Ni rouge, ni noir, ni vert. L'autonomie rejette partis,
syndicats et toute forme de gestion et de pouvoir.
Rassembler des foules sous un même drapeau
trouve toujours son origine dans une imposture.
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dont l'obsession de l'argent entraine l'humanité
vers la catastrophe.
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Date de création : 10.03.2011
Dernière mise à jour :
01.02.2026
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Hier la Grèce a fait techniquement défaut... sans faire officiellement défaut. Le gouvernement grec, ne pouvant payer la facture, a demandé au FMI de repousser à la fin du mois ses 4 remboursements de juin. Il a utilisé une clause que personne ne connaissait pour retarder encore de quelques jours l'échéance fatale. Mais le montant en question de 1,6 milliards d'euros n'est qu'une toute petite partie des remboursements dont la Grèce doit s'acquitter avant fin août: 9 milliards au FMI, 6,5 milliards à la BCE, le reste au MES (UE), soit une somme nettement supérieure à la tranche d'"aide" que les créanciers pourraient débloquer en échange d'un surcroit d'austérité. En tout état de cause, il n'y aura pas de miracle; le défaut paraît inévitable.
Sur les 315 milliards d'euros de la dette grecque, une grande partie (141,8 milliards) est détenue par le fonds européen (MES) ou sous forme de prêts bilatéraux (52,9 milliards) entre des pays de la zone euro. Les créanciers institutionnels sont moins exposés: 25 milliards pour le FMI, 27 milliards pour la BCE. Un défaut obligerait par conséquent les pays contributeurs à prendre leurs pertes et à provisionner des sommes importantes compte tenu de la mauvaise santé de leur économie. Un défaut aurait aussi des conséquences politiques en déclenchant un effet d'entraînement dans des pays bien plus gros. Il contribuerait ainsi à accélérer l'éclatement de la zone euro.
L'astuce de la Grèce pour retarder son remboursement au FMI
par Mathilde Golla , avec agences
Le Figaro - 05 jun 2015
http://www.lefigaro.fr/conjoncture/2015/06/05/20002-20150605ARTFIG00035-la-grece-gagne-du-temps-sur-ses-remboursements-au-fmi.php
Le gouvernement grec a utilisé une clause du règlement du FMI, qui n'avait été utilisé qu'une seule fois dans l'histoire de l'institution, il a 30 ans, pour reporter à la fin juin le remboursement des sommes qu'elle lui doit. « Les autorités grecques ont informé jeudi le FMI qu'elles allaient regrouper les 4 échéances de juin en une seule, qui est maintenant celle du 30 juin », a indiqué le porte-parole de l'institution, Gerry Rice, à Washington. Le pays devra ainsi rembourser 1,6 milliard d'euros à la fin du mois. Athènes devait en théorie commencer à rembourser le FMI ce vendredi, sans quoi le pays aurait été déclaré en retard de paiement, au risque de déclencher une imprévisible réaction en chaîne jusqu'au défaut de paiement.
Mais le FMI a précisé que selon ses règles, « les pays membres ont la possibilité de demander le regroupement des multiples versements » de leurs dettes « en une seule ». « Nous avons exploité une possibilité que nous donne le règlement du FMI et qui nous laissera plus de temps pour la négociation », a indiqué la source gouvernementale grecque. De fait, le gouvernement grec a utilisé une clause du règlement du FMI, qui n'avait été utilisé qu'une seule fois dans l'histoire de l'institution, il a 30 ans, en vertu de laquelle les pays membres peuvent regrouper des versements de courte durée « en un seul », Athènes a ainsi demandé au FMI rembourser le 30 juin, 1,6 milliard d'euros au total.
Initialement, la Grèce devrait rembourser 300 millions d'euros vendredi avant un 2ème versement le 12 juin de 340 millions d'euros et les deux derniers, les 16 et 19 juin, de 567 et 340 millions respectivement. Ce report devrait donner un nouveau souffle à Athènes, en difficulté financière depuis plusieurs mois, et lui permettra de continuer les négociations avec les créanciers. Pour l'heure, Athènes et ses créanciers ont présenté deux plans de réformes différents et n'ont pas trouvé de terrain d'entente.
La président du FMI, Christine Lagarde, estime que la balle est désormais dans le camp de la Grèce car ses partenaires ont montré une « flexibilité considérable ». De son côté, la chancelière allemande Angela Merkel a également affirmé jeudi soir sur France 2 qu'il fallait « des efforts notables de la part d'Athènes », soulignant que l'objectif des négociations est que la Grèce « reste » dans la zone euro. Les créanciers ont présenté à Alexis Tsipras mercredi un plan de réformes dont certaines propositions ont été rejetées par Athènes. Alexis Tsipras, de retour à Athènes, a assuré à ses collaborateurs jeudi qu'aucune « proposition extrême » ne serait acceptée. Il doit informer vendredi le Parlement de l'état des négociations. Athènes et ses créanciers, UE et FMI, travaillent depuis le 20 février, date d'un accord sur la prolongation de l'aide internationale à la Grèce jusqu'à fin juin, à la rédaction d'un plan commun des réformes qu'Athènes devrait adopter, une condition sine qua non du déblocage de la dernière tranche des prêts internationaux à ce pays, soit 7,2 milliards d'euros.
