Le Monde d'Antigone

Ni rouge, ni noir, ni vert. L'autonomie rejette partis,
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Rassembler des foules sous un même drapeau
trouve toujours son origine dans une imposture.
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Bosnie: C'était un petit jardin qui sentait bon à Banja Luka

Publié le 08/06/2012 à 15:44 par monde-antigone


Bosnie-Herzégovine: À Banja Luka, révolte citoyenne pour sauver le parc de Picin
par Maja Bjelajac, traduit par Eléonore Loué-Feichter
Radio Slobodna Evropa (31/05/2012), rapporté par Le Courrier des Balkans - 06 jun 2012
http://balkans.courriers.info/article20099.html


Un homme d’affaires véreux a racheté pour 2,5 millions d’euros le parc de Picin, en plein centre de Banja Luka, où il entend construire un centre commercial et des immeubles. Alors que la mairie de la ville cherche à se défausser de ses responsabilités et que les pelleteuses ont déjà commencé leur travail, les citoyens manifestent chaque jour depuis le 29 mai.

Les initiateurs de ces manifestations, organisées par le biais des réseaux sociaux, sont les citoyens de Banja Luka eux-mêmes, qui expliquent qu’ils ne veulent pas vivre entourés de béton. Cependant, la construction de bâtiments résidentiels et de bureaux modernes se poursuit dans le centre de Banja Luka, et les ouvriers ont déjà abattu plusieurs arbres dans le parc. Le nouveau propriétaire, l’homme d’affaires Mile Radišic prévoit la construction de plusieurs bâtiments résidentiels et commerciaux sur cette parcelle de 30.000 mètres carrés.

La première phase de construction du centre commercial a déjà commencé. L’homme d’affaire est célèbre pour le scandale Medicinska elektronika (« Electronique médicale »): Mile Radišic, accusé d’avoir manipulé les cours de cette entreprise lors de transactions boursières et d’avoir ainsi lésé le budget de la Republika Srpska, a finalement été acquitté par la justice. Il possède également l’entreprise de BTP Grand trade, qui construit désormais un hôtel, des bâtiments résidentiels et commerciaux, des garages et un centre commercial sur l’emplacement de l’ancien parc, non loin du siège de Medicinska elektronika. Ainsi, à la place des espaces verts qui font le charme de Banja Luka, on trouvera bientôt un supermarché.

Miodrag Dakic, le président du Centre pour la protection de l’environnement de Banja Luka, affirme que cette affaire ne date pas d’hier. « C’est une tendance présente depuis les dix dernières années voire plus - les autorités de la ville ne reconnaissent pas la valeur des parcs et ne voient pas la nécessité de disposer d’espaces verts préservés, convertis en parcs publics qui pourront être transmis aux générations futures ». Il cite la date de 2006, quand un projet de réglementation avait été élaboré pour ce quartier de Banja Luka. Le Centre pour la protection de l’environnement avait alors essayé de mobiliser les citoyens, mais en vain. Il ajoute que la discussion publique n’avait pas été menée de manière régulière, de sorte qu’une fois de plus un espace vert cédait finalement sa place au béton.

Ce projet de réglementation est justement le principal atout du maire de Banja Luka, Dragoljub Davidovic. Ce dernier souligne que la parcelle concernée n’est pas désigné comme un parc mais comme une surface non-construite. « Nous avons des parcs entretenus, conçus pour être traités comme des espaces publics et nous avons aussi quelques espaces où il y a simplement de l’herbe et quelques arbres auxquels nous nous sommes habitués, car pendant de nombreuses années ces espaces n’ont pas été utilisés – ce n’est pas la même chose », déclare-t-il.

Mile Radišic a acheté ces quelque 30.000 mètres carrés d’espace « vierge » dans le centre de Banja Luka pour moins de cinq millions de marks (environ 2,5 millions d’euros). Lorsqu’on lui demande comment il est possible que la ville ait vendu cet emplacement si bon marché, le maire répond: « Cette décision a été prise par le Conseil municipal. Le ministère de la Planification du territoire a émis un permis de construire, ce qui signifie que nos rapports sont réglementés. » Pour sa part, Mile Radišic a déclaré sur la chaîne de la Télévision Alternative de Banja Luka que les documents administratifs étaient en règle: « Je déclare publiquement et je certifie que les droits de propriété sont entièrement résolus par voie de concours public et d’un appel d’offres ».

Slavko Podgorelec, publiciste et journaliste de Banja Luka, rappelle que c’est sous la monarchie austro-hongroise, à la fin du XIXe siècle, que des rangées d’arbres ont été plantés à Banja Luka et que cette dimension urbanistique a toujours été respectée par la suite. « Si vous ne respectez pas les espaces verts de cette ville, alors celle-ci est condamnée à mort », déclare-t-il.

Tandis que les dirigeants de la ville prennent leurs distances face à cette affaire, personne ne voulant être reconnu responsable de la destruction d’un parc de plus, peu d’espoir subsiste de sauver le parc de Picin. Les citoyens de Banja Luka reçoivent des messages de soutien du monde entier - de Sarajevo, de Belgrade, de Zagreb, de Kosovska Mitrovica, mais aussi de Minsk, de Kiev ou de Dubai, et le groupe Facebook « Spasimo Picin Park » compte déjà plus de 40.000 membres, mais un groupe facebook parviendra-t-il à sauver les vestiges des espaces verts de Banja Luka ?