Ni rouge, ni noir, ni vert. L'autonomie rejette partis,
syndicats et toute forme de gestion et de pouvoir.
Rassembler des foules sous un même drapeau
trouve toujours son origine dans une imposture.
Seule une révolution mettra fin à un système
dont l'obsession de l'argent entraine l'humanité
vers la catastrophe.
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28 décembre 2014 - Encore des records à Wall Street ! Le Dow Jones a racheté le plongeon de 1.000 pts de ces derniers jours et a franchi le cap des 18.000 pts. Le S&P500 pourrait s'offrir les 2.100 pour la nouvelle année. Les indices se sont envolés mardi à l'annonce de la dernière estimation communiquée par le département du Commerce pour le 3e trimestre. Le PIB américain aurait bondi de 5 % en rythme annualisé, ce qui corrige la précédente estimation qui en était restée à 3,9 %. Notez l'effort de communication en rythme annualisé qui multiplie par 4 un chiffre trimestriel qui serait de 1,25 % (moins impressionnant en terme de com'...).
Mais c'est quand même incroyable ! Ce serait le rythme d'expansion le plus fort depuis... 11 ans ! D'après la Fed, l'économie américaine devrait enregistrer pour l'année 2014 une progression de l'ordre de 2,3 à 2,4 %. Nombre d'analystes expliquent cette performance par le recul des importations du fait de la hausse du dollar et par les dépenses de consommation qui auraient été dopées par la baisse du prix du pétrole... La mauvaise foi leur fait oublier qu'à la fin du 3e trimestre, le Brut valait encore 94 $ !! Et, dans leur enthousiasme, ils ont complètement oublié de lire la fin du communiqué qui fait observer que la hausse des prix qui s'établit à 1,2 % sur un an est en baisse de 0,2 % par rapport à octobre, soit le niveau le plus faible depuis février. Même en mettant de côté les secteurs de l'énergie et de l'alimentation où les prix ont chuté de 4 %, comment expliquer que l'inflation ne progresse pas en aval d'un tel regain de croissance ?
Ces données ministérielles n'ont aucun sens, mais elles remplacent les milliards que la Fed injectaient jusqu'à fin octobre pour soutenir les marchés. Si pour 5 $ sortis de la planche à billet, l'économie ne produisait que 1 $, combien faut-il de bobards pour faire croire à la même quantité de richesse ? Les statistiques de Washington ont donné une réponse cette semaine.
21 décembre 2014 - Une semaine en deux temps. D'abord un krach sur le rouble qui a fait partir en vrille la plupart des bourses dans le monde, puis, après quelques mots de Janet Yellen mercredi, une fin de semaine en fanfare avec des rachats massifs qui effacent les - 10 % des deux premiers jours. Ainsi le Brent est revenu de 55 $ pour se stabiliser sur les 60 $. Comment Yellen a-t-elle pu retourner une tendance qui paraissait très mal engagée mercredi matin ?
Le communiqué de la Fed a introduit à la suite de son engagement à conserver ses taux à un niveau proche de zéro pour "une période considérable" le passage suivant: « Au vu de son appréciation actuelle, le comité estime qu'il peut être patient en vue d'un début de normalisation de sa politique monétaire ». Autrement dit, Yellen, en montrant le susucre au chienchien, le chienchien sait qu'il aura son susucre, mais "patience !" "sage !" Que fait le chienchien ? Bah, il agite la queue ! Et voilà comment on fait monter les bourses, ou plutôt comment les cambistes utilisent l'argent des petites bulles qui ont éclaté sur les matières premières et les devises pour le réinvestir sur les valeurs boursières qui avaient perdu le plus de terrain. Yellen en a même rajouté en précisant qu'il n'y aurait vraisemblablement pas de début de normalisation au cours "au moins des deux prochaines réunions", ce qui signifie que la hausse n'interviendra pas avant avril 2015. Pour les experts, ce sera juin... heu... la hausse des taux ou le QE4 ?
