Ni rouge, ni noir, ni vert. L'autonomie rejette partis,
syndicats et toute forme de gestion et de pouvoir.
Rassembler des foules sous un même drapeau
trouve toujours son origine dans une imposture.
Seule une révolution mettra fin à un système
dont l'obsession de l'argent entraine l'humanité
vers la catastrophe.
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Date de création : 10.03.2011
Dernière mise à jour :
08.02.2026
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Pour les plus jeunes qui n'ont pas connu cette époque merveilleuse dont on se souvient les yeux embués de larmes, il y avait pendant les années Giscard (1974-81) une émission de télé dite "pour la jeunesse", destinée à infantiliser les gosses, "L'île aux enfants" animée par Casimir le gentil dinosaure. Dès que ça commençait, comme des cons on se mettait à entonner le générique. Tout le monde le connaissait par coeur:
"Voici venu le temps
Des rires et des chants
Dans l'Île aux enfants
C'est tous les jours le printemps
C'est le pays joyeux
Des enfants heureux
Des monstres gentils
Oui, c'est un paradis..."
Aïe Aïe Aïe... Bon... il n'y avait pas grand chose de très intéressant sur le web aujourd'hui. Et puis, je ne sais pas, par association d'idées, quand je vois Kim Jong-Un aujourd'hui, je pense à Casimir... Le traumatisme est toujours présent ! Voilà ce que c'est que de regarder des programmes débiles quand on est jeune.
L'article qui suit peut être qualifié de "casimirien". Je n'ai pas pu m'empêcher de le poster.
Minijupes et voitures étrangères: Un air de changement en Corée du Nord
par Maria Frolova
RIA Novosti - 14 aot 2013
http://fr.rian.ru/reportage/20130814/198996358.html
La vie en Corée du Nord change peu à peu. Depuis l'arrivée au pouvoir du jeune dirigeant Kim Jong-un il y a deux ans, on constate en Corée du Nord plus de libertés, plus de voitures et moins de portraits. Il est encore trop tôt pour parler de "dégel", mais les changements au sein de la société sont flagrants. Les Nord-coréens sourient désormais en voyant des étrangers, le dirigeant du pays a interdit d'utiliser ses portraits et a créé un groupe de musique pop moderne.
Vol à Pyongyang - Les vols de la compagnie nord-coréenne Air Koryo desservent Pyongyang uniquement en provenance de Pékin et de Vladivostok. Durant le vol, les mini-écrans à bord diffusent un concert: l'hymne, des marches militaires, des chansons patriotiques faisant l'éloge de la Corée du Nord et de ses dirigeants, ainsi que la musique classique. Toutefois, pendant le vol nous avons été surpris d'entendre en russe la chanson "L'espoir, ma boussole terrestre". Les hôtesses de l'air en uniforme rouge et blanc qui parlent plutôt bien anglais proposent aux passagers des boissons (bière, jus, eau – tout est fabriqué en Corée, le thé, le café) et des hamburgers. Hormis les informations habituelles à inscrire dans les formulaires en entrant dans le pays, il est également nécessaire d'indiquer le montant en devise étrangère que l'on a sur soi, et de mentionner la possession d'un téléphone portable, de revues et des valeurs culturelles et historiques.
Les changements sont perceptibles dès l'arrivée dans le pays. Les téléphones portables des étrangers ne sont plus confisqués à l'aéroport de Pyongyang. En 2011, dernière année du règne de Kim Jong-il, il était obligatoire de déposer son portable dans un casier spécial en échange d'un ticket permettant de le récupérer en quittant le pays. Aujourd'hui, les mobiles peuvent être gardés en les déclarant à la douane, mais les opérateurs étrangers ne fonctionnent pas en Corée du Nord. En revanche, à l'aéroport il est proposé aux étrangers de louer une carte SIM locale Koryolink – séparément pour insérer dans son portable ou avec un téléphone. Les quatre jours d'une utilisation modeste du réseau coréen ont coûté 100 $. Le stand de location cellulaire avec un panneau publicitaire "Premier réseau mobile 3G" en coréen et en anglais est très populaire.
