Le Monde d'Antigone

Ni rouge, ni noir, ni vert. L'autonomie rejette partis,
syndicats et toute forme de gestion et de pouvoir.
Rassembler des foules sous un même drapeau
trouve toujours son origine dans une imposture.
Seule une révolution mettra fin à un système
dont l'obsession de l'argent entraine l'humanité
vers la catastrophe.

Rubriques

>> Toutes les rubriques <<
· 37 - Lointains échos dictatures africain (402)
· 00 - Archivage des brèves (791)
· .[Ec1] Le capitalisme en soins intensifs (551)
· 40 - Planète / Sciences (389)
· 10 - M-O. Monde arabe (386)
· . Histoires et théories du passé (224)
· 20 - Japon, Fukushima (237)
· .[Ec2] Métaux, énergies, commerce (253)
· 24 - USA (310)
· 19 - Chine [+ Hong Kong, Taïwan] (322)

Statistiques

Date de création : 10.03.2011
Dernière mise à jour : 11.02.2026
8741 articles


Rechercher

Du gaz au large de Gaza: la face cachée d'une guerre

Publié le 26/07/2014 à 08:03 par monde-antigone


Gisements gaziers au large de Gaza: La face cachée d'une guerre
RTBF - 25 jul 2014
par Jean-Claude Verset
http://www.rtbf.be/info/monde/detail_gisements-gaziers-au-large-de-gaza-la-face-cachee-d-une-guerre?id=8322286


La guerre de Gaza cache-t-elle, derrière un alibi militaire, la volonté israélienne de reprendre une zone géographique permettant à l’Etat hébreu de revendiquer les gisements gaziers? Le débat avait été lancé dès la découverte des gisements sous-marins au début de ce siècle, mais la nouvelle offensive de Tsahal relance la polémique.

Voici quelques jours, le ministre israélien de la Défense, Moshe Ya’alon, avait annoncé que l’opération militaire contre le Hamas s’étendrait "par tous les moyens à notre disposition… Le prix payé par l’organisation – le Hamas - sera très lourd ". Mais, rapportait le Guardian du 9 juillet, dès 2007, juste avant l’opération militaire "Plomb Fondu" dirigée contre la bande de Gaza, le même Moshe Ya’alon s’inquiétait déjà d’une source de gaz naturel découverte en 2000 au large des côtes de Gaza. L’actuel ministre avait dit craindre, à l’époque, que cette source potentielle de revenus ne serve pas à aider à la construction d’un Etat palestinien, mais bien à financer des attaques terroristes contre Israël. Il avait alors évoqué la possibilité, pour le Hamas, d’utiliser ces fonds pour attaquer le Fatah: "Sans une opération militaire permettant de chasser le Hamas des postes de commande de Gaza, aucun forage ne peut débuter sans l’accord du mouvement islamistes radical ". L’opération Plomb Fondu n’avait, à l’époque, pas permis d’atteindre ses buts (éradiquer le Hamas), mais avait coûté la vie à près de 1400 Palestiniens dont 773 civils et 9 Israéliens (dont 3 civils).

Selon un spécialiste des enjeux énergétiques mondiaux que nous avons interrogé mais qui a voulu conservé l’anonymat, la découverte de champs gaziers au large de la bande de Gaza remonte à l’an 2000. Les campagnes de recherches assurées par British Gaz (BG) ont mené dans un premier temps à la découverte de gaz naturel au large de Gaza et, ensuite dans les zones offshore israélienne et chypriote. A ce jour, à cause de la situation politique de la région, aucune des ressources de la zone de Gaza n’a pu être mise en exploitation. "Les conditions globale ne le permettent pas. BG a essayé de définir les règles d’exploitation, mais cela n’a jamais été possible et les tentatives ont été abandonnées il y a quelques années", nous a déclaré notre interlocuteur. En 2009, Jean-Michel Vernochet, journaliste et géopolitologue français déclarait dans une interview que "British Gaz s’est chargé des opérations et dispose d’un contrat d’exploitation de recherche de 25 ans." Ce contrat aurait été négocié avec les Palestiniens, puis renégocié avec l’Etat Israélien. Selon d’autres sources, des négociations auraient aussi eu lieu entre l’Autorité Palestinienne et le russe Gazprom pour développer le champ gazier de Gaza.