Pour Yellen, la chute du pétrole sera une bonne chose pour l'économie américaine parce que c'est bon pour les ménages: « Cela met plus d'argent dans leurs poches, étant donné qu'ils ont moins à dépenser sur l'essence et l'énergie. Dans un sens, il s'agit d'une baisse d'impôt qui dope leur pouvoir d'achat ». Et voilà comment Yellen embobine tout le monde, et comment des libéraux deviennent keynesiens ! Jeudi matin, on entendait les commentateurs sur BFM Business expliquer que grâce à un pétrole pas cher, à un taux d'emprunt au plus bas et un euro qui baisse, la croissance allait être portée à 0,6 %, et la consommation allait faire reculer la déflation. Vitor Constancio, le vice-président de la BCE, a enfoncé le clou hier en déclarant qu'il fallait s'attendre à ce que le taux d'inflation en zone euro devienne négatif au cours des prochains mois, mais que ce ne sera pas de la déflation, non, non, non, non ! C'est juste la baisse des prix des carburants qui fait baisser le taux d'inflation, donc ça ne compte pas pour de la déflation, non, non, non, non !
14 décembre 2014 - Le traditionnel "rally de fin d'année" tourne au cauchemar pour les cambistes. En atteignant 60 $ le baril après avoir perdu près de la moitié de sa valeur depuis la mi-juin, le pétrole a semé la panique sur les marchés financiers de la planète. Les hedge-funds qui n'avaient pas envisagé un tel scénario liquident leurs positions en catastrophe. Shanghaï, Moscou, Athènes et Dubaï ont essuyé de fortes turbulences avec des trous d'air de 7 à 12 % en quelques heures. Mais des reculs ont été enregistrés cette semaine un peu partout: - 7 % à Paris, Londres, Milan, - 5 % à Francfort, - 3,7 % à New York où le S&P500 a connu sa plus mauvaise semaine depuis mai 2012, flanchant nettement vendredi en fin de séance, ce qui augure d'un climat lourd et nerveux la semaine prochaine.
Comme d'habitude quand ça va mal, tous les regards se tourneront cette semaine vers Janet Yellen qui pourrait en dire un petit peu plus sur la politique monétaire que la Fed compte suivre en 2015.
7 décembre 2014 - La dégradation se poursuit. L'ascension du dollar fait plonger la plupart des monnaies, pas seulement le rouble et la hryvnia ukrainienne, mais aussi le yen qui a franchi la barre des 120 ¥ pour un dollar. L'indice des matières premières descend un peu plus près des 250 points, le pétrole s'installe sous 70 $ le baril, tandis que le fret maritime dégringole sous les 1000 points. Janet Yellen peut faire croire que tout va bien, les signes de détérioration de l'activité économique sont visibles partout.
Chaque intervention de Mario Draghi est traduite comme un aveu d'impuissance face à une situation qui, inexorablement en 2015, fera basculer la zone euro dans le maelstrom de la déflation. C'est en janvier que la Cour de Karlsruhe rendra sa décision concernant le rachat de titres souverains par la BCE, un QE qui constituerait une forme de mutualisation de la dette européenne. A la suite de cela, on devrait en connaître un peu plus sur les capacités de résistance de la Buba et les risques d'éclatement de la zone euro.
En attendant, les bourses ont battu de nouveaux records. Le Dax a dépassé les 10.000 points et le Dow Jones frise les 18.000. Le truc rigolo de la semaine, c'est que l'Italie a vu la note de sa dette dégradée par S&P à un cran de la catégorie spéculative, et que dans le même temps ses taux obligataires à 10 ans sont passés sous les 2 % ! C'est complètement irrationnel, mais c'est à l'image de ce système.
30 novembre 2014 - Les cours du pétrole ont perdu 7 $ entre les clôtures de mercredi et de vendredi. L'Arabie saoudite dont la position de leader pour la production d'hydrocarbures est menacée par le boom du pétrole de schiste a décidé de tester le seuil de résistance des producteurs nord-américains. Les partisans de l'épreuve de force, les plus influents au sein de l'OPEP, l'ont emporté. Ils ont imposé leurs vues aux autres Etats membres du cartel dont plusieurs, les plus dépendants des revenus pétroliers, souhaitaient fermer le robinet pour faire remonter les prix. Comme cette guerre arrive au moment où la croissance économique mondiale est au point mort, il faut s'attendre à ce que les cours restent durablement bas.
