Ni rouge, ni noir, ni vert. L'autonomie rejette partis,
syndicats et toute forme de gestion et de pouvoir.
Rassembler des foules sous un même drapeau
trouve toujours son origine dans une imposture.
Seule une révolution mettra fin à un système
dont l'obsession de l'argent entraine l'humanité
vers la catastrophe.
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Date de création : 10.03.2011
Dernière mise à jour :
12.02.2026
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Malgré un incroyable matraquage médiatique, malgré les mensonges assénés depuis des mois, malgré l'arme de la peur utilisée jusqu'à plus soif par le gouvernement, Orban n'est pas parvenu à mobiliser la moitié de l'électorat (seulement 39,9 %) pour son référendum anti-migrants. Il va devoir à présent faire face au bilan économique qu'il pensait pouvoir faire oublier.
Revers électoral pour le référendum d'Orban, invalidé par l'abstention
AFP, Boursorama - 02 oct 2016
http://www.boursorama.com/actualites/hongrie-revers-electoral-pour-le-referendum-d-orban-invalide-par-l-abstention-c3ad807854c90e5f235c096f98b1cd02
Le Premier ministre hongrois Viktor Orban a connu dimanche un revers électoral, son référendum contre le plan de l'Union européenne sur l'accueil des réfugiés étant en voie d'invalidation faute de quorum, malgré la large avance du "non". Les opposants aux relocalisations de réfugiés au sein de l'UE l'emporterait de très loin (95 %) [actualisé à 98,3 %], selon de premières estimations annoncées par le vice-président du parti Fidesz au pouvoir, Gergely Gulyas. Mais avec une participation évaluée à 45 % [actualisé à 39,9 %], la consultation à forte valeur symbolique initiée par le chef de l'exécutif hongrois n'aura pas force légale. Le nombre de votes exprimés devait représenter au moins 50 % des inscrits pour que le scrutin soit valide. (...)
Le responsable du Bureau national des élections Andras Pulai avait reconnu à la fermeture des bureaux de vote que la participation n'atteindrait sans doute pas la barre des 50 %. Anticipant une possible victoire contrariée par l'abstention, le conservateur Viktor Orban n'a cessé d'insister sur le fait que la priorité était le pourcentage atteint par le "non". "Si le vote contre les quotas obligatoires atteint 95 %, le message est clair", a ainsi réagi le porte-parole du gouvernement Zoltan Kovacs, interrogé par l'AFP, jugeant le taux d'abstention secondaire. Mais le dirigeant du parti d'extrême droite Jobbik, Gabor Vona, seul véritable rival du Fidesz de M. Orban en vue des législatives de 2018, a, sitôt les premières estimations connues, renouvelé ses appels à la démission du Premier ministre.
Quelque 8,3 millions d'électeurs étaient appelés à répondre à la question: "Voulez-vous que l’Union européenne décrète une relocalisation obligatoire de citoyens non-hongrois en Hongrie sans l’approbation du Parlement hongrois ?" "Je suis fier que nous soyons les premiers (en Europe) à répondre à cette question dans les urnes, même si nous sommes malheureusement les seuls", avait déclaré M. Orban en votant à Budapest. L'opposition et les ONG de défense des droits de l'homme avaient appelé au boycott ou au vote nul. (...)
La Hongrie n'a proposé à ce jour aucune place d'accueil de réfugiés relocalisés et souhaitait, par ce référendum, s'affranchir de toute obligation de contribuer à l'effort européen de répartition des migrants. La Commission européenne a cependant régulièrement souligné que le scrutin n'aurait aucun impact juridique sur les engagements adoptés, les Etats membres ayant "la responsabilité légale d'appliquer les décisions prises". La Hongrie est censée accueillir au moins 1.294 migrants en vertu du plan européen de répartition de 160.000 demandeurs d'asile adopté il y a un an. Celui-ci est toutefois largement resté lettre morte, seuls quelques milliers de personnes ayant été "relocalisées". (...)
