Le Monde d'Antigone

Ni rouge, ni noir, ni vert. L'autonomie rejette partis,
syndicats et toute forme de gestion et de pouvoir.
Rassembler des foules sous un même drapeau
trouve toujours son origine dans une imposture.
Seule une révolution mettra fin à un système
dont l'obsession de l'argent entraine l'humanité
vers la catastrophe.

Rubriques

>> Toutes les rubriques <<
· 37 - Lointains échos dictatures africain (401)
· 00 - Archivage des brèves (786)
· .[Ec1] Le capitalisme en soins intensifs (550)
· 40 - Planète / Sciences (389)
· 10 - M-O. Monde arabe (386)
· . Histoires et théories du passé (223)
· 20 - Japon, Fukushima (237)
· .[Ec2] Métaux, énergies, commerce (253)
· 24 - USA (308)
· 19 - Chine [+ Hong Kong, Taïwan] (322)

Statistiques

Date de création : 10.03.2011
Dernière mise à jour : 15.01.2026
8707 articles


Rechercher

AfD: Le populisme anti-européen progresse aussi en Allemagne

Publié le 29/03/2013 à 17:43 par monde-antigone


La création d'Alternative für Deutschland (AfD), parti populiste de droite soutenu par la crème du patronat allemand [*], est trop récente pour perturber le duel attendu CDU-SPD aux législatives de septembre. Mais s'il obtient les 2.000 signatures nécessaires dans chaque région pour participer aux élections, on peut s'attendre, avec l'appui financier dont il bénéficiera, à ce que l'AfD fasse une percée remarquée. Il a tenu son tout premier meeting début mars, et c'était à Francfort, à proximité du siège de la BCE, comme pour montrer sa défiance à l'institution européenne. L'AfD compte exploiter l'inquiétude grandissante face à la détérioration du climat économique en Allemagne pour siphonner une partie de l'électorat de Merkel. Son programme est simpliste: tout est de la faute des "Etats laxistes", et de Bruxelles qui fait payer l'Allemagne, sans oublier l'immigration qu'il faut interdire (alors que le pays est en grave déficit démographique). Et donc, "ya ka quitter la zone euro" et transformer l'euro en euro-mark "rien que pour nous".

Pendant que sévit cette dépression dont on ne voit pas la fin, les gouvernements européens sont en plein désarroi. Passés les 10 % de chômeurs, ils sont incapables de se maintenir. Dès que la gauche ou le centre gauche remplace la droite ou le centre droit aux affaires et inversement, ils deviennent impopulaires au bout de quelques mois et sont tellement décrédibilisés qu'ils peinent à se refaire une santé une fois dans l'opposition, même au bout de 3 ou 4 ans. A la marge, les formations populistes dont le seul message est de désigner l'UE comme le responsable de la régression sociale, progressent et obtiennent des scores électoraux entre 15 et 25 %, ce qui suffit à provoquer des crises politiques, et c'est le cas en l'Italie en ce moment. Ce n'est pas un processus passager puisque la crise n'est pas passagère. Sans doute ira-t-il jusqu'au bout, jusqu'à la dislocation de la zone euro.

L'hypothèse que ces partis populistes accédent un jour au pouvoir reste toutefois problématique car ils ne seront pas majoritaires de sitôt. S'ils s'alliaient à des partis traditionnels après avoir crié "Tous pourris !", ce serait comme s'ils se tiraient une balle dans le pied... Du même coup le système s'enlèverait un "recours". Seule la déroute d'un gouvernement d'union nationale gauche-droite qui discréditerait l'ensemble du personnel politique serait susceptible de leur ouvrir les portes du pouvoir.
Pour l'heure, la force d'attraction qu'ils exercent n'en constitue pas moins un frein à une explosion sociale. En France les prises de positions des dirigeants du Front de Gauche et des responsables syndicaux en pointe dans les entreprises qui licencient ou ferment sont assez éloquents, axés sur la défense de l'emploi local et de la production made in france. En même temps qu'ils véhiculent le poison nationaliste, ils fournissent l'os sur lequel se faire les dents et contiennent le mécontentement. Nombre de pancartes représentent Merkel en casque à pointe dans les cortèges syndicaux. Il y a des drapeaux nationaux ou régionaux dans les manifestations contre l'austérité dans les pays européens les plus touchés par le chômage (à l'est et au sud). Pas encore en France, pour le moment... Mais le jour où ça viendra, il y aura du souci à se faire.