Jusqu'où les cours descendront-ils avant de se stabiliser ? J'avais écrit le mois dernier que 60 $ le baril était l'ultime limite sous laquelle l'exploitation du pétrole cessait d'être rentable. On verra si ça se confirme. En tout cas l'écart entre le Brut et le Brent ayant été réduit à moins de 1 $, on peut penser que le plancher n'est pas loin d'être atteint. On peut noter également que la chute des cours survient au début de l'hiver, une période favorable au commerce des produits pétroliers à cause de la demande de fioul de chauffage dans l'hémisphère nord. Enfin il faut prendre en considération le fait qu'une grosse part du pétrole qui est aujourd'hui sur les marchés a été négociée sous des contrats à 6 mois voire un an entre 85 et 90 $. Autant de facteurs qui plaident dans le sens d'un amortissement de la chute et d'une relative stabilisation. Par contre l'épreuve de force autour d'un niveau qui oscillerait entre 60 et 70 $ a toutes les chances de se prolonger au-delà de l'hiver et de servir de cadre à une dépression mondiale.
L'autre élément à retenir cette semaine est l'omniprésence des banques centrales qui, chaque fois que les indices risquaient de voir le sol se dérober sous leurs bases, ont envoyé leurs gouverneurs et leurs chefs économistes au devant des médias et des investisseurs pour leur promettre de l'argent frais en grande quantité dès que ce sera nécessaire, c-à-d. dès que la déflation sera devenue une réalité. Cette magie du verbe explique pourquoi les cours du pétrole ont pu plonger et l'indice des matières premières perdre 8 points en 48 heures sans que cela ait eu la moindre répercussion sur les marchés boursiers, hormis sur les valeurs parapétrolières.
Novembre est passé. Pas de krach pour cette fois. Wall Street a fêté Thanksgiving avec de nouveaux records ! Pour les gérants de portefeuilles, le traditionnel "rally de fin d'année" est déjà sur les rails et le champagne est au frigo ! La flambée boursière qui s'annonce leur fait oublier l'anémie économique dont l'ampleur est telle que les taux obligataires à 10 ans n'en finissent plus de tomber: la France emprunte désormais à moins de 1 %, l'Espagne et l'Italie à 2 % !! Ils sont tous certains que ces "bonnes nouvelles" ouvrent des opportunités de croissance pour 2015 ! Il faut être très con pour imaginer que la chute des cours du pétrole pourraient ne pas faire basculer le monde dans la déflation. Il faut être très con pour croire qu'un tel contre choc pétrolier continuera à n'avoir aucune incidence sur les marchés.
23 novembre 2014 - Le Japon en récession. "Inattendu" pouvait-on lire dans la presse économique lundi matin à l'annonce de la nouvelle. Quelle bande de crétins ! Depuis la hausse de la TVA (censée produire de l'inflation !) en avril, la consommation baisse en moyenne de 5 % tous les mois. Les salaires baissent de manière continue depuis plus de 2 ans. La pauvreté devient visible dans les rues populaires de Tokyo. Comment cela serait-il possible si l'économie n'était pas en récession ? La BoJ a immédiatement réagi en promettant de faire tourner la planche à billets encore plus vite... et la bourse s'est envolée ! Plus de 50 milliards de dollars de création monétaire par mois et le 11e plan de relance en 20 ans pour quel résultat ? une croissance négative et une dette qui avoisine 250 % du PIB. Les Abénomics auront méthodiquement détruit l'économie japonaise.
La Chine ralentit aussi. Pékin maquille les statistiques pour que l'ampleur du recul n'apparaisse pas. Mais il est suffisamment marqué pour que la banque centrale ait trouvé utile de baisser ses taux de référence sur les dépôts et les emprunts à un an, respectivement de 0,25 et 0,40 %, une première depuis juin 2012. On s'attend à d'autres baisses du même ordre d'ici à début 2015.
