Le Monde d'Antigone

Ni rouge, ni noir, ni vert. L'autonomie rejette partis,
syndicats et toute forme de gestion et de pouvoir.
Rassembler des foules sous un même drapeau
trouve toujours son origine dans une imposture.
Seule une révolution mettra fin à un système
dont l'obsession de l'argent entraine l'humanité
vers la catastrophe.

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Bonne triénnale Dragon-Serpent-Cheval !

Publié le 22/01/2012 à 15:14 par monde-antigone


La Chine entrera demain dans l'année du Dragon. Mais c'est aussi l'entrée dans une triénnale Dragon-Serpent-Cheval qui chaque fois a marqué l'histoire de la Chine. Cette triénnale a souvent joué un rôle de transition parfois violente. C'est étonnant de voir que tout au long du XXe siècle, l'histoire de la Chine a évolué en suivant ce rythme cyclique de 12 ans. Retour sur ces années charnières.


Commençons par la dernière en date: 2000-2001-2002 - La Chine récolte les fruits de la réforme des entreprises d'État réalisée au tout début des années 1990 par Jiang Zemin (n°1 chinois de 1989 à 2002). Dès lors à partir des années 2000 l'économie nationale se développe rapidement sur un rythme de 10 % de croissance annuelle. Le 1er janvier 2002 elle devient officiellement membre de l'Organisation mondiale du commerce (OMC). Une décennie commence au terme de laquelle la Chine deviendra la 2e puissance économique mondiale.


1988-1989-1990 - La mort de Hu Yaobang (n°1 réformateur de 1980 à 1987) déclenche au printemps 1989 des manifestations pour des réformes démocratiques. Le 4 juin la révolte étudiante est écrasée place Tian An men. Les dirigeants prennent conscience que la seule façon de rester au pouvoir et de se prémunir contre les aspirations démocratiques est d'accélérer le rythme des réformes économiques de façon à ce que la rétrocession de Hong-Kong en 1997 n'apporte pas de désordre politique. Zhao Ziyang et les réformateurs sont éjectés. On fait appel à Li Peng, un conservateur planificateur, pour faire le sale boulot de répression et resserrer les boulons, mais ce sont les économistes imposés par Deng Xiaoping qui reprendront la main.


1976-1977-1978 - 9 septembre 1976: mort de Mao Zédong (anciennement Mao Tsé-Toung). Son clan, la Bande des Quatre, est arrêté le mois suivant. Hua Guofeng, un falot, succède au "Grand timonier" mais le vrai pouvoir est exercé par Deng Xiaoping qui, sans fonction officielle, devient une sorte de Guide. A partir de 1978, celui-ci crée près de Canton des "zones économiques spéciales", fait sortir de terre une ville appelée Shenzen, ouvre le pays aux investissements étrangers et lance l'idée d'« un pays, deux systèmes ».


1964-1965-1966 - En 1965 le pouvoir de Mao est affaibli, contesté. Il a perdu de son autorité depuis le désastreux Bond en avant de 1958 qui a provoqué l'une des plus effroyables famines du XXe siècle (entre 20 et 60 millions de morts). Une élite de dirigeants modérés dont Liu Shaoqi et Deng Xiaoping s'occupe des affaires économiques. C'est alors, pour reprendre le pouvoir, que Mao entreprend en septembre 1965 un brusque virage qui vise à purger l'appareil du Parti de ses éléments "révisionnistes". Il prend appui sur la jeunesse étudiante transformée en "gardes rouges" et la lance dans la Révolution Culturelle.


1952-1953-1954 - La proclamation de la République populaire de Chine le 1er octobre 1949 s'opère dans un pays qui sort d'une longue période de guerre civile et qui n'est pas encore tout à fait unifié. En 1950 l'armée chinoise (l'ANP) reprend le contrôle de plusieurs iles dont Hainan au sud. En 1951, c'est au tour du Tibet d'être envahi. L'armée nationaliste de Tchang Kaï-Chek se replit sur Formose qui deviendra Taïwan. Ce n'est donc qu'à partir de 1952 que le nouvel Etat commence réellement à se stabiliser. La Constitution n'est votée qu'en 1954 au terme d'une triénnale de remise en ordre qui voit le PCC s'installer au pouvoir et imposer son autorité.


1940-1941-1942 - Depuis le massacre de Nankin en décembre 1937, la guerre fait rage contre l'envahisseur japonais. Le PCC et le Kuomitang qui se faisaient la guerre ont été obligés de s'allier. L'ANP qui privilégie les actions de guerilla moins coûteuses en vies humaines gagne la sympathie des populations auxquelles elle apporte son aide, alors que l'armée nationaliste qui n'hésite pas à piller et à brutaliser les civils se déconsidère et devient de plus en plus impopulaire. Le rapport de forces bascule. Le PCC rassemble ses forces et se prépare déjà à l'après-guerre. Des affrontements ont lieu dès 1941 entre des élements de l'ANP et les troupes du Kuomitang.