Viktor Orban continue de bénéficier d'une popularité au plus haut, portée par son discours décomplexé sur l'immigration qu'il compare à "un poison", et qui a mis en sourdine les critiques sur le reste de sa politique. En 2015, 400.000 candidats à l'asile en Europe ont transité par la Hongrie, la plupart avant l'installation de clôtures barbelées le long des frontières serbe et croate.
Référendum en Hongrie: Le pays a basculé il y a dix ans
Editorial publié dans Le Courrier des Balkans, rapporté par Hu-lala - 01 oct 2016
http://hu-lala.org/referendum-hongrie-pays-a-bascule-y-a-dix-ans/
Demain 2 octobre 2016 aura lieu en Hongrie le référendum sur le système européen de répartition des réfugiés. Ce scrutin couronne une campagne particulièrement virulente de la part du gouvernement en faveur du "non". Même si les rapports de force sont très inégaux, ce sont bien deux Hongrie qui s’affronteront dans comme hors les urnes. Retour dix années en arrière, au moment où le pays s’est presque irrémédiablement fracturé.
Automne 2006. Des émeutiers mettent à sac des quartiers de Budapest. Dans un chaos de gaz lacrymogène, ils réussissent à s’emparer d’un tank T-34 (désarmé), un de ceux qu’avait utilisé l’Armée rouge pour mater le soulèvement hongrois, exactement cinquante années plus tôt. C’est le 23 octobre et la Hongrie commémore les martyrs de la révolution. Un grand rassemblement est organisé dans le centre de la capitale par Viktor Orban et son parti, le Fidesz. La police anti-émeute intervient et frappe sans discernement dans la foule, les familles et les personnes âgées comme les hooligans. La télévision publique censure, mais la chaîne Hír TV, liée au Fidesz, se charge de retransmettre en direct les événements. Les images choquent, on n’avait pas vu pareille violence depuis…1956, année de l’insurrection des Hongrois contre le pouvoir communiste, justement.
Quelques mois plus tôt, au printemps, la coalition socialiste-libérale avait déjoué tous les pronostics en réussissant à se maintenir au pouvoir. Lors d’un débat télévisé décisif, Viktor Orban avait été terrassé par son ennemi juré, Ferenc Gyurcsany. Les socialistes du MSzP avaient promis, beaucoup promis, durant la campagne, mais c’est une douche froide qui s’abattait sur la population au lendemain des élections : augmentation de la TVA, des prix du gaz, de l’électricité et de nombreux produits de consommation. Avant l’annonce périlleuse de ce plan d’austérité, le jeune leader socialiste avait réuni à Balatonoszod les cadres du parti pour les préparer aux secousses à venir, à huis-clos. « Nous n’avons fait que mentir tout au long des 18 derniers mois. […] Nous avons tout fait pour cacher pendant la campagne ce dont le pays avait vraiment besoin, ce que nous comptions faire après la victoire. Car nous savions, et vous aussi ! ».
Ces mots fuitent le 17 septembre par la Magyar Radio. Le soir même, des milliers de manifestants se massent devant le Parlement, pour réclamer la démission du Premier ministre Gyurcsany et le lendemain soir le siège de la Magyar Televizio est pris d’assaut par des groupes d’extrême-droite et de hooligans de clubs de foot, sur la place de la Liberté. Parmi eux, un certain Laszlo Toroczkai, celui-là même qui a, à la tête d’une petite bourgade frontalière avec la Serbie (Asotthalom), réclamerait le premier, des années plus tard, la construction d’un mur entre la Hongrie et la Serbie. Face au pouvoir qui s’accroche, c’est tout la droite qui n’aura de cesse de harceler, de dénoncer les « traîtres à la patrie ». La vague de la crise américaine des subprimes qui submergera le pays en 2008, laissant sur le carreau des centaines de milliers de foyers surendettés, achèvera de paver la voie à un Viktor Orban promettant le retour de l’ordre et la fin de la sévère cure d’austérité mise en place par le gouvernement de Gordon Bajnai, un exécutif composé de technocrates soutenu par la gauche.
