Le Monde d'Antigone

Ni rouge, ni noir, ni vert. L'autonomie rejette partis,
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Rassembler des foules sous un même drapeau
trouve toujours son origine dans une imposture.
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dont l'obsession de l'argent entraine l'humanité
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Dernière mise à jour : 05.03.2026
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Deux syndicats s'affrontent violemment en Afrique du sud

Publié le 16/08/2012 à 18:02 par monde-antigone


C'est exact que Julius Malema, le charismatique leader des jeunes de l'ANC (dont il a été exclu en début d'année), tente d'étendre son influence dans l'industrie minière. Pour cela il s'appuie sur un syndicat radical crée récemment, l'AMCU.  Sa dissidence ne pourra s'imposer que si elle arrive à supplanter les puissants syndicats NUM qui soutiennent fidèlement le gouvernement. Voila le sens des affontements sanglants qui ont lieu depuis quelques jours sur le site de la mine de Marikana. Mais des échauffourées entre groupes de mineurs rivaux avaient déjà commencé au début de l'année pendant la grande grève de Impala Platinium.
Malema est un admirateur de Robert Mugabe, le très autoritaire président du Zimbabwe voisin. Ses discours racistes anti-blancs lui valent la sympathie des jeunes chômeurs des townships. Mais il aura plus de mal à convaincre les mineurs dont les traditions réformistes et négociatrices sont solidement ancrées, même si ses militants utilisent l'intimidation et la peur pour arriver à leurs fins comme cela semble être le cas à Marikana.
Néanmoins les luttes intestines au sein de l'ANC ne doivent pas occulter la radicalisation que l'on observe depuis quelque temps dans les conflits miniers (pas seulement en Afrique du sud). Les mineurs se contentent de moins en moins des miettes de 7 à 10 % négociées tous les étés (pendant l'hiver austral) par la Cosatu. C'est assez amusant de lire que les augmentations de 200 à 300 % sont qualifiées d"irréalistes" quand on connait les profits énormes réalisés par les géants miniers. En Nouvelle-Guinée par exemple des mineurs ont fait grève pendant plusieurs mois pour des triplements des salaires, mais les salaires là-bas sont tellement bas qu'une multiplication par 2 ou par 3 de leur salaire ne change fondamentalement pas leur vie (ils vivent dans des taudis) et ces augmentations sont vite rattrapées par l'inflation des prix alimentaires, et par le temps. Les patrons savent parfaitement que les mineurs n'auront pas les moyens de se lancer dans des mouvements aussi longs avant plusieurs années.

 

Les autorités tentent de ramener le calme à la mine de Marikana
AFP, France24 - 15 aot 2012
http://www.france24.com/fr/20120815-autorites-tentent-ramener-le-calme-a-mine-marikana


La police et les dirigeants de la mine de Marikana (nord-ouest de l'Afrique du Sud), tentaient mercredi de rétablir le calme parmi les mineurs grévistes, après les violences qui ont fait 10 morts depuis dimanche. La mine de platine, exploitée par la société Lonmin près de la ville de Rustenburg, était toujours à l'arrêt mercredi matin. Près de 3.000 hommes étaient rassemblés sur une colline près du site, la plupart armés de bâtons, de barres de fer ou de machettes.

"Écoutons-nous mutuellement. Nous sommes ici pour parler", a lancé un représentant de la mine en fanagalo, une langue véhiculaire forgée dans les mines sud-africaines au fil des décennies, mélange d'anglais et de diverses langues africaines. Deux hélicoptères des forces de l'ordre survolaient les lieux, empêchant les journalistes, tenus à l'écart à près de 200 mètres, d'entendre l'essentiel des propos des policiers et des dirigeants de la mine, qui s'adressaient aux grévistes par hauts-parleurs. "La situation est tendue et imprévisible, nous sommes sur le qui-vive", a admis le porte-parole de la police Dennis Adriao, affirmant que des "négociations" étaient en cours avec les ouvriers. L'accès à la township où vivent les familles des mineurs était également bouclé par les forces de l'ordre.