Moins d'interdictions pour les étrangers - es étrangers sont toujours accompagnés par un guide, en expliquant que cela est fait pour leur confort. Mais si deux ans plus tôt notre délégation de deux personnes était accompagnée par deux membres du Parti du travail de Corée chargés de l'idéologie, cette fois seul un jeune employé du ministère nord-coréen des Affaires étrangères, pas encore membre du parti, nous accompagnait, alors que nous étions trois. Il nous interrogeait avec curiosité sur la vie en Russie et sur les relations entre les gens. Les journalistes d'autres pays, de même qu'en 2011, visitent des endroits bien précis (les curiosités de la ville) mais il n'est plus interdit de filmer depuis la fenêtre de l'autobus pendant le déplacement. De plus, on était autorisé à installer une caméra sur le pare-brise du véhicule.
Le culte de la personnalité s'estompe - Les slogans révolutionnaires glorifiant les dirigeants du pays sont toujours présents sur les immeubles nord-coréens. On peut voir dans la ville de nombreux portraits du "Grand leader Kim Il-sung" et du "Cher dirigeant Kim Jong-il" – c'est ainsi que les Nord-coréens appellent leurs dirigeants. Mais on ne voit nulle part les portraits du "respecté camarade Kim Jong-un". L'employé du MAE a expliqué que le dirigeant avait personnellement interdit d'utiliser son image, car il estime qu'il ne l'a pas encore mérité en vertu des services rendus au pays. Lorsque Kim Jong-un visitait le Musée de la Victoire dans la guerre de Corée, construit sur son ordre, on a laissé entrer les visiteurs à l'intérieur. Grâce aux applaudissements des Coréens on pouvait dire où se trouve Kim Jong-un en ce moment. A l'issue d'un autre événement solennel, les rues n'ont pas été bloquées, et la voiture du dirigeant nord-coréen est sortie de la foule où se trouvaient des Coréens, mais aussi des étrangers.
Cependant, on ne peut pas affirmer que le culte de la personnalité disparaît rapidement en Corée du Nord. Dans la capitale on voit les slogans "Vive le grand leader, le respecté camarade Kim Jong-un", et il est accueilli par les ovations du public pendant les événements. Il est à noter que pendant les concerts solennels, les Nord-coréens applaudissent même les images de leurs leaders à l'écran. Tous les habitants continuent à porter sur la poitrine les insignes à l'effigie de Kim Il-sung et Kim Jong-il. Ils sont ronds ou ont la forme d'un drapeau en fonction de l'année d'obtention. Le premier insigne est attribué à 14 ans en passant des pionniers à l'organisation de jeunesse. Il doit être porté à gauche – du côté du cœur. Depuis l'année dernière, il existe des insignes à l'effigie des deux dirigeants à la fois. Notre guide a expliqué que cet insigne était le meilleur.
La vie de la capitale - En deux ans, on constate une nette augmentation du nombre de voitures et de gratte-ciels. En 2011, il n'y avait pratiquement aucune voiture dans la capitale nord-coréenne, les habitants se déplaçaient à pied ou à vélo, ou bien empruntaient les transports en commun pour les longs trajets. Le peu de voitures qui circulaient à l'époque étaient des voitures de fonction ou appartenaient aux artistes, athlètes ou héros du travail nationaux. Une voiture était attribuée à titre de récompense par le Parti du travail de Corée pour les services rendus au pays, il était impossible d'en acheter une. Aujourd'hui, on peut voir circuler des voitures Toyota, Mercedes, Lexus Volkswagen, UAZ, Lada, des voitures chinoises et coréennes. Mais les Nord-coréens ne connaissent pas encore le phénomène des embouteillages. En presque une semaine de séjour nous n'avons pas vu la moindre station-service ou réussi à connaître le prix de l'essence. Désormais, on trouve même des taxis dans la capitale de la Corée du Nord. Le tarif est de 0,50 € le kilomètre, ce qui est très cher pour les normes locales
Le nombre de points de vente de glaces et de boissons a également augmenté en deux ans. Les cornets, esquimaux et sorbets coûtent entre 50 et 300 wons. A titre de comparaison, le salaire du référent du MAE (selon lui) est de 2.400 wons. Il a raconté que cet argent lui suffisait pour acheter un ou deux vêtements par mois et suffisamment de riz (40 wons le kg, compte tenu des tickets par rapport au poste occupé), mais il devra faire des économies pour acheter une télévision, qui vaut près de 5.000 wons. "Mais la voiture reste un rêve inaccessible", soupire-t-il.