Selon le récit de la droite, sa « révolution dans les isoloirs » en 2010 – par laquelle elle prendra le contrôle des 2/3 du parlement – viendra achever une bonne fois pour toutes la révolution de 1956, en chassant pour de bon les communistes et leurs derniers avatars: les sociaux-libéraux et l’intelligentsia progressiste. Pour gouverner, le Fidesz ne cessera d’en appeler à la défense de la nation: contre le FMI tout d’abord, puis la Commission européenne, contre le milliardaire-philanthrope George Soros et les ONG qu’il finance… Des autobus déversent dans Budapest des Polonais du PiS et des Magyars des pays voisins pour scander « Nous ne serons pas une colonie ! » lors de manifestations monstres pour soutenir la « lutte pour l’indépendance » menée par le gouvernement hongrois.
Aujourd’hui, contre un Occident « décadent » et « nihiliste » au pouvoir à Bruxelles et son plan de relocalisation de réfugiés, et contre un nouvel ennemi cette fois de chair et d’os – les migrants -, c’est encore l’imaginaire de la nation agressée que le Fidesz tente à nouveau de convoquer, jusqu’à la mobiliser dans ses marges. Les Hongrois d’outre-frontières sont rappelés à leur ancienne fonction de gardiens de la mère-patrie et de la chrétienté contre les Ottomans, les Roms sont menacés de voir les aides sociales diminuées au profit d’hypothétiques réfugiés « relocalisés », les municipalités menacées de voir leur dotation diminuer si par malheur elles faisaient oeuvre d’hospitalité… L’enjeu pour le pouvoir étant une participation de 50 %, sans quoi le référendum serait invalidé et le revers cuisant pour Viktor Orban.
Ostracisée, vilipendée, divisée et hors d’état de nuire, la gauche n’a pas eu droit au moindre débat avec le Fidesz depuis que ce dernier lui a repris le pouvoir en 2010. Dans les forums citoyens du parti gouvernemental qui mobilisent en vue du référendum de ce dimanche 2 octobre, elle est selon la terminologie employée par la communication gouvernementale, « le parti des clandestins ». Lors d’un rassemblement du MSzP jeudi soir à Debrecen (la 2e ville du pays, dans l’est), des jeunes activistes du Fidesz se sont invités pour scander des « traître ! traître ! », à l’adresse de son président, Gyula Molnar, qui appelait au boycott du référendum. Le « peuple de gauche », qui existe bel et bien en Hongrie, est dans un désarroi tel, qu’il ne lui reste plus – grâce à la contre-campagne du parti satirique du chien à deux queues (MKKP) – que le rire pour pleurer. [Voir l'article plus bas]
En six ans, Viktor Orban est parvenu à essuyer l’affront de sa défaite de 2006 en transformant l’État hongrois en appareil politique au service de ses ambitions. Grâce à une habile stratégie de contre-feu permanent, le leader conservateur a pu tranquillement forger, à l’ombre de polémiques savamment entretenues, un système quasi-féodal à la tête du pays. Sur le plan intérieur, malgré de bons résultats économiques apparents, la société hongroise souffre dans son ensemble d’une nette montée des inégalités, sa jeunesse quitte le pays par dizaines de milliers, ses actifs sont confrontés tous les jours à la précarisation du marché du travail, et les plus fragiles payent durement la mise à sac des systèmes publics de santé et d’enseignement. Sur le plan extérieur, le chef du Fidesz fait de la Hongrie – le référendum de demain le montre bien – sa tribune idéologique, le laboratoire d’une nouvelle droite européenne débarrassée des gardes fous moraux de la démocratie chrétienne d’après-guerre.