Pour le reste, comme presque chaque semaine, les banquiers centraux ont communiqué de façon à rassurer les investisseurs, faire monter les cours et éloigner les risques d'un krach. Draghi a répété qu'il était "prêt" à intervenir (ce que tout le monde traduit par un QE imminent) et Yellen a confirmé une fois de plus sa confiance dans la reprise de l'économie américaine. Le résultat est que le dollar a été propulsé un peu plus haut. L'US $ index s'approche des 90 points. L'envers de ces annonces est que la bulle obligataire grossit, signe d'un recroquevillement de l'activité économique. Attendons que la baisse spectaculaire du pétrole de ces 3 derniers mois se retrouve dans les chiffres du 4e trimestre et provoque une alerte à la déflation en Europe.
16 novembre 2014 - Est-ce le calme avant la tempête ? Certes, les indices boursiers continuent de monter, Wall Street a fêté sa 40e semaine de hausse de l'année (!), mais les observateurs restent prudents. Ils redoutent la publication d'un chiffre plus alarmant que les autres qui retournerait la tendance des derniers jours et précipiterait les valeurs dans l'abîme.
Actuellement l'attention se porte sur les marchés pétroliers qui ont perdu pas loin de 40 % en 5 mois. Après s'être relativement maintenu depuis la mi-octobre au dessus de 80 $, le prix du baril a de nouveau plongé. Sur l'ensemble de la semaine, le WTI a chuté de 3,5%, reculant jeudi jusqu'à 74 $ en séance. Recul encore plus marqué du Brent qui en est à sa 8e baisse hebdomadaire consécutive. On ne sait pas trop ce que l'Arabie saoudite maitrise ou pas pour réduire la production et faire atterrir les cours sur un plancher solide. Le seuil des 70 $ pourrait constituer la dernière ligne rouge en dessous de laquelle on ne répondrait plus de rien. Les analystes scrutent l'état de la demande qui dépend pour une bonne partie de l'activité de l'économie chinoise. Or les dernières nouvelles de Pékin n'étaient pas encourageantes, minées par une production industrielle jugée "décevante" et une hausse insignifiante des investissements, la plus faible depuis... 13 ans ! L'Europe n'est pas mieux lotie malgré des chiffres de croissance pour le 3e trimestre "moins médiocres qu'attendus"; mais l'Allemagne est en quasi récession, payant les frais de ses liens commerciaux avec la Russie.
Le point zéro de la déflation est dans tous les esprits. Décrit comme l'horreur absolue, il pourrait constituer le point de bascule tant redouté. Les banques centrales sont plus que jamais à la manœuvre pour tenter de rassurer les milieux financiers, leur donner confiance par de petites phrases bien choisies pendant la traversée à haut risque de la seconde quinzaine de novembre. Il s'agit de gagner du temps et repousser l'inexorable. A Brisbane, les dirigeants des Etats du G20 ont rompu avec les tournures de phrases alambiquées et les propos d'habitude mesurés pour évoquer pour la première fois une "grande dépression" et non plus une "crise".
9 novembre 2014 - L'actualité boursière est suspendue aux rumeurs qui proviennent de la BCE. La Banque centrale serait en train d'étudier de nouvelles "mesures non conventionnelles de soutien à l'économie", "au cas où elles s'avéreraient nécessaires", c'est-à-dire dans le cas d'une nouvelle dégradation de l'inflation qui ne saurait tarder. Tout le monde pense, bien entendu, à un rachat d'obligations (QE) sur le modèle américain. Ces rumeurs ainsi que l'abaissement des prévisions de croissance par la Commission européenne ont fait osciller l'euro cette semaine entre 1,253 et 1,238, mais les cambistes s'attendent à voir la monnaie européenne atteindre prochainement le seuil de 1,20 $. Les dernières déclarations de Yellen qui sont venues conforter l'option (très très très improbable) d'un resserrement de la politique monétaire de la Fed ont contribué à renforcer le dollar par rapport à toutes les autres monnaies, en particulier le rouble qui est en train de s'effondrer.