Une autre différence significative – les habitants de la capitale nord-coréenne ont commencé à sourire et à réagir aux étrangers. Si deux ans auparavant les habitants de Pyongyang baissaient le regard et hâtaient le pas en voyant des étrangers, aujourd'hui ils disent même parfois "hello" et font signe de la main aux autobus avec des journalistes étrangers. Toutefois, les habitants de la capitale coréenne restent réticents à nouer le dialogue avec les étrangers. Priés de dire quelques mots, ils commencent par refuser en prétextant la fatigue ou des affaires urgentes, et lorsque les journalistes insistaient, ils récitaient par cœur les réussites des dirigeants de la Corée du Nord.
Musique pop - La musique patriotique continue à rester dominante dans la culture nord-coréenne. Les hymnes et les marches populaires, les chansons sur les mérites des dirigeants et la vie heureuse dans le pays retentissent littéralement partout. A la télévision ils remplacent la publicité. L'unique groupe de pop nord-coréen créé sur ordre personnel de Kim Jong-un est très populaire en Corée du Nord. Le collectif féminin Moranbon est entré sur scène pour la première fois en minijupes et s'est mis à danser. "L'apparition du groupe Moranbon correspond aux besoins de l'époque moderne et au plan absolument grandiose de marquer un tournant décisif dans la culture et l'art", écrivait l'agence de presse nord-coréenne KCNA.
Corée du Nord: L'ex du président Kim Jung-Un fusillée pour pornographie
RTBF - 29 aot 2013
http://www.rtbf.be/info/societe/detail_coree-du-nord-l-ex-amie-du-president-kim-fusillee-pour-pornographie?id=8076988
12 artistes ont été condamnés à mort le 17 août et exécutés trois jours plus tard. Leur crime: avoir violé la loi sur la pornographie. Hyon Song-Wo, ex petite amie du président Kim Jung-Un, faisait partie des inculpés. Parmi les victimes figuraient des membres de l’orchestre Unhasu et des chanteurs, musiciens et danseurs du groupe Wangjaesan. Ils étaient tous accusés de s’être filmés durant leurs ébats sexuels et d’avoir ensuite vendu les vidéos réalisées. Certaines de ces vidéos auraient également circulé en Chine. Une source prétend que certains inculpés étaient en possession d’une Bible et tous ont été traités comme dissidents.
Parmi les 12 personnes exécutées le 20 août figurait Hyon, qui avait rencontré le président Kim Jung-Un il y a une dizaine d’années. Leur relation s’était interrompue sur ordre du père de l’actuel président. Elle avait alors épousé un militaire mais les relations avec le jeune président auraient perduré. La femme actuelle du président fut, elle aussi, membre de l’orchestre mais son rôle dans l’exécution n’est pas claire.
L’exécution à la mitrailleuse s’est faite en présence des familles de victimes. Ces dernières auraient ensuite été conduites dans des camps selon le principe nord-coréen de "culpabilité par association". Selon une source, cette exécution "montre la volonté de Kim Jong-Un de consolider son pouvoir".
EDIT (14 décembre 2013)
Le totalitarisme ubuesque de Kim-Jong-un
par Ursula Gauthier (reportage du 03/10/2013)
Le Nouvel Observateur - 13 dec 2013
http://tempsreel.nouvelobs.com/monde/20131213.OBS9465/coree-du-nord-le-totalitarisme-ubuesque-de-kim-jong-un.html
Très influent jusqu'à son récent limogeage, l'oncle du dirigeant de la Corée du Nord, Kim Jong-un, aurait été exécuté jeudi 12 décembre, selon l'agence officielle de presse KCNA, qui le qualifie de "traître". En octobre 2013, notre journaliste Ursula Gauthier avait pu pénétrer dans ce pays très fermé lors d'un voyage de presse à Pyongyang. Elle y décrit une royauté absolue, qui voue un culte délirant à la dynastie régnante.
