Ni rouge, ni noir, ni vert. L'autonomie rejette partis,
syndicats et toute forme de gestion et de pouvoir.
Rassembler des foules sous un même drapeau
trouve toujours son origine dans une imposture.
Seule une révolution mettra fin à un système
dont l'obsession de l'argent entraine l'humanité
vers la catastrophe.
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Dernière mise à jour :
01.03.2026
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L’Algérie se prépare à une forte dévaluation du dinar !
Algérie focus - 04 fev 2018
http://www.algerie-focus.com/2018/02/finances-lalgerie-se-prepare-a-forte-devaluation-dinar/
Les autorités algériennes envisageraient-elles, dans un proche venir, de procéder à une importante dévaluation du dinar ? Au vu de la multiplication des déclarations du ministre du Commerce, Mohamed Benmeradi, à ce sujet, il est clair que cette option est plus que d’actualité.
Après avoir confirmé que les mesures prises en début de l’année relatives à l’interdiction d’importation de 851 produits économiseront au pays près de 1,5 milliards de dollars seulement, celui-ci a tenté d’expliquer les raisons qui font que toutes ces décisions ne sont pas d’une grande incidence sur le flux des importations.
D’après le ministre, la première raison est le «système de subventions indirectes et involontaires des importations». «L’Etat est en train de subventionner les importations dans le sens où les importateurs obtiennent, auprès des banques, des devises contre dinars à un prix qui n’est pas réel, c’est-à-dire ne reflétant pas la réelle parité entre le dinar et la devise», a-t-il déclaré.
Donc, pour Benmeradi, il faudrait que le cours officiel du dinar s’approche de sa valeur du marché parallèle. Bien évidemment, il est sans dire que cela provoquerais la hausse des produits importés ou de ceux fabriqués localement mais à partir d’une matière première importée. C’est la deuxième fois en l’espace de deux semaines que le ministre du Commerce évoque la nécessité de revoir à la baisse de la valeur du dinar.
En Algérie, le florissant marché noir des devises
Rumeurs de dévaluation
par Akram Belkaid
Orient XXI - 08 mar 2018
https://orientxxi.info/magazine/en-algerie-le-florissant-marche-noir-des-devises,2302
Au premier abord, l’appartement au rez-de-chaussée de ce petit immeuble sur les hauteurs d’Alger ne paie pas de mine. Pourtant, les barreaux aux fenêtres toujours fermées et la grille en fer forgé qui double une porte blindée témoignent du caractère sensible du lieu. C’est ici — comme dans de nombreux autres endroits de la capitale algérienne — que l’on peut échanger ses dinars, la monnaie locale, contre des devises étrangères, essentiellement l’euro. Les sommes échangées peuvent atteindre la centaine de milliers d’euros, voire plus. Toutes les composantes de la société y défilent — y compris de hauts fonctionnaires ou d’anciens responsables politiques. Officiellement, cet endroit n’existe pas, car le marché des changes n’est pas libéralisé en Algérie. Officieusement, les autorités n’ignorent pas son existence, pas plus qu’elles n’ignorent les activités des « changeurs » à la sauvette du centre-ville. Le dinar n’étant pas une monnaie convertible pour les particuliers, ces derniers sont obligés de se tourner vers le marché noir pour échanger leur argent contre des euros ou des dollars américains. Et malgré d’épisodiques campagnes de répression, le pouvoir tolère peu ou prou ce système parallèle qui brasserait, selon une estimation officieuse, près de 5 milliards de dollars par an.
Le phénomène ne date pas d’hier. Dès le début des années 1970, du fait déjà des restrictions de change, les Algériens achetaient leurs francs en dehors des banques locales pour financer leurs voyages à l’étranger et les multiples achats en biens d’équipements qu’ils y faisaient. La demande étant très forte, le taux de change parallèle a toujours été supérieur au taux officiel fixé par la Banque centrale. Au début des années 1980, si le franc français s’achète contre un dinar, le taux « au noir » est déjà de 3 pour 1 dans les ruelles qui bordent le square Port-Saïd à Alger. Ce différentiel conforte alors les émigrés algériens qui souhaitent changer leurs francs dans leur choix de préférer le circuit parallèle plutôt que de passer par le système bancaire (certains officiels accuseront même les « émigrés » et les expatriés occidentaux, notamment les coopérants français, d’être responsables de l’existence et de la persistance de ce marché noir). Des trois pays du Maghreb, l’Algérie est ainsi le pays dont la diaspora effectue le moins de transferts bancaires officiels vers le pays natal. Aujourd’hui, selon les cours de la banque d’Algérie, il faut 142 dinars pour 1 € (113 pour 1 $). Mais, chez les changeurs aux quatre coins du pays, le taux est de 208 dinars pour 1 € (171 pour 1 $).