Il y a dix ans, lors de son fameux discours, Ferenc Gyurcsany s’était fait visionnaire: « C’est fantastique de diriger un pays, s’exclamait-il sans savoir qu’il changerait avec ses mots le cours de la vie politique hongroise. Pendant ces 18 derniers mois, (…) j’avais une ambition: convaincre la gauche qu’elle pouvait gagner, qu’elle n’avait pas à courber la tête dans ce putain de pays, qu’elle n’avait pas à faire dans son froc devant Viktor Orban et la droite. […] Changeons ce putain de pays ! Sinon qui va le faire ? Viktor Orban et son équipe ? » [Si ça se limite à "ce putain de pays", ça ne changera pas grand chose; ndc]
Les "panneaux bleus", l'arme fatale anti-réfugiés de Viktor Orban
par Joël Le Pavous
Slate - 01 oct 2016
http://www.slate.fr/story/123207/panneaux-bleus-viktor-orban-arme-migrants
BUDAPEST - De curieuses affiches taclant Bruxelles ou les migrants ont envahi l’espace public hongrois à l'approche du référendum anti-quotas de réfugiés. Un matraquage auquel participent largement radios et télévisions.
Pour comprendre, il suffit de se brancher sur Kossuth Radio, l'une des principales radios hongroises, ou d’emprunter le périphérique de Budapest. Durant votre trajet, vous entendrez ou verrez probablement le message suivant: « Depuis le début de la crise migratoire, près de 300 personnes sont mortes en Europe suite à des attentats terroristes ». Spot approuvé et réalisé par le gouvernement hongrois, balance la voix de baryton déclamant le texte. Où que vous alliez, quoi que vous lisiez ou écoutiez dès l'aube, vous ne pouvez pas y échapper, alors que le pays s'apprête à se prononcer (très probablement négativement), dimanche 2 octobre, sur les quotas de « relocalisation » de demandeurs d'asile en Europe
Ces placards sur fond azur rythment le quotidien des Magyars depuis la réélection de Viktor Orbán, en mai 2014. Il y eut dans l’ordre la baisse des charges locatives obtenue par sa poigne, le succès du pays qui « va mieux » économiquement malgré un Smic local plafonnant autour de 300 € nets, une autocongratulation guignolesque vantant les « réformes qui marchent » (la déduction d’impôts pour les familles, par exemple) puis l’injonction faite aux migrants de ne pas « voler le travail des Hongrois ».
Le responsable de cette stratégie offensive s’appelle Arpad Habony, alias le spin doctor du patron. En Hongrie, on le connaît surtout pour ses chaussures en croco, son mariage mirobolant au musée des Beaux-Arts et ses virées en boîte à Ibiza. C’est lui qui a suggéré à Viktor Orban d’enfiler des chemises à carreaux histoire de la jouer "populo" alors que ce dingue de foot est diplômé d’Oxford grâce à une bourse du milliardaire George Soros. Un communiquant appréciant le combat car champion de kendo.
Dans sa nouvelle lutte, Habony est encore allé à l’essentiel. Concrètement ? Les slogans de l’actuelle campagne anti-migrants incluent l’apostrophe « Le saviez-vous ? » suivie d’une phrase lapidaire: « L’augmentation du nombre de violences envers les femmes est justifiée par celle du flux migratoire », « Près d’un million et demi de migrants illégaux sont entrés en Europe rien que sur l’année 2015 », « Bruxelles veut construire une ville remplie de migrants en territoire magyar », « Les attentats de Paris ont été commis par des migrants ». Devinez quoi: ça paie.
« Les affiches instillent la peur, génèrent de la colère et créent indéniablement un effet d’agressivité », écrit la psychologue Ildiko Szigeti sur le pure-player spécialisé Mindset.hu. « C’est un procédé thérapeutique appliqué à la politique. Il s’agit de contrôler les “patients”, en l’occurrence les électeurs. Le “non” est un remède à leur anxiété. Et cette agressivité peut facilement conduire ceux ou celles qui souhaitent s’exprimer au référendum à cocher la bonne case. Car l’humain agressif dit “non” à tout ».
