Le Monde d'Antigone

Ni rouge, ni noir, ni vert. L'autonomie rejette partis,
syndicats et toute forme de gestion et de pouvoir.
Rassembler des foules sous un même drapeau
trouve toujours son origine dans une imposture.
Seule une révolution mettra fin à un système
dont l'obsession de l'argent entraine l'humanité
vers la catastrophe.

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Bienvenue dans l'anthropocène

Publié le 26/04/2014 à 07:55 par monde-antigone


Cet article de Benoît Helme paru dans Slate nous explique que l'homme détruit sa planète. Oui et non. D'abord il serait plus exact de parler d'activités humaines. Ensuite la pollution de la planète provient du niveau atteint par le développement du capitalisme et d'aberrations économiques, de choix faits pour le seul profit des multinationales. C'est l'économie marchande, même coloriée en vert ou en bleu, qui est globalement en cause, pas l'homme en lui même qui est assez intellignent pour organiser la société de façon à ce qu'elle soit en accord avec son environnement.


L'homme tient l'avenir de la Terre dans ses mains
Bienvenue dans l'anthropocène
par Benoît Helme
Slate - 22 avr 2014
http://www.slate.fr/monde/85913/anthropocene


L'époque n'a pas encore fait son entrée officielle dans l'échelle des temps géologiques, mais c'est la nôtre. Celle au cours de laquelle l'homme peut tout détruire.

Anthropo-quoi ? « Anthropocène », terme proposé par Paul Crutzen, chimiste et météorologue néerlandais nobélisé pour ses travaux sur la couche d'ozone, signifie que l'espèce humaine est devenue la principale force géophysique de la Terre, capable de modifier définitivement son environnement. L'impact de ses activités l'emporte en effet, pour la première fois dans l'histoire de notre planète, sur toutes les autres, c'est-à-dire l'ensemble des facteurs naturels.

Dans cet anthropocène – du grec anthropos, être humain –, l'homme modifie le climat planétaire ainsi que les grands équilibres de la biosphère, essentiellement par la masse de gaz polluants qu'il produit. Nous voilà donc passés de l'ère de l'holocène, période géologique d'environ 10.000 ans, stable et relativement chaude, qui suit la dernière ère glaciaire et permet notamment l'agriculture et l'expansion des civilisations, à l'ère de l'anthropocène, qui débute à la fin du XVIIIe siècle avec les prémices de la révolution industrielle.

L'usine remplace alors le travail agricole et artisanal. Le volume de la production industrielle et fumante s'en trouve considérablement augmenté tandis que la révolution des transports tend à raccourcir les distances du marché mondial, bien avant Internet. Suit alors, dans les années 1950, ce que bon nombre de scientifiques appellent la « grande accélération » avec l'avènement de l'actuelle société de consommation au menu désormais bien connu: mondialisation, industrie, pub et tourisme.

Bon. A supposer que nous prenions conscience de l'impact de nos faits et gestes industriels sur la nature qui, semble-t-il, n'a rien demandé, cette nouvelle ère à l'équilibre fragile nous expose à un défi majeur. Les premiers effets économiques de notre espèce sur la planète Terre sont loin d'être globalement positifs. Le bilan commence même à s'alourdir sérieusement.

Appauvrissement de la biodiversité, flux d'azote, pollution chimique, charge des aérosols dans l'atmosphère, surconsommation d'eau douce, diminution de la couche d'ozone, flux de phosphore, exploitation de sols, acidification des océans, changement climatique. Autant d'écueils causés par des activités humaines et reconnus par nombre de responsables scientifiques qui n'ont aucun intérêt à jouer les Cassandre (voir à ce sujet le dernier rapport du Giec...).

La Terre, planète toute riquiqui à l'échelle de l'univers, parmi des milliards d'autres exoplanètes, pourrait bien devenir, par nos regards indifférents, la somme cataclysmique de nos actes. Bien sûr, l'homme possède cette particularité inouïe de réagir lorsqu'il est certain d'aller dans le mur ou bien juste après s'y être encastré – voir le génie footballistique français [Hein ????, ndc]. Mais on peut malheureusement s'attendre à atteindre, si les choses devaient continuer de fumer ainsi, à des points de non retour.