Le capitalisme financier agonise et ils se proposent tous de le gérer ! La politique est un cul-de-sac dans lequel nous entraine la classe dominante et qui nous donne "démocratiquement" le choix de notre exploitation. Or il n'y a pas de solution politique. La seule solution est sociale, en refusant les règles de l'argent et du pouvoir, en s'organisant non pas derrière des drapeaux nationaux, en se mettant en concurrence les uns contre les autres, mais collectivement, en répondant par l'entraide aux besoins essentiels de tous.

[*] Il s'inspire du best-seller "L'Allemagne disparait" de Théo Sarrazin, un ancien membre du directoire de la Bundesbank.

 

L'Allemagne, aussi, cède à l'euro-scepticisme avec l'aggravation de la crise
La Tribune - 05 mar 2013
http://www.latribune.fr/bourse/devises-forex/20130305trib000752331/l-allemagne-aussi-cede-a-l-euro-scepticisme-avec-l-aggravation-de-la-crise.html


L'euro-scepticisme est certainement le nouveau populisme du XXIème siècle. On le pensait circonscrit à des pays qui doivent faire face à des cures d'austérité drastiques, comme l'Italie ou encore la France, mais même l'Allemagne n'est plus épargnée.

En effet, pour la première fois dans l'histoire de l'Allemagne réunifiée, une plateforme politique dont le programme central est l'abolition de l'euro pourrait participer aux prochaines élections législatives qui auront lieu en septembre prochain. "Alternative für Deutschland" ("Alternative pour l'Allemagne") est pour l'instant une plateforme politique qui est composée de certaines figures bien connues outre-Rhin mais n'a encore rien du parti politique. Mouvement lancé autour de l'économiste Bernd Lucke, de l'ancien journaliste Konrad Adam et d'un ancien secrétaire d'Etat de Hesse, Alexander Gauland, "Alternative pour l'Allemagne" a pour projet central de mettre fin à l'Union monétaire, comptant sur le mécontentement croissant des Allemands de devoir "payer" pour les pays du Sud de l'Europe (Grèce en tête) qui n'ont pas réussi à contenir leurs finances dans des limites respectables.

Cette plateforme, essentiellement composée d'économistes euro-sceptiques, a ainsi réussi à attirer, entre autres noms Stefan Homburg, Charles Blankart ou encore l'ancien président de la Fédération de l'Industrie Allemande, l'équivalent du MEDEF, Hans-Olaf Henkel qui est surtout connu pour avoir écrit un livre appelant à créer une Union monétaire séparé géographiquement entre le Nord et le Sud de l'Europe. Politiquement, l'euro-scepticisme en Allemagne n'a jamais vraiment été payant mais, cette fois-ci, le contexte est différent puisqu'on constate, au regard des sondages, une exaspération des Allemands qui vont, encore une fois, devoir prêter à un nouveau pays membre de l'UE, Chypre.

Afin d'être officiellement inscrit comme parti politique en Allemagne, le mouvement devra cependant franchir plusieurs étapes. Ainsi, sa fragmentation politique et idéologique est évidente. Tous ses membres ne sont pas en accord sur les éventuels partenariats à réaliser lors des élections au niveau des länder et, surtout, pour le moment, sa seule ligne directrice est la sortie de l'euro. Il faudra certainement un programme beaucoup plus étoffé pour attirer l'attention des médias et le vote des électeurs. Cependant, le mouvement peut aussi compter sur certains membres très médiatiques qui possèdent un excellent réseau au sein des sphères du pouvoir et qui seront certainement en mesure de faire entendre plus facilement leur voix. C'est le cas de Hans-Olaf Henkel par exemple. Mouvement juste naissant sur la scène politique allemande, "Alternative pour l'Allemagne" a peu de chances de faire de l'ombre aux partis de gouvernement comme la CDU ou le SPD. Toutefois, au niveau des länder, il pourrait attirer les déçus de la politique européenne conciliante de la chancelière Merkel et créer la surprise.

Surtout, ce mouvement symbolise l'émergence d'une nouvelle forme de populisme qui est présente dans tous les pays de l'UE, l'euro-scepticisme, et qui a pour terreau le rejet de l'austérité et d'une partie des élites européennes par les électeurs. Des partis comme le Front National [en concurrence avec le Front de Gauche, ndc] en France, MoVimento 5 Stelle en Italie ou encore Syriza en Grèce [On peut citer également UK Independant Party et les indépendantistes écossais au Royaume-Uni, ainsi que les mouvements indépendantistes catalan, andalou en Espagne et le mouvement "Que la Troïka aille se faire voir" (en chantant "Grândola Vila Morena") au Portugal, ndc] ne sont que quelques exemples parmi d'autres de l'accentuation de ce phénomène en Europe.


