Le Monde d'Antigone

Ni rouge, ni noir, ni vert. L'autonomie rejette partis,
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Rassembler des foules sous un même drapeau
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dont l'obsession de l'argent entraine l'humanité
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Macron-Le Pen: Le choc des patriotismes

Publié le 03/05/2017 à 04:28 par monde-antigone

 
« Nous sommes les patriotes. Ils sont les nationalistes. La France, c'est nous »  (Emmanuel Macron en meeting à Châtellerault, le 28/04/2017).
« Contre la droite du fric, la gauche du fric, je suis la candidate de la France du peuple » (Marine Le Pen en meeting à Lyon, le 05/02/2017).
Le peuple et la France, ils n'ont eu que ça à la bouche. Cela apparaît clairement dans leurs slogans de campagne:
« Une volonté pour la France » pour Fillon, « Au nom du peuple », « Remettre la France en ordre » et « Choisir la France » pour Le Pen, « La France doit être une chance pour tous » et « Ensemble la France » pour Macron, « La force du peuple » pour « La France insoumise »  de Mélenchon. Jamais une campagne présidentielle n'aura autant croulé sous les drapeaux bleu-blanc-rouge. On en a vu à foison, être agités partout dans les meetings de tous les candidats (sauf Arthaud et Pouton qui lui préfèrent le drapeau rouge). L'évolution est frappante par rapport aux précédentes éditions.

En 2007, Royal avait souhaité que, le 14 juillet, les façades des maisons soient pavoisées du drapeau national. En 2012, Sarkozy avait repris à son compte les thèmes identitaires les plus primaires pour tenter de séduire l'électorat du Front national. On se souvient de cette phrase qu'il avait prononcée en avril 2006 devant de jeunes recrues: « Si certains n'aiment pas la France, qu'ils ne se gênent pas pour la quitter ». De Mélenchon à Le Pen, l'échiquier politique s'est mis alors, à entonner des airs racistes, chauvins et xénophobes d'une manière de plus en plus assumée. Mais comme l'a dit Le Pen, sur ce terrain, les électeurs ont toujours "préféré l'original à la copie". On s'apercevra sans doute au lendemain du 2e tour que le score du candidat du Front national sera passé entre 2002 et 2017 de presque 20 % à 40 % et peut-être un peu plus (d'après les estimations d'avant le débat).

Les attentats de 2015 et les manifestations "Je suis Charlie" ont été l'occasion d'une nouvelle surenchère patriotique menée sous l'impulsion du gouvernement Hollande-Valls, avec en point d'orgue le débat sur la déchéance de nationalité. Les manifestations de foi nationalistes ont partout gagnées la société. Il n'est plus rare de voir les sportifs chanter la Marseillaise la main sur le coeur, tandis que les sites identitaires profitent de cette hystérie pour inonder la toile de messages subliminaux.

Macron et Le Pen ne se distinguent l'un de l'autre que sur la façon de faire l'éloge d'un "nationalisme positif", le "patriotisme", qu'ils opposent au "mauvais nationalisme", celui des "populistes" pour l'un, des "mondialistes" pour l'autre, et d'en appeler au "peuple" qu'ils conçoivent comme "une communauté (nationale) diverse et multiple" pour l'un, comme "un tout homogène et immanent" pour l'autre.

Dans cette campagne présidentielle, la première à se dérouler sous état d'urgence, ne pas se ranger sous le drapeau tricolore revient à passer pour un "mauvais patriote", pour ne pas dire "un traitre à la patrie" et à se disqualifier. C'est dans ces conditions que les quatre principaux candidats, Fillon, Le Pen, Macron et Mélenchon se sont disputés tout au long de la campagne le titre de meilleur "patriote", celui qui aurait le plus de capacités à défendre et représenter les intérêts supérieurs de la France, la stature présidentielle.