Avec leur casquette blanche, leur costume à épaulettes et leur gestuelle martiale, les agentes de la circulation sont à Pyongyang ce que les gardes de la reine sont à Londres. Plus que gérer la circulation, la fonction première de ces ravissantes est d'orner les carrefours. D'où l'étonnement suscité par la nouvelle que l'une d'entre elles avait décroché la plus haute décoration, réservée aux faits d'armes héroïques. Tous les médias du pays ont montré Ri Kyong-sim, 22 ans, secouée de sanglots, recevant la médaille de "héros de la République", pour avoir "sauvegardé la sécurité du quartier général de la révolution lors d'une circonstance inattendue".
Quelle "circonstance" ? Qu'a-t-elle fait précisément ? Les communiqués n'en soufflent mot. Il n'en fallait pas plus pour que les esprits s'enflamment: selon certains, Mlle Ri aurait stoppé un tram qui allait emboutir la voiture présidentielle. Pour d'autres, elle aurait même sauvé le nouveau leader d'une tentative d'assassinat... Mais la vérité, selon un groupe de "déflecteurs" nord-coréens, serait nettement plus modeste: la policière aurait sauvé du feu... une affiche de propagande portant le nom du jeune Kim. Absurde, mais tout à fait plausible: "Il existe une série de recommandations concernant l'affichage obligatoire des photos des dirigeants dans toutes les maisons, affirme le chercheur Andreï Lankov. En cas de dégradation, une enquête est menée et les coupables se retrouvent en camp de travail." De même, la presse officielle relate souvent le cas de citoyens dévoués qui ont sacrifié leur vie, ou celle de leurs enfants, pour sauvegarder les images sacrées...
La Corée du Nord du XXIe siècle reste un exemple extrême de totalitarisme ubuesque, une sorte de royauté absolue tendance stalino-maoïste, qui voue un culte délirant à la dynastie régnante. La capitale est hérissée de monuments surdimensionnés à la gloire du fondateur Kim Il-sung (mort en 1994), de "son" parti, de "ses" victoires, de "son" idéologie, etc. Sur la colline de Mansudae, sa statue colossale, haute de 22 mètres, qui fut à l'origine recouverte de feuilles d'or, est aujourd'hui flanquée de celle de Kim Jong-il, son successeur mort en 2011. Il existe environ 30 000 de ces "sanctuaires" dans le pays. Les portraits de Marx et de Lénine, qui subsistaient encore sur la place Kim Il-Sung, ont, eux, totalement disparu. Toute référence au communisme avait d'ailleurs été effacée de la Constitution en 2009. Dans le panthéon du "royaume ermite", il n'y a de place que pour les dieux indigènes.
Ces derniers exigent un culte permanent. "C'est le pays au monde où il y a le plus d'anniversaires prétextes à des célébrations publiques, observe un diplomate. La plus importante n'est pas celle de la fondation de la République, ni celle de la création du Parti des Travailleurs. C'est la célébration de la naissance de Kim Il-sung. Comme dans une monarchie." Lors de ces commémorations incessantes, les citoyens doivent se rendre devant la statue des leaders, s'incliner profondément avant de déposer une gerbe et se retirer à reculons. Les visiteurs étrangers sont tenus d'observer le même rituel.
Lors d'un récent voyage de presse à Pyongyang auquel s'est joint "le Nouvel Observateur", les organisateurs refusèrent de nous emmener à Mansudae. Le motif ? "Nous pensons que certains d'entre vous ne voudront pas s'incliner", avoua l'un des guides interprètes. Impensable ! L'une des tâches de ces "gardiens" consiste d'ailleurs à s'assurer que le visiteur étranger ne "coupe pas un morceau" des leaders en prenant en photo une effigie sacrée. Un autre nous réprimanda vertement en nous entendant prononcer le nom de Kim Jong-un. "On ne peut pas parler de notre dirigeant avec un tel manque de respect. C'est blessant ! Il faut ajouter un de ses titres, par exemple: "le dirigeant suprême Kim Jong-un"."
Le programme des visites est un long pèlerinage des différents "lieux saints" superbement entretenus ou luxueusement rénovés. Comme le palais du Soleil, ancienne résidence de Kim Il-sung transformée en mausolée après sa mort, contenant tous les véhicules qu'il emprunta, train compris. Ou le Musée de la Guerre victorieuse de Libération de la Patrie, dégoulinant de marbres et de cristaux, avec ses dizaines de scènes historiques à échelle réduite - des réécritures de l'histoire qui donnent à Kim Il-sung le beau rôle et rejettent sur les Américains la responsabilité de la terrible guerre de Corée.