Soyons clair. L'homme se fout globalement du sort de ses co-locataires sur la Terre. Ne parlons même pas des animaux. Au rythme actuel de leurs disparitions, 30 % de toutes les espèces vivant actuellement sur la Terre pourraient avoir disparu en 2050. Il ne s'agit pas seulement des  tigres de Sumatra, des couguars (officiellement déclarés espèce éteinte il y a deux ans), des rhinocéros unicornes, des pandas géants, des manchots empereurs, des ours polaires, ou des koalas, qui sont actuellement pressentis pour disparaître définitivement de la surface de la Terre dans les siècles prochains, mais aussi de dizaines de milliers d'autres espèces de poissons, insectes, ou batraciens. Qu'ils fassent partie de la famille des mammifères, des poissons ou des oiseaux, aucun animal, à part peut-être le chien ou le chat, n'est aujourd'hui totalement à l'abri d'une disparition à long terme.

Les causes de ces extinctions sont nombreuses. Elles peuvent être naturelles, comme lorsqu'il s'agit de sécheresses locales ou d'incendies, de manque de nourriture ou de la fonte des glaces – bien que cette dernière soit liée au réchauffement climatique. Mais c'est essentiellement à cause de l'homme que ces animaux disparaissent. Mers polluées, forêts déforestées, animaux chassés pour leur viande, leur peau, leurs dents, leurs écailles, leurs plumes, leur graisse, pour fabriquer des vêtements, des bijoux ou des produits cosmétiques.

Selon Hubert Reeves, astrophysicien québécois par ailleurs président de la Ligue pour la préservation de la faune sauvage et la défense des non-chasseurs (ROC), la situation est très mal engagée:
« On élimine tous les ans plus de mille fois plus d’espèces animales et végétales qu’en 1925. Au rythme où l’on va, 20 % à 30 % des espèces auront disparu d’ici 2050. Nous sommes dans une période d’extinction massive des espèces animales et végétales, comme il y en a eu cinq depuis l’apparition de la vie sur la Terre ».

Seulement contrairement aux quatre précédentes, celle-ci est orchestrée par l'homme. L'économie profitable – et non rentable – semble désormais primer sur tout. Le 10 décembre dernier, après notamment qu'une BD fort talentueuse a fait beaucoup parler pour sensibiliser aux ravages de la pêche en eaux profondes, un projet de loi visant à interdire le chalutage des grands fonds était rejetée – de justesse, il est vrai.

En plein risque océanique, le Parlement européen n'a donc pas réussi à faire bloc pour protéger les mers en interdisant aux professionnels de remplir leurs chaluts tractés sur les fonds marins à plus de 200 mètres de profondeur, contrairement aux propositions de la Commission européenne. Les députés ont, en fait, tranché a minima, comme leur avaient recommandé la France et l’Espagne – deux Etats gros pêcheurs en eaux profondes –, et ont seulement décidé de restreindre cette technique aux zones déjà exploitées. [La raison d'être d'un Etat est de défendre égoïstement ses intérêts économiques nationaux, ceux de ses industriels. Il en sera ainsi tant qu'il y aura des frontières et une économie marchande. Inutile d'aller pleurer au Parlement européen, ndc]

La pêche en eaux profondes constitue pourtant une agression majeure pour l’écosystème marin. Pour six espèces principales de poissons commercialisées – lingue bleue, grenadier de roche, sabre noir, phycis de fond, dorade rose et béryx –, le chalut en ramasse des dizaines d’autres, puis les rejette par-dessus bord pour défaut de rentabilité. Sur le pont d'un chalut, alors que près d’une espèce pêchée sur trois est en voie d’extinction, on rejette près de 50 % des poissons.

Il n'est pas rare que les pêcheurs suivent en direct les cours du poisson et s'informent sur ceux qui risquent d’être le plus achetés au port à leur retour. Quand le filet est relevé, on laisse ainsi agoniser sur le pont des milliers d’animaux avant de les rejeter mourants tout simplement parce qu’ils ne se vendraient pas bien. Par ailleurs, le filet du chalut endommage sur son passage les coraux, les éponges, et racle les sols sédimentaires. Il racle au fond des abysses, pourtant mal connues de l'homme puisque la lumière n'y filtre pas. Il racle des sols qui ont pourtant mis des milliers d'années à se former, un peu comme si on « rasait Notre-Dame au bulldozer », souligne Mattieu Ricard, moine bouddhiste tibétain et docteur en génétique cellulaire.