Le mot "patriote" au cœur du débat entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen
par Thibaut Le Gal
20minutes - 25 avr 2017
http://www.20minutes.fr/elections/presidentielle/2056471-20170425-mot-patriote-ur-debat-entre-emmanuel-macron-marine-pen


Un mot, deux définitions. Depuis dimanche, Marine Le Pen et Emmanuel Macron se présentent  comme les candidats des « patriotes ». Lundi soir, au JT de France 2, la candidate du Front national en a remis une couche, en appelant au « rassemblement le plus large des patriotes ».
« Le patriotisme, c’est de l’amour, un sentiment profond que l’on a ou que l’on n’a pas, le moins que l’on puisse dire, c’est qu’on ne le ressent pas chez Emmanuel Macron, ni à l’égard de la France, ni à l’égard des Français ». (...) Le chef de file d’En marche ! s’est lui aussi présenté comme le futur « président des patriotes » dès dimanche soir. « Il n’y a pas plusieurs France, il n’y en a qu’une, la nôtre, la France des patriotes dans une Europe qui protège et que nous aurons à refonder ».

Comment expliquer que deux camps si opposés utilisent le même terme ? Voyons ce qu’en dit le dictionnaire: pour le Larousse 2017, le patriote est « une personne qui aime sa patrie, qui s’efforce de la servir ». Bon, et du côté de l’histoire ? « La notion de "patriotes" fait historiquement référence aux partisans de la Révolution française, mais la défaite de 1870 face aux Allemands le fait basculer à droite, puis à l’extrême droite dans les années 1880 », rappelle l’historien Nicolas Lebourg. [L'Histoire ne s'arrête pas là. A la Libération, puis après la Guerre d'Algérie, le patriotisme s'est incarné dans la Résistance et dans le gaullisme; ndc]

Dans le discours politique, le terme est utilisé depuis des années par le Front national. Mais, depuis le début de la campagne, il apparaît chez d’autres candidats, à droite (François Fillon ou Nicolas Dupont-Aignan) comme à gauche (Jean-Luc Mélenchon ou Arnaud Montebourg). Interrogé sur la tonalité « plus patriote » de sa campagne, le tribun de La France insoumise indiquait récemment à 20 Minutes vouloir « reprendre des symboles [drapeau, Marseillaise] historiquement liés à la mouvance progressiste plutôt qu’à l’extrême droite ».

Aux meetings d’Emmanuel Macron, les drapeaux français (et européens) sont également largement distribués. « Dans la France post-attentat, on voit émerger un retour de ces deux patriotismes historiques, à travers l’utilisation du mot "patriote" et de ses symboles », reprend l’historien spécialiste du FN. « L’un à gauche, d’une France universelle ouverte sur le monde, qui est celui d’avant 1870. Et, de l’autre côté, le patriotisme qui reprend les codes de l’extrême droite de la fin du XIXe siècle avec le rejet de l’autre autant que le culte du "nous" ». En réalité, chaque candidat utilise le terme pour mieux attaquer son adversaire. Emmanuel Macron oppose le « patriote » au « nationalisme » de Marine Le Pen. Marine Le Pen oppose le « patriote » au « mondialisme » d’Emmanuel Macron.

« Je suis le candidat d’une France ouverte, ce qui me paraît être la définition même du patriotisme. Je suis l’ennemi du nationalisme, dont Madame Le Pen est la candidate », assurait Emmanuel Macron lors d’un entretien à 20 Minutes. Sa définition lui permet de fustiger le projet économique (protectionnisme, sortie de l’euro), et politique (priorité nationale, baisse de l’immigration) de la candidate frontiste pour mieux défendre son projet européen notamment.
De son côté, Marine Le Pen tente avec l’usage du mot « patriote » de séduire au-delà de son camp. Elle y oppose le libéralisme économique de son adversaire, ciblant « la mondialisation sauvage la plus brutale et la dérégulation notamment du droit du travail » pour capter l’électorat de gauche mais aussi « l’immigration massive, et la soumission et la fracturation en communautés » pour l’électeur de droite.