EDIT (5 septembre 2016)


Percée populiste lors de régionales en Allemagne, claque pour la CDU de Merkel
AFP, Yahoo! actualités - 04 sep 2016
https://fr.news.yahoo.com/regionale-allemagne-populistes-deuxiemes-devant-cdu-merkel-161508671.html


Le parti anti-migrants allemand AfD a enregistré un succès électoral éclatant dimanche en arrivant deuxième lors de l'élection régionale en Mecklembourg-Poméranie occidentale (nord-est), humiliant la CDU de la chancelière Angela Merkel, plombée par sa politique d'accueil des réfugiés. Les sociaux-démocrates du SPD arrivent en tête avec environ 30 %, soit 5 points de moins qu'en 2011. L'AfD avec 21 % devance le parti de Mme Merkel, pourtant élue de la région, qui se classe donc 3e avec de 19-20 % des voix, selon les sondages des chaînes publiques ARD et ZDF. (...) L'AfD fait ainsi une entrée fracassante au Parlement régionale pour sa première participation à un scrutin dans ce Land. Le parti avait fait campagne sur le chaos qu'a provoqué selon lui la décision il y a un an jour pour jour de la chancelière d'ouvrir grand les portes de l'Allemagne aux réfugiés.


Comment Frauke Petry a transformé l'AfD en machine de guerre populiste
par Sébastian Seibt
France24 - 05 sep 2016
http://www.france24.com/fr/20160905-allemagne-portrait-frauke-petry-afd-populisme-xenophobie-politique-pomeranie-merkel


Après le succès symbolique de l’AfD lors des élections régionales allemandes dans le fief historique d’Angela Merkel, la chef de file de ce parti populiste Frauke Petry apparaît comme la principale menace pour le pouvoir en place. (...) Depuis sa prise de pouvoir au sein de l’AfD, en juillet 2015, la jeune quadragénaire fascine, fait peur et accumule les succès électoraux et les coups d’éclat médiatiques outre-Rhin. Le résultat en Mecklembourg-Poméranie occidentale est largement perçu comme la victoire la plus éclatante du virage à droite que Frauke Petry a imposé à un mouvement qui, à l’origine, était un rassemblement anti-UE.

La chef de file de l’AfD a été, tour à tour, comparée à une Sarah Palin en plus futée, une Marine Le Pen en moins extrême et même à Angela Merkel, avec qui elle partage une même formation de chimiste et des origines est-allemandes. Mais Frauke Petry, c’est surtout la percée d’une politicienne que personne n’avait vu venir et qui est devenue incontournable dans le paysage politique allemand. L’histoire, en somme, d’une ambition sur fond de populisme et de discours anti-immigrés.

Frauke Petry a adhéré à l’AfD dès sa création en avril 2013. Elle y est directement nommée porte-parole nationale aux côtés de deux poids lourds du nouveau parti : Konrad Adam et Bernd Lucke. Son profil de jeune femme – elle a à peine 40 ans – au milieu d’une assemblée d’hommes plus âgés a dû jouer en sa faveur. Elle incarne aussi certaines valeurs familiales que l’AfD veut promouvoir pour séduire l’électorat conservateur. Mariée à un pasteur et mère de 4 enfants, elle a toujours défendu une vision très traditionaliste de la famille.

Si elle est très à l’aise sur le thème des valeurs, elle refuse régulièrement de parler de sa famille. Tout juste sait-on qu’elle s’est séparée de son mari en octobre 2010. L’autre sujet qu’elle ne veut pas aborder concerne son passé de chef d’entreprise. Elle avait fondé en 2007 une société chargée de commercialiser un composant chimique inventé par sa mère, mais a fait faillite en 2013. Elle affirme que cette déconvenue lui a permis de se consacrer entièrement à sa carrière politique... au grand dam de ses rivaux masculins qui ont mis l’AfD sur les rails électoraux en misant sur un discours surtout économique et isolationniste.

Frauke Petry a compris qu’il y avait un vide politique à combler à la droite de la CDU et même de la CSU (les alliés bavarois ultraconservateurs d’Angela Merkel). La posture anti-UE ne lui suffit pas. Elle vient de Dresde, la ville de Saxe où le mouvement antimusulman Pegida a vu le jour et qui est “agitée par le discours anti-islam, la question du droit d’asile et le rejet des partis traditionnels”, rappelle le quotidien de centre droit Frankfurter Allgemeine.

