Ni rouge, ni noir, ni vert. L'autonomie rejette partis,
syndicats et toute forme de gestion et de pouvoir.
Rassembler des foules sous un même drapeau
trouve toujours son origine dans une imposture.
Seule une révolution mettra fin à un système
dont l'obsession de l'argent entraine l'humanité
vers la catastrophe.
>> Toutes les rubriques <<
· 37 - Lointains échos dictatures africain (402)
· 00 - Archivage des brèves (791)
· .[Ec1] Le capitalisme en soins intensifs (551)
· 40 - Planète / Sciences (389)
· 10 - M-O. Monde arabe (386)
· . Histoires et théories du passé (224)
· 20 - Japon, Fukushima (237)
· .[Ec2] Métaux, énergies, commerce (253)
· 24 - USA (311)
· 19 - Chine [+ Hong Kong, Taïwan] (322)
Date de création : 10.03.2011
Dernière mise à jour :
12.02.2026
8742 articles
L'Inde est en pleine croissance industrielle. Les conflits entre les populations rurales expropriables et les géants miniers et sidérurgiques se multiplient partout. Exemple dans l'Etat d'Orissa situé sur la côte orientale où le géant coréen de l'acier Posco vient de recevoir le feu vert pour y construire un gigantesque complexe sidérurgique en lieu de place de plus d'un millier d'hectares de foret et de terres fertiles.
Le géant de l’acier Posco a le champ libre en Orissa
par Antoine Guinard
Aujourd'hui l'Inde - 03 mai 2011
http://inde.aujourdhuilemonde.com/le-geant-de-l%E2%80%99acier-posco-le-champ-libre-en-orissa
C’est la fin d’une longue bataille pour Posco. Le numéro deux mondial de l’acier aura attendu quatre ans avant de pouvoir entamer la construction de son vaste complexe sidérurgique en Orissa (est), qui représente le plus gros investissement étranger en Inde (8,6 milliards d’euros). Le ministre indien de l’Environnement Jairam Ramesh a donné son accord final au groupe et au gouvernement régional mardi pour l’allocation de 1240 hectares de forêts pour le projet.
M. Ramesh a précisé que le feu vert de son ministère avait été donné sous condition que le groupe coréen "régénère" un espace de forêt de même dimension et que Posco paye pour le terrain. Le ministre a souligné "l’importance économique, technologique et stratégique" du projet, tout en rappelant que "les lois sur l’environnement et les forêts devaient être respectées sérieusement", selon la BBC.
Le ministère de l’Environnement avait donné un premier accord à Posco en janvier, posant toutefois 28 conditions au groupe pour la construction de son usine et 32 autres pour la construction d’un port, près de la ville de Paradwip en Orissa. Le géant de l’acier peut donc enfin savourer sa victoire, cinq ans après l’élaboration du projet, qui a failli ne jamais voir le jour.
L’annonce de la construction d’un complexe sidérurgique colossal avait en effet provoqué la colère de nombreux paysans de la région qui refusaient de vendre leurs terrains. L’impact du projet sur l’environnement avait également fait polémique dans cet Etat riche en ressources minières.
En octobre dernier, un panel d’experts mandaté par le ministère de l’Environnement, à la suite des nombreuses manifestations contre l’implantation du Coréen, s’était prononcé en faveur de l’annulation des autorisations accordées à Posco en 2007 par le gouvernement d’Orissa. Les experts avaient notamment souligné des irrégularités dans l’évaluation de l’impact environnemental du projet. Jairam Ramesh n’avait pas tranché sur la question.
Les opposants au projet affirment que l’aciérie que le groupe prévoit de construire – avec un objectif de production de 16 millions de tonnes d’acier par an - contribuera à épuiser le minerai de fer de la région, dans les vingt prochaines années. Le complexe sidérurgique de Posco devrait créer près de 50 000 emplois dans la région.