Par ailleurs, les élections américaines de mi-mandat qui ont fait perdre à Obama la majorité au Sénat et infliger au camp démocrate sa pire défaite depuis la fin de la Seconde guerre mondiale, ont montré que le ressenti de la population par rapport à la crise économique est très différent des propos des milieux financiers qui font croire que l'économie américaine ne s'est jamais aussi bien portée. En réalité, si le salaire moyen (la moyenne de tous les salaires) a bien augmenté de 4 % entre 2010 et 2013 à 87.200 $, le revenu médian des ménages, lui, a reculé de 5 % à 46.700 $, l'un et l'autre restant en dessous de leurs niveaux de 2007. Cela signifie que l'écart s'est nettement creusé entre les plus riches et les plus pauvres rejoints par les classes moyennes. Les revenus annuels des 20 % du bas de l'échelle ont baissé de 8 % à 15.200 $, alors qu'en ce qui concerne les ménages les plus aisés, les 10 % du haut de l'échelle ont vu leurs revenus annuels augmenter de 10 % à 397.500 $, et de 30 % pour les 3 % des foyers les plus riches. Les emplois créés ont permis d'imposer des rémunérations inférieures de 23 % en moyenne à celles des emplois perdus. Cet été un rapport de la Conférence des maires chiffrait à 93 milliards de dollars la réduction globale des rémunérations des emplois créés dans les secteurs de l'industrie et du bâtiment, là où ils avaient été détruits en 2009. Et de toute façon l'évolution de l'emploi depuis la crise ne correspond pas à celle de la population active dont une part significative n'est pas prise en compte dans les statistiques.
Les "1 %" utilisent leur argent à convaincre les autres que leur richesse est la condition de la reprise de la croissance. Mercredi les commentateurs qui ne jurent que par le taux de chômage tombé officiellement à 5,8 % n'avaient pas d'explication à donner au fait qu'Obama soit devenu impopulaire avec un si bon bilan économique et des indices boursiers au zénith !
2 novembre 2014 - Nous entrons à partir de cette semaine dans une nouvelle période, le QE3 ayant pris fin. Mercredi soir, Janet Yellen en a rajouté une couche dans sa stratégie de bluff. Elle s'est montrée optimiste sur la perspective de relever les taux d'intérêt « plus tôt qu’on ne l’anticipe », soulignant l'amélioration sensible de l'état de santé de l'économie américaine. Tous les voyants seraient, selon elle, en train de passer au vert. Elle a ajouté que si ces progrès étaient plus lents, la hausse des taux interviendrait plus tard. Mais les acteurs de marché n'ont retenu que la première partie de la phrase, et ils ont réagi à ces propos avec euphorie, comme si la normalisation de la politique monétaire était en cours et que les taux directeurs étaient déjà sur le point de remonter. A les entendre, la croissance américaine redeviendrait le moteur de la croissance mondiale. Vendredi, pour la dernière séance du mois, Wall Street a battu de nouveaux records: le Dow Jones à 17.390 points, le S&P500 à 2.018.
La Banque du Japon (BoJ) a largement participé à ce mouvement d'allégresse en annonçant une accentuation de son programme de rachats d'actifs au-delà de toute raison, le portant à 750 milliards de dollars, soit 2 fois le montant du déficit public japonais, avec un triplement des achats de fonds immobiliers et de fonds indiciels (c-à-d. indéxés sur un porte-feuille bouriser) ! Il faut savoir qu'il existe au Japon un découplage entre la monnaie (le yen) et l'indice boursier des principales valeurs (le Nikkei): quand le yen baisse, le Nikkei monte. Vous avez donc compris que la BoJ joue contre sa propre monnaie ! Kuroda est complètement torché au saké ! Vendredi le dollar est reparti de plus belle à la hausse faisant plonger le yen à ses niveaux de l'automne 2007.
Les mouvements de marché enregistrent de fortes amplitudes que les mécanismes bancaires ne sont plus en capacité d'absorber parce que la liquidité est en moins grande quantité. Or le mois de novembre est traditionnellement une période de turbulences en raison des contrats qui arrivent à échéance et de la proximité des bilans de fin d'année, et il suffit de pas grand chose pour provoquer une panique. Vu le niveau atteint par les indices, il se pourrait fort que ça secoue de nouveau. Attachez vos ceintures !...