Du gaz pour renforcer la Palestine ou financer le Hamas ? La seule certitude est que depuis la découverte en 2000 de ces ressources gazières, la guerre de l’énergie donne un nouveau visage au conflit dans un contexte où les besoins énergétiques d’Israël sont en croissance. On peut lire dans le Guardian que Mark Turner, fondateur de Research Journalism Initiative explique le siège de Gaza par l’ambition d’Israël d’éliminer la puissance du Hamas dans la bande de Gaza afin de "générer un climat politique permettant de mener à un accord sur le gaz". Cela passerait donc par la reprise du pouvoir du Fatah et de Abbas sur la bande de Gaza.

En 2012, le Premier ministre Benjamin Netanyahu appelait aussi de ses vœux un accord sur le gaz de Gaza. Mais déjà à l’époque le Hamas, exclu des négociations, avait rejeté par avance la légitimité de cet éventuel accord qui n’est d’ailleurs jamais intervenu. La position du ministre Ya'alon (du moins celle qu’il exprimait en 2007) est plus catégorique. Il craignait que, même dans la perspective d’une éradication du Hamas de la bande de Gaza, le contrôle par la Palestine de ses propres ressources de gaz n’augmente fondamentalement l’influence de l’Etat Palestinien.

Les gisements découverts constituent un élément géostratégique important. Et parmi eux les "Leviathan field” situés plus au nord, loin des côtes de Gaza. Les ressources sont estimées à près de 500 milliards de m3 de gaz naturel. Un tel volume pourrait transformer Israël en exportateur net vers l’Europe, la Jordanie et l’Egypte. Le problème est que ces dizaines de milliards de m3 de gaz et 1,6 milliard de barils de pétrole se trouvent dans une zone marine frontalière que plusieurs pays se disputent: Israël le Liban et Chypres. Depuis un an (mars 2013) Israël peut compter sur des ressources gazières propres grâce à la mise en œuvre du champ de Tamar, situé dans la zone israélienne. Outre la consommation nationale, cette poche de gaz naturel va permettra à Israël d’exporter une partie de la production vers la Jordanie. Israël ne dispose pas encore de ressources pétrolières, mais une campagne de recherche a débuté cet été sous la poche de gaz de Tamar dans l’espoir d’y trouver des gisements pétroliers.

Après des débats politiques, Israël pourrait ainsi exporter jusqu’à 60 % de ses réserves, le solde servant à assurer ses propres besoins en gaz, nous a déclaré un spécialiste du commerce gazier mondial. Mais comme rien n’est simple, des scientifiques israéliens ont mis le gouvernement en garde contre l’insuffisance de ces ressources pour supporter à la fois sa consommation interne et ses exportations. Durant les prochaines décennies “Nous pensons que la consommation domestique en gaz naturel augmentera d’ici 2020 et qu’il ne faudrait pas exporter" peut-on lire dans le Guardian. Dans le même sens, Gary Luft – un conseiller de l’US Energy Security Council a pour sa part écrit dans le journal of Energy Security qu’Israël pourrait être confronté à une crise énergétique d’ici quelques années. Il incite Israël à diversifier ses sources d’approvisionnement.

Entre la volonté d’Israël d’assurer son indépendance énergétique et le scénario d’une guerre de défense qui servirait en réalité à s’attribuer le gaz offshore de Gaza, les spéculations vont bon train. L’auteur Jean-Michel Vernochet établit un parallèle avec le Golan qui, selon lui, est moins un promontoire aux atouts militaires qu’une vaste réserve d’eau. Raison de son intérêt stratégique pour Israël. Plus que jamais, l’énergie (et son contrôle) reste un pion essentiel du jeu d’échec diplomatique et militaire qui se joue au Moyen-Orient.