Si la Grèce faisait défaut, ce ne serait pas la première fois que ça lui arriverait. Et ce ne serait pas non plus la première fois qu'un Etat ferait défaut. L'événement de crédit s'est produit au moins 250 fois au cours de l'Histoire (du capitalisme). C'est beaucoup et peu à la fois car les dévaluations monétaires ne sont pas comptabilisées, ni les krachs obligataires comme celui de 1994 consécutif à la réunification allemande.
Jusqu'à présent assez peu de grands Etats y ont échappé; citons quand même les USA (!) en tant qu'entité fédérale, le Canada, la Suisse, l'Italie (!)... C'est l'Espagne qui détient le record avec 14 défauts souverains, mais bon nombre d'entre eux date des XVIe et XVIIe siècles, et le dernier de 1882.
Les défauts et restructurations de dettes souveraines se sont accélérés après 1800 avec les mouvements d'indépendance, la décolonisation et le développement du crédit. Ils ont souvent été provoqués par des guerres, des crises internationales, des périodes troublées et des changements de régime. Cependant, tous ne sont pas du même niveau. Un défaut de l'Equateur par exemple ne saurait être comparé avec un défaut d'un Etat européen.
Logiquement, la crise financière aurait dû causer un grand nombre de faillites parmi des Etats qui affichent des ratios dette/PIB supérieurs à 80 %. Or aucun défaut de paiement n'a été constaté depuis le krach de 2008. L'intervention des banques centrales et des grandes institutions internationales a permis de repousser les problèmes de plusieurs années.
La situation actuelle est devenue paradoxale et aberrante car il n'y a jamais eu autant d'Etats dans le monde en situation de banqueroute. Leur situation financière est pire que ce qu'elle devrait être si ces Etats avaient fait réellement défaut... et pourtant ils continuent d'emprunter à des taux qui n'ont jamais de l'Histoire été aussi bas, certains sont même négatifs.
L'exemple de la Grèce dont on prolonge inutilement l'agonie depuis 2011 montrera que ce qui doit arriver finit immanquablement par arriver.
La récapitulation des défauts souverains qui se sont produits dans l'Histoire:
EUROPE
Albanie: 1990
Allemagne: (1683, Prusse) 1807 (Prusse), 1812 (Westphalie), 1813 (Prusse), 1814 (Hesse), 1850 (Schleswig-Holstein), 1932, 1939
Angleterre: (1340, 1472, 1594)
Autriche: (1796) 1802, 1805, 1811, 1816, 1868 (Autriche-Hongrie), 1938, 1940
Bulgarie: 1990
Espagne: (1557, 1575, 1596, 1607, 1627, 1647) 1809, 1820, 1831, 1834, 1851, 1867, 1872, 1882
France: (1558, 1624, 1648, 1661, 1701, 1715, 1770, 1788, 1797) 1812
Grèce: 1826, 1843, 1860, 1893, 1932
Hongrie: 1932, 1941
Pays-Bas: 1814
Pologne: 1936, 1940, 1981
Portugal: (1560) 1828, 1837, 1841, 1845, 1852, 1890
Roumanie: 1933, 1981, 1986
Russie: 1839, 1885, 1918, 1991, 1998
Suède: 1812
Turquie: 1876, 1915, 1931, 1940, 1978, 1982
Yougoslavie: 1983
AMERIQUE DU SUD
Argentine: 1827, 1875, 1890, 1951, 1956, 1982, 1989, 2001
Bolivie: 1875, 1931, 1980, 1986, 1989
Brésil: 1898, 1902, 1914, 1931, 1937, 1961, 1964, 1983
Chili: 1826, 1880, 1931, 1961, 1963, 1966, 1972, 1974, 1983
Colombie: 1826, 1850, 1873, 1880, 1900, 1932, 1935
Costa Rica: 1828, 1874, 1895 1901, 1932, 1962, 1981, 1983, 1984
Equateur: 1826, 1868, 1894, 1906, 1909, 1914, 1929, 1982, 1999, 2008
Guatemala: 1828, 1876, 1894, 1899, 1933, 1986, 1989
Honduras: 1828, 1873, 1981
Jamaïque: 1978
Mexique: 1827, 1833, 1844, 1866, 1898, 1914, 1928, 1982
Nicaragua: 1828, 1894, 1911, 1915, 1932, 1979
Panama: 1932, 1983, 1987
Paraguay: 1874, 1892, 1920, 1932, 1986, 2003
Pérou: 1826, 1876, 1931, 1969, 1976, 1978, 1980, 1984
Rep. Dominicaine: 1872, 1892, 1897, 1899, 1931, 1982, 2005
Salvador: 1828, 1898, 1921, 1932, 1938