Reste des océans, de plus en plus abimés et souillés par les déchets en plastique, qui constituent pourtant la source même de la vie sur la Terre. On parle en effet, aujourd'hui, d'un « 7e continent de plastique » évoluant dans le nord de l'océan Pacifique, de la taille d'un tiers des Etats-Unis ou de 6 fois la France. Bien sûr, il s'agit davantage d'une « soupe de plastique » que d'un continent, constituée de gros déchets éparses et surtout d'une myriade de minuscules fragments en plastique – d'un diamètre inférieur à 5 mm, en suspension à la surface ou jusqu'à 30 mètres de profondeur. Et que les poissons ou dauphins avalent souvent, les confondant avec du plancton, avant de mourir étouffés. [Comme ce "continent" se trouve dans les eaux internationales, aucun Etat n'est concerné et aucun n'aurait les moyens budgétaires pour en venir à bout. On voit bien que c'est l'existence de l'argent qui empêche de mettre en œuvre un chantier dont profiterait la planète entière, ndc]

De fait, nous tuons sans vergogne, nous bradons et nous gaspillons la Terre sans la comprendre ni la connaître vraiment. L'accident du Boeing 777 de la Malaysia Airlines, dont on a toujours pas retrouvé les boîtes noires, devrait nous rappeler que les mers et les océans couvrent 70 % du globe et que leur dimension gigantesque, leur faune et leurs cycles naturels, ont une influence déterminante sur la vie sur Terre et qu'il est pour le moins risqué de mettre cet équilibre en péril.

Nous connaissons si mal notre planète que nous découvrons, en 2014, des phénomènes qui existent depuis des millions d'années peut-être. Ainsi, il y a quelques semaines, un minéral appelé ringwoodite était extrait d'un petit diamant brun retrouvé dans le Mato Grosso, au Brésil. Analysé par l'équipe de Graham Pearson de l'université d'Alberta au Canada, cette pierre particulièrement précieuse, issue d’une roche volcanique remontée par chance à la surface de la terre, contenait un échantillon de ringwoodite, un minéral contenant de l’eau !

La ringwoodite avait auparavant été découverte dans des météorites. C'est la première fois qu'un scientifique trouve ce minéral dans un échantillon d'origine terrestre, situé d'ordinaire à une profondeur inaccessible. C'est une formidable découverte, digne du roman de Jules Verne Voyage au centre de la Terre dans lequel il avait imaginé l’existence d’une mer souterraine. Une quantité d’eau colossale se trouverait sous la croûte terrestre. Trop occupés à polluer sans doute, nous ne le savions pas. Publiée dans la revue britannique Nature, cette découverte suggère que cette réserve d'eau, située entre 410 et 660 kilomètres de profondeur sous-terraine, « pourrait renfermer autant d’eau que tous les océans réunis ». Ce n'est pas certain, bien sûr. Mais la seule plausibilité de cette hypothèse montre à quel point nous méconnaissons la Terre.

Etrangement, nous nous méfions de la nature, alors que nous devrions nous en inspirer. La nature a déjà beaucoup inventé sans pour autant détruire son environnement. Bien avant que l'homme ne découvre le feu, elle avait déjà conçu le vol, la nage, l'architecture ou les économies d'énergie. Depuis 4 milliards d'années, l'évolution explore des millions de solutions pour n'en retenir que les meilleures.

C'est d'ailleurs l'esprit du biomimétisme, une approche scientifique qui entend s'inspirer du génie naturel pour concilier progrès et respect de l'environnement. En quoi les inventions de la nature sont-elles plus intelligentes que celles de l’homme ? Parce qu’elles intègrent toujours l’écosystème dans leurs processus, et ne gaspillent rien. Gunter Pauli, industriel belge qui milite pour un modèle économique basé sur le biomimétisme [Il espère se faire de l'argent avec ?, ndc], explique à ce sujet:
« La nature ne sépare jamais un arbre des fourmis, les oiseaux des vers de terre ou les champignons de ce qui les entoure. Par ailleurs, elle invente des systèmes dans lesquels les déchets ne sont jamais gaspillés grâce à une cascade permanente d’énergie, de nourritures et de matières diverses qui devraient nous inspirer pour imaginer un nouveau modèle économique. L’homme gagnerait à sortir de son cartésianisme où tout est divisé, isolé, sans réfléchir aux interdépendances des matières produites ».

