Le Monde d'Antigone

Ni rouge, ni noir, ni vert. L'autonomie rejette partis,
syndicats et toute forme de gestion et de pouvoir.
Rassembler des foules sous un même drapeau
trouve toujours son origine dans une imposture.
Seule une révolution mettra fin à un système
dont l'obsession de l'argent entraine l'humanité
vers la catastrophe.

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Dernière mise à jour : 05.02.2026
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Haro sur les caricatures: le délit de sédition en Malaisie

Publié le 29/03/2016 à 04:22 par monde-antigone


Malaisie: Un artiste caricaturant le Premier ministre en clown enflamme la Toile
par Satish Cheney
AFP, France24 - 28 mar 2016
http://www.france24.com/fr/20160328-malaisie-artiste-caricaturant-le-premier-ministre-clown-enflamme-toile


KUALA LUMPUR - Le Premier ministre malaisien Najib Razak, englué dans un scandale de corruption, est caricaturé en clown par un artiste militant qui s'inspire d'affiches de l'Atelier populaire pendant la révolte de mai 1968 en France et enflamme les réseaux sociaux. Les parodies du chef du gouvernement croqué sous les traits d'un clown au nez et lèvres rouges par Fahmi Reza sont largement partagées depuis des mois sur les réseaux sociaux. Ces dessins suscitent de la sympathie auprès de nombreux Malaisiens indignés par les accusations de corruption dont le Premier ministre fait l'objet, et ses initiatives pour freiner les investigations.

"Notre pays est gouverné par des idiots et des escrocs", affirme Fahmi dans un courriel à l'AFP, expliquant qu'il cherche à dénoncer "l'hypocrisie (des hommes politiques malaisiens), à attirer l'attention de ces autorités et à en faire rire les gens". Passionné de punk-rock et tout de noir vêtu, cheveux noirs lui couvrant les épaules et béret sur la tête, Fahmi, 38 ans, est perçu comme un artiste d'avant-garde dans ce pays d'Asie du Sud-Est à majorité musulmane. De confession musulmane, il raconte être très influencé dans son travail par l'Atelier populaire de l'ex-école des Beaux-Arts de Paris, d'où sont sorties en mai 1968 de nombreuses affiches illustrées accompagnées de slogans de soutien des étudiants à la classe ouvrière, lors d'un des plus importants mouvements de révolte étudiante et sociale en France.

Mais en Malaisie, les caricatures de Fahmi n'amusent pas les autorités. L'artiste a déjà été interpellé et interrogé par la police qui lui a demandé de cesser de publier les caricatures du Premier ministre. Fahmi dit faire l'objet d'une enquête pour de possibles violations des lois sur le multimédia, avec le risque d'encourir jusqu'à 5 ans de prison. L'an passé, un autre caricaturiste malaisien engagé, connu pour ses dessins cririques envers le gouvernement, a été inculpé de multiples délits de sédition (soulèvement concerté contre l'autorité établie) lui faisant risquer jusqu'à 43 ans d'emprisonnement. Fahmi, qui définit son art comme une "arme", ne se sent pas découragé pour autant: "Ils peuvent mettre en prison un rebelle, mais ils ne peuvent pas emprisonner la rébellion".

Le Premier ministre est sous le feu des critiques depuis la révélation l'an passé du détournement de centaines de millions de dollars dérobés à une société publique créée par lui à son arrivée au pouvoir en 2009, et qu'il a reconnu avoir accepté un mystérieux don de l'étranger de 681 millions de dollars (608 millions d'euros). Najib rejette tout lien entre ce don et la société publique 1MDB, aujourd'hui endettée à hauteur de 10 milliards d'euros, et nie tout acte répréhensible. Mais il est vivement critiqué après avoir écarté un procureur enquêtant sur cette affaire, limogé des membres du gouvernement dénonçant l'absence de transparence et pris des initiatives contre des médias évoquant le scandale.

Les caricatures de Fahmi et les nombreuses copies s'inspirant de ces dessins ont été partagées sur les réseaux sociaux tel Facebook, tandis que des posters et autocollants qui ont commencé à apparaître en public sont rapidement retirées sur instruction des autorités. Cette campagne met en exergue l'émergence des réseaux sociaux comme tribune politique dans un pays où les médias traditionnels sont étroitement contrôlés par le régime, sous l'impulsion du parti de Najib, l'Organisation nationale des Malais unis (UMNO), formation majoritaire et au pouvoir depuis l'indépendance de la Malaisie en 1957. "Quand les gens ont l'audace de se lever contre l'injustice, contre la corruption, cela attaque la structure du pouvoir qui rend les gens dociles", conlut Fahmi.