Mais qui achète des devises au noir en Algérie ? Tout le monde ou presque. Quiconque se rend à l’étranger est quasiment obligé d’en passer par là. En effet, pour les particuliers, le dinar n’est pas convertible et chaque citoyen n’a droit qu’à une allocation annuelle de… 100 € pour voyager quand ses voisins tunisien et marocain peuvent respectivement disposer de 3.000 et 3.500 €. Le phénomène touche aussi les hommes d’affaires, les chefs d’entreprises et les commerçants. Certes, le dinar est convertible pour les opérations commerciales, mais la législation et l’augmentation de restrictions administratives, les autorités souhaitant diminuer la sortie de capitaux, poussent les intéressés à se tourner vers le marché parallèle. Début février, la presse locale a largement commenté la mésaventure d’un bijoutier algérien hospitalisé puis arrêté en Turquie pour avoir tenté de faire passer, sans la déclarer, la somme de 144.200 € dans son canal anal. En réalité, ce n’était pas pour frauder la législation turque que l’infortuné avait eu recours à ce stratagème, mais bien pour contourner la législation algérienne qui limite la sortie de devises. Autre signe de la vigueur du marché parallèle, en février 2018 Djamel Benbelkacem, le vice-président de la Banque centrale algérienne indiquait que les 88 bureaux de changes agréés par les autorités avaient tous mis la clé sous la porte… Une activité peu rentable en comparaison des marges réalisées sur le marché parallèle !
Et l’écart entre taux officiel et parallèle risque fort de s’aggraver. Depuis plusieurs mois, les rumeurs de dévaluation du dinar se multiplient, alimentées par les déclarations d’officiels, à l’instar du ministre du commerce Mohamed Benmeradi pour qui le taux de change officiel ne reflète pas la parité réelle entre le dinar et les devises étrangères. Confrontées à la baisse conjuguée des cours du pétrole et des réserves de change (passées sous le seuil des 100 milliards de dollars), les autorités envisagent de recourir à la planche à billets pour résorber le déficit budgétaire. Cette perspective a d’ores et déjà contribué à affaiblir le dinar qui a perdu 22 % de sa valeur (au taux officiel) en un an. En échangeant au noir leurs avoirs et leur épargne contre des devises étrangères, les Algériens anticipent une dévaluation plus forte qui pénaliserait leur pouvoir d’achat au quotidien. Encouragé par le FMI à permettre une « plus grande flexibilité du taux de change » — autrement dit à légaliser le circuit parallèle et à laisser le marché décider de la valeur du dinar — le pouvoir algérien estime, pour l’instant, que cette option est « prématurée ».
La faiblesse du dollar, un scénario imprévu qui complique les calculs du gouvernement algérien
par Hassan Haddouche
TSA —28 jan 2018
https://www.tsa-algerie.com/la-faiblesse-du-dollar-un-scenario-imprevu-qui-complique-les-calculs-du-gouvernement-algerien/
Tandis que l’euro monte sur les marchés internationaux des changes, le dollar fait le chemin inverse en mettant dans l’embarras les autorités monétaires algériennes. Chez nous comme ailleurs, la monnaie européenne continue d’aligner les records. Face au dinar algérien, d’abord, en fin de semaine dernière, l’euro dépassait 141 dinars (DA) dans les cotations officielles de la Banque d’Algérie. Au même moment, sur le marché parallèle, il s’échangeait à Alger à près de 205 DA.
Des cours record face au dinar qui ne doivent rien au hasard. Ils ne sont que la conséquence de la montée de l’euro sur les marchés des changes internationaux. Beaucoup de spécialistes s’attendent déjà à des cours qui pourraient atteindre 1,30 $ pour 1 € dans les prochains mois.
La réalité d’aujourd’hui sur les marchés des changes est donc celle d’un "dollar faible". Malheureusement, le couple euro fort et dollar faible est un scénario qui n’arrange pas vraiment les affaires économiques de notre pays. Pour une raison très simple et bien connue: notre pétrole est vendu en dollars tandis que près de la moitié de nos achats à l’extérieur s’effectuent en euros. La baisse du dollar depuis une année a donc eu pour conséquence d’annuler en partie les gains réalisés par le prix du baril en 2017 (un peu plus de 20 % de hausse en moyenne annuelle).
Une situation face à laquelle les autorités monétaires algériennes ne peuvent pas grand-chose. À une nuance près cependant: les mécanismes de fixation (administrative) des cours des monnaies mis en place par la Banque d’Algérie favorisent actuellement la remontée du cours officiel du dinar qui se retrouvait à 113,32 DA pour 1 $ à la fin de la semaine dernière. L’impact des fluctuations des changes sur les marchés internationaux s’ajoute donc ainsi à la nouvelle doctrine affichée depuis mai 2016 par les autorités algériennes pour favoriser la stabilisation, voire même une réévaluation du dinar par rapport au dollar au cours des 20 derniers mois.