Les incidents ont commencé vendredi 10 août, lorsque des centaines de mineurs de fond ont lancé une grève sauvage. Certains, encouragés par le petit syndicat AMCU, réclamaient 12.500 rands par mois (1.250 €), soit plus qu'un triplement de leur salaire actuel de 4.000 rands (400 €). Des affrontements ont alors éclaté entre partisans de la puissante Union nationale des mineurs (NUM) et ceux de l'AMCU, une organisation née d'une dissidence de la NUM. L'AMCU a recruté en promettant de négocier d'énormes augmentations salariales, visiblement irréalistes. Sa campagne de recrutement a été décrite par de nombreux mineurs et responsables syndicaux comme frôlant souvent l'intimidation. Le NUM, pour sa part, est l'un des piliers de la confédération syndicale Cosatu, associée au pouvoir au sein du gouvernement mené par l'ANC.

Les deux syndicats affirment être les victimes de ces actes de violence. Parmi les dix morts, deux gardes de sécurité ont été tués par une bombe lancée sur leur voiture et deux policiers lynchés à coup de machettes par les mineurs. Trois grévistes ont été abattus par les policiers agressés, les autres ont été tués à l'arme blanche. La dernière victime en date est un homme retrouvé mort mardi à une centaine de mètres de la colline où les mineurs sont regroupés. Il était allongé sur le dos, le crâne d'un animal posé sur sa poitrine, selon l'agence de presse sud-africaine Sapa. Lonmin, soupçonnée de n'avoir pas suffisamment protégé ses employés, a rejeté toutes les accusations: "Je ne connais aucune société qui ait la compétence pour affronter des actes aussi pervers", a déclaré Barnard Mokwena, un porte-parole.

L'arrêt de la production porte un nouveau coup au secteur sud-africain du platine, déjà affecté par la crise. Le pays possède 87 % des réserves mondiales de ce métal, notamment utilisé dans la fabrication des pots d'échappement catalytiques. Le secteur minier est le plus grand employeur privé en Afrique du Sud, et possède l'une des populations actives les plus syndiquées dans le monde.


Afrique du Sud: La police déployée dans une mine après des heurts meurtriers
AFP, Africa n°1 - 15 aot 2012
http://www.africa1.com/spip.php?article24434


JOHANNESBOURG - (.../...) A Marikana, Lonmin a regretté mardi "la grave explosion de violence". "La production a été gravement perturbée depuis le vendredi 10 août à la suite d’une grève illégale des foreurs et de l’augmentation des cas de violence et d’intimidation", a déploré le groupe dans un communiqué. "La production est arrêtée. La situation est très tendue (...) Si les gens ne se sentent pas en sécurité, ils n’iront pas au travail", a indiqué pour sa part à l’AFP Tanya Chakanza, responsable des relations investisseurs de Lonmin. L’action Lonmin perdait 4,39 % mardi à 13H10 GMT à la Bourse de Londres.

Les mines sud-africaines ont déjà connu à plusieurs reprises des affrontements meurtriers dans le passé, généralement lorsque des travailleurs appartenant à certains syndicats ont refusé de suivre les appels à la grève lancés par d’autres, ou ont refusé de mettre fin à des mouvements. Deux travailleurs avaient été tués en février dans une mine appartenant à Impala Platinum, également à proximité de Rustenburg, pendant une longue grève qui a obligé la mine à fermer ses portes pendant plusieurs semaines. Mais les violences à Marikana, opposant la puissante Union nationale des mineurs (NUM) et le petit syndicat AMCU, qui regroupe des employés des mines et du BTP, sont parmi les plus violentes de ces dernières années. L’AMCU est le fruit d’une dissidence de la NUM et a recruté en promettant de négocier d’énormes augmentations salariales, visiblement irréalistes. Sa campagne de recrutement a été décrite par de nombreux mineurs et responsables syndicaux comme frôlant souvent l’intimidation. Le syndicat n’était pas joignable mardi pour commenter ces allégations.