Duel Macron-Le Pen: Le choc des patriotismes
par Caroline Hayek
L'Orient-Le Jour - 28 avr 2017
https://www.lorientlejour.com/article/1048987/duel-macron-le-pen-le-choc-des-patriotismes.html


Un mot pour un duel. Un mot que se disputent deux candidats que tout oppose. Un mot qui résume assez bien l'enjeu du second tour de l'élection présidentielle entre Marine Le Pen et Emmanuel Macron: patriotisme. Les deux finalistes tentent, à qui mieux mieux, d'apparaître chacun comme le défenseur des patriotes. Sauf qu'ils lui attribuent chacun leur propre définition, en opposition à celle de l'autre.

Dimanche soir, la candidate d'extrême droite a lancé « un appel à tous les patriotes sincères » pour le second tour et a appelé au « rassemblement le plus large des patriotes », le lendemain sur France 2, avec l'intention non voilée d'aller chercher l'électorat de Jean-Luc Mélenchon. Le terme « fait partie des éléments de langage récurrents » du Front national, rappelle Julien Longhi, professeur de linguistique à l'université de Cergy-Pontoise. Le candidat centriste s'est, quant à lui, revendiqué dimanche en tant que « président des patriotes face aux nationalistes ». Le candidat d'En Marche ! a volontairement exhumé un terme devenu, au fil du temps, omniprésent dans la dialectique de l'extrême droite, pour affronter son adversaire sur ses plates-bandes.

Un patriote est quelqu'un « qui aime ardemment sa patrie et le prouve par ses actes », selon la définition du Larousse. Dans un contexte où la France a été touchée par de sanglants attentats en 2015 et en 2016, mais aussi au moment où l'Europe est fragilisée par le Brexit et la montée des nationalismes, la résurrection du mot, qui n'avait pas occupé une telle place dans le discours des candidats en 2012, n'est pas vraiment surprenante. Avec une interrogation sous-jacente qui rythme pour l'instant le second tour: qui est le plus à même de défendre le mieux le peuple français ? « Pour certains, la patrie est quelque chose de figé, en tant que territoire où l'on naît, avec une dimension culturelle et identitaire assez forte. Pour d'autres, il s'agit d'une construction d'une communauté, un organisme vivant. Et le mot patriote peut être lié au contexte révolutionnaire de l'ancien régime », explique le linguiste. En 1789, les patriotes étaient les partisans des idées nouvelles de la révolution, par opposition aux aristocrates.

« Il y a deux mots qui ne sont pas prononcés dans la campagne, c'est libéralisme et nationalisme. Ce sont deux mots structurants et qui sont jugés comme honteux ou difficiles à prononcer », estime de son côté la sémiologue Mariette Darrigrand, à la tête du cabinet Des Faits et Signes, spécialisé dans l'analyse du discours médiatique. « Il y a un moment où tout le monde peut se retrouver sur un même mot neutre, et le mot "patriote", c'est le mot neutre ou positif », poursuit-elle.

En utilisant le terme « patriotes », Marine Le Pen pioche dans le lexique habituel du FN. Mais face à son adversaire actuel, elle tend par ce biais à montrer qu'elle est la voix du peuple contre celle des élites, contre la « mondialisation sauvage » dont le fer de lance serait Emmanuel Macron, selon elle. Depuis plusieurs mois, la candidate frontiste « utilise le mot patriote dans son sens à elle, c'est-à-dire souverainiste, voire nationaliste », poursuit Mariette Darrigrand. Le slogan de l'affiche du 2e tour de la candidate du FN est on ne peut plus clair: elle appelle à « choisir la France », mêlant ainsi sa candidature au choix de sa patrie, et laissant entendre que son adversaire sert les intérêts étrangers.

A contrario, Emmanuel Macron appelle à voter pour lui en usant d'un slogan fédérateur: « Ensemble pour la France ». « Il n'y a pas plusieurs France, il n'y en a qu'une, la nôtre, la France des patriotes dans une Europe qui protège et que nous aurons à refonder », a-t-il déclaré lundi devant ses partisans. Le candidat centriste contre-attaque, de manière assez subtile, face aux tentatives de sa concurrente de le dépeindre comme le candidat de la « mondialisation sauvage ».