26 octobre 2014 - Semaine de répit et de stabilisation après la chute des deux premières semaines d'octobre. Le léger rebond constaté en Europe depuis mardi est du à une rumeur, une odeur d'argent frais, une perspective plus précise de QE que la BCE n'a ni confirmée, ni démentie. Au communiqué affirmant que le conseil des gouverneurs n'avait pris "aucune décision en ce sens", le représentant belge a ajouté qu'il s'agissait d'un élément "déjà mentionné par certains". La BCE pourrait effectuer des rachats de prêts accordées par les banques (des ABS) qui comprendrait de la dette structurée d'entreprises. Ce serait une première étape avant les rachats de dette publique et la mise en route de la planche à billets que les bourses attendent. Bien entendu, tout ceci est au conditionnel. Mais quand on sait que le marché des obligations d'entreprises de la zone euro représente en tout 1.400 milliards d'euros, entre 800 et 1.000 milliards en mettant de côté les obligations des établissements financiers, on comprend que cette "rumeur" mette les investisseurs en appétit.
Le problème est que la qualité de la dette "corporate" est variable et assez peu sécurisée, encore moins que la dette d'Etats qui ne rembourseront jamais ! Ils n'y ont pas encore réfléchi.... Dans un contexte de taux zéro à rendement nul, la dette des entreprises qui présentent un risque crédit élevé (les "high yield") prend une valeur fortement spéculative. Comment la BCE pourrait-elle s'engager sans connaître la réalité comptable d'un domaine qui n'est pas le sien ? L'Allemagne y est viscéralement opposée parce que son histoire a été marquée par l'hyper inflation des années 1920. Elle a placé assez de garde-fous dans le mandat de la BCE pour empêcher que se reproduise un tel dérapage... et pour ne plus avoir à payer pour les autres. Même si on sait très bien que le QE n'a jamais résolu aucun problème, la BCE attendra que ça aille plus mal, que l'inflation tombe à zéro, pour le déclencher, et ce, malgré le véto de la Bundesbank et de Wolfgang Schäuble. Dans ce cas cela pourrait signifier l'éclatement à terme de la zone euro.
19 octobre 2014 - Gros coup de tabac comme attendu sur les bourses mondiales mercredi et jeudi mais la chute était amorcée bien avant. Entre le 8 et le 16 avril, le Dow Jones est tombé de 17.000 à 16.1000 et le CAC40 à Paris de 4.200 à 3.900. La tendance est clairement baissière et ce n'est pas le petit rebond de vendredi qui changera quoique ce soit. La morphine monétaire s'est dissipée et les investisseurs doutent de tout, même de la reprise américaine que la Fed leur a vendu depuis 5 ans. Sous l'effet d'un début de panique, avec l'argent sorti du marché actions, ils achètent massivement des Bonds du Trésor américain. Ainsi on a vu jeudi les taux US descendre à 2,10 %, entrainant une ruée sur les fonds souverains les plus solides: l'Allemagne à 0,72 % et même la France à 1,13 % ! Du coup, la crise de la zone euro a refait surface à travers une nette défiance sur les taux d'emprunt de la Grèce et de l'Italie. On scrute avec anxiété la solidité supposée du système bancaire avec des engagements 30 à 60 fois supérieurs aux fonds propres, sans compter les milliers de milliards placés sur des contrats financiers (ou produits dérivés) que plus personne ne contrôle. Cette débâcle a poussé les hedge funds et les sociétés de gestion les plus prudentes à relever mine de rien leurs positions vendeuses.
Pour l'instant les dégâts sont limités. Les analystes parlent d'une correction sur des indices qui étaient montés beaucoup trop haut, mais la peur d'un krach par paliers est dans tous les esprits. Les volumes d'échanges ont été multipliés par 4 par rapport aux précédentes semaines, et le VIX (appelé "l'indice de la peur") qui mesure la volatilité s'est relevé de 15 à 23. Même si une stabilisation peut être envisagée après le rebond de vendredi, on sait qu'elle sera de courte durée et qu'une nouvelle baisse encore plus abrupte se profile dans les jours et les semaines qui viennent.
12 octobre 2014 - Ça tangue de plus en plus. La morphine commence à manquer. Les bourses européennes ont terminé la semaine en nette baisse. A Paris, le CAC est tombé à son niveau de décembre 2013 et enregistre son recul le plus important depuis septembre 2012 avec une perte de 4,8 %, et 7,7 % depuis le début du mois. Les sujets d'inquiétude sont nombreux.