Le gaz dans le viseur de l’attaque de Gaza
[Gaza, il gas nel mirino]
par Manlio Dinucci, traduit de l’italien par Maie-Ange Patrizio
Il Manifesto, rapporté par El Correo - 26 jul 2014
http://www.elcorreo.eu.org/Le-gaz-dans-le-viseur-de-l-ataque-a-Gaza


Pour comprendre quelle est une des raisons de l’attaque israélienne contre Gaza il faut aller en profondeur, exactement à 600 m sous le niveau de la mer, à 30 km au large de ses côtes. Là, dans les eaux territoriales palestiniennes, se trouve un gros gisement de gaz naturel, Gaza Marine, estimé à 30 milliards de m3 d’une valeur de milliards de dollars. D’autres gisements de gaz et pétrole, selon une carte établie par la U.S. Geological Survey, se trouvent en terre ferme à Gaza et en Cisjordanie.

En 1999, avec un accord signé par Yasser Arafat, l’Autorité Palestinienne confie l’exploitation de Gaza Marine à un consortium formé de British Group et Consolidated Contractors (compagnie privée palestinienne), avec respectivement 60 % et 30 % des actions, dans lequel le Fonds d’investissement de l’Autorité Palestinienne a un pourcentage de 10 %. Deux puits sont creusés, « Gaza Marine-1 » et « Gaza Marine-2 ». Mais ils n’entrent jamais en fonction, car bloqués par Israël, qui veut tout le gaz à des prix cassés. Par l’intermédiaire de l’ex Premier ministre Tony Blair, envoyé du « Quartet pour le Moyen Orient », est préparé un accord avec Israël qui enlève aux Palestiniens les 3/4 des futurs revenus du gaz, en versant la part qui leur revient sur un compte international contrôlé par Washington et Londres. Mais, immédiatement après avoir gagné les élections de 2006, le Hamas refuse l’accord, en le qualifiant de vol, et demande sa renégociation. En 2007, l’actuel ministre israélien de la Défense, Moshe Ya’alon indique que « le gaz ne peut pas être extrait sans une opération militaire qui éradique le contrôle du Hamas à Gaza ».

En 2008, Israël lance l’opération « Plomb durci » contre Gaza. En septembre 2012, l’Autorité Palestinienne annonce que, malgré l’opposition du Hamas, elle a repris les négociations sur le gaz avec Israël. Deux mois après, l’admission de la Palestine à l’ONU en tant qu’ « Etat observateur non membre » renforce la position de l’Autorité Palestinienne dans les négociations. « Gaza Marine » reste cependant bloqué, empêchant les Palestiniens d’exploiter la richesse naturelle dont ils disposent. En ce point l’Autorité Palestinienne prend une autre voie. Le 23 janvier 2014, lors de la rencontre du président palestinien Abbas avec le président russe Poutine, est discutée la possibilité de confier au russe Gazprom l’exploitation du gisement de gaz dans les eaux de Gaza. C’est l’agence Itar-Tass qui l’annonce, en soulignant que Russie et Palestine entendent renforcer la coopération dans le secteur énergétique. Dans ce cadre, en plus de l’exploitation du gisement de gaz, on prévoit celle d’un gisement pétrolifère dans les environs de la ville palestinienne de Ramallah en Cisjordanie. Dans la même zone, la société russe Technopromexport est prête à participer à la construction d’un site thermoélectrique d’une puissance de 200 MW.

La formation du nouveau gouvernement palestinien d’unité nationale, le 2 juin 2014, renforce la possibilité que l’accord entre Palestine et Russie parvienne à bon port. Dix jours après, le 12 juin, survient l’enlèvement des trois jeunes Israéliens, qui sont retrouvés tués le 30 juin: le ponctuel casus belli qui amorce l’opération « Barrière protectrice » contre Gaza. Opération qui entre dans la stratégie de Tel Aviv, visant à s’approprier aussi des réserves énergétiques de l’entier « Bassin du Levant », réserves palestiniennes, libanaises et syriennes comprises, et dans celle de Washington qui, en soutenant Israël, vise le contrôle de tout le Moyen Orient, en empêchant que la Russie ne réacquière une influence dans la région. Un mélange explosif, dont les victimes sont une fois de plus les Palestiniens.