Il est déjà possible de fabriquer du papier avec de la poudre de pierres que l’on mélange avec des bouteilles en plastique, sans eau, sans arbres et sans agents chimiques. Ce papier est plus blanc, plus doux, plus fin et plus résistant que le papier traditionnel. En outre, il est complètement étanche et recyclable. Et deux fois moins cher que le papier classique ! C'est précisément le principe de l'économie bleue pour laquelle milite Pauli:
« L'économie bleue ferait mieux que l’économie verte dans laquelle ce qui est bon pour un être humain et sa santé coûte généralement assez cher. L’économie bleue propose de créer des plus-values avec tout ce qui est disponible autour de nous. Nous n’avons pas conscience du potentiel de richesses naturelles qui nous entourent tandis que la nature, elle, ne gaspille jamais rien. Généralement, quand l’être humain ne sait pas quoi faire avec quelque chose, il le jette ! Or, nous devrions nous inspirer de la nature pour recycler non seulement les déchets, mais aussi les déchets des déchets ».

Et l'histoire du martin-pêcheur et du TGV japonais, vous la connaissez ? En pénétrant à 350 km/h dans les tunnels, le TGV japonais provoquait une onde de choc extrêmement bruyante et perturbatrice. Eiji Nakatsu, ingénieur ferroviaire et passionné d’ornithologie, s'est posé alors une pertinente question: comment fait le martin-pêcheur pour attraper ses proies dans l’eau sans perdre de vitesse ni faire de remous ? Les deux phénomènes sont en effet comparables: le train comme l’oiseau rencontrent brusquement une forte résistance, mais l’oiseau traverse l’eau comme une fleur grâce à un bec long et tranchant. Eiji Nakatsu a conçu alors sur son ordinateur un profil idéal pour le nez du train, imitant la forme du bec et la tête du martin-pêcheur. Réduisant ainsi la pression de l’air, le train roule dorénavant sensiblement plus vite avec une moindre nuisance au passage des tunnels et, cerise à la surface de l’eau, une réduction de 15 % de la consommation électrique. [On peut aussi s'interroger sur l'utilité de gagner quelques minutes pour le coût environnemental qui en résulte. L'hyperloop propose un moyen de transport par propulsion électromagnétique autrement plus adapté, ndc]

Notre histoire s'accélère. Alors que les ères précédant le quaternaire duraient entre 50 et 250 millions d'années, l'anthropocène pourrait, selon certains scientifiques, ne durer que 400 ans ! « Il ne s'agit pas d'un effet d'optique lié au fait que nous avons plus d'informations sur des périodes récentes. Il s'agit bien de la vitesse avec laquelle l'ensemble des données physiques et biologiques caractérisant notre planète évolue », souligne Alain Grandjean, polytechnicien, économiste, fondateur et associé de Carbone 4, cabinet de conseil et d'études sur le carbone.

Le réchauffement climatique pourrait même se profiler à la fois plus rapidement (en 2060 plutôt que 2100) et à des températures plus élevées que prévues (4°C au lieu de 2°C), selon un rapport récent de la Banque mondiale, qui exprime au passage de vives inquiétudes quant à la capacité des hommes à s'adapter à « des vagues de chaleur extrême, une chute des stocks alimentaires et une montée du niveau de la mer frappant des centaines de millions de personnes ».

Quant aux abeilles, elles commencent sérieusement à flancher. Un parasite de mouche les conduirait depuis une dizaine d'années à quitter leur ruche, les désorientant, et provoquant leur mort. L'infestation d'une ruche commence lorsqu'une mouche dépose ses œufs dans l'abdomen de l'abeille. Une fois infectées, les abeilles abandonnent leurs ruches pour se rassembler près de sources de lumière et tournent alors en rond, ayant perdu tout sens de l'orientation et meurent, le plus souvent, à l'endroit où elle se sont arrêtées. Parfois, elles se recroquevillent avant de mourir.