« En cherchant son adversaire politique sur son terrain, il essaie de la dessaisir de ce terme emblématique », analyse Julien Longhi. Il tend également à revenir à l'essence du mot, en rappelant que le parti d'extrême droite n'a pas l'apanage du patriotisme. Un sentiment partagé par Mariette Darrigrand, qui estime qu'Emmanuel Macron « ne veut pas laisser ce mot très positif à Marine Le Pen ». Un pari difficile pour M. Macron tant le Front national a réussi à imprimer sa patte « patriotique » dans l'imaginaire collectif. « C'est toujours compliqué d'aller sur un terrain qui est déjà bien balisé par le FN, parce qu'on sait qu'il y a une rhétorique, et des éléments de langage très rodés », rappelle Julien Longhi. Emmanuel Macron a d'ores et déjà fait le distinguo entre le « patriotisme ouvert » et « volontaire » face au « nationalisme étriqué » de Marine Le Pen, comme lors d'un déplacement dans une municipalité FN du département de l'Aisne, en mars dernier. « Le patriotisme, c'est d'abord l'amour des siens; le nationalisme, c'est d'abord la haine des autres », disait Romain Gary. De cette bataille sémantique, mais surtout idéologique, ne sortira qu'un seul vainqueur le 7 mai prochain.


Retour sur les récentes étapes de cette logorrhée nationaliste.


Le drapeau tricolore à l'honneur

par Vincent Larouche
La Presse - 25 nov 2015
http://www.lapresse.ca/international/dossiers/attaques-a-paris/201511/24/01-4924451-le-drapeau-tricolore-a-lhonneur.php


PARIS - Il est partout ces jours-ci: attaché précairement sur les clôtures qui bordent les lieux des attentats, jeté sur les épaules d'un jeune homme venu se recueillir, accroché au pied du micro d'un chanteur un peu bohème dans un bar du XIe arrondissement et même, chose inimaginable il y a peu, suspendu au balcon d'une résidence, boulevard Voltaire. Le drapeau bleu-blanc-rouge, avec lequel une large part de la population entretenait une relation complexe et distante, fait son grand retour en France. Explications.

Afficher un drapeau n'est pas un acte aussi anodin en France qu'au Canada. En temps normal, « ce n'est pas quelque chose qui est complètement assumé par les Français », souligne à La Presse Céline Brecq, de la firme de sondage Odoxa, qui vient de réaliser un sondage sur la question pour Le Parisien. Dans ce même journal, un sociologue souligne que le drapeau est né juste après la Révolution française et les exécutions par guillotine, ce qui l'empêchait d'être un symbole « apaisé et rassembleur ». Le journal Le Monde, lui, évoque un rapport « schizophrène » et un malaise en raison de l'usage du drapeau par les colonialistes, le régime collaborationniste de Vichy pendant la guerre et le Front national, parti d'extrême droite.

Le sondage mené après les attentats révèle un grand retour: voilà que 93 % des répondants sont attachés au drapeau et que 83 % d'entre eux approuvent le mouvement mondial pour l'afficher sur Facebook. Les quatre concepts les plus associés au tricolore par les répondants sont la République, la Révolution française, la liberté et la résistance. « On a besoin de symboles, et le drapeau bleu-blanc-rouge en est un. En l'occurrence, on voit qu'il est associé à des choses positives plutôt qu'à un nationalisme chauvin. Des gens sont même prêts à le mettre sur leur maison, alors que personne ne fait ça en France, ça n'existe pas ! », affirme Mme Brecq.

Cet engouement a mené à une explosion des ventes, confirme à La Presse Luc Doublet, PDG de l'entreprise Doublet, principal fabricant de drapeaux en France. « Absolument. Nous avons en moyenne 2.000 connexions par jour sur notre site, et c'est passé à 10.000. Les gens commandent le drapeau, mais se renseignent aussi sur la façon de le mettre en berne, etc. En même temps, nous sommes tristes de le fabriquer. J'aimerais mieux le faire pour les Jeux olympiques ou la Coupe du monde. Mais je suis content qu'il y ait une réappropriation du drapeau par la population. C'est bien que ce symbole de la nation appartienne vraiment à tout le monde. Ça veut dire qu'on existe et qu'ils ne passeront pas ».