Bras de fer sur une plage de l'Orissa
par Guy Taillefer
Le Devoir - 07 mai 2011
http://www.ledevoir.com/international/asie/322855/bras-de-fer-sur-une-plage-de-l-orissa
Bhubaneswar, État de l'Orissa — C'est à l'heure actuelle la mère de toutes les controverses au sujet du développement économique de l'Inde. La compagnie sud-coréenne Posco, troisième producteur d'acier au monde [n°2 pour un an encore, jusqu'à la fusion des activités de Nippon Steel et Sumimoto en 2012, NDC] , s'entend en 2005 avec le gouvernement de l'Orissa pour construire une aciérie et un port en eaux profondes sur un segment de côte formidablement fertile de l'État, sur la baie du Bengale. Une affaire de 12 milliards de dollars, le plus grand projet d'investissement direct étranger de l'histoire du pays. Le gouvernement oriya ne demande qu'à accepter, met au point des ententes de dédommagement qui vont soulever toutes sortes de méfiances et d'objections au sein de la population locale: 800 familles devront être déplacées, le port bloquera l'accès à la côte à 20 000 pêcheurs, presque autant voient le gagne-pain qu'ils tirent de la culture traditionnelle des vignes de bétel menacé. « Nous nous battrons pendant cent ans s'il le faut », dit bien calmement Basudev Behera, pêcheur de son état, les pieds dans le sable, exactement là où l'entreprise veut installer son aciérie. Son village de Notiasahil (« Il existe depuis 900 ans ») devra être entièrement rasé. Les gens de la région se déchirent, la polémique s'enlise depuis près de six ans. Posco espérait ouvrir à la fin de 2011, les travaux de construction n'ont pas encore commencé.
Mines, aciéries, barrages, centrales nucléaires... L'économie indienne croît et, avec elle, les bras de fer entre populations rurales et grande entreprise se multiplient partout. Coûts sociaux et environnementaux versus retombées économiques... L'Orissa est depuis des années le théâtre d'incessantes, et parfois violentes, manifestations anti-Posco.
Compensations
« Compétition, compétition, compétition, répète le ministre de l'Industrie, des Mines et de l'Acier, Raghunath Mohanty. Il n'y a pas d'autre façon de progresser que par l'industrialisation. » Les bureaux du gouvernement à Bhubaneswar, où le ministre nous accorde l'entrevue, sont défraîchis, comme si rien, ou si peu, n'avait changé depuis que les Anglais sont partis. « Le monde est un grand village, dit-il. L'époque où les gens restaient dans leur coin est révolue. » Il jure que l'arrivée des Sud-Coréens va «automatiquement» relever le niveau de vie général dans cet État, réputé l'un des plus pauvres de l'Union indienne. « Le gouvernement s'assure que des mesures de protection sont mises en place pour les populations rurales affectées. C'est son devoir. »
Dans un quartier périphérique, les bureaux de Posco-India sont installés dans le bien nommé Fortune Tower, un édifice flambant neuf qui jure avec les locaux fanés du gouvernement. « Le seul obstacle, c'est la peur de l'inconnu, dit d'un ton suave le gérant général de l'entreprise, Saroj Mahapatra. Je suis convaincu que le projet Posco peut à lui seul améliorer le sort de l'Orissa. » Il a bon espoir de voir la construction aller de l'avant d'ici un an. « Les oppositions sont le fruit de malentendus qui sont en train d'être résolus. »
Le gouvernement s'est engagé à fournir, au choix, une petite maison à chacune des familles déplacées ou un dédommagement d'environ 4 250 $; à garantir un emploi par famille dans la nouvelle aciérie (qui doit créer quelque 10 000 emplois directs); à dédommager les agriculteurs à hauteur de 135 $ par surface de culture d'environ 400 pieds carrés... Devant la ténacité de l'opposition, Posco a promis de bonifier ces offres, doublant notamment les compensations destinées aux propriétaires de vignes de bétel, qui constituent sur la côte un commerce agricole ancien et florissant; acceptant aussi de dédommager les riziculteurs et les pêcheurs de crevettes affectés par les expropriations, auxquels les autorités gouvernementales n'avaient pas prévu donner un sou. Posco fait miroiter qu'avec son aciérie vont se présenter près de 900 000 « possibilités d'emplois directs et indirects », un chiffre que les opposants au projet trouvent complètement farfelu. Au demeurant, ils font valoir que les compensations offertes par l'entreprise aux producteurs de feuilles de bétel, ingrédient principal d'un masticatoire très populaire en Inde, équivalent à moins de 1 % de leurs revenus potentiels sur trente ans.
Posco fait preuve de patience, vu la flambée des prix du minerai de fer (le projet prévoit aussi la cession de mines de fer par le gouvernement) et l'augmentation en acier de la demande intérieure et internationale. L'Inde devrait devenir le deuxième producteur d'acier au monde d'ici à 2015. Les entreprises étrangères n'ont pas toutes cette opiniâtreté. Devant l'opposition populaire, Alcan s'est retirée d'un projet de mine de bauxite et d'aluminerie en Orissa, en 2007.