EDIT (3 août 2014)


Les véritables enjeux géostratégiques et économiques de l’attaque militaire d’Israël contre Gaza
par le Dr Abderrahmane Metboul, professeur des universités, expert international
Maghreb émergent - 02 aot 2014
http://www.maghrebemergent.com/contributions/opinions/item/39631-les-veritables-enjeux-geostrategiques-et-economiques-de-l-attaque-militaire-d-israel-contre-gaza-opinion.html


Les guerres modernes cachent souvent des raisons économiques dont l’ énergie constitue le poumon de la sécurité des Etats à travers la volonté de s’approprier les ressources (pétrole, gaz,…). Me limitant aux mutations énergétiques mondiales, existant certainement d’autres raisons, je pense pourtant que l’offensive militaire israélienne sur Gaza mériterait d’être analysée selon cette grille de lecture, souvent occultée par les médias.


1. Des découvertes de gaz qui bouleversent la carte énergétique méditerranéenne
C’est British Gaz (BG) qui avait fait, en l’an 2000, la découverte de gaz naturel au large de Gaza et, ensuite dans les zones offshore israélienne et chypriote. Selon l’US Department of the Interior, “Assessment of Undiscovered Oil and Gas Ressources of the Levant Basin Province, Eastern Mediterrnean” de mars-avril 2010 , le bassin de Sibérie occidentale recèlerait 18.200 milliards de m3 de gaz, le Proche-Orient et l’Afrique du Nord comprenant le bassin du Rub Al-Khali (12.062 milliards de m3 de gaz) dans le Sud-Ouest de l’Arabie saoudite et le Yémen du Nord ; autours de Ghawar (Great Ghawar Uplift) dans l’Est de l’Arabie saoudite (6.427 milliards de m3) et dans la chaine plissée du Zagros (6.003 milliards de m3) le long du Golfe persique en Irak et en Iran. L’USGS, en s’appuyant sur les données des forages antérieurs et des études géologiques dans la région a conclu que « les ressources pétrolières et gazières du bassin du Levant étaient estimées à 1,68 milliards de barils de pétrole, et 3.450 milliards de m3 de gaz ». En outre, selon ses estimations, « les ressources non découvertes de pétrole et de gaz de la province du bassin du Nil (délimité par le cône du Nil à l’ouest, par Strabon, au nord, par les failles de Pytheus et de Chypre à l’est et par le bassin du Levant au sud) sont estimés à environ 1,76 milliards de barils de pétrole et 6 850 milliards de m3 de gaz naturel. L’USGS a évalué le total pour la Méditerranée orientale, dans son ensemble, à 9 700 milliards de m3 de gaz et à 3,4 milliards de barils de pétrole. Face à ces découvertes, la région est confrontée à de tous nouveaux conflits potentiels et défis géopolitiques et pourraient entraîner de profonds bouleversements géopolitiques pour l’accès aux ressources pétrolières et gazières de la Méditerranée orientale, du bassin du Levant et de la mer Egée.