C'est une étrange épidémie qui touche les élevages d'abeilles domestiques de souche européenne, notamment en France et dans le reste de l'Europe depuis 1998 –  et aux États-Unis depuis l'hiver 2006-2007. Les pertes peuvent atteindre, localement, jusqu'à 90 % des colonies. L'homme en est-il responsable ? C'est possible. Parmi les causes, toujours à l'étude, les chercheurs pensent à l'utilisation massive de certains produits chimiques. Bien qu'aucun de ces produits, à lui seul, ne semble être la cause du syndrome, il est probable que les pesticides affaiblissent les abeilles. Parmi eux, on note les néonicotinoïdes, des insecticides agissant sur le système nerveux central, qui sont suspectés d'avoir un effet imprévu sur la capacité des abeilles à s'orienter et à mémoriser leur chemin.

Concernant les abeilles sauvages, les chercheurs sont maintenant certains que leur espèce est menacée. On en compte plus aujourd'hui que 20.000 dans le monde, et entre 900 et 1.000 en France. Pour Axel Decourtye, chercheur écotoxicologue de formation, cette extinction est le fait de la combinaison des pathologies (virus, maladies, parasites), des pesticides et de l'appauvrissement de leurs ressources alimentaires. Problème, 80 % des plantes à fleurs sont pollinisées par les abeilles. Ces insectes magnifiques pollinisent les pommiers, les amandiers, les avocatiers, les cerisiers, les oignons, les concombres, le coton, l'arachide, ou le melon. Environ un tiers de ce qui se trouve dans nos assiettes est lié à la pollinisation. Sur la table du petit déjeuner, sans les abeilles, pas de miel, de confiture, de jus d'orange ou de café.

Du moins pas au même prix ni à une telle qualité. Sans elles, les rendements sont bien moindres et les fruits de moins bonne qualité. Elles participent, de fait, à notre économie. Sur les contreforts de l'Himalaya, l'espèce sauvage qui pollinisait les pommiers a disparu. Les Chinois pollinisent depuis les pommiers au plumeau. D'autres ont tenté de polliniser des amandiers par la force du vent provoqué par les pales d'un hélicoptère. Ça n'a pas marché. Beaucoup de fumée pour rien. La chimisation aléatoire de nos assiettes est un fait, et personne ne peut prévoir encore ses conséquences sur notre santé. A savoir, quand même, la France est aujourd'hui le premier utilisateur européen de pesticides – avec de 70.000 à 120.000 tonnes utilisées chaque année. Notre pays se place ainsi au 3e rang mondial derrière les Etats-Unis et le Japon.

Les pesticides ne sont pas seulement utilisés dans l'agriculture, mais aussi dans les jardins particuliers, dans les parcs ouverts au public, pour l'entretien de la voirie, les voies ferrées, les aéroports ou les aires de loisirs comme les golfs ou les hippodromes. Ils n'en restent pas moins des polluants organiques persistants (POP), qui perdurent dans l'environnement, s'accumulent dans les graisses et sont donc, de manière générale, dangereux pour la santé: à haute dose –  quelle dose, nul ne le sait  –, ils peuvent provoquer cancers, altération du système immunitaire, problèmes de reproduction et autres joyeusetés. Malgré cela, quel que soit le gouvernement en place, le principe économique semble primer sur le principe de précaution. Alors, que faire ? Réagir ? Arrêtons-nous là.

Les premiers indices inquiétants de l'anthropocène sont beaucoup trop nombreux pour être listés dans un seul article. Plusieurs livres y sont d'ailleurs consacrés, dont l'excellent Voyage dans l'Anthropocène de Claude Lorius et Laurent Carpentier (Actes Sud). Dans cet opus-là, Claude Lorius, pionnier des recherches sur le climat, médaille d’or au CNRS, et le journaliste Laurent Carpentier s'interrogent avec humour et un zest de gravité quand-même. Quelle sera le nom de la prochaine ère ?
-  Postanthropocène ?
- Nocène ?
- Appocalypsenowcène ?
Nous pouvons certes réagir en Groucho tendance marxiste et nous demander:
« Pourquoi nous préoccuperions-nous des générations à venir... après ce qu'elles ont fait pour nous ? »
Ou encore comme Steven Forbes, éditeur de presse américain, qui déclarait en 2009 sur la chaîne américaine Fox News: « Modifier nos comportements parce que quelque chose va se produire dans 100 ans est, je dirais, profondément bizarre ».
Pourtant, selon Claude Lorius, la seule question qui se pose désormais à nous est: « Que voulons-nous faire de ce monde dont nous sommes devenus dans le même temps les fossoyeurs et les gardiens ? »
Et de citer cette phrase –  lumineuse, encore une fois  – du sociologue et philosophe Edgar Morin: « Le probable est la désintégration. L’improbable mais possible est la métamorphose ».