Le drapeau tire ses origines de la Révolution, alors que, sous la pression du peuple en armes, Louis XVI accepte d'arborer une cocarde combinant le blanc, couleur du roi, au rouge et au bleu, couleurs de la ville de Paris insurgée. Adopté puis abandonné au fil des décennies suivantes, le tricolore s'est imposé pour de bon en 1848. Selon Céline Brecq, il a connu d'autres regains de popularité sporadiques avant aujourd'hui, notamment lors de la Coupe du monde de 1998 et après les attentats de Charlie Hebdo en janvier dernier.


Après les attentats, le drapeau tricolore prend un coup de jeune
AFP, France24 - 25 nov 2015
http://www.france24.com/fr/20151125-apres-attentats-le-drapeau-tricolore-prend-coup-jeune


PARIS - Le drapeau français a pris un "coup de jeune" après les attentats de Paris, incarnant le symbole d'une société libre et ouverte, mais menacée par les jihadistes, qui se rajoute à son interprétation traditionnelle, plus patriotique et sécuritaire. François Hollande invite les Français à "pavoiser" leur domicile avec un drapeau bleu-blanc-rouge, lors de l'hommage solennel qui sera rendu vendredi aux Invalides aux victimes des attentats du 13 novembre. "Comme le slogan « Je suis Charlie » après les attentats de janvier, qui défendait la liberté d'expression et de caricature, le bleu-blanc-rouge est devenu une icône", note Sandra Laugier, enseignante de philosophie à l'université Panthéon Sorbonne (Paris I).

Après les attentats du 13 novembre qui ont fait 130 morts, la Marseillaise a retenti partout. De nombreux monuments dans le monde se sont drapés d'éclairages tricolores en solidarité avec la France. A New York, le One World Trade Center, bâti sur le site des tours jumelles détruites le 11 septembre 2001. A Sydney, l'opéra. A Rio, le Christ Redempteur qui domine la ville. A Berlin, la porte de Brandebourg. Et beaucoup d'autres. Les drapeaux, dont les ventes explosent, ont fleuri ailleurs: sur les réseaux sociaux, Facebook a suggéré à ses abonnés de glisser un filtre tricolore, critiqué par certains, sur leurs portraits. Sur les lieux des attentats, aux côtés des montagnes de fleurs et des messages d'hommage aux victimes. (...) Pour Sandra Laugier, le tricolore est devenu un symbole, "comme l'affiche d'Obama « Yes we can »", qui "dépasse la France, et montre qu'elle représente quelque chose de spécial dans le monde".

Depuis le 13 novembre, boire un verre au bistrot "est soudain devenu une valeur universelle" qui s'est "coagulée dans le drapeau avec ses autres signifiants: Jeanne d'Arc, la nation, l'autorité..." selon le sociologue François de Singly, enseignant à Paris Descartes (Paris V). "Or le café est un symbole de socialisation qui ne dépend ni de la religion, ni de la famille, ni de l'Etat" souligne Mme Laugier. Le drapeau brandi célèbre ainsi le "goût de la vie" par opposition au "goût de la mort" attribué aux jihadistes et au drapeau noir de l'organisation Etat islamique (EI). Du coup, la bannière tricolore a pris "un coup de jeune, elle s'est déringardisée", ajoute M. de Singly. Avant les attentats, à la différence d'autres pays, le drapeau était plutôt vécu par les Français comme "un peu embarrassant", admet-il. "Depuis les années 1980", il reste associé aux "nostalgiques du retour de l'autorité, au nationalisme, et à la montée de l'extrême droite", dit à l'AFP Carole Reynaud-Paligot, chercheuse associée à Paris I.