Village gaulois
Dhinkia, au bout d'une petite route défoncée, c'est l'un des deux «villages gaulois» de l'opposition anti-Posco. Six cents familles. « Le gouvernement nous dit que Posco, c'est une porte qui s'ouvre sur la modernité, que cette modernité améliorera le sort des gens et que son aciérie permettra au gouvernement d'améliorer ses services à la population... Il n'a pas besoin de Posco pour remplir ses responsabilités, dit Sisir Mohapatra, le leader local. Il a besoin d'être moins corrompu. »
À lire entre les lignes, on croit comprendre que l'opposition serait probablement moins vive si les compensations étaient plus généreuses, mais surtout si les gens pouvaient faire confiance à leur gouvernement.
Qui nous garantit qu'on toucherait lesdites compensations? demande Sisir, assis sous le porche du temple du village. « Les pauvres en Inde savent d'expérience que les gens qui sont déplacés au nom de grands projets industriels sont loin de toujours obtenir ce qu'on leur promet. »
Le cas le plus souvent évoqué en Orissa est celui de Rourkela, centre industriel du nord de l'État, où le gouvernement central de Jawaharlal Nehru a installé, au milieu des années 50, l'une des plus grosses aciéries jamais construites en Inde. Plus de 50 ans plus tard, des milliers de personnes chassées de leurs terres attendent toujours une compensation. Sinon, ce sont les cas de répression policière qui défraient la chronique: les anti-Posco en ont fait les frais ces dernières années. L'une des « bavures » les plus graves est survenue le 2 janvier 2006, quand des adivasis (membres des minorités tribales de l'Inde) ont manifesté contre Tata Steel à Kalinganagar, au nord de Bhubaneswar, accusant la société d'occuper leurs terres sans compensation adéquate. La police ouvre le feu: 11 morts.
Une partie de Dhinkia a déjà été déplacée. Le résultat, apparemment, d'une guerre très locale à un scrutin municipal, attisée par un influent leader communiste de la région du nom d'Abhay Sahu, par ailleurs président du Mouvement anti-Posco. Les chicanes politiques et les inimitiés croisées ont fait que 52 familles ont été relogées il y a trois ans au Posco-India Transit Camp (« Together shaping a better tomorrow », annonce l'affiche en béton à l'entrée du camp), quelques kilomètres plus loin. Le «camp modèle» ne semble toutefois pas avoir livré la marchandise. « Les maisons sont bien plus petites que ce qu'on nous avait promis », dit Chandan Mohanti. L'homme est dans un état de colère permanente. Ostracisés par le reste du village, ils n'ont plus accès à leurs terres. « On nous a chassés de Dhinkia, on est pris en sandwich. » Chandan ne sait plus quoi penser du projet Posco. Tout ce qu'il veut, c'est que le cauchemar prenne fin.
Normes violées
Il y en a que l'aciérie séduit absolument, comme Anadi Charan Rout, du village tout proche de Nuagan. Ce professeur d'anglais à la retraite croit dur comme fer les promesses de lendemains heureux faites par le gouvernement. « Il faut saisir les occasions quand elles se présentent. Il y aura une grande ville ici, un jour. » Mais seules quatre familles seront évincées du village par le projet industriel. Ou comme Rutaparna Ari, jeune étudiante en ingénierie croisée au marché de Bhubaneswar. Son objectif? «Aller travailler à l'étranger.» Le projet Posco? « Je suis d'accord. Les gens affectés, le gouvernement s'en occupe. L'agriculture, on peut la faire ailleurs. »
Les opinions sont généralement plus dubitatives, signe de malaise, y compris au sein du ministère de l'Environnement indien. Les 4000 acres de terres où Posco veut s'installer sont considérées comme une «zone côtière écosensible», notamment pour l'abondance de sa forêt. « Des Posco, il en faut en Inde, mais pas là », dit le communiste Abhay Sahu. L'opposition a fini par faire prendre conscience à Delhi, qui avait donné sa bénédiction au projet dès 2007, que les devoirs des gouvernements avaient été très mal faits en matière de protection de l'environnement. En octobre dernier, un comité de révision du ministère de l'Environnement a conclu que le projet Posco violait tous azimuts les normes environnementales (l'aciérie que veut construire l'entreprise sera en fait trois fois plus grande que celle pour laquelle elle a obtenu des autorisations). Lundi dernier, le ministre Jairam Ramesh a redonné le feu vert à Posco en lui posant toute une série de nouvelles conditions.
« Les études d'évaluation environnementale sont une arnaque, dit le professeur Maharaj Pandit, directeur de l'École des études environnementales de l'Université de Delhi. Très souvent, elles sont menées par les compagnies elles-mêmes .» Dans le contexte indien actuel, estime-t-il, « le développement durable est un oxymoron ».