Dans une très sérieuse étude, publiée en mars et citée dans un article du Guardian, la Nasa prévoit ni plus ni moins que l'effondrement de notre « civilisation industrialisée » [*]. Pour parvenir à cette prédiction, les scientifiques se sont appuyés sur des données historiques croisées des civilisations passées. Selon eux, une surexploitation des ressources naturelles combinée à une trop forte disparité entre riches et pauvres, ou entre "élites" et "roturiers", comme ils sont nommés dans l’étude, ont déjà conduit à l’effondrement de civilisations, et c'est à nouveau ce processus qui se met en place. Et l'étude de souligner:
« La rareté des ressources provoquée par la pression exercée sur l’écologie et la stratification économique entre riches et pauvres ont toujours joué un rôle central dans le processus d’effondrement. Du moins au cours des 5.000 dernières années ».

N'oublions pas qu'à l'échelle de notre planète, l'homme est une espèce très récente. Si l'on devait rapporter toute l'histoire de la Terre à une année repère, alors l'être humain ne serait arrivé que le 31 décembre vers 10h du matin. Et déjà notre histoire est celle d'une seule espèce qui, par son impact socio-économique, modifie sa planète en un temps record.

Nous vivons pourtant dans un monde fini et capable de faire voler une place boursière en éclat par un seul cyclone, tsunami, ou tremblement de terre. Bien sûr, les places boursières sont rarement à côté de la mer, encore que la plus grande bourse mondiale, celle de New York, soit à une encablure de l'océan Atlantique. On peut ne pas y croire.

Reste la pollution des villes, avérée de plus en plus dangereuse. Lorsqu'on sait qu'en 2050, selon l'OCDE, la population de la planète devrait passer de 7 milliards à plus de 9 milliards, entraînant une demande croissante en énergie et ressources naturelles, et que près de 70 % de cette population devrait vivre en zone urbaine, on s'interroge quand même. Mieux que dans n'importe quel scénario de SF hollywoodien, nous voilà dans la vraie vie confrontés à un défi capital.


[*]  Reprise de la brève que j'avais postée le 23 mars.
Une étude commandée par la NASA révèle ce qu'on savait déjà. Les solutions avancées ne proposent qu'un colmatage en surface pour retarder l'effondrement. Rien en revanche en ce qui concerne la nécessité d'un changement radical de société par l'abandon de l'économie marchande. Pourtant ce serait la seule solution pour repartir sur de nouvelles bases.


La fin de notre civilisation est proche selon la NASA
par Emmanuel Soumounthong
Planet - 19 mar 2014
http://www.planet.fr/technologies-la-fin-de-notre-civilisation-est-proche-selon-la-nasa.573762.29339.html?page=1&xtor=ES-1-568896%5BPlanet-a-la-Une%5D-20140320


Selon une étude financée par la NASA, notre civilisation serait amenée à disparaître et n’a plus que quelques décennies à vivre. La raison ? Un problème de gestion des ressources naturelles mais aussi une mauvaise répartition des richesses.

Ce n’est pas la première fois que l’on prédit la fin du monde. Mais cette fois-ci, ce sont des scientifiques qui annoncent l’effondrement de notre civilisation moderne et industrielle dans les prochaines décennies. C’est la conclusion peu joyeuse d’une nouvelle étude parrainée par la NASA et relayée le 14 mars par le quotidien britannique The Guardian.

Pour arriver à ce constat apocalyptique, l’étude a été réalisée par une équipe de scientifiques américains menée par le mathématicien Safa Motesharrei qui a mis au point un nouvel outil analytique, baptisé HANDY (Human And Nature DYnamical). L’étude réunit des données historiques montrant que la disparition des civilisations, telles que les Mayas ou l’empire romain, est un phénomène qui se répète depuis 5.000 ans. Elle cible plusieurs facteurs explicatifs parmi lesquels le climat, la population, l’eau, l’agriculture ou encore l’énergie.