Ce n’est sans doute qu’un début, la politique de stabilisation-réévaluation de la valeur officielle du dinar devrait se maintenir non seulement en 2018 mais également au cours des 3 années à venir. C’est en tout cas ce qu’a annoncé, très officiellement, le ministre des Finances devant les parlementaires à l’occasion du débat autours de la LF [Loi de finances; ndc] 2018. Abderrahmanre Raouya a ainsi précisé que le cour du dinar resterait à un niveau d’« au moins de 115 DA pour 1 $ » jusqu’en 2020.
Pour un économiste comme Nour Meddahi de la Toulouse School of economics, « il s’agit certainement de la plus grosse erreur de politique économique du gouvernement algérien ». En juillet dernier il signalait déjà qu’« en nominal, la valeur du dinar n’a pas bougé depuis un an, alors que l’inflation a atteint les 7 points. En termes réels, cela correspond donc à une réévaluation du dinar ». Pour l’universitaire algérien, « la Banque d’Algérie aurait dû continuer à dévaluer le dinar ». Il ajoutait encore que « même si la dévaluation du dinar aura certainement pour effet d’augmenter les prix, il s’agit d’une mesure nécessaire pour préserver l’économie du pays ».
Aujourd’hui, il revient à la charge sur le même thème: « La Banque d’Algérie est en train d’augmenter la valeur du dinar par rapport au dollar. La Loi de finances 2018 prévoit même un dollar à 115 DA en nominal pendant 3 ans. Comme l’inflation algérienne est bien supérieure à celle de nos partenaires commerciaux, cela signifie que la valeur du dinar va continuer à augmenter. Autrement dit, les recettes en dinars de l’Algérie vont baisser alors que les dépenses publiques augmentent. La balance des paiements va également être affectée par cette politique », explique-t-il à TSA.
Nour Meddahi ne fait qu’exprimer ainsi la perplexité de la quasi-totalité des économistes algériens face à une politique économique qui apparaît comme profondément contradictoire. Le gouvernement algérien vient en effet d’adopter une nouvelle stratégie économique dont le principal objectif est l’élimination, en trois ans, des « déficits jumeaux » du budget de l’État et de la balance des paiements courants. C’est cette stratégie qui a été communiquée aux partenaires internationaux de l’Algérie. Elle vient encore d’être confirmée par le chef de l’État dans une interview publiée voici quelques jours. Problème : la réévaluation en cours du dinar va compliquer très fortement la réalisation de ces objectifs.
En 2017 déjà, tout le monde avait relevé que les importations ne diminuaient plus malgré la mise en place des licences d’importation. La principale explication est donnée par Nour Meddahi dans une communication très touffue publiée par TSA voici quelques semaines. « La surévaluation du dinar joue un rôle majeur dans le déficit commercial et celui du compte courant de la balance de paiements qui sont à un niveau historique depuis 2015. ( ..) Pour faire bref, depuis juin 2014, les importations ont baissé en même temps que la valeur du dinar et sont relativement stables depuis que le dinar est stable ».
L’année 2018 risque fort de ressembler dans ce domaine comme une sœur à 2017. Les espoirs placés dans les suspensions d’importation de près d’un millier de produits vont de nouveau être déçus par une probable croissance des importations qui sera stimulée par l’encouragement fourni par un dinar renforcé. Sans compter le phénomène de surfacturation qui va puiser une incitation supplémentaire dans la solidité, entretenue artificiellement, de la monnaie nationale.
Le « dopage » de la valeur du dinar face au dollar va également avoir un coût considérable pour le budget de l’État et retarder la réalisation des objectifs de rétablissement de l’équilibre des finances publiques. C’est encore Nour Meddahi qui fait les calculs. « Chaque différence de un dinar sur la valeur officielle du dollar rapporterait 20 Mds DA au budget de l’État. Passer d’un dollar valant 115 DA à 120 DA rapporterait annuellement 100 Mds DA (0,5 % du PIB) et porter le dollar à 130 DA rapporterait annuellement 300 Mds DA (1,5 % du PIB). À titre de comparaison, l’impôt sur les salaires était de 600 Mds DA en 2015 alors que les allocations familiales sont cette année de 42 Mds DA ».
Commentaire désabusé d’un haut fonctionnaire: « La gestion à contre-emploi de la valeur du dinar risque de s’ajouter au recours très peu orthodoxe au financement non conventionnel, pour confirmer la réputation d’« illisibilité » de la gouvernance économique de notre pays. Il ne suffit pas d’afficher des objectifs et de les communiquer à grand renfort de publicité aux partenaires de l’Algérie , il faut aussi s’y tenir et s’efforcer de les réaliser même si les conditions ne sont pas complètement favorables ».Ce devrait être l’un des enjeux principaux de la conduite de nos affaires économiques au cours des prochaines années. Juste une question de crédibilité.