Malaisie: Il faut mettre fin à la répression sans précédent visant des centaines de personnes
Amnesty international - 11 mar 2016
https://www.amnesty.org/fr/latest/news/2016/03/malaysia-end-unprecedented-crackdown-on-hundreds-of-critics-through-sedition-act/


(...) Le gouvernement a pris au cours des deux dernières années des mesures sans précédent afin de réduire au silence, harceler et enfermer des centaines de dissidents. Ce document, intitulé "Critical Crackdown: Freedom of expression under attack in Malaysia", explique que le recours à la Loi relative à la sédition - qui accorde aux autorités des pouvoirs étendus contre ceux qui s’opposent à elles - a explosé depuis que le Barisan Nasional, la coalition gouvernementale, a remporté de justesse les élections générales de 2013. On a recensé 170 affaires de sédition depuis lors. Pour la seule année 2015, au moins 91 personnes ont fait l’objet d’une arrestation, d’une inculpation ou d’une enquête pour sédition - près de 5 fois plus que durant les 50 premières années d’existence de cette loi.

« S’exprimer haut et fort en Malaisie devient de plus en plus dangereux. En renforçant la répression et en prenant pour cible des dizaines d’individus considérés comme des détracteurs, le gouvernement réagit de la pire des manières face à ceux qui défient son autorité », a déclaré Josef Benedict, responsable de l’action sur l’Asie du Sud-Est [à Amnesty international; ndc].
« La loi relative à la sédition n’a pas sa place dans une société moderne et respectueuse des droits, il s’agit d’un texte très répressif qui est devenu l’arme de prédilection des autorités pour s’en prendre à l’opposition.
« Les chiffres parlent d’eux-mêmes - la multiplication des affaires de sédition ces dernières années met en relief la diminution rapide de l’espace dévolu à la liberté d'expression ».

Les autorités malaisiennes ont jeté un large filet répressif dans le cadre de leur utilisation de la Loi relative à la sédition, prenant pour cible des individus divers tels que des défenseurs des droits, des journalistes, des avocats et des politiciens de l’opposition. Cette synthèse a été diffusée avant l’audience, jeudi 28 janvier, du dessinateur Zunar, qui encourt une longue peine de prison pour sédition, en raison d’une série de tweets dans lesquels il critiquait le gouvernement. Autre victime récente de cette loi, Khalid Ismath, un militant étudiant, doit répondre de trois accusations de sédition portées contre lui en octobre 2015 parce qu’il avait publié sur Facebook un statut dénonçant les abus de pouvoir de la police malaisienne. Khalid Ismath attend actuellement l’ouverture de son procès.

La menace d’une arrestation a eu un effet paralysant sur le débat public et la liberté d'expression en Malaisie, en particulier pour les médias indépendants. Susan Loone, une journaliste appréhendée pour sédition en 2014 après qu’elle eut publié un article critiquant la police, a déclaré à Amnesty International que ses collègues s’autocensurent parfois pour éviter d’être harcelés par les autorités. En ce qui la concerne, Susan Loone ne renonce pas: « Si écrire la vérité, poser des questions, prendre un ministre à partie ou demander des comptes à une personnalité influente revient à entrer en rébellion, alors rebellons-nous tous ».

La loi relative à la sédition est un vestige de l’ère coloniale britannique en Malaisie, introduite en 1948 pour combattre le mouvement indépendantiste. Les personnes reconnues coupables sont passibles de 3 années d'emprisonnement, d'une amende de 5.000 ringgits (environ 1.300 $) ou des deux pour une première infraction. Toute récidive peut leur valoir une peine allant jusqu’à 5 ans de prison. En 2012, le Premier ministre, Najib Razak, s’est engagé à abroger cette loi; or, non seulement le gouvernement est revenu sur cette promesse, mais il a en outre renforcé et élargi la portée de la Loi relative à la sédition. Une modification de cette loi, adoptée de manière accélérée par le Parlement en avril 2015 après moins d’une journée de débats, a: ajouté la critique de la religion à la liste d’infractions relevant de la sédition; réduit la marge de manœuvre des juges lorsqu’ils prononcent une condamnation, les obligeant à imposer des peines de prison d’une durée comprise entre 3 et 7 ans; et également fait tomber les médias électroniques et les partages sur les médias sociaux sous le coup de cette loi. (...)