En 2015, Frauke Petry voit dans la popularité grandissante de Pegida une aubaine pour l’AfD… contrairement aux autres ténors du parti qui veulent éviter toute radicalisation. La jeune femme s’oppose tout d’abord, en mars 2015, au grand nettoyage de printemps proposé par Bernd Lucke, qui veut se débarrasser des éléments les plus extrémistes au sein du parti. Elle inaugure à cette occasion un numéro d’équilibriste qu’elle va utiliser durant toute sa carrière politique et que le magazine Die Zeit à décrit comme l’art “de ne jamais prendre de position trop radicale tout en défendant ceux qui en ont”. Un militant comme Sören Oltersdorf a ainsi pu rester à l’AfD, et même se présenter comme candidat du parti à Dresde, alors que ses accointances avec les milieux néo-nazis étaient connus en interne. Il a finalement dû démissionner en 2015 après que la presse s'est emparée de l’affaire.

Le clash final pour le contrôle du parti avec Bernd Lucke intervient lors de l’université d’été en juillet 2015. C’est la ligne dure défendue par Frauke Petry qui l’emporte et la nouvelle chef de file de l’AfD ne manque pas l’occasion pour faire le procès des années Lucke et affirmer qu’il “ne faut pas avoir peur d’être à droite” alors que le mouvement se voulait jusque là comme une alternative au système partisan traditionnel. “Bernd Lucke a quitté le congrès au bord des larmes”, a raconté le Spiegel à cette occasion.

Après avoir assassiné son père politique, Frauke Petry a pointé son viseur sur l’autre femme politique allemande qui compte: Angela Merkel. La politique généreuse d’accueil des réfugiés défendue par le gouvernement devient la cible incessante des attaques de l’AfD. Un acharnement qui, jusqu’à présent, a plutôt bien réussi au parti. À tel point qu’il est devenu le 3e parti d’Allemagne devant les Verts et Die Linke, le mouvement d’extrême gauche.

Si Frauke Petry réussit pour l’instant à surfer sur une vague xénophobe sans jamais apparaître elle même trop extrémiste, le couac n’est jamais loin, souligne le quotidien de gauche Sueddeutsche Zeitung. En août 2016, elle a ainsi frôlé le carton rouge en proposant d’isoler les réfugiés qui n’ont pas obtenu le droit d’asile sur une île… où serait construit un grand centre d’accueil.


EDIT (24 avril 2017)


Un duo original pour conduire les populistes allemands aux législatives
APF, Romandie news - 23 avr 2017
https://www.romandie.com/news/ZOOM--Un-duo-original-pour-conduire-les-populistes-allemands-aux-legislatives/790067.rom


(...) Capitalisant sur les craintes liées à l'arrivée de plus d'un million de demandeurs d'asile en 2015-2016, l'AfD avait connu une envolée dans les sondages, atteignant 15 %, un niveau sans précédent pour un parti de ce type dans l'Allemagne d'après-guerre. Mais entre les crises internes, la baisse du flux migratoire et les polémiques sur le racisme et le nazisme, la formation a enregistré un repli depuis janvier (7 à 11 % selon les études). La CDU et le SPD sont à environ 30 % chacun. L'objectif de l'AfD d'un résultat à 2 chiffres et de devenir le 3e parti du pays est donc loin d'être acquis. Pour se refaire, la formation, fondée en 2013, compte donc insister sur le danger que représenterait l'islam pour l'Allemagne. Le parti promet aussi la fermeture des frontières, la fin de la bi-nationalité, un durcissement du droit d'asile et des expulsions massives. (...)

Pour la presse, avec la mise à l'écart de Frauke Petry, une télégénique et charismatique dirigeante, l'AfD a pris le risque d'hypothéquer ses chances aux législatives. "Il semblait acquis que l'AfD allait (franchir la barre des 5 % et) entrer au Bundestag, mais sans Frauke Petry (...) c'est désormais incertain", relevait samedi soir Severin Weiland du magazine Der Spiegel. (...)