Selon les observateurs, ces querelles violentes reflètent les luttes de pouvoir qui minent le Congrès national africain (ANC), le parti dominant en Afrique du Sud. "Il y a un conflit naissant entre les syndicats sud-africains, il y a des luttes de pouvoir entre les dirigeants des syndicats. Les divisions à la tête de l’ANC sont maintenant reflétées par les divisions au sein des syndicats", constate Daniel Silke, un analyste indépendant. Il s’agit d’une "bataille entre un extrémisme plus populiste et un syndicat philosophiquement plus centriste", estime-t-il.


Six interpellations après les violences à la mine de Marikana
AFP, Jeune Afrique - 16 aot 2012
http://www.jeuneafrique.com/actu/20120816T094926Z20120816T094920Z/afrique-du-sud-six-interpellations-apres-les-violences-a-la-mine-de-marikana.html


JOHANNESBURG - Six mineurs ont été arrêtés après les violences qui ont fait dix morts à la mine de platine de Marikana en Afrique du Sud (nord-ouest), a annoncé mercredi matin la responsable de la police locale contactée par l'AFP. "Jusqu'à présent, nous avons arrêté six personnes, pour différents motifs: menaces, violences publiques, agressions, etc", a indiqué la chef de la police de la région du Nord-Ouest, Zukiswa Mbombo. Aucun des six hommes, âgés de 20 à 35 ans, n'est pour l'instant poursuivi pur meurtre, a précisé Mme Mbombo. Jeudi matin, plusieurs centaines d'hommes armés de gourdins, de barres de fer et de machettes se sont de nouveau regroupés à l'extérieur de la mine, exploitée par Lonmin. Des négociations entamées la veille avec les forces de l'ordre et les responsables de la mine n'avaient rien donné.


Derniers développements. Je poste la dépêche. Elle devrait s'étoffer dans la soirée. La version officielle présentée à la presse serait que la police aurait voulu disperser un rassemblement, elle aurait essuyé des tirs et aurait répondu en mitraillant.


Afrique du Sud: Des morts dans les affrontements entre police et mineurs en grève
AFP, France24 - 16 aot 2012
http://www.france24.com/fr/20120816-afrique-sud-morts-affrontements-entre-police-mineurs-greve


Plusieurs personnes ont été tuées dans les affrontements jeudi entre police et grévistes à la mine de platine de Marikana (nord-ouest de l'Afrique du Sud), a confirmé dans la soirée un porte-parole du ministère de la Police. "Oui, des gens ont perdu la vie", a indiqué par sms à l'AFP Zweli Mnisi, première source officielle à faire état de morts, sans toutefois donner de chiffres. Un photographe de l'AFP avait pu photographier cinq corps ensanglantés de mineurs grévistes juste après l'échange de tirs, sans pouvoir dire avec certitude si les victimes étaient mortes ou blessées. [La séquence a été diffusée à la télé. On y voit des dizaines de policiers en tenue anti-émeute encercler un amas de corps couchés au sol. Des sources parlent de 18 morts ndc]

"Le ministère considère que, compte tenu de la volatilité de la situation, la police a fait de son mieux", a indiqué par ailleurs M. Mnisi dans un communiqué, précisant que le ministère avait l'intention de demander l'ouverture d'une enquête sur les événements de la mine de platine de Marikana. Depuis dimanche, 10 personnes avaient trouvé la mort dans des violences intersyndicales, sur fond de revendications de hausses de salaires.


EDIT (26 août 2012)


Afrique du Sud: Les rivalités syndicales, entre violence et magie noire
AFP, Africa n°1 - 26 aot 2012
http://www.africa1.com/spip.php?article24712


JOHANNESBURG - Les violences qui ont marqué une grève sauvage à la mine de Marikana (nord), faisant 44 morts, ont mis en lumière la bataille féroce que se livrent les syndicats sud-africains pour se disputer les faveurs des travailleurs, utilisant intimidations et sortilèges.