L'Allemagne réalise ses plus mauvaises performances depuis janvier 2009 avec des exportations qui ont chuté de 5,8 % en août et une production industrielle en repli de 4 %. Les instituts allemands ont revu les perspectives de croissance à la baisse: 1,3 % pour cette année au lieu de 1,9 % précédemment annoncés, et surtout 1,2 % pour 2015 contre 2 % ! Quand on sait que les prévisions à long terme sont souvent optimisées, on se dit que rien ne paraît empêcher la zone euro de retomber en récession en 2015. L'Allemagne dont le modèle de croissance repose sur les exportations paie le ralentissement de l'activité dans les BRICS et plus globalement la baisse du PIB mondial. Le FMI, d'ailleurs, en a rajouté une couche mardi en abaissant ses prévisions à 3,3 % cette année. Le FMI et la Banque mondiale semblent si désemparés qu'ils appellent maintenant à augmenter les dépenses publiques sur les travaux d'infrastructures !
Aux USA la Fed redoute que la remontée du dollar ait des conséquences négatives pour le commerce extérieur américain et affecte le niveau de l'inflation qui s'établissait à 1,5 % en août. La Fed a rappelé qu'elle visait l'objectif de 2 % avant d'envisager le relèvement de ses taux d'intérêt. Or, en rendant les importations meilleur marché, cette remontée du dollar fait obstacle à la remontée de l'inflation. Le dernier Comité de politique monétaire (FOMC) a révélé dans ses "minutes" publiées mercredi que certains de ses membres étaient préoccupés par la faiblesse de la croissance en zone euro et ses répercussions "négatives" sur le billet vert. Il n'en a pas fallu plus pour faire chuter les indices boursiers à Wall Street. Les investisseurs se moquent à présent des chiffres de l'emploi américain (qui sont tombés officiellement à moins de 6 % ! Hahahaha !) et ils s'interrogent sur le sens de la formulation "période de temps considérable" avant de procéder à une première hausse des taux. Certains membres du FOMC ont estimé qu'"au vu des risques en présence, il est plus prudent de rester du côté de la patience" et qu'il sera "plus facile de réduire l'assouplissement monétaire que le contraire". Je crois au contraire qu'ils seront obligés rebrancher les appareils de toute urgence et programmer un QE4 indéfini.
5 octobre 2014 - Ça secoue de plus en plus à mesure que se précisent les mauvaises prévisions de croissance pour 2014 et 2015. Les cours des matières premières sont affectées. Les débouclages de positions techniques sur les métaux, l'or, le pétrole sont en nette progression. On s'en rend compte particulièrement sur les cours du pétrole où l'écart entre les deux références s'est réduit à moins de 3 $. Le ministre du pétrole d'Arabie saoudite a déclaré cette semaine que 90 $ le baril était un prix qui lui convenait, mais, pour de nombreux experts, les cours ne sont pas stabilisés. Les volumes sont revenus et les positions vendeuses dominent le marché. En toute logique, les cours devraient continuer de baisser. L'indice CRB des matières premières qui a encore perdu 4 points cette semaine s'approche d'un plus bas datant du 10 janvier à 274. Si ce support était cassé, la descente pourrait s'accélérer vers un autre à 268 de juin 2012. La hausse du dollar est un facteur aggravant.
La Fed a retardé à la fin du mois le moment où elle allait abaisser la manette qui mettra fin au QE3. Mais, déjà, on s'inquiète qu'il n'y ait plus assez de liquidités pour soutenir les marchés. La tendance baissière est enclenchée un peu partout. Les bourses enregistrent par moment des chutes de 2 % récupérées à moitié le lendemain, mais on sent bien que les amortisseurs ne fonctionnent plus. Pour l'instant, ce sont les facteurs conjoncturels qui pèsent sur les marchés, mais à partir d'un certain point, cette baisse de l'activité impactera le domaine financier, l'équilibre des comptes et la dette, au-delà de ce qui est supportable. Les imbéciles qui crient que la baisse de l'euro et de l'énergie ouvre des perspectives de relance déchanteront vite. On n'a jamais été aussi près d'une nouvelle crise financière.