Les potentiels votants, y compris ceux résidant hors du pays, ont d’ailleurs reçu par la Poste un mini-guide sur le scrutin accompagné d’un bulletin de vote à renvoyer s’ils sont absents le jour J. Pendant ce temps-là, le cabinet du Premier ministre a concocté une nouvelle formule-choc destinée à capter des voix (« Ne risquons pas le futur de la Hongrie, votons non ! »). Le discours officiel affirme vouloir défendre la culture magyare au-delà des intérêts partisans. Une doxa prêchée jusqu’à plus soif.
« De mi-mai à mi-août, les spots liés à la campagne ont été diffusés 10.481 fois d’après les comptes établis par l’organisme Kantar Media, dont 6.224 à la télévision, 1.403 à la radio, 542 dans les quotidiens papier et 53 dans les magazines, relève un article de HVG.hu. Et durant la première semaine des JO de Rio, la chaîne sportive publique M4 lui a consacré 4.219 secondes de pubs, soit 20 % du créneau total disponible sur la période.» Montant de l’investissement ? 3,5 milliards de forints (11 millions d’euros).
L’appel au boycott des socialistes et les copies moqueuses du parti satirique du Chien à deux queues (« Le saviez-vous ? Non. Et on s’en fout ») ne parviennent pas à déstabiliser la domination noniste, renforcée par l’attaque au colis piégé du 24 septembre sur le grand boulevard de Budapest. 61 % des interrogés rejetteraient les quotas de Bruxelles selon un récent sondage de l’institut Publicus, paru le 24 septembre dans le journal Vasarnapi Hírek. Dans le même temps, une autre étude montre que seulement 42 % des électeurs se déclarent sûrs et certains de se rendre aux urnes, ce qui invaliderait de facto le référendum, soumis à un quorum de 50 %. La crainte paraît servir le pouvoir, mais le bourrage de crâne orbánien pourrait bien se retourner contre son instigateur.
Référendum en Hongrie: Les migrants et un chien à deux queues
par Stefano Fasano
traduit par Cécile Vergnat
CaféBabel - 02 oct 2016
http://www.cafebabel.fr/societe/article/referendum-en-hongrie-les-migrants-et-un-chien-a-deux-queues.html
Le 2 octobre prochain, les citoyens hongrois voteront lors d'un référendum sur les quotas de migrants. Tandis que le gouvernement distille volontiers la haine et la xénophobie dans la campagne et que l'opposition se tait, un groupe de potes est en train de secouer le pays à grands coup d'affiches et de bons sentiments. Qui sont-ils ? Reportage à Budapest, entre deux queues.
À Budapest l’immigration est un sérieux problème. Tellement sérieux que le gouvernement n’a pas du tout vu d’un bon œil la décision de l’Union européenne qui prévoit la répartition en Hongrie des migrants arrivés en Europe depuis un an et demi. Le gouvernement a répliqué en organisant, le 2 octobre prochain, un référendum dont il n’est pas difficile de prédire la réponse: « Voulez-vous que Bruxelles prévoit l’immigration en Hongrie de personnes n’ayant pas la nationalité hongroise, ce contre la volonté du Parlement ? ». Et pour clarifier encore d’avantage sa position, le gouvernement de Viktor Orbán a lancé depuis quelques mois une véritable campagne médiatique de terreur, à coups de publicités reportant souvent des informations exagérées voire même erronées sur l’immigration en Europe et sur les politiques migratoires de Bruxelles.
Des exemples ? « Les immigrés que Bruxelles voudrait envoyer en Hongrie pourraient remplir une ville. » C’est exact à condition qu'on parle d'un village, puisqu’ils seraient moins de 1.300. Ou encore: « Les terroriste de Paris étaient des migrants ». C’est absolument faux: ils étaient Français et Belges. Dit autrement, tous les coups sont permis dans la campagne contre les « quotas de migrants ». Cela dit, un problème demeure: le pays compte moins de 2.000 migrants. Et un fait est encore plus surprenant: ce ne sont pas les partis d'opposition qui s’élèvent contre cette campagne chargée de haine et de violence, mais un mouvement satirique né il y a 10 ans « pour rigoler ». Le nom est plutôt curieux: Magyar Kétfarkú Kutya Part, soit le Parti Hongrois du Chien à Deux Queues.