La banderole symbole de l'unité française, alliant le blanc royal encadré du bleu et du rouge de la garde nationale parisienne, a été officialisée par le marquis de La Fayette en 1789. Depuis, elle a "traversé l'histoire" et appartient "à tous et à chacun", souligne sur son blog l'historien Fabrice d'Almeida, enseignant à Panthéon Assas (Paris II). Mais "la célébration d'un mode de vie via le drapeau ne suffira pas" à répondre au défi sociétal posé par les attentats, avertit Mme Reynaud-Paligot, historienne des XIXe et XXe siècles. "Le terrorisme n'est pas l'apanage de l'islamisme radical. Il a touché l'anarchisme et les extrêmes, droite et gauche. Et on oublie de rappeler la tradition d'accueil des étrangers par la République aux XIXe et XXe siècles" dit-elle, en s'inquiétant d'un risque de "dérive nationaliste", autour du "rejet de l'autre" et d'une "intolérance face à une religion".

Pour M. de Singly le drapeau a un "potentiel rassembleur" plus important que le slogan "Je suis Charlie", dans lequel une partie de la société française ne s'est pas reconnue. "Un « Nous » collectif a d'autant plus de chance de se développer dans la société qu'il existe un « eux » menaçant" estime-t-il. Le chanteur du groupe Zebda, Magyd Cherfi, a ainsi affirmé ne s'être jamais senti "si Français" que depuis le "carnage". "Il y a des jours comme ça où même « anar » on porte un drapeau parce que c'est tout ce qui reste à brandir après l'embrasement et il est bleu blanc rouge" a-t-il écrit dans une tribune.


Après les attentats de Paris, les ventes du drapeau français en forte hausse
AFP, France24 - 25 nov 2015
http://www.france24.com/fr/20151125-apres-attentats-paris-ventes-drapeau-francais-forte-hausse


LILLE - Après les attentats de Paris, les ventes du drapeau tricolore ont "plus que doublé", a indiqué à l'AFP l'entreprise Doublet, leader européen de la fabrication de drapeaux, implantée à Avelin, près de Lille. "Nous vendons entre 2 et 3 fois plus de drapeaux français qu'habituellement", a indiqué le directeur marketing de Doublet, Arnaud Meunier.

En outre, la fréquentation du site internet est passée de 1.000 visites par jour à 10.000 dès le week-end après les attentats, "les pages les plus consultées étant les articles informatifs comme: « Comment mettre les drapeaux en berne ? »", a confié M. Meunier, précisant que les particuliers représentaient 30 % des ventes. "On préférerait éviter" cette augmentation, dit le président du conseil de surveillance Luc Doublet, qui recense deux autres événements ayant entraîné une hausse significative des ventes du drapeau tricolore: la mort du général de Gaulle en 1970 et la victoire de la France lors de la Coupe du monde de football en 1998. L'entreprise familiale, qui se présente comme le "leader européen dans le domaine de la fabrication de drapeaux" sur son site internet, a été créée en 1832 dans le Nord et compte 350 salariés dans le monde et 150 en France. En 2014, son chiffre d'affaires était de 22 millions d'euros.


Hommage aux victimes du 13 novembre: Hollande invite les Français à "pavoiser" leur domicile
AFP, France24 - 25 nov 2015
http://www.france24.com/fr/20151125-hommage-victimes-13-novembre-hollande-invite-francais-a-pavoiser-leur-domicile


PARIS - François Hollande invite les Français à "pavoiser" leur domicile lors de l'hommage solennel qui sera rendu vendredi aux Invalides aux victimes des attentats du 13 novembre, a annoncé le porte-parole du gouvernement Stéphane Le Foll. Le chef de l'Etat a "indiqué que chaque Français pourrait y participer aussi en ayant la possibilité de pavoiser son lieu d'habitation avec un drapeau bleu blanc rouge, les couleurs de la France", a déclaré M. Le Foll devant la presse à l'issue du Conseil des ministres.


Ségolène Royal souhaite que les Français aient "chez eux le drapeau tricolore"
Le Monde, avec AFP et Reuters - 23 mar 2007
http://www.lemonde.fr/societe/article/2007/03/23/segolene-royal-plaide-pour-le-drapeau-tricolore_887281_3224.html


"Je pense que tous les Français devraient avoir chez eux le drapeau tricolore. Dans les autres pays, on met le drapeau aux fenêtres le jour de la fête nationale", a déclaré Ségolène Royal lors d'une rencontre avec la presse dans le Var, vendredi 23 mars. Elle a aussi promis, si elle est élue, de "faire en sorte que les Français connaissent la Marseillaise". La candidate socialiste, qui, la veille, lors d'un meeting à Marseille, avait fait entonner à la salle l'hymne national, a estimé qu'"avoir reconquis le droit de chanter la Marseillaise" marque "une étape historique pour la gauche, qui avait cru devoir abandonner l'hymne national à l'extrême droite". Selon elle, "c'est la responsabilité d'un chef d'Etat d'assumer l'hymne national", qui fait partie "des éléments de rassemblement".