1928-1929-1930 - Pendant les années 20 le pouvoir central combat les seigneurs de la guerre et tente de restaurer son autorité sur l'ensemble du territoire. Le général Tchang Kaï-Chek qui a pris la direction du parti nationaliste, le Kuomintang, dirige les opérations à partir des provinces du sud. En 1927, au moment où les féodaux sont vaincus, le Kuomintang rompt son alliance avec le PCC et écrase le gouvernement mis en place par les ouvriers à Shanghaï. D'autres soulèvements armés ont lieu dans plusieurs villes qui sont réprimés. Wuhan, tombe en 1928 et les troupes sympathisantes du PCC doivent se replier. C'est le point de départ de la guerre civile chinoise dont l'épisode le plus connu sera la Longue marche. Les détachements rebelles vont former les premiers éléments de l'Armée rouge chinoise qui deviendra par la suite l'Armée populaire de libération (APL)


1916-1917-1918 - La République instaurée par Sun Yat-Sen en 1912 n'a pas résisté longtemps au pouvoir militaire. Le général Yuan Shi-Kai fait un coup d'État en 1913, devient président avant de se proclamer empereur... mais il meurt tout de suite après en 1916 laissant le pouvoir vacant et le pays en pleine déliquescence. Une période de 12 années s'ouvre alors pendant laquelle la Chine est ravagée par une guerre entre les seigneurs de la guerre et des chefs militaires locaux; les rapports de force variant au gré des coalitions, l'argent restant l'enjeu central.


Le cycle du Dragon, du Serpent et du Cheval va-t-il à nouveau se répéter ? Une transition va se produire au sommet du pouvoir. Hu Jintao en poste depuis 2002 va céder la place à Xi Jinping et une partie de l'équipe dirigeante sera renouvelée. La fin d'un cycle, le début d'un autre... Ce relookage arrive au moment où le pouvoir doit faire face à une vague de mouvements sociaux comme le pays n'en a pas connu depuis longtemps. Il faut espérer que la triénnale 2012-2013-2014 sera aussi déterminante que celles que je viens d'évoquer. Je souhaite qu'elle permette aux mouvements de grèves, de révoltes, de constestations épars de se connecter enfin de ville à ville, de province à province et d'en finir avec cette dictature.


 BONNE ANNEE DU DRAGON !

 

 
Le Parti communiste chinois et ses 18 congrès
par Christophe Paget
RFI - 06 nov 2012
http://www.rfi.fr/asie-pacifique/20121101-parti-communiste-chinois-dix-huit-congres-mao-deng-xiaoping-tiananmen


Ce 8 novembre 2012 s’ouvre à Pékin le 18e Congrès du Parti communiste chinois, au cours duquel doivent être entre autres nommés le  nouveau président de la République populaire de Chine et son Premier ministre. Ces grands-messes peuvent aujourd’hui nous sembler  figées, elles ont en fait bien changé depuis leur début, en catimini, il y a 91 ans.

Les six premiers congrès, entre 1921 et 1928, se sont déroulés dans un pays en pleine guerre civile: « On faisait comme on pouvait »,  explique le sinologue Jean-Luc Domenach, chercheur au CERI et auteur de Mao, sa cour et ses complots. Le premier congrès s’est ainsi  déroulé sur une barque, et la poignée de congressistes (une douzaine) étaient déguisés en jeunes hommes de bonnes familles… Pourtant,  c’est lors de cette première réunion qu’a été créé le Parti communiste chinois. Et dès le début il s’agissait aussi de se choisir des  chefs.

Mais pour avoir un congrès qui définisse une véritable ligne qui perdure, il faudra attendre 1945 et le 7e Congrès – dont les délégués  auraient eu cette fois bien du mal à tenir dans une barque: ils étaient 755, et représentaient plus d’un million de membres du parti.  Mao Zedong s’y impose en président du parti, et entérine toutes les purges et les massacres internes au PCC qui lui ont au final permis  d’occuper ce poste. Il est décidé que le parti mènera ses activités en suivant la pensée du Grand Timonier.

C’est d’ailleurs un Mao puissant, solidement épaulé par son second, Liu Shaoqi, que le 8e Congrès, en 1956, mettra en scène: la guerre  civile est terminée depuis 1949, les nationalistes du Kuomintang ont fui vers Taiwan, le PCC a déjà lancé son programme politique et  placé le parti au cœur de la vie politique chinoise. Lors de ce congrès, 1 026 délégués représentent plus de 10 millions de membres.