2. Israël exportateur de gaz horizon 2017 ?
En Israël, un débat a été lancé sur l’utilisation de la nouvelle ressource. Une commission a statué que 47 % du gaz découvert sera consacré à la consommation intérieure, tandis que les 53 % restants pourront être exportés. Première économie du Moyen-Orient, l’Etat hébreu a été, jusqu’à aujourd’hui, un grand importateur de pétrole et de gaz. Cependant, ces découvertes bouleversent la donne énergétique du pays, Israël envisageant la possibilité de devenir un pays exportateur de gaz. Cela modifie la donne géopolitique à toutes les échelles. Au niveau national, des conflits émergent avec les pays riverains quant à la délimitation des frontières maritimes.
Au niveau transnational, l’arrivée de l’offre israélienne sur le marché change les équilibres (notamment en Europe, où le gaz russe est actuellement dominant) et pose la question de l’acheminement de la ressource. Le transport par pipelines est plus économique. A ce sujet, Israël pourrait profiter d’infrastructures déjà existantes. Le gazoduc BTR (Bakou-Tbilissi-Erzurum) achemine déjà le gaz du Caucase et de l’Iran vers la Turquie. A partir de là, le projet « Nabucco », dont l’idée a été lancée en 2002, prévoit de construire un pipeline d’Erzurum en Turquie jusqu’à Vienne en Autriche, permettant ainsi d’approvisionner l’Europe Occidentale. Israël pourrait alors se connecter à ce réseau pour accéder au marché européen. Dès lors, on pourrait entrevoir à l’avenir une entente entre Israël et la Turquie tant pour son approvisionnement avec ses gisements Tamar et Léviathan, Israël avec une part significative de la consommation énergétique de l’Europe. Le coût d'un tel pipeline sous-marin serait bien moindre que l'investissement pour construire une usine de liquéfaction de gaz à Chypre, autre point d'entrée vers les marchés européens, passant par une normalisation pour le dossier chypriote avec la Turquie.
Cependant, les tensions portent sur la délimitation des zones maritimes contenant les champs gaziers. Les frontières maritimes sont floues et contestées; la question de la souveraineté sur le plancher océanique de la Méditerranée se pose également. Et se posent les tensions diplomatiques devant aplanir également les divergences notamment avec la Turquie, la Syrie et le Liban. Ces ressources soulèvent évidemment un certain nombre de questions d’ordre sécuritaire quant à leur exploitation, puis à leur exportation. Pour l’exploration, toutefois, la plupart des pays riverains de la zone se sont entendus sur la délimitation de leur ZEE. Chypre s’est ainsi entendue avec l’Egypte dès 2003, avec le Liban en 2007 et avec Israël en 2010. Il subsiste néanmoins des différends entre certains Etats, le plus important étant celui entre Chypre et la Turquie sur fond de non-règlement de la question chypriote. Ces découvertes vont aussi de pair avec la militarisation de la zone au cours de ces dernières années.