En Allemagne, l’AfD se radicalise et se marginalise
par Christophe Bourdoiseau
La Tribune de Genève - 24 avr 2017
http://www.tdg.ch/monde/allemagne-afd-radicalise-marginalise/story/30215415


Frauke Petry a perdu la bataille. Même si elle reste symboliquement coprésidente de l’AfD, son avenir politique est désormais compromis. Lors du congrès de Cologne, les militants ont refusé de la suivre sur sa ligne de "realpolitik" et sur le recentrage du parti. A 5 mois du scrutin fédéral, elle ne jouera donc plus aucun rôle dans la campagne puisqu’elle a renoncé à prendre la tête de liste. Elle n’a donc aucune chance d’être réélue présidente au prochain congrès. C’est une cruelle défaite pour cette femme de 41 ans, enceinte de son 5e enfant, qui voulait débarrasser l’AfD de l’aile dure pour devenir un parti de gouvernement. L’objectif était de prendre le pouvoir dans une coalition dès 2021.

Frauke Petry a sous-estimé l’importance du courant ultranationaliste. Le congrès de Cologne, ce week-end, a montré que les militants voulaient suivre les cadres les plus radicaux. Le discours de l’autre coprésident du parti, Jörg Meuthen, a été chaudement applaudi. « L’Allemagne est menacée d’islamisation. Elle n’a presque plus rien en commun avec le pays dans lequel j’ai grandi », a-t-il lâché sous les ovations. Les Allemands risquent de finir en « minorité ethnique », a-t-il ajouté. En début d’année, Frauke Petry avait déjà encaissé un sérieux échec en ratant l’exclusion du président de l’AfD en Thuringe, Björn Höcke, proche des néonazis. Son maintien voulu par plusieurs cadres avait fait éclater au grand jour les divisions internes et engagé la mise sa mise à l’écart par les ultras. André Poggenburg, membre du comité directeur, a d’ailleurs proposé hier d’élire Björn Höcke au bureau directeur.

A la place de Frauke Petry, les 600 délégués ont choisi comme tête de liste aux élections un duo qui risque de brouiller encore plus le profil du parti. Alexander Gauland, âgé de 76 ans, représente le courant nationaliste. Cet ancien membre de la CDU défend la thèse du "grand remplacement". L’idéologue du parti avait fait parler de lui en s’attaquant à Jérôme Boateng, le joueur de l’équipe national de football d’origine ghanéenne, star du Bayern de Munich et modèle d’intégration. Il fera équipe avec Alice Weidel, une économiste libérale de 38 ans [Ancienne banquière; ndc] qui ne partage pas la rhétorique nationaliste de certains cadres du parti. Homosexuelle déclarée  [Tout en ne cessant de défendre la famille et les couples dits "traditionnels"; ndc]., elle plaide même pour une « immigration qualifiée et contrôlée ».

Ce duo atypique devra défendre un programme fondé sur le rejet de l’islam. Le parti promet la fermeture des frontières, l’abrogation de la double nationalité, un durcissement du droit d’asile et une accélération des expulsions de réfugiés. L’AfD veut un retour des Etats souverains, une sortie de l’UE, une élection directe du président de la République, des référendums sur le modèle suisse (démocratie directe) et surtout un « rapport sain au patriotisme » pour en finir avec cette « Allemagne vérolée par les soixante-huitards ».

L’AfD a également achevé hier son divorce avec les organisations chrétiennes qui avaient appelé à manifester contre le parti dans les rues de Cologne. Pour le vice-président du Comité international d’Auschwitz, Christoph Heubner, ce congrès est une « rupture avec le consensus sociétal de l’Allemagne d’après-guerre ». En faisant le choix d’un virage ultranationaliste, l’extrême droite allemande compromet ses chances d’entrer au Bundestag, l’Assemblée fédérale à l’automne prochain. Alors que le parti était crédité de 15 % en début d’année, les intentions de vote sont tombées à 7 % (or, il faut atteindre au moins 5 % des voix pour être représenté). Même si l’aile dure a réussi à s’imposer à Cologne, les divisions internes vont continuer à ronger le parti. Le responsable de l’AfD de Rhénanie-du-Nord-Westphalie (le Land le plus peuplé d’Allemagne) a décidé de suivre « une autre politique » dans sa région que celle du bureau fédéral.

Ce jeune parti, créé en 2103 par des économistes anti-euro, était déjà en voie d’extinction à l’été 2015. La « crise des réfugiés » l’avait sauvé du naufrage. En marginalisant Frauke Petry, le parti se retrouve au point de départ. L’AfD se bat de nouveau pour sa survie.

30/11/2019 >> Pour contenter "modérés" et radicaux du parti, l'AfD porte à sa tête un duo représentant chacun des deux courants: le député européen Jörg Meuthen et le député de la Saxe Tino Chrupalla. Mais les directions à deux têtes dans des organisations autoritaires ne durent jamais très longtemps...