On entre ensuite, pour Jean-Luc Domenach, dans la période du « Mao délirant », qui convoque en 1958 une seconde session de ce congrès  de 1956 pour revenir sur tout ce qui y avait été décidé. Le plan quinquennal et son programme de développement industriel d’inspiration  soviétique sont jetés aux orties: Mao lance le « Grand Bond en avant », un programme « révolutionnaire » qui devait stimuler en un  temps record la production agricole et industrielle. Il aboutira à une grande famine, la Chine échappant de peu à l’effondrement total  de son économie.

Devant cet échec, Mao démissionne de la présidence de la République populaire de Chine, mais reste à la tête du PCC. C’est d’une main  de fer qu’il dirigera les deux congrès suivants, en 1969 et 1973, allant jusqu’à effectuer des purges pendant les congrès eux-mêmes,  menaçant certains congressistes, les obligeant à faire leur autocritique. La Révolution culturelle lancée en 1966 lui a permis d’ écarter tous ses adversaires, avec l’aide des Gardes rouges; le 9e Congrès de 1969 en est théoriquement la conclusion.

Quatre ans plus tard, le 10e Congrès verra un Mao malade, affaibli, diriger de loin, de la main, les interventions de ses hommes. La  salle sera même évacuée pour que Mao puisse sortir « discrètement », sur un brancard, relié à une bonbonne d'oxygène. Mais « le Congrès  se passe à peu près bien, tout le monde est terrorisé » explique Jean-Luc Domenach, et le premier ministre Zhou Enlaï « cherche à  sauver ce qui peut l’être ».

Mao meurt en 1976. Tous ses partisans sont évincés, notamment par Deng Xiaoping, dont le 11e Congrès de 1977 marque le grand retour  après avoir été écarté pendant la révolution culturelle. Deng Xiaoping, que beaucoup voient aujourd’hui comme le grand réformateur de  la Chine de l’après-Mao, manœuvre lui aussi pendant ces congrès mais « respecte les formes »; il veut passer à une politique « plus  respectueuse de la population, du parti et des principes ». Et ses congrès, sans lancer de nouvelles idées, vont entériner la politique  du pays de manière beaucoup plus claire.

Et si en 1977 il est encore un trop tôt pour lancer de nouvelles directions (Deng Xiaoping est encore entouré de vieillards de l’époque  Mao), cinq ans après, lors du 12e Congrès, le moment est arrivé: le changement de cap économique est annoncé avec, plus de droits, plus  de protections pour la population. Mais le congrès suivant, en 1987, s’accompagne de dissensions et de disputes au sein du parti. Les  étudiants pensent alors qu’ils ont une carte à jouer et, deux ans plus tard, ils manifestent place Tiananmen. L’armée intervient, sur  ordre de Deng Xiaoping.

En 1992, le 13e Congrès entérine le massacre. Paradoxalement, il commence aussi à ouvrir la Chine sur le reste du monde, et prévoit de  « préparer » l’appareil industriel: ouvriers licenciés, directions d’usines « rationnalisées »… Et Deng Xiaoping, qui n’a plus que  quelques années à vivre, désigne ceux qui seront effectivement ses successeurs pour les 20 années à venir: d’abord Jiang Zemin, qui  deviendra président en 1993, puis Hu Jintao, président à partir de 2002, qui quitte le pouvoir cette année.

La dernière évolution date de 1997: lors du 15e Congrès, non seulement Jiang Zemin entérine les réformes d’ouverture sur le monde,  lancées par Deng Xiaoping lors du congrès précédent, mais pour la première fois de véritables décisions sont prises, comme celle d’ entrer à l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Même si rien n’est dit publiquement, c’est à ce moment-là qu’ont lieu les  discussions, entre des chefs qui ressemblent dorénavant plus à des technocrates qu’aux adeptes de purges de l’époque Mao. Dans le même  ordre d’idée, les réunions du Comité central et du Comité permanent qui suivent celle du congrès ne sont plus de simples chambres d’ enregistrement: on y débat, c’est d’ailleurs au niveau du Comité permanent que les décisions sont véritablement prises.

Enfin, c’est en 2002 qu’un véritable « calendrier du pouvoir » est fixé: chaque président fera dorénavant deux congrès, et le rythme  d’un congrès tous les 5 ans sera enfin respecté – il avait été décidé dès les premiers congrès, sans être jamais appliqué. De fait, Mao n’aimait pas ces congrès: pour lui, ils n’avaient pas d’importance, à part celle, selon Jean-Luc Domenach, « d’entériner des purges »…