Dans les riches mines de platine du nord du pays, dont Marikana est l’une des plus importantes, la suprématie du Syndicat national des mineurs (NUM) est directement mise en cause par la petite formation AMCU, qui regroupe depuis onze ans mineurs et employés des BTP. Revendiquant quelque 300.000 adhérents, le NUM est le plus important syndicat de la puissante confédération Cosatu, qui avec ses 2,2 millions de membres est un allié de poids du Congrès national africain (ANC), le parti au pouvoir en Afrique du Sud.

Pour Hamadziripi Tamukamoyo, chercheur à l’Institut sud-africain des études sur la sécurité (ISS), « certains ont soutenu que le Cosatu (...) représente surtout désormais une "aristocratie ouvrière" et est trop impliqué dans la politique élitiste de l’ANC pour pouvoir correctement travailler dans l’intérêt des pauvres. » D’où la fondation de l’AMCU, face à un syndicat dominant soupçonner de faire ami-ami avec les patrons, en oubliant les problèmes quotidiens.

Mais le petit syndicat n’a vraiment fait son trou que depuis quelques mois. Il a rapidement gagné du terrain depuis le début de l’année, après une violente grève qui a duré 6 semaines à la mine Impala Platinum, la deuxième du monde, non loin de celle de Marikana. Quelque 17.000 travailleurs ont été licenciés pendant cette grève sauvage avant d’être réintégrés.

L’AMCU a ensuite revendiqué avoir gagné à sa cause la plupart des membres du NUM et à exigé d’être le syndicat reconnu de l’entreprise. Pour qu’un syndicat soit reconnu pour pouvoir participer aux négociations salariales, il doit représenter plus de la moitié des effectifs. Les syndicats vivent des cotisations des travailleurs. Et ils n’hésitent pas à recourir à la violence ou l’intimidation pour enrôler ces derniers ou les forcer à rejoindre une grève.

Les deux syndicats ont nié être derrière les manifestations meurtrières de la mine de Marikana, exploitée par le groupe Lonmin.Selon l’ISS, la grève a été lancée par des intérimaires, non syndiqués. Mais le chef de file de l’AMCU, Joseph Mathunjwa, a fait irruption, accompagné d’un groupe de chanteurs de louanges, dans un service commémoratif organisé pour les victimes de Marikana, et en a profité pour haranguer la foule. Et certaines des chansons chantées pendant les violentes manifestations organisées sur une colline proche de la mine étaient anti-NUM.

« Il est très difficile de construire une solidarité très forte entre les travailleurs.... La violence devient un outil pour obtenir la solidarité des travailleurs », observe Crispen Chinguno, chercheur à l’Université du Witwatersrand de Johannesburg. La violence est, selon lui, intimement liée à l’ordre social post-apartheid, avec des syndicats forts hérités de la lutte contre le pouvoir blanc qui sont "secrètement hostiles à la concurrence".

De nombreux travailleurs, dont beaucoup ne sont pas qualifiés, se sont ouvertement tournés vers l’AMCU, dont les méthodes sont généralement décrites comme les plus violentes. « J’ai cessé d’être un membre du NUM parce que (...) tous les jours, quand nous sommes en grève comme ça, ils nous disent juste de retourner au travail, sans raison, sans aucune réponse qui puisse nous satisfaire », témoigne Joseph Motingwe, passé à l’AMCU il y a 3 ans.

La croyance en la magie noire, le "juju", s’est également enracinée, et serait en partie responsable de la défiance des grévistes de Marikana, qui n’ont pas hésité à affronter des forces de l’ordre puissamment armées. Les médias locaux ont évoqué une vidéo prise par un hélicoptère de la police, montrant des hommes nus faisant la queue pour être enduits d’herbes censées les protéger des balles. 34 d’entre eux sont morts, le 16 août, quand les policiers ont tiré. « L’utilisation de "mutis" (talismans) est devenue institutionnalisée dans tout ce qu’ils (les syndicats) font », note Crispen Chinguno. Les 17.000 mineurs d’Impala Platinum croient qu’ils ont retrouvé leur emploi grâce au "juju", ajoute le chercheur.