Opposition faite maison
Le Muszi se trouve place Blaha Lujza ter, à Budapest, un lieu que la France qualifierait peut-être de « centre social »: liberté dans les espaces, liberté dans l’ordre, et une liste illimitée d’activités et d‘initiatives sont organisées dans les locaux. Mais il s’agit aussi de l’endroit où le Chien à Deux Queues a établi son quartier général pour ses activités et sa campagne contre le référendum. Cette dernière se fonde sur un concept très simple: ridiculiser et se moquer de la campagne du gouvernement en produisant une campagne parallèle avec le même format, mais avec des messages irrévérencieux, caustiques et divertissants destiné à démolir le travail de persuasion pour le "Non" d'Orban . Des messages comme « Tu savais que Bruxelles était une ville ? » (en référence à la question du référendum qui parle justement de « Bruxelles » mais pas d’« Union européenne », ndlr) ou « Tu savais qu’un Hongrois voit en moyenne plus d’OVNIS que de migrants en cours de sa vie ? ». Le parti fait désormais campagne depuis des semaines dans la capitale hongroise, en dépassant en nombre et en variété les tracts édités par le Premier ministre et son parti. C'est donc à Muszi que ces petits papiers sont récoltés et préparés à la distribution, dans un petit cagibi qui pue le tabac, le papier imprimé, la peinture et la colle. Ces bandeaux publicitaires arrivent dans les rues de Budapest par le biais de bénévoles qui viennent ici en prendre quelques dizaines, parfois des centaines, pour ensuite aller les accrocher dehors.
Les bénévoles appartiennent à toutes les tranches d’âge et classes sociales: des jeunes étudiants qui viennent remplir leurs sacs à dos aux hommes d’affaires en costard-cravate avec une boîte de lessive vide en main et les clés d’une Mercedes dans l’autre, ainsi que quelques personnes âgées en vélo. Parmi eux, il y a Janos, un étudiant en droit de 21 ans: « Je pense que ce qu’ils font ici est vraiment utile, l’humour est une arme formidable. Je pense que c’est le "Non" qui va l’emporter, mais c’est un signal important. Tout le monde n’est pas sur la même longueur d’onde que le gouvernement et… nous ne sommes pas des cas isolés ».
Gergely Kovacs est le président du Chien à Deux Queues. Il porte un tee-shirt ample et usé, un pantalon large, des chaussures des baskets percées, et a un sourire qui donne une bonne humeur communicative: ce n’est pas vraiment le portrait de l’homme politique auquel on est habitué « Tout a commencé en 2006, en période de campagne électorale pour les élections législatives, on a commencé à se moquer des promesse vides et sérieuses des partis, en inventant un parti qui offrirait des choses telles que de la bière gratuite, et la vie éternelle, si jamais j’étais élu », raconte Kovacs.
« Tout le mouvement fonctionne grâce au travail d'un petit millier de bénévoles: nous payons uniquement ce qui nous est indispensable, en l’occurrence les espaces pour publier nos tracts, le papier pour les imprimer. Nous nous finançons grâce aux dons et à des campagnes de crowdfunding. À la dernière, nous avons récolté 45 millions de forints (150.000 €, ndlr) », explique Kovacs. « L’idée des affiches satiriques était la volonté de combattre la propagande de haine et de violence du gouvernement avec les mêmes armes, en montrant à quel point elle est absurde ». Kovacs est détendu et souriant, et il explique la vision de son mouvement sur la campagne du référendum lancée par le Premier ministre Orban avec calme et ironie, comme s’il parlait d’un vieil ami un peu fourbe: « Je crois que cette campagne de haine qui dure depuis un an et demi était une grosse erreur. Une erreur pour laquelle beaucoup d’argent a été dépensé (impossible de savoir la somme, le gouvernement hongrois n’a pas publié les coûts de la campagne, ndlr) Nous avons répliqué avec une campagne qui a probablement coûté seulement 1 % de ce qu’a dépensé le gouvernement. Si nous avions leur argent on pourrait reconstruire quelques arrêts de bus ou repeindre plus de bancs. Et le reste… De la bière pour tous ceux qui collaborent ! ».