Les scientifiques expliquent que notre civilisation s’écroulera pour deux scénarios possibles. Selon le premier, les plus riches accaparent tellement les richesses que les plus pauvres connaissent la famine: la perte de travailleurs entraine l’effondrement du système. Dans le second, c’est la surconsommation des ressources qui entraine le déclin de toutes les catégories de population. Dans les deux cas, la chute s’avère difficile à éviter. Selon les chercheurs, plusieurs empires ont disparu, notamment à cause de l’aveuglement des élites qui, jusqu’au bout, se croyaient protégées et ont refusé de réformer leur système de vie en communauté. C’est précisément l’inconscience des élites qui aurait entraîné la disparition des empires romain et Maya.

Selon les chercheurs, seuls les changements pourraient nous permettre d’éviter le pire. D’une part, Ils préconisent la réduction des inégalités économiques pour assurer une distribution plus juste des richesses. D’autre part, il faut réduire la consommation et s’appuyer davantage sur des ressources renouvelables et limiter l’essor démographique. Tout un programme !


EDIT (10 janvier 2016)


L'anthropocène, ou comment l'Homme a modifié la géologie
Reuters, Capital - 07 jan 2016
http://www.capital.fr/a-la-une/actualites/l-anthropocene-ou-comment-l-homme-a-modifie-la-geologie-1095464


Les éléments attestant de l'influence des activités humaines sur la Terre sont aujourd'hui très probants, souligne une équipe de chercheurs internationale. Ils proposent de faire entrer la planète dans l'anthropocène, une nouvelle ère géologique marquée par l'homme. La naissance d'une telle époque marquerait la fin de l'holocène, qui a commencé il y a 11.700 ans à la fin de l'ère glaciaire, selon cet article paru dans la dernière livraison du journal Science jeudi. L'anthropocène, un terme proposé en 2000, est formé à partir du grec "anthropos", qui signifie "homme". "Nous avons le pouvoir de changer la planète", note l'universitaire britannique Colin Waster, du British Geological Survey. Le chercheur a dirigé une équipe internationale chargée de répertorier les arguments en faveur de ce changement d'époque.

Les auteurs suggèrent que l'anthropocène pourrait démarrer au milieu du XXe siècle, autour de 1950. Cette date soulignerait à la fois les risques et les bénéfices induits par les technologies modernes et la mondialisation. L'ère atomique, qui commence à l'essai nucléaire du 16 juillet 1945 au Nouveau-Mexique, et le boom après-guerre de l'industrie, des mines, de l'agriculture et de matériaux fabriqués par l'homme, comme le plastique ou le béton, ont tous laissé des traces dans les couches géologiques. Le béton, inventé par les Romains, est tellement répandu aujourd'hui qu'on en compterait 1 kg /m² s'il était réparti équitablement sur toute la surface de la planète, notent les chercheurs.

Le changement de dénomination doit toutefois être officialisé, ce qui pourrait prendre encore des années de recherches supplémentaires. Ce en partie pour déterminer la date de commencement de cette nouvelle ère. Certains scientifiques estiment que l'anthropocène a débuté avec la Révolution industrielle au XVIIIe siècle. Le choix de cette date soulignerait la responsabilité historique de l'Europe dans la pollution et le changement climatique. D'autres estiment qu'on peut faire remonter cette nouvelle ère à l'apparition et au développement de l'agriculture. "Chaque définition façonnera nos histoires sur le développement humain", relève le professeur Simon Lewis, de l'University College de Londres, qui n'a pas participé à cette étude. Lui privilégie 1610 comme date de départ, car il marque une expansion du colonialisme, des maladies et du commerce de l'Europe vers les Amériques.

L'un des rédacteurs de l'étude, Erle Ellis, de l'université du Maryland, estime que l'officialisation de cette nouvelle ère géologique transformera la compréhension du rôle de l'humanité sur la planète. C'est un "défi aussi grand qu'une seconde révolution copernicienne", juge-t-il. Au XVIe siècle, Nicolas Copernic a contribué à montrer que la Terre tournait autour du Soleil, plutôt que l'inverse comme une majorité le croyait à l'époque.