Uuruguay: 1876, 1891, 1915, 1933, 1983, 1987, 1990, 2003
Venezuela: 1826, 1848, 1860, 1865, 1892, 1898, 1983, 1990, 1995, 2004
AFRIQUE
Afrique du sud: 1910, 1985, 1989
Algérie: 1962, 1991
Angola: 1976, 1985
Côte d'Ivoire: 1960, 1983, 2000
Egypte: 1876, 1984
Kenya: 1963, 1994, 2000
Maroc: 1903, 1956, 1983, 1986
Nigeria: 1960, 1982, 1986, 1992, 2001, 2004
Rep. Centrafricaine: 1960, 1981, 1983
Tunisie: 1867
Zambie: 1964, 1983
Zimbabwe: 1965, 2000, 2006
ASIE
Birmanie: 1948, 2002
Chine: 1921, 1939
Japon: 1942
Inde: 1947, 1958, 1969, 1972
Indonésie: 1949, 1966, 1998, 2000, 2002
Irak: 1990
Iran: 1992
Jordanie: 1989
Philippines: 1947, 1983
Sri-Lanka: 1948, 1980, 1982
Vietnam: 1975
[Source: (en partie) Les crises.fr du 04/06/2015:
http://www.les-crises.fr/etats-font-jamais-defaut/ ]
EDIT (18 juin 2015)
Ce que prévoit le FMI en cas de défaut de paiement d'un pays
par Jeremy Tordjmann
AFP, France24 - 18 jun 2015
http://www.france24.com/fr/20150618-grece-prevoit-le-fmi-cas-defaut-paiement-dun-pays
WASHINGTON - La patronne du FMI Christine Lagarde l'a assuré jeudi: la Grèce ne bénéficiera pas d'un nouveau sursis si elle n'honore pas sa dette au 30 juin, conformément à une procédure qui peut aller jusqu'à l'exclusion du Fonds. Quand un pays ne respecte pas une échéance, la première sanction tombe immédiatement: il "n'est plus autorisé à utiliser la moindre ressource du FMI", indique l'institution dans son rapport 2014 sur ses activités financières. Si la Grèce ne verse pas quelque 1,5 milliard d'euros au FMI d'ici à la fin du mois, près de la moitié de la tranche de prêts de 7,2 milliards d'euros attendue avec fébrilité par Athènes sera ainsi aussitôt gelée tant que les arriérés n'auront pas été épurés.
Selon les chiffres officiels, la Grèce doit au total virer cette année plus de 5,4 milliards d'euros dans les caisses du FMI pour honorer sa dette. Le pays avait, début juin, bénéficié d'un sursis jusqu'à la fin du mois en activant une clause tombée dans l'oubli permettant d'obtenir le regroupement de plusieurs paiements en un seul. Mais cette astuce ne pourra, de fait, plus être utilisée pour le mois en cours.
Selon la procédure au sein du FMI, 30 jours après l'incident de paiement initial, Mme Lagarde doit formellement informer le conseil d'administration de l'institution, qui représente ses 188 Etats-membres, du montant des arriérés et, 2 mois après, déposer une "plainte". Au bout de 3 mois, le pays fautif peut être privé de son droit d'utiliser les droits de tirage spéciaux (DTS), la monnaie créée par le Fonds en s'appuyant sur un panier des principales devises mondiales. Si la situation s'enlise, le FMI a alors jusqu'à 15 mois après l'incident initial pour formellement émettre une "déclaration de non-coopération" qui peut déboucher dans les 3 mois suivants sur la suspension des droits de vote au sein de l'institution. Cette décision serait sans incidence réelle sur la Grèce mais aurait surtout une portée symbolique et scellerait l'isolement du pays au sein de l'institution.
Dans les 6 mois suivants, soit 2 ans après le défaut de paiement, une procédure d'expulsion du Fonds pourra ensuite être engagée. Mais une exclusion est en réalité peu probable: elle devra recueillir l'assentiment d'une écrasante majorité des Etats-membres (85 % des droits de vote) qui ont toujours préféré éviter ce scénario extrême. Le Zimbabwe, le Soudan ou la Somalie, qui sont en arriérés de paiement depuis plusieurs décennies, n'ont ainsi jamais été menacés d'un tel sort. Dans l'histoire du FMI, seul un pays, la Tchécoslovaquie, a été exclu de l'institution au milieu des années 50 en pleine guerre froide.