Un pays divisé en deux
En se promenant à Budapest, on remarque que très peu d’espace est accordé aux raisons de voter "Oui". Excepté quelques affiches du Chiens à Deux Queues sur les murs de la ville, il n’y a aucune trace de signe de vie de l’opposition. Les médias hongrois sont aussi sur la même longueur d’onde, et les sujets les plus évoqués à la télé sont toujours les migrants et la sécurité. Les migrants y apparaissent presque toujours comme une menace pour la sécurité. Si vous entrez dans un bar - même entre amis - pour parler politique et que vous vous dites favorables à l’accueil des réfugiés aini qu'à la diversité culturelle, vous passerez pour de dangereux extrémistes ignorants, inconscients du bien et du futur de la Hongrie. Même si les chiffres suggèrent des scénarios bien moins apocalyptiques que ceux envisagés, la propagande de peur du gouvernement a bien fonctionné. Et l'issue du vote s’annonce comme une victoire assurée du "Non".
La Hongrie qui organise ce référendum semble être un pays divisé en deux. D’un côté ceux qui suivent les médias traditionnels, presque tous plus ou moins directement contrôlés par le gouvernement et par ses actions de propagande. De l’autre, ceux qui vont chercher les informations, parfois avec persévérance. Mais, finalement, est-ce que le pays qui se rend aux urnes le 2 octobre prochain ne serait pas aussi « distrait ». Les scandales, l’économie stagnante, la pauvreté grandissante dans certains quartiers du pays, tout a été « sacrifié » au nom de la lutte contre le démon de l’immigration clandestine et de l’« importunité » de Bruxelles. « On parle toujours des migrants et d’immigration, mais on ne fait pas un référendum sur les vraies questions, affirme Kovacs. Par exemple, sur la candidature de Budapest pour accueillir les Jeux Olympiques 2024, on ne peut pas se le permettre, mais ce n’est que de la propagande. Je voudrais bien voir combien de personnes diraient "oui" à un référendum à thème… »
« Le fait est que nous ne faisons pas campagne à propos de l’immigration et des migrants. Nous sommes contre toute cette campagne de haine et de violence. Et je crois que nous les Hongrois, on se déteste déjà assez entre nous, de la haine supplémentaire est la dernière chose dont notre société a besoin », explique Kovacs. « Même si c’est peut-être une bonne chose que toute cette violence soit focalisée sur les migrants. Ici il n’y en a pas, il n’y a aucun danger », admet Kovács avec un sourire provocateur.
Il s’agit là d’idées très réfléchies et plutôt complètes pour un mouvement satirique né « pour rire ». Le "Chien à Deux Queues" a par ailleurs été la seule force politique qui a cherché à faire obstacle aux idées nationalistes du Premier ministre sur toute la question migratoire (l’opposition s’est contentée de ne pas prendre position à ce sujet) et a bénéficié d’un soutien important dans la capitale (qui représente à elle seule plus de 1/10 de l’électorat hongrois), dans les cafés et les cercles culturels de la ville certains commencent à se demander ce qu’il se passerait si Kovacs se lançait et défiait Orban aux prochaines élections de 2018. « Ce que je ferais après ce référendum ? Je dormirai sans aucun doute pendant une semaine ! », nous confie Kovacs dans un grand rire. Avant de reprendre, plus sérieux: « Nous savons que nous avons un certain soutien ici à Budapest, que beaucoup de personnes voudraient que nous soyons candidats et qu’elles voteraient pour nous », admet-il. « Mais ce n’est pas vraiment la priorité à l’heure actuelle, c’est trop tôt ».