"Il faut reconquérir les symboles de la nation et en même temps porter un regard neuf sur les valeurs de la nation", a-t-elle ajouté, au cours d'une brève tournée dans la région Provence-Alpes-Côte d'Azur, où l'extrême droite a conquis plusieurs municipalités en 1995. En allusion au projet de Nicolas Sarkozy de créer un ministère de l'immigration et de l'identité nationale, la candidate socialiste a appelé les Français "à ne pas se laisser enfermer dans les dévoiements de ce que l'on entend actuellement sur la mise en cause de l'identité nationale". (...)


Résultats du 1er tour de l'élection présidentielle:

Emmanuel Macron (EM!, social-libéral)..................................  24,01 %
Marine Le Pen (FN, anti-UE, extrême droite populiste)..........  21,30 %
François Fillon (LR, libéral conservateur)...............................  20,01 % > rallie Macron
Jean-Luc Mélenchon (LFI, anti-UE, gauche nationaliste).......  19,58 % > pas de consigne
Benoit Hamon (PS, social-démocrate)...................................    6,36 % > rallie Macron
Nicolas Dupont Aignan (DLF, anti-UE, souverainiste)...........    4,70 % > rallie Le Pen
Jean Lassalle (Résistons!, centriste communaliste)..............    1,21 % > vote blanc
Philippe Poutou (NPA, étatiste gauchiste)..............................   1,09 % > pas de consigne
François Asselineau (UPR, anti-UE, "frexiter" complotiste)...    0,92 % > pas de consigne
Nathalie Arthaud (LO, étatiste trotskyste)...............................    0,64 % > vote blanc / abst.
Jacques Cheminade (S&P, anti-UE, larouchiste)...................    0,18 % > rallie Macron
Blancs: 1,78 %; Nuls: 0,77 %; Abstention: 22,23 % (Source ministère de l'Intérieur).

L'hexagone est coupé en deux. Macron gagne à l'ouest et au centre, Le Pen gagne dans le quart nord-est et le pourtour méditerranéen. Le Pen arrive en tête dans 46 départements métropolitains contre 42 + 1 DOM pour Macron. Fillon en gagne 5 + 1 DOM et Mélenchon 3 + 3 DOM. Le Pen réalise ses meilleurs scores dans les régions rurales tandis que Macron la devance dans les grandes villes.

04/05/2017 >> Le monde politique se remet du "pugilat" d'hier soir à la télé.
Le Pen a montré qu'elle n'est bien qu'une aboyeuse. Elle a balancé un nombre incroyable d'énormités, incapable de parler sans consulter ses dossiers. La plus grosse: elle ne savait pas que l'ECU avait servi d'unité de compte pendant les années 80-90 (puisqu'elle a prétendu que les entreprises commerçaient dans cette monnaie !) Un étudiant en sciences éco apprend ça en première année... Mais Macron n'a pas été en reste, se laissant aller à plusieurs approximations. Il a prétendu notamment qu'il y a moins de chômage aujourd'hui qu'en 1990. En nombre: c'est faux, en taux: c'est peut-être vrai, mais ça dépend de quoi on parle puisque les actuelles catégories ont été refondées par Sarkozy en 2009.
Le Pen s'est sabordée en direct. Macron est assuré d'être élu.

08/05/2017 >> Résulats de l'élection présidentielle:
Macron l'emporte largement avec 66,10 % des suffrages exprimés. Le Pen gagne 2 départements: l'Aisne et le Pas-de-Calais. Votes blancs ou nuls: 8,55 % des inscrits + Abstention: 25,44 %