Le plus étonnant, peut-être, c'est l'exposition florale des "kimilsungia" et "kimjongilia", une orchidée violette et un bégonia rouge nommés d'après les chers dirigeants. Dans une immense bâtisse, des parterres savamment agencés de millions de ces fleurs composent des dizaines de tableaux à la gloire des réalisations du régime: militaires bien sûr - têtes nucléaires, missiles, chars, etc. -, mais aussi industrielles - usines, ponts, ports - et urbanistiques - comme ce quartier de Pyongyang avec ses tours modernes. Aucune allusion à la terrible famine des années 1990, fruit d'une gestion lamentable de l'économie, qui coûta la vie à un million de personnes. Ni aux 150.000 prisonniers du pire goulag de l'histoire. Ni au contrôle total de l'information. Ni à la malnutrition qui touche un quart des enfants... "Ces fleurs ont été créées et offertes par des amis étrangers à nos deux dirigeants car ils sont les êtres les plus exceptionnels de la terre", affirment les hôtesses avec un sourire désarmant. Nul doute qu'un "ami" offrira bientôt à Pyongyang un "kimjongunia"...
Les rénovations ont d'ailleurs été l'occasion de retoucher subtilement les portraits du Père de la Nation. Lors de son apparition sur la scène politique, soucieux de compenser son déficit d'image, le jeune Kim avait cultivé sa ressemblance avec son grand-père, s'habillant, se coiffant comme dans les années 1940. Aujourd'hui, c'est au tour du vénérable Kim Ier de changer de physionomie pour ressembler à s'y méprendre à son petit-fils ! Il faut fausser compagnie aux interprètes gardiens si l'on veut sortir du "village Potemkine". La tâche est ardue: l'hôtel est totalement isolé sur une île déserte, il n'existe pas de taxis...
Mais rien de tel qu'une visite dans un grand magasin pour comprendre à quoi ressemble le quotidien des gens. On y trouve une foule de produits - jouets, chaussures, vaisselle, etc. - provenant de Chine, payables uniquement en devises. Pas de queue aux caisses, la plupart des chalands se contentent de contempler les articles. Une seule paire de baskets coûte en effet l'équivalent de plusieurs mois de salaire d'un enseignant...
Depuis la chute de l'URSS, l'économie de la Corée du Nord, totalement dépendante du grand frère, s'est effondrée. Du haut en bas de l'échelle, les familles et surtout les femmes se sont lancées dans le business, bien qu'il soit interdit. Il suffit de sortir des avenues bordées de gazon du centre pour découvrir, dans les quartiers périphériques aux immeubles décatis, sous une bretelle, un pont ou sur une grève, un "marché sauterelle". C'est ainsi qu'on appelle les points où se retrouvent, autour des vélos chargés à bloc et des charrettes à bras, des paysans venus écouler la production de leurs parcelles "privées". Au moindre signal d'un guetteur, le marché se volatilise.
Cette économie souterraine a généré une classe de nouveaux riches qui prospèrent dans les franges grises du système, grâce à l'indulgence de responsables convenablement amadoués. Ce sont ces aventuriers du capitalisme primitif qui peuplent les cafés chics, les beer houses, les bars à sushis et les spas récemment éclos à Pyongyang. Ce sont eux également qui ont introduit les DVD des séries sud-coréennes, théoriquement interdites, qui circulent sous la forme encore plus discrète de clés USB. Il y a peu, leur possession entraînait un séjour dans les camps de travail. Un journaliste japonais d'origine coréenne explique: "Grâce à ces soap qui passionnent tout le monde, le Nord est en train de s'imbiber de la culture du Sud. Il y a maintenant du désir pour cette société prospère et libre, malgré la propagande qui s'acharne à la dépeindre comme abâtardie et exploitée..."
Pour l'éminent spécialiste Andreï Lankov, si le régime des Kim a su se mettre définitivement à l'abri des pressions extérieures en se dotant de l'arme nucléaire, il reste dépendant du soutien de sa propre population, jusqu'ici obtenu grâce à un black-out complet. Or quelques marchands et quelques DVD pourraient bien briser l'armure de l'ignorance.