3. Les véritables raisons de l’attaque d’Israël contre Gaza
Et c’est là que se pose la question stratégique du gaz et la question palestinienne et notamment de la bande intérieure et côtière de Gaza où se trouvent les gisements en hydrocarbures. En 1999, l’Autorité palestinienne signe un accord avec la compagnie British Gas pour la prospection du gaz et du pétrole sur une durée de 25 ans. En février 2013, Gazprom et Israël ont signé un accord portant sur l’achat par le géant russe pour une durée de 20 ans de GNL israélien provenant du champ de Tamar. Les infrastructures seraient financées par Gazprom, qui chercherait aussi à acquérir des parts pour l’exploitation à venir de Léviathan. Fin 2013, une entreprise russe, SoyuzNeftGaz, a signé avec Damas un accord portant sur l’octroi d’une licence d’exploration gazière et pétrolière pour une période de 25 ans pour les réserves situées offshore. Récemment, en janvier 2014, lors d’une visite à Moscou du président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas, celui-ci aurait manifesté sa volonté d’impliquer Gazprom dans l’exploitation du gisement gazier de Gaza. Mais c’est le Hamas qui détient le pouvoir à Gaza, pas Abbas.
Il y a eu des tentatives d’accord entre Israéliens et Palestiniens au sujet du gaz, mais les autorités israéliennes ont posé des exigences. Il fallait que le gaz palestinien soit acheminé à terre par le pipeline d’Ashkelon. Enfin, Israël devait être le principal client de ce gaz et bénéficier de prix inférieurs à ceux du marché. La Palestine a contesté ces exigences, ce qui a entraîné l’échec des négociations. Or, depuis 2006, le Hamas a pris le contrôle de la bande de Gaza et ne reconnaît pas la souveraineté de l’Autorité palestinienne, basée à Ramallah en Cisjordanie. Selon certains experts, ce que l’on oublie c’est que l’attaque israélienne dans la bande de Gaza de décembre 2008-janvier 2009 a fait plus d’un millier de morts. Celle depuis le début juillet 2014 approche malheureusement le 2 août 2014 plus de 1.500 morts sans compter les nombreux blessés femmes et enfants. Ces attaques pour Israël, officiellement, c’est pour mettre fin aux tirs de roquettes du Hamas et à son approvisionnement en armes (notamment par des tunnels creusés sous la frontière). En réalité, la guerre de Gaza ne cache-t-elle pas donc, derrière un alibi militaire, la volonté israélienne de reprendre une zone géographique permettant à l’Etat hébreu de revendiquer les gisements gaziers?
N’oublions pas que les Israéliens auraient engagé des négociations avec British Gas pour l’exploitation à leur compte des gisements. La seule certitude est que depuis la découverte en 2000 de ces ressources gazières, la guerre de l’énergie donne un nouveau visage au conflit dans un contexte où les besoins énergétiques d’Israël sont en croissance. Selon le Guardian, le siège de Gaza s’explique par l’ambition d’Israël d’éliminer la puissance du Hamas dans la bande de Gaza afin de "générer un climat politique permettant de mener à un accord sur le gaz". Le ministre israélien de la défense a confirmé que l’opération militaire pour "éradiquer le Hamas" a comme objectif de prendre le contrôle des réserves de gaz de Gaza. Mais les transactions portants sur le gaz avec l'Autorité palestinienne, impliqueront forcément par définition le Hamas affaibli qui se verrait bénéficier des redevances afin d’éviter de saboter le projet.
Bien entendu rentre des calculs de court terme, sous la pression des milieux extrémistes dont le groupe Libermann, comme la conservation et l’extension des colonies en Cisjordanie, le contrôle des approvisionnements en eau, via le Jourdain et donc de repousser la création d’un État palestinien dans les frontières de 1967 posant le statut futur de Jérusalem. Les courants extrémistes se nourrissent et n'existent que par la haine, et la crise mondiale actuelle les encourage, afin d'occulter les véritables enjeux qui sont à la fois une crise morale et économique des relations internationales et veulent opposer les juifs aux musulmans, créer un conflit de civilisations entre l'Orient et l'Occident alors que le dialogue des civilisations est la seule voie pour la prospérité de l'humanité. L'Islam autant que le judaïsme et le christianisme pour m'en tenir aux religions monothéistes, est une religion de tolérance et de paix [La religion est instrumentalisée par les forces politiques qui ont besoin de se constituer une clientèle solide et obtenir une soumission à l'autorité ou à ceux qui l'incarnent; ndc]. Tous les israéliens conscients ne partagent pas le point de vu extrémiste, défendant la création d’Un Etat palestinien qui est la condition de la survie de l’Etat d’Israël, ou juifs et arabes cohabiteraient pacifiquement grâce à un renouveau économique pour une prospérité partagée [Les politiciens progressistes israëliens ont bien compris que la survie de leur Etat passait par une coexistence avec un Etat palestinien. Mais ça reste de la théorie. C'est en tout cas le canevas que souhaiteraient imposer les démocraties occidientales. Mais en réalité il y a de fortes chances que cela donne naissance à une relation économique déséquilibrée qui serait source de nouveaux conflits. C'est dans la nature du capitalisme; ndc]. En résumé, comme on le constate, l’attaque israélienne sur Gaza dépasse largement l’alibi militaire, autant que ce qui se passe au Sahel. Cela rentre dans le cadre d’une large reconfiguration géostratégique tant du Moyen Orient que de l’Afrique, continent à enjeu économique du XXIe siècle.