, la présence féminine ce serait la grosse différence avec 68. Les femmes s'impliquent davantage, ont davantage de personnalité.
- On parle beaucoup ces temps-ci du harcèlement sexuel, de la violence faite aux femmes. Tu en as été témoin ?
- En milieu militant... un peu. L'ultra-gauche, c'est pas une sphère totalement séparée du reste de la société. Des couples conformistes qui se font des scènes de ménage tout aussi conformistes. La crise d'autorité du mec qui hurle " tu vas faire ci, tu vas faire ça". Oui, mais pas de baffes dans la gueule, j'ai pas le souvenir. Pas de viols dont on aurait parlé. Les mains baladeuses, c'était mis sur le compte de la "liberté sexuelle". Par contre dans le milieu anarcho, pas mal de préjugés machistes étalés comme ça, comme si c'était banal. Y répondre, ça revenait à "faire la morale", une morale de petit bourgeois, bien entendu. A LO, c'était assez puritain. C'était génant, mais d'une autre façon.
- Ouais... Autre chose ?
- Non. Je crois qu'on va s'arrêter là.