Au fait, pourquoi ce nom "Parti du Chien à Deux Queues" ? « L’idée nous est venue d’un dicton anglais: lorsque le chien est content il remue sa queue tellement fort qu’on a l’impression qu’il en a deux. C’était l’idée qu’on voulait donner: bonheur et positivité » C’est justement ce dont la Hongrie a aujourd'hui plus que jamais besoin.
EDIT (8 novembre 2016)
Revers législatif pour Orban et sa politique antimigrants
ATS, Romandie news - 08 nov 2016
http://www.romandie.com/news/Hongrie-revers-legislatif-pour-Orban-et-sa-politique-antimigrants/751263.rom
Le Parlement hongrois a rejeté mardi un projet d'amendement constitutionnel présenté par le gouvernement de Viktor Orban pour interdire le plan européen de répartition des migrants. Le Premier ministre a été victime d'une surenchère de l'extrême droite. Le texte a été approuvé par les voix de 131 des 199 députés - ceux du parti conservateur Fidesz de M. Orban et de son petit partenaire chrétien-démocrate. Il a ainsi manqué 2 voix pour atteindre la majorité des 2/3 nécessaire pour faire passer ce texte rendant illégale, en droit hongrois, la relocalisation par l'UE de réfugiés en Hongrie. Le Premier ministre s'était personnellement engagé dans cette révision constitutionnelle qui visait à prolonger le bras de fer engagé depuis plusieurs mois contre le plan européen de répartition de milliers de réfugiés dans l'UE.
Favorable sur le principe à la mesure, le parti d'extrême droite Jobbik avait conditionné son soutien à la suppression par le gouvernement d'un régime de permis de résidence accordé depuis 2013 aux riches investisseurs extra-européens, un "chantage" selon M. Orban qui a refusé. Sérieux concurrent pour le parti Fidesz de M. Orban dans la perspective des législatives prévues en 2018, l'extrême droite hongroise avait trouvé dans ce vote une occasion inespérée de faire pression sur la majorité. Le Jobbik estime que ces dérogations représentent une brèche en faveur de l'immigration ainsi qu'un danger potentiel pour la sécurité de l'Etat, puisque de "riches terroristes", selon ce parti, peuvent virtuellement en bénéficier.
Bien que présents dans l'hémicycle, les députés Jobbik, tout comme les socialistes, n'ont pas pris part au vote. Les élus du parti d'extrême droite ont brandi une banderole proclamant: "Le traître, c'est celui qui laisse entrer les terroristes contre de l'argent". Le gouvernement accusait depuis plusieurs semaines l'extrême droite de sacrifier l'intérêt national - le vote de l'amendement - pour des motifs politiciens. Depuis 2013, la Hongrie a émis plus de 10.000 obligations d'Etat, d'une valeur nominale de 300.000 €, ouvrant droit à un permis de résidence et à la possibilité de voyager au sein de l'espace Schengen. La plupart d'entre elles ont été acquises par des Russes, des Chinois et ressortissants de pays du Moyen-Orient. L'initiative de cet amendement avait été prise par le Premier ministre dans la foulée de son référendum invalidé contre le mécanisme européen de répartition des réfugiés, le 2 octobre. (...)
Le projet d'amendement constitutionnel prévoyait que "les populations étrangères ne peuvent pas être réinstallées en Hongrie" et que les ressortissants de pays tiers à l'UE ne peuvent vivre en Hongrie que sur la base de requêtes individuelles, examinées par les autorités. Des analystes interrogés par l'AFP ont cependant estimé que l'amendement n'aurait "pas vraiment" eu "d'impact juridique" en droit hongrois et qu'il s'agissait avant tout d'un "instrument de politique intérieure, pour donner l'image d